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Full Version: Les Argonautes & la Toison d'Or
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La conquête de la Toison d'Or

Sources

C'est le titre d'un long poème, très populaire aux temps classiques; il est dû à un Poète du IIIe siècle, Apollonius de Rhodes, qui relate toute l'histoire de cette expédition à l'exception de l'épisode concernant Jason et Pélias ; j'ai emprunté celui-ci à Pindare, auquel il fournit le thème de l'une de ses odes les plus célèbres, écrite dans la première partie du Ve siècle. Apollonius termine son oeuvre par la relation du retour des héros en Grèce. J'ai ajouté le récit de ce que Jason et Médée accomplirent dans ce pays, récit que j'ai pris à Euripide, Poète tragique grec du Ve siècle, qui en a fait le sujet de l'une de ses meilleures oeuvres.

Ces trois écrivains sont très différents les uns des autres. Aucune paraphrase en prose ne savait donner une idée de la manière de Pindare : à peine pourrait-elle, peut-être, nous faire entrevoir son don particulier pour la description alerte et minutieuse. Apollonius fera revivre le souvenir de Virgile chez les lecteurs de l'Enéide. La différence entre la Médée d'Euripide, l'héroïne d'Apollonius et la Didon de Virgile donne la mesure de ce qu'était alors la tragédie grecque.

Le chef de l'expédition de la Toison d'Or fut le premier héros qui, en Europe, entreprit un long voyage. Il est censé avoir précédé d'une génération le voyageur grec le plus fameux, le héros de l'Odyssée. Il s'agit, bien entendu, d'un voyage par mer. Les rivières, les lacs, les mers étaient à cette époque les seules voies de communication ; il n'existait pas de routes. Le voyageur avait tout de même à faire face à des périls non seulement sur les abîmes maritimes mais encore sur terre. Les vaisseaux ne naviguaient pas de nuit et tout endroit où les marins faisaient escale pouvait abriter un monstre ou un magicien plus néfastes encore que la tempête ou le naufrage. Pour voyager, un grand courage était requis, et plus encore si l'on quittait la Grèce.

Aucune histoire n'en fournit mieux la preuve que le récit des souffrances endurées par les héros qui s'embarquèrent sur l'Argo pour s'en aller à la recherche de la Toison d'Or.

En vérité, on peut douter s'il y eut jamais un autre voyage pendant lequel les marins eurent à lutter contre un tel nombre et une telle variété de dangers. Quoi qu'il en soit, tous ètaient des héros de grand renom, certains même parmi les plus célèbres de la Grèce, et ils se montrèrent à la hauteur de leurs aventures.

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Jason tient dans sa main gauche la fameuse Toison d'or

Au début de la légende de la Conquête de la Toison d'Or, iI y a un Roi grec, Athamas, qui se lassa de sa femme, la répudia et en épousa une autre, la Princesse Ino. Néphélé, la première épouse, s'inquiétait pour ses deux enfants, pour son fils surtout, Phryxos. Elle craignait que celle qui l'avait remplacée ne cherchât à le tuer afin que son propre fils héritât du royaume. Néphélé n'avait pas tort. Cette seconde épouse appartenait à une fort noble famille, son père était Cadmos, l'excellent Roi de Thèbes ; sa mère et ses trois soeurs menaient une vie irréprochable ; mais elle-même, Ino, décida de provoquer d'une façon ou d'une autre la mort du petit garçon et elle dressa un plan minutieux pour y parvenir. Elle réussit, on ne sait trop comment, à s'emparer de tous les grains de semence et elle les fit griller avant que les hommes n'allassent les répandre dans les champs. Naturellement, cette année-là il n'y eut pas de récoltes. Quand le Roi dèpêcha un messager à l'oracle pour lui demander ce qu'il convenait de faire dans une aussi terrible conjoncture, Ino persuada cet homme (il est même probable qu'elle le soudoya) de rapporter que l'oracle avait dèclarè qu'à moins d'offrir le jeune prince en holocauste, le blè ne germerait plus dans le royaume.

Le peuple, menacé par la famine, força le Roi à céder et à permettre la mort du jeune garçon. Plus tard, des siècles ayant passé, l'idée d'un tel sacrifice devint tout aussi odieuse aux Grecs qu'elle nous l'est à nous-mêmes aujourd'hui, et presque toujours ils remplaçaient l'immolation par une offrande moins révoltante. Telle qu'elle nous est parvenue, la légende nous montre le jeune Prince mené à l'autel et déjà prêt au sacrifice, quand un grand bélier à la toison d'or surgit et les saisit, lui et sa soeur, et les emporte sur son dos à travers l'espace. C'était la réponse d'Hermès à la prière de leur mère.

Tandis qu'ils traversaient le détroit qui sépare l'Europe de l'Asie, la petite fille - dont le nom est Hellé - glissa et tomba dans la mer. Elle se noya ; et le détroit s'appela désormais Hellespont, la mer d'Hellé. Phryxos aborda sain et sauf en Colchide, pays qui confine à la Mer Inamicale (la mer Noire, laquelle n'était pas encore devenue Amicale). Les habitants de cette région étaient fort sauvages ; ils firent cependant bon accueil à Phryxos et leur Roi, AEétès lui donna une de ses filles en mariage. Si étrange que cela paraisse, Phryxos, en témoignage de gratitude, sacrifia à Zeus le bélier qui l'avait sauvé ; à AEétès, il fit présent de la précieuse Toison d'Or.

Phryxos avait un oncle, AEson, qui par droit de naissance était Roi d'Iolcos en Thessalie, mais s'était vu dépouillé de son royaume par son neveu Pélias. Jason, le plus jeune fils du Roi et héritier légitime de la couronne, avait été porté secrétement dans un lieu sûr. Devenu adulte, il revint hardiment réclamer le royaume à son méchant cousin.

L'oracle avait un jour prédit à Pélias, l'usurpateur, qu'il mourrait de la main d'un de ses proches et qu'il lui fallait se défier de quiconque se présenterait devant lui chaussé d'une seule sandale. En temps voulu, un tel homme se montra dans la ville. Il avait un pied nu bien qu'en toute autre manière il fût fort bien habillé - un vétement qui mettait en valeur sa bonne mine et, sur les épaules, une peau de léopard. Il n'avait pas coupé ses beaux cheveux brillants qui retombaient en ondulant sur son dos. Il entra sans hésitation dans la ville et se dirigea sans crainte vers la place du marché, à l'heure précisément où les multitudes s'y rassemblaient.

Personne ne le connaissait, mais tous s'émerveillaient à sa vue, < Serait-ce Apollon ? Ou le Seigneur d' Aphrodite ?

Ce ne peut être l'un de ces fils audacieux de Poséidon, puisqu'ils sont tous morts. » Ils s'interrogeaient ainsi l'un l'autre. Mais Pélias, venu en hâte aux nouvelles, s'effraya en ne lui voyant qu'une sandale. Il dissimula sa terreur et s'adressa à l'étranger : < Quel pays est le tien ? Pas de mensonges, je te prie. Dis moi la vérité. » L'autre répondit courtoisement: < Je suis revenu dans ma patrie pour y recouvrer l'ancien honneur de ma maison et ce pays que Zeus avait donné à mon père et qui n'est plus justement gouverné. Je suis ton cousin et l'on m'appelle Jason. Toi et moi devons suivre la loi et respecter le droit - sans faire appel à l'épée ni aux flèches. Garde toutes les richesses que tu as prises, les troupeaux et le bétail au pelage fauve, et les champs, mais rends moi le trône et le sceptre souverain, afin que nulle vile querelle ne s'élève entre nous à leur sujet. » Pélias répondit avec douceur : < Qu'il en soit ainsi. Mais auparavant une chose doit être accomplie. Phryxos, avant de mourir, nous a priés de ramener la Toison d'Or en Grèce afin qu'avec elle ses mânes reviennent elles aussi dans sa demeure. L'oracle a parlé. Pour moi, la vieillesse est déjà ma compagne, tandis que ta jeunesse commence à peine à fleurir. Pars toi-même à la recherche de la Toison d'Or, et à ton retour, je te rendrai le trône, j'en prends Zeus à témoin. » C'est ainsi qu'il parla, persuadé dans le fond de son coeur que nul ne pourrait tenter pareille entreprise sans y perdre la vie.

L'idée de cette grande aventure enchanta Jason. Il acquiesça et fit répandre à la ronde l'annonce de cette exaltante expédition ; et les jeunes gens de la Grèce l'accueillirent avec joie ; ils vinrent, tous parmi les meilleurs et les plus nobles, s'offrir à y participer. Héraclès le plus grand des héros, était là ; et Orphée, le maître musicien, Castor et son frère Pollux, Pélée, père d'Achille, et bien d'autres. Héra aidait Jason et ce fut elle qui fit naître en chacun d'eux le désir de renoncer à une vie sans péril, sous l'aile maternelle, pour boire - fût-ce au prix de la mort - avec des valeureux compagnons l'élixir sans pareil du courage. Ils montèrent à bord de l'Argo. Jason prit un gobelet d'or dans ses mains, il versa une libation de vin dans la mer et pria Zeus, dont l'éclair est la lance, de les mener rapidement au but.

De grands périls les attendaient et plusieurs payèrent de leur vie d'avoir bu cet élixir sans pareil. Ils abordèrent d'abord à Lemnos, une île étrange habitée seulement par des femmes. Elles s'étaient révoltées contre les hommes et les avaient tous égorgés, tous sauf un seul, le vieux Roi Thoas. La fille de celui-ci, Hypsipylé, Reine de toutes ces femmes, avait sauvé son père en lui faisant prendre la mer dans un coffre qui le porta jusqu'à l'île de Chio. Ces sauvages créatures réservèrent cependant bon accueil aux Argonautes et ne les laissèrent repartir qu'après les avoir comblés de dons : vin, nourriture et vêtements.

Peu après avoir quitté Lemnos, les Argonautes perdirent Héraclès. Son écuyer, un jeune garçon nommé Hylas et auquel il était très attaché, plongeait sa jarre dans une source quand il fut attiré par une dryade ; celle-ci, ayant aperçu l'éclat nacré de sa beauté, voulut l'embrasser ; elle jeta ses bras autour du cou d'Hylas et l'entraîna dans les profondeurs ; on ne le vit plus. Comme un fou, Héraclès le chercha partout, criant son nom et s'enfonçant de plus en plus profondément dans la forêt, s'éloignant de plus en plus de la mer. La Toison, l'Argo, ses compagnons, il avait tout oublié, sauf Hylas. Il ne reparut pas et le vaisseau dut appareiller sans lui.

L'aventure suivante fut leur rencontre avec les Harpies, ces monstres ailés au bec et aux griffes crochus qui laissaient toujours derrière elles une odeur si infecte qu'elle donnait la nausée à toute créature vivante. Tout près de l'endroit où les héros avaient mis leur nef à l'échouage, vivait un vieillard solitaire et misérable qu' Apollon, le véridique, avait doué du don de prophétie ; il prédisait infailliblement l'avenir et ceci déplaisait à Zeus qui aimait draper ses actes de mystère - en quoi il se montrait judicieux aux yeux de tous ceux qui connaissaient Héra. Mécontent, Zeus avait donc infligé un affreux châtiment au vieil homme.

Chaque fois qu'il se proposait de prendre un repas, les Harpies - que l'on nommait aussi la meute de Zeus s'abattaient sur sa nourriture et la souillaient, la laissant si peu appétissante que personne ne pouvait plus s'en approcher et moins encore la manger. Quand les Argonautes aperçurent ce pauvre vieillard - qui s'appelait Phineus - il ressemblait à un spectre se traînant sur des pieds desséchés , il tremblait de faiblesse et seule sa peau retenait ensemble les os de son corps. Il les accueillit avec transports et les supplia de lui venir en aide. Son don prophétique lui avait appris que seuls deux hommes pouvaient le sauver des Harpies - deux hommes qui se trouvaient précisément sur l'Argo, les fils de Borée, le Vent du Nord. Tous l'écoutèrent avec pitié, et les deux frères lui promirent avec empressement leur concours.

Tandis que les autres lui offraient de la nourriture, les fils de Borée se tinrent à ses côtés, leurs épées dégainées.

Il avait à peine porté une bouchée à ses lèvres que les détestables Harpies fondirent du ciel sur les mets, les dévorèrent et repartirent à tire d'aile, laissant derriére elles une odeur méphitique. Mais les fils rapides du Vent les poursuivirent ; ils les rattrapèrent, les frappèrent de leurs épées et les auraient certainement taillées en pièces si Iris, la messagère des dieux, glissant sur son arc-en-ciel, ne les en avaient empêchés. Il leur fallait renoncer à exterminer la meute de Zeus, leur dit-elle, mais elle jura par les eaux du Styx, le serment que nul ne peut rompre, que les monstres ne reviendraient plus jamais troubler Phineus. Tout heureux, les deux frères revinrent ; ils réconfortèrent le vieillard qui, dans sa joie, festoya toute la nuit avec les héros.

Il leur donna aussi de sages conseils au sujet des dangers qui les attendaient et il les mit tout particulièrement en garde contre les Symplègades, ces écueils mobiles qui s'entrechoquent perpétuellement tandis que la mer bouillonne autour d'eux. La seule façon de procéder, leur dit-il, était de tenter un premier essai avec une colombe. Si oelle-ci forçait saine et sauve le passage, ils auraient eux aussi de grandes chances d'y parvenir. Mais si elle échouait, il ne leur resterait plus qu'à revenir en arrière en abandonnant tout espoir de retrouver la Toison d'Or.

Ils levèrent l'ancre le lendemain matin, emmenant une colombe, naturellement, et ils arrivèrent bientôt en vue des Symplègades. Se frayer un chemin entre ces grands écueils semblait une entreprise impossible, mais ils lâchèrent la colombe et la suivirent des yeux. Elle vola entre les écueils et passa, saine et sauve. Seul le bout de ses ailes avait touché les grands rocs mobiles et ceux-ci s'étaient aussitôt écartés. Forçant l'allure, les héros suivirent la colombe. Les écueils s'écartèrent, les rameurs employèrent toute leur énergie et à leur tour réussirent à passer sans dommage. Il était temps, car lorsque les rochers se rapprochèrent, l'extrémité de la poupe fut emportée et ils échappèrent de justesse à la destruction. Mais depuis le passage de l'Argo, les écueils se sont scellés les uns aux autres et jamais plus ils n'ont causé de désastre aux marins.

Non loin de là se trouvait le pays de ces femmes guerrières, les Amazones - si étrange que cela paraisse, elles étaient filles de cette nymphe tellement éprise de paix, la douce Harrnonie. Mais leur pére était Arès, le dieu terrible de la guerre et elles tenaient bien plus de lui que de leur mère. Les héros se seraient volontiers arrêtés pour leur livrer bataille et la lutte n'aurait pas été sans effusion de sang, car les Amazones étaient des adversaires sans pitié, mais le vent se montrant favorable, ils estimèrent plus sage de poursuivre leur route. Comme ils passaient à toutes voiles au large du Caucase, ils entrevirent Prométhée sur son roc et entendirent le battement d'ailes du grand aigle qui se précipitait à son sanglant festin. Ils ne s'arrêtèrent nulle part et au crépuscule de ce même jour, ils atteignirent la Colchide, le pays où se trouvait la Toison d'Or.

Ils passèrent la nuit dans l'attente d'ils ne savaient quel péril et tous avaient le sentiment qu'ils ne pouvaient espérer de secours que dans leur seule valeur. Dans l'Olympe cependant, on délibérait à leur sujet. Héra, émue du danger qu'ils couraient, s'en était allée demander l'aide d' Aphrodite. La déesse de l'Amour s'étonna de cette démarche car Héra n'était guère de ses amies, mais le fait que la Reine de l'Olympe implorât son concours l'impressionna et elle promit de faire tout ce qui était en son pouvoir. Ensemble, les deux divinités tissèrent un plan ; il fut convenu que Cupidon, le fils d' Aphrodite, rendrait la fille du Roi de Colchide amoureuse de Jason. Ce plan était excellent - pour Jason.

La jeune fille, qui se nommait Médée, possédait un grand pouvoir magique et si elle en usait au profit des Argonautes, elle parviendrait sans aucun doute à les sauver. Aphrodite s'en fut donc trouver Cupidon et lui dit qu'elle lui donnerait un jouet ravissant, un ballon d'or brillant et d'émail bleu, s'il consentait à faire ce qu'elle lui demandait. Enchanté, Cupidon saisit son arc et son carquois et prit son vol à travers les vastes espaces qui séparent l'Olympe de la Colchide.

Entre-temps les héros s'étaient mis en route pour la ville afin de prier le Roi de leur remettre la Toison d'Or. Aucun obstacle ne se dressa sur leur chemin car Héra les enveloppa d'un brouillard épais, ce qui leur permit d'atteindre le palais sans être vus. Quand ils arrivèrent devant les grilles, le brouillard se dissipa et les gardiens, apercevant soudain cette troupe d'étrangers jeunes et splendides, les firent entrer fort civilement et envoyèrent prévenir le Roi de leur arrivée.

Il vint aussitôt et leur souhaita la bienvenue. Ses serviteurs s'empressèrent, allumant de grands feux, chauffant de l'eau pour les bains, préparant le repas. Curieuse d'apercevoir les visiteurs, la Princesse Médée se glissa furtivement sur ce théâtre d'intense activité et comme ses yeux se posaient sur Jason, Cupidon leva prestement son arc et lança une flèche dans le coeur de la jeune fille. Elle y brûla comme une flamme. Une douce souffrance attendrit le coeur de Médée et son visage pâlit et rougit tour à tour. Interdite, décontenancée, elle se retira sans bruit dans sa chambre.

Ce fut seulement après que les héros se furent baignés et rafraîchis que le Roi AEétés put leur demander qui ils étaient et la raison de leur venue. Dans ces temps-là, il était fort discourtois de poser la moindre question à un hôte avant qu'il ait satisfait à ses désirs. Jason répondit qu'ils étaient tous hommes de la plus grande naissance, fils et petits-fils des dieux, et qu'ils avaient quitté la Grèce dans l'espoir que le Roi leur donnerait la Toison d'Or en échange de tout service qu'il lui plairait de leur demander. Ils vaincraient ses ennemis pour lui et rempliraient toute condition qu'il jugerait à propos de leur imposer.

Comme il écoutait, une grande colère envahissait le coeur du roi AEétès. Pas plus que les Grecs, il n'aimait les étrangers, il préférait les tenir éloignés de son pays, et il se disait: < Si ceux-ci n'avaient mangé à ma table, je les tuerais. » Il réfléchissait en silence et un projet germait en lui.

Il dit à Jason qu'il ne saurait en vouloir à des hommes courageux ; s'ils faisaient la preuve de leur valeur, il leur donnerait la Toison d'Or. < Et pour mesurer votre bravoure, je ne vous demanderai rien de plus que je n'aie fait moi-même », ajouta.t-il. Il s'agissait de mettre sous le joug deux taureaux qui avaient les pieds en airain et qui vomissaient des flammes, puis de leur faire défricher un champ ; ensuite, les dents d'un dragon devaient être semées comme des graines dans les sillons et elles donneraient à l'instant une moisson d'hommes armés qu'il fallait aussitôt exterminer. < Tout ceci, je l'ai accompli moi-même et je ne remettrai la Toison qu'à un homme aussi brave que moi », dit-il. Jason resta d'abord muet. L'épreuve semblait impossible, bien au-delà des forces de quiconque. Enfin, il répondit : < Toute monstrueuse qu'elle paraisse, j'accepte cette épreuve, même s'il est dans mon destin d'y succomber. » Alors il se leva et ramena ses compagnons au navire pour y passer la nuit.

Mais les pensées de Médée le suivaient ; tout au long de cette interminable nuit, elle crut le voir dans toute sa grâce et sa beauté, elle se figurait entendre encore les mots qu'il avait prononcés. Son coeur était tourmenté de crainte pour lui, car elle devinait ce que son père préparait au héros.

Revenus au vaisseau, les Argonautes tinrent conseil et l'un après l'autre, ils suppliérent Jason de leur laisser prendre sa place ; mais en vain ; Jason ne voulut céder à aucun d'eux. Comme ils parlaient encore, survint un petit-fils du Roi que Jason avait un jour sauvé et qui leur révéla le pouvoir magique de Médée. < Il n'y a rien qui lui soit impossible », dit-il. < Elle peut arréter la course des étoiles et même celle de la lune. » Si on parvenait à la persuader de leur prêter son concours, elle aiderait Jason à vaincre les taureaux et les hommes-dragons. Ce plan de campagne semblait le seul qui parût offrir quelque espoir et tous supplièrent Jason de retourner au palais pour tenter de convaincre Médée. Ils ignoraient que le dieu de l'Amour s'en était déjà chargé.

Elle était seule dans sa chambre ; elle pleurait et se reprochait de s'être à jamais couverte de honte en s'éprenant à tel point d'un étranger qu'elle se sentait toute prête à céder à sa passion et à s'opposer à son propre père. < Mieux vaut mourir », se dit-elle. Elle prit une cassette qui contenait des herbes meurtrières, puis, la tenant toujours dans ses mains, elle s'assit et se prit à songer à la vie, à toutes ces choses délicieuses qui existent dans le monde ; et le soleil lui parut plus doux que jamais auparavant. Elle déposa la cassette ; sans plus hésiter, elle résolut d'employer son pouvoir pour secourir l'homme qu'elle aimait. Elle possédait un onguent magique qui rendait invulnérable pour la journée celui qui s'en enduisait tout le corps.

La plante dont il provenait avait jailli à l'endroit où le sang de Prométhée s'était pour la première fois répandu sur la terre. Elle cacha l'onguent dans son sein et s'en fut à la recherche de son neveu, le Prince que Jason avait autrefois secouru. Elle le rencontra alors que lui-même venait la trouver pour la supplier de faire ce qu'elle venait précisément de décider. Elle acquiesça aussitôt à toutes ses demandes et l'envoya dire à Jason de la rejoindre sans délai au lieu qu'elle lui indiquait. A peine avait-il entendu le message que Jason quittait le navire, et Héra l'enveloppa d'un tel halo de grâce radieuse que tous, à sa vue, étaient émerveillés. Quand il l'approcha, Médée crut que son coeur la quittait pour aller au-devant de lui ; un nuage passa devant ses yeux et elle n'eut plus la force de faire un geste. Tous deux se tenaient face à face, sans un mot, comme des grands pins par un jour sans vent, qui se mettent à murmurer doucement quand la brise se lève. Ainsi ces deux-là, mus par le souffle de l'Amour, étaient eux aussi destinés à se confier l'un à l'autre leur histoire.

Il parla le premier et il l'implora de se montrer secourable.

Il lui était facile d'espérer, lui dit-il, car la beauté de Médée montrait clairement qu'elle excellait aussi à faire le bien.
Elle, de son côté, ne savait comment lui parler ; elle aurait voulu lui dire dès cet instant tout ce qu'elle ressentait. Silencieusement, elle prit l'onguent et le lui tendit ; elle lui aurait donné son âme s'il la lui avait demandée. A présent, décontenancés, chacun d'eux fixait le sol puis jetait un regard à l'autre, avec un sourire rempli d'amoureux désir.

Enfin, Médée parla; elle lui dit comment employer le charme, d'abord sur lui-même puis sur ses armes, qui deviendraient elles aussi invincibles s'il les aspergeait. Et s'il était assailli par un trop grand nombre d'hommes-dragons, il devait lancer une pierre dans leurs rangs ; elle les ferait se tourner les uns contre les autres et s'entretuer jusqu'au dernier. < Il faut maintenant que je rentre au palais », dit-elle. < Mais lorsque tu seras revenu sain et sauf à ta demeure, souviens-toi de Médée comme elle se souviendra de toi, à jamais. » Il répondit avec passion : < De jour et de nuit, toujours je me souviendrai de toi, Et si jamais tu viens en Gréce, tu y seras vénérée pour tout ce que tu as fait pour nous, et la mort seule pourra nous séparer. » Ils partirent, elle vers le palais pour y pleurer sa trahison envers son père, lui vers le vaisseau pour envoyer deux de ses compagnons réclamer les dents du dragon.

Lui-même, dans le même temps, étendit l'onguent sur son corps et aussitôt un pouvoir terrible, irrésistible, le pénétra, et tous les héros exultèrent. Néanmoins, quand ils arrivérent au champ où les attendaient le Roi et ses sujets, et quand ils virent les taureaux s'élancer en crachant des flammes, ils furent tous envahis par la terreur. Mais Jason supporta l'assaut de terrifiantes créatures comme dans la mer un grand rocher résiste à l'assaut des vagues. Il força d'abord l'un puis l'autre à plier les genoux et fixa le joug sur leur nuque, tandis que tous autour de lui s'émerveillaient de cette prouesse. Il leur fit labourer le champ, lui-même pesant fermement sur le soc et semant les graines dans les sillons. Quand le labour prit fin, la moisson jaillit, des hommes en armures qui fondirent sur lui. Mais Jason se souvint des mots de Médée et il jeta une pierre parmi eux. Aussitôt les combattants se tournèrent les uns contre les autres et tombèrent sous leurs propres lances et javelots tandis que les sillons se gorgeaient de sang. L'épreuve de Jason s'achevait en triomphe, à l'amère déconvenue du roi AEétès.

Le Roi revint dans son palais en ruminant de nouvelles traitrises à l'encontre des héros et en se jurant que jamais ils n'auraient la Toison d'Or. Mais Héra travaillait pour eux.

Elle fit tant que Médée, égarée par son amour et son chagrin, décida de fuir avec Jason. Cette même nuit, elle quitta furtivement la maison et courut tout au long du sentier obscur jusqu'au vaisseau où les héros, sans penser à mal, fêtaient leur bonne fortune. Elle tomba à genoux devant eux et les supplia de l'emmener. Il leur fallait tout de suite s'emparer de la Toison d'Or, leur dit-elle, puis appareiller en toute hâte, sinon ils seraient tous tués. Un serpent monstrueux veillait sur la Toison, mais elle l'assoupirait avec un charme et il ne leur ferait aucun mal. Elle parlait avec angoisse mais Jason, lui, se réjouit de l'entendre ; il la releva avec douceur, l'embrassa et lui promit le mariage dès leur retour en Gréce. Après l'avoir fait monter à bord, ils se dirigèrent sous sa conduite vers le bosquet sacré où la Toison était suspendue à un hêtre. Le serpent qui la gardait était certes -terrible, mais Médée l'approcha sans trembler et elle l'endormit en lui chantant une douce mélopée magique. Alors Jason enleva la merveille dorée de l'arbre qui la retenait et en hâte ils revinrent tous au navire comme l'aube se levait.

Les plus vigoureux se mirent aux avirons et ramant de toutes leurs forces, ils descendirent la rivière jusqu'à la mer.
Mais à cette heure, le Roi avait appris ce qui s'était passé.

Il lança son fils Absyrtos - le frère de Médée - à la poursuite des héros, avec une armée si nombreuse qu'il semblait exclu que le petit groupe pût la vaincre ou même lui échapper. Ici encore Médée intervint ; elle sauva les Argonautes et cette fois par une action horrible. Elle tua son frère.

D'après les uns, elle lui aurait fait savoir qu'elle désirait ardemment revenir dans sa demeure et qu'elle lui apporterait la Toison s'il consentait à venir la retrouver, la nuit suivante, dans un endroit qu'elle lui désignait. Sans rien soupçonner, Absyrtos serait venu au rendez-vous et Jason l'aurait alors égorgé ; et la robe de Médée aurait été souillée du sang de son frêre. Privée de son chef, l'armée se serait débandée, ouvrant ainsi aux héros la route de la mer.

D'autres disent - mais sans en donner la raison qu'Absyrtos s'embarqua avec Médée sur l'Argo et que le Roi en personne les poursuivit. Comme son vaisseau les gagnait de vitesse, Médée aurait elle-même égorgé son frère, puis l'ayant coupé en morceaux, elle aurait semé ses membres dans la mer ; le Roi ralentit sa course pour recueillir les restes de son fils et l'Argo fut ainsi sauvé.

Cependant, les aventures des Argonautes touchaient à leur terme. Une dangereuse épreuve les attendait encore lors de leur passage du détroit qui sépare le roc nu de Scylla du gouffre de Charybde, où la mer rugit et rejaillit à jamais, où les vagues furieuses montent jusqu'à toucher les nues.
Mais Héra veillait ; à sa demande, Téthys et ses nymphes guidèrent le navire qui poursuivit sa route sans encombre ni dommage.

Ensuite, ce fut la Crète - où ils auraient abordé s'il n'y avait eu Médée. Elle leur dit que Talos vivait en cet endroit, le dernier homme de la race d'airain, une créature faite tout entière de ce métal sauf au dessus de la cheville, seul point où il était vulnérable. Elle parlait encore quand il se montra, menaçant d'écraser leur navire sous des rocs s'ils approchaient de la côte. Ils s'arqueboutèrent sur leurs rames pour freiner, et Médée, s'agenouillant, pria les chiens courants de Hadès de le détruire. Les pouvoirs du mal l'entendirent. Comme l'homme d'airain soulevait un quartier de roc pour le précipiter sur l'Argo, une veine de sa cheville se rompit dans l'effort et le sang jaillit à gros bouillons ; il mourut peu après et les héros purent aborder et se reposer en prévision de la route qu'il leur restait encore à parcourir.

A leur retour en Grèce, ils se dispersérent, chaque héros regagnant sa demeure. Jason, accompagné de Médée, se dirigea vers le palais pour remettre la Toison à Pélias. Ils apprirent alors les événements affreux qui s'y étaient déroulés. Pélias avait forcé le père de Jason à se tuer et sa mère en était morte de chagrin. Résolu à punir ces crimes, Jason pria Médée de lui apporter ici encore l'aide qu'elle ne lui avait jamais refusée. Et cette fois, elle employa la ruse.

Elle dit aux filles de Pélias qu'elle connaissait un secret qui rendait la jeunesse aux vieillards et pour preuve de ses dires, elle dépeça devant elles un bélier chargé d'ans et en jeta les morceaux dans une chaudière remplie d'eau bouillante. Elle récita alors une formule magique et de la chaudière sauta un agneau qui se sauva en gambadant. Les jeunes filles furent convaincues, Médée fit boire à Pélias un puissant soporifique et persuada les filles d'égorger leur propre père et de le couper ensuite en morceaux. Malgré tout leur désir de le voir recouvrer sa jeunesse, elles durent se faire violence, mais enfin l'affreuse besogne fut accomplie et les restes jetés dans la chaudière ; elles se tournèrent alors vers Médée pour qu'elle prononçât les mots magiques qui leur rendraient leur père dans sa jeunesse retrouvée.

Mais Médée avait disparut - elle avait quitté le palais et la Ville ; horrifiées, les malheureuses comprirent qu'elles avaient elles-mêmes tué leur père. Jason était bien vengé, en vérité.

Une autre légende veut que Médée ait rendu la vie au père de Jason en même temps que sa première verdeur, et qu'elle ait donné à Jason le secret de la perpétuelle jeunesse. Mais Quoi qu'elle ait fait, en bien ou en mal, elle l'accomplit pour lui seul et il la récompensa en la trahissant lâchement.

Après la mort de Pélias, tous deux s'en vinrent à Corinthe.
Deux fils leur étaient nés et leur sort paraissait heureux.

L'exil lui-même ne semblait pas peser à Médée ; la perte de sa famille et de son pays lui était peu de chose en regard de son immense amour pour Jason. Mais tout héros qu'il fût ou prétendit être, Jason montra alors la bassesse qu'il portait en lui : il s'éprit de la fille du Roi de Corinthe et l'épousa. C'était pour lui une alliance splendide et il oublia tout sentiment d'amour ou de gratitude pour ne plus penser qu'à satisfaire son ambition. Sous l'emprise de sa surprise et de son angoisse devant cette trahison, Médée laissa échapper des mots qui firent croire au Roi de Corinthe qu'elle se vengerait sur sa fille - il devait être un homme singulièrement dépourvu de défiance pour n'y avoir pas pensé plus tôt - et il signifia à Médée qu'elle devait aussitôt quitter le pays avec ses deux fils. C'était un sort bien pire que la mort. Exilée, une femme chargée de petits enfants ne pouvait espérer aide et protection de personne.

Immobile, prostrée, Médée songeait sombrement à ce qu'il lui restait à faire, à ses griefs, à son destin misérable, appelant la mort qui mettrait un terme à une vie qu'elle ne se sentait plus la force de supporter ; parfois, avec des larmes, elle pensait à son père, à son pays, elle frissonnait au souvenir de son frère et de cette tache sanglante que rien ne pouvait effacer; mais toujours, elle restait consciente de cette passion sauvage et violente, cause de tout ce mal et de son propre malheur - et soudain, Jason parut devant elle. Sans un mot, elle le regarda. Il était là, tout près d'elle, et cependant elle était loin de lui, seule avec son amour outragé et sa vie détruite. Mais Jason ne se sentait pas contraint au silence par la violence de ses sentiments, il lui dit avec froideur qu'il avait toujours su combien elle était peu maîtresse de son caractère. Sans les paroles insensées, venimeuses qu'elle avait laissé échapper, sans ses menaces envers la nouvelle épouse, rien ne l'aurait empéchée de vivre paisiblement à Corinthe. Lui-même avait fait de son mieux pour lui trouver des excuses et c'était à lui seul et à son intercession qu'elle devait de n'être qu'exilée et non tuée.

Il n'avait épargné aucun effort pour persuader le Roi, et s'il venait à elle maintenant, c'est qu'il n'était pas homme à abandonner ses amis ; il veillerait à ce qu'on lui donnât de l'or et tout le nécessaire pour le voyage.
C'en était trop. Médée laissa jaillir le torrent de ses griefs.
< Tu viens à moi », dit-elle...
A moi, de toute la race humaine ? Mais tu as bien fait de venir, Car je libérerai mon coeur de son fardeau Si je parviens à rendre ta vilenie manifeste, Je t'ai sauvé. Tout homme, en Grèce, le sait.
Les taureaux, les hommes-dragons, le serpent qui gardait la Toison, Je les ai tous vaincus. Je t'ai rendu victorieux.
J'ai tenu le flambeau qui a perniis ton salut.
Père, foyer - j'ai tout quitté pour une terre étrangère, J'ai dispersé tes adversaires
Et mené Pélias vers une mort hideuse, Maintenant tu me trahis.
Où irai-je ? Retourneirai-je dans la maison de mon père ?
Vers les filles de Pélias ?
Pour toi je suis devenue
L'ennemie de tous.
Avec aucun de ceux-là je n'avais moi-même de querelle.

Ah, j'ai trouvé en toi Un époux loyal, digne d'être admiré des hommes, Me voici exilée - ô Dieu, ô Dieu, Personne ne peut m'aider. Je suis seule.

La réponse de Jason fut qu'il n'avait pas été sauvé par elle mais bien par Aphrodite qui l'avait rendue amoureuse de lui, et qu'elle devait lui être reconnaissante de l'avoir amenée en Grèce, un pays civilisé. Elle pouvait encore le remercier d'avoir raconté partout combien elle avait aidé les Argonautes, ce dont chacun maintenant la louait. Si seulement elle avait eu quelque bon sens, elle se serait réjouie de ce mariage qui en fin de compte lui aurait été profitable, à elle-même et à ses enfants. Elle ne pouvait vraiment que s'en prendre à elle-même si elle était maintenant exilée.

Médée manquait peut-être de bon sens mais certainement pas d'intelligence. Sauf pour refuser son or, elle ne perdit plus de temps à lui parler. Elle n'accepta rien de lui, pas même son aide. Jason s'écarta d'elle avec colère. Ton orgueil obstiné, lui dit-il :

Eloigne de toi tous ceux qui te veulent du bien, Tu ne t'en repentiras que davantage.
Mais dès cet instant Médée savait qu'elle emploierait tout son pouvoir à sa vengeance.
Elle décida de tuer sa rivale, et alors ? Mais elle ne voulait pas penser à ce qui l'attendait alors. < Sa mort, avant toute autre chose », se dit-elle.
Dans un coffre, elle prit une robe ravissante, qu'elle aspergea d'un suc mortel, puis elle la mit dans une cassette et la fit porter par ses fils à la nouvelle épousée, en leur recommandant de la priée de s'en vêtir aussitôt en signe d'acceptation. La princesse les reçut gracieusement et acquiesça à leur demande. A peine avait-elle revêtu la robe qu'un feu dévorant l'enveloppa. Elle tomba, morte, sur le sol, la chair calcinée.

Quand Médée apprit la fin de sa rivale, elle prit une nouvelle résolution, plus atroce encore. Pour ses enfants, elle ne pouvait espérer aucune aide, aucune protection, tout au plus l'esclavage. < Je ne les laisserai pas vivre pour être maltraités par des étrangers », se dit-elle,
Ni mourir d'une main plus cruelle que la mienne.
Non ; moi qui leur ai donné la vie, je leur donnerai aussi la mort.
Oh, pas de lâcheté, à présent ; il me faut oublier leur jeune âge
Combien ils sont mignons, et leur premier cri.
Pas cela - j'oublierai pour un instant, Pour un court instant, qu'ils sont mes fils
Puis, à jamais la douleur.

Quand Jason revint, rempli de fureur et résolu à tuer sa femme, les deux petits garçons étaient morts et Médée, du toit de la maison, montait dans un char traîné par des dragons. A travers l'espace, ils l'emportèrent hors de sa vue, tandis qu'il la maudissait. Mais ses épreuves l'avait brisé et jamais plus il ne fut ce qu'il avait été.



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Argonautes




On appelle ainsi les héros qui prirent part avec Jason à la quête de la Toison d'Or, sur le navire Argo. Il nous est parvenu de nombreuses versions de l'expédition, mais la plus connue est celle d'Apollonios de Rhodes, un poète grec; I'histoire était connue aussi d'Homère et de Pindare.

Aeson, le père de Jason, était le roi légitime d'lolcos en Thessalie, mais il fut détrôné par Pélias, son demi-frère. Il demeura dans la ville, mais par crainte que Pélias ne le mît à mort, il envoya secrètement son fils à Chiron pour qu'il l'élève et simula auparavant ses funérailles. Pélias avait été averti qu'il mourrait de la main d'un descendant d'Eole, qui viendrait à lui chaussé d'une seule sandale. Quand Jason atteignit l'âge d'homme, il décida d'aller à lolcos et de faire valoir ses droits au trône.

Il arriva au moment où Pélias sacrifiait à son père Poséidon. Héra en voulait à Pélias; aussi, pour éprouver Jason qui était sur le chemin d'lolcos, elle lui apparut sous la forme d'une vieille femme et lui demanda de lui faire traverser un cours d'eau rapide qui se trouvait sur leur route.

Malgré sa hâte à atteindre lolcos pour le sacrifice, Jason obéit et perdit une de ses sandales dans le cours d'eau. Après qu'il l'eut déposée sur l'autre rive, la vieille femme disparut, et jamais il ne sut qu'il s'agissait d'Héra. En arrivant à Iolcos, il se rendit sur la place du marché et demanda où il pourrait trouver Pélias. On rapporta au roi qu'un homme, qui avait un pied nu, voulait le voir. Pélias se fit aussitôt conduire au marché et comprit alors que l'oracle s'était réalisé.

Jason lui révéla tout à fait franchement qui il était et pourquoi il était venu. Répugnant à souiller le sacrifice avec le sang de son neveu, Pélias l'invita dans son palais et lui annonça que le royaume serait à lui s'il promettait de remplir une tâche. Jason accepta cette condition, et Pélias le chargea de rapporter la Toison d'Or, croyant la chose impossible et espérant qu'il périrait dans l'expédition. Cette toison était la laine du bélier sur lequel Phryxos, pour échapper aux traitements cruels de sa belle-mère Ino, s'était envolé, allant d'Orchomène, en Béotie, jusqu'en Colchide.

Après l'arrivée de Phryxos en Colchide, à l'extrémité de la mer Noire, la toison avait été suspendue dans le bois d'Arès, où elle était gardée par un serpent monstrueux qui ne dormait jamais. D'après une tradition, Aeétès, le cruel roi de Colchis, avait été averti par un oracle qu'il cesserait de régner si la toison disparaissait, ou bien qu'il mourrait de la main d'un étranger; aussi, après avoir donné sa fille en mariage à Phryxos, il tua son gendre.

Cependant, Jason consulta l'oracle de Delphes sur ses chances de réussite et reçut une réponse favorable. Héra l'aida tout au long de sa quête, et tout d'abord inspira à tout un groupe de jeunes hommes valeureux le désir de l'aider. A l'origine, ces héros devaient être Thessaliens (Apollonios leur donne le nom de <<Minyens>>, nom associé à celui d'Orchomène, au nord de la Béotie), mais une tradition plus récente leur joint Héraclès et d'autres étrangers. Les différentes listes reflètent le désir des villes grecques de rehausser les mérites de leurs propres héros en les faisant participer au rassemblement des Argonautes.

Les noms cités sur toutes les listes sont ceux du musicien Orphée, de Zétès et Calaïs (les fils ailés de Borée), Pélée, Télamon, Castor et Pollux (les Dioscures), Idas, Lyncée qui avait une vue supranormale, Tiphys le timonier, Argos, qui construisit le navire, Admète de Phères, Augias et Périclyménos. La plupart des héros avaient des dons ou des vertus particulières: Jason attirait les femmes, et l'amour qu'il inspira à Médée fut un facteur décisif; le don de seconde vue de Mopsos aida les Argonautes à apaiser Cybèle; Héraclès, avec son immense force, les sauva des géants d'Arctonnésos (I'île de l'Ours); Pollux, le champion de lutte, battit Amycos; enfin, Calaïs et Zétès chassèrent les Harpies.

Le navire, disait-on, avait été construit par Argos, avec l'aide d'Athéna; sa figure de proue venait d'une branche du chêne sacré de Zeus, à Dodone: c'était un don d'Athéna, qui l'avait douée de parole. Le navire fut mis à l'eau avec son équipage de cinquante-six hommes, dont cinquante-quatre ramaient, par paire, pendant qu'Orphée, assis à l'avant, chantait pour apaiser la mer et pour donner la cadence aux rameurs; Tiphys pilotait à l'arrière. Apollon et Athéna protégeaient le vaisseau, et, à son départ, I'équipage fit un sacrifice à Apollon. Le fils de Pélias, Acaste, se joignit à l'expédition au dernier moment. La première escale des Argonautes fut Lemnos.

Aphrodite avait affligée les femmes de l'île d'une odeur insupportable, au point que leurs maris les avaient abandonnées. Les épouses délaissées avaient alors tué leurs maris ainsi que les autres mâles de l'île. Leur reine, Hypsipylé, accueillit Jason, et Aphrodite fit disparaître la puanteur des femmes, à la demande d'Héphaïstos; c'est ainsi que Lemnos fut repeuplée par les descendants des Argonautes. Certains disent que les Argonautes séjournèrent un an dans l'île. Après s'être arrêtés à Samothrace, ils traversèrent l'Hellespont (du nom de Hellé, la soeur de Phryxos, laquelle était tombée du bélier d'or), puis pénétrèrent en Propontide, ou mer de Marmara.

Ils firent escale à Arctonnésos, ou l'île de I'Ours, qu'un isthme rattachait au continent. Le roi des Doliones, Cyzicos, les reçut avec hospitalité, mais des géants sortis de terre, nommés Gégéneis (nés de la terre), et qui possédaient chacun dix bras, attaquèrent le navire pendant que l'équipage était au loin. Cependant, Héraclès, qui était de garde, tua les géants et en fit un tas sur la plage. Puis les Argonautes, munis des instructions de Cyzicos pour le reste du voyage, reprirent la mer. Plus tard, dans la journée, des vents les rejetèrent en arrière. Ils amarrèrent le navire et s'installèrent à terre; mais, pendant la nuit, ils durent repousser une attaque des habitants de l'endroit. Au matin, ils s'aperçurent que leurs assaillants étaient les Doliones et que Cyzicos figurait parmi les morts.

Ils lui firent des funérailles magnifiques, mais sa femme Clité se pendit de désespoir. Une tempête empêchait l'Argo de repartir, et Mopsos, qui avait des dons de prophétie, leur dit que Cybèle, la déesse phrygienne du mont Dindyme, devait être apaisée. Les Argonautes se rendirent à son autel en plein air, sur la montagne, et dansèrent autour de sa statue, entrechoquant leurs armes, comme le faisaient les Corybantes, fidèles de la déesse. Au moment où l'Argo atteignait la Bithynie, Héraclès cassa son aviron; ses compagnons et lui abordèrent et furent accueillis par les habitants.

Alors que Héraclès coupait du bois pour fabriquer une nouvelle rame, Hylas, un jeune homme qu'il aimait, alla tirer de l'eau à un puits, Ies nymphes du puits furent si émerveillées par sa beauté qu'elles l'attirèrent dans l'eau. Héraclès, déchiré par sa perte, se mit à errer dans les bois, appelant Hylas- et l'Argo quitta le port sans eux. Quand les Argonautes découvrirent qu'ils avaient laissé Héraclès à terre, Glaucos, une divinité marine, sortit des flots pour leur faire savoir que le héros était destiné à retourner en Grèce pour achever ses travaux. Polyphème resta aussi en arrière, car, entendant les appels de Hylas, il avait couru à son secours. Plus tard, il fonda la ville de Cios, dans le voisinage. Héraclès demanda aux gens du pays de chercher Hylas, après son départ.

L'Argo parvint ensuite au pays des Bébryces, dont le roi, Amycos, défiait tous les visiteurs à la lutte, et les tuait. Les Argonautes furent indignés par ce comportement et Pollux, le lutteur, enfonça le crâne d'Amycos d'un coup derrière l'oreille. Les Bébryces, voyant leur roi mort, attaquèrent les Argonautes qui les repoussèrent facilement. Puis le navire fit escale à Salmydessos, capitale de la Thynie, en Thrace, dont le roi Phinée, possédait des dons de prophétie; mais Zeus lui avait envoyé les Harpies, car il avait pénétré certains secrets concernant la race humaine.

Le dieu l'avait aveuglé, et les Harpies venaient saisir les mets déposés sur sa table et le couvrir de leurs excréments. Le roi accueillit chez lui les Argonautes, les informa de l'avenir du voyage, puis les pria de l'aider, sachant que deux d'entre eux, ses beaux-frères ailés, Calaïs et Zétès, pourraient chasser les Harpies. Un banquet fut préparé-et, quand les Harpies arrivèrent, Calaïs et Zétès les pourchassèrent jusqu'en Acarnanie; là, Iris leur apporta un message de Zeus: les Harpies devaient être épargnées, car elles étaient ses servantes, mais, jamais plus, elles ne tourmenteraient Phinée. Les Argonautes firent voile vers le Bosphore, ayant été informés que, s'ils réussissaient à passer entre les Symplégades, ils pourraient poursuivre leur voyage sans encombre.

Les <<rochers qui se heurtent>> étaient des écueils flottant de chaque côté du détroit, et qui se choquaient violemment quand le vent soufflait. Phinée avait expliqué aux Argonautes comment ils pourraient échapper au danger; Euphème, un fils de Poséidon, qui pouvait traverser la mer sans se mouiller les pieds, lâcha une colombe qui vola entre les rochers. Ceux ci se refermèrent à son passage, mais ne pincèrent que le bout de sa queue; les rameurs lancèrent l'Argo, alors que les rochers s'écartaient de nouveau. Mais une énorme vague les retint à l'endroit précis où les rocs se refermaient. Cependant, Athéna n'abandonna pas le navire qu'elle avait construit, elle le poussa à travers l'eau, et les rochers n'attrapèrent que l'extrémité de la poupe.

Par la suite, le détroit resta libre, et les Symplégades ne gênèrent plus les marins. Poursuivant sans encombre leur route vers la Colchide, les Argonautes firent un sacrifice à Apollon, sur une île déserte de la côte de Thynie. Ils furent reçus par Lycos, le roi des Mariandynes; c'est là que le devin Idmon fut tué par un sanglier (ainsi qu'il l'avait lui-même prédit) et que le pilote Tiphys mourut de maladie. Ancée prit le gouvernail, et Dascylos, le fils de Lycos, prit place parmi l'équipage. A Sinope, trois Thessaliens qui avaient aidé Héraclès à combattre les Amazones se joignirent à eux. Puis ils longèrent la mythique île d'Aria, où ils rencontrèrent des oiseaux qui attaquaient les étrangers en se servant de leurs plumes à l'extrémité d'acier, comme de flèches.

Les Argonautes se couvrirent la tête de leurs boucliers et firent un terrible vacarme afin d'éloigner les oiseaux. Ils furent rejoints par les quatre fils de Phryxos qui avaient été abandonnés sur l'île quand ils avaient fui Aeétès, le roi de Colchide (qui avait tué leur père). L'aîné, Arogs, informa Jason des difficultés qui les attendaient en Colchide. Les Argonautes remontèrent le fleuve Phase et jetèrent l'ancre devant la capitale, Aea. Jason débarqua et se rendit au palais d'Aeétès, accompagné par Télamon et Augias.

Héra répandit sur eux une nuée, afin de les dissimuler, et Médée seconde fille d'Aeétès et magicienne experte, fut la première personne à les voir. Aphrodite, engagée par Héra pour l'aider à accomplir son projet, inspira à Médée une vive passion pour Jason. Cependant Aeétès croyait que les Grecs étaient venus pour le tuer et s'emparer de son trône; il nourrissait une haine implacable envers eux, mais il la tint secrète. Jason lui assura que le seul objet de son voyage était la Toison d'Or. Aeétès fit semblant de le croire et fit connaître ses conditions-.

Elles consistaient en une épreuve de force et d'adresse, qui, pensait-il, amènerait la fin rapide de Jason. Il s'agissait d'atteler au même joug une paire de taureaux aux sabots d'airain et qui soufflaient le feu par leurs naseaux, puis de labourer un champ et de semer les dents d'un dragon, et enfin de tuer une moisson d'hommes armés qui surgiraient à ce moment-là du sol. Argos alla trouver sa mère, Chalciopé, une des filles d'Aeétès, et lui demanda son aide; celle-ci persuada sans mal Médée d'utiliser son art de magicienne.

Puis il donna secrètement rendez-vous à Jason et à Médée, à l'aurore, dans le temple d'Hécate, la déesse des magiciennes, en dehors des murs de Aea. La, Jason promit à Médée de la ramener en Grèce et de lui procurer une position honorable; en retour, elle lui donna un baume et lui indiqua la façon dont il fallait invoquer l'aide d'Hécate. Plus tard, dans la matinée, Jason alla chercher les dents du dragon et reçut des instructions précises d'Aeétès. A la nuit, suivant les instructions de Médée, il offrit un sacrifice à Hécate, qui apparut et accepta ses offrandes.

A l'aurore, il s'enduit du baume de Médée, puis, après qu'elle eut chanté des incantations pour le fortifier, il surmonta avec succès les trois épreuves imposées par Aeétès. Protégé par le baume des flammes que crachaient les taureaux, il réussit à les mettre sous le joug; puis il laboura le champ et sema les dents derrière lui. Des hommes armés naquirent des sillons, atteignant, dans l'après-midi, leur taille définitive. Comme ils s'avançaient sur lui, Jason lança une pierre au milieu de la troupe. Aussitôt, les hommes commencèrent à se battre entre eux, se réduisant réciproquement en pièces. Il exécuta les survivants, et, au crépuscule, la bataille prenait fin.

Aeétès, cependant, ne tint pas sa promesse et refusa de donner la Toison d'Or. Au contraire, il voulut se débarrasser des Grecs, qui, à présent, le terrifiaient. Médée, pensant que son père la suspectait d'avoir aidé Jason, s'enfuit au milieu de la nuit, et alla vers l'Argo, où elle trouva les Argonautes célébrant la victoire de Jason.

Elle fit part à ce dernier de ses craintes, et Jason prit alors Héra comme témoin de la promesse de mariage qu'il fit à Médée. Ensuite, elle conduisit Jason au bois d'Arès, où le serpent qui ne dormait jamais gardait la Toison d'Or. Grâce à ses sortilèges, elle réussit à endormir le monstre; Jason grimpa sur lui et s'empara de la Toison. Tous deux se précipitèrent jusqu'à l'Argo, qui appareilla et quitta en toute hâte l'embouchure du Phase. Au lever du jour, la flotte d'Aeétès était déjà à leur poursuite.

Il existe plusieurs versions du retour des Argonautes de Colchide. Selon la plus ancienne, rapportée par le poète Pindare, le navire fit voile vers l'Océan, probablement en remontant le Phase, plutôt qu'en le descendant. Puis, longeant l'Asie et l'Afrique, il pénétra en Méditerranée, soit par le détroit de Gibraltar, soit par la mer Rouge. Une autre version les fait traverser l'Europe: leur bateau aurait remonté le Don, descendu un autre fleuve, pour arriver à la Baltique, puis, longeant la côte ouest de l'Europe, il aurait pénétré en Méditerranée par le détroit de Gibraltar. Pour Ovide les Argonautes empruntèrent le chemin qu'ils avaient pris pour venir, enlevant le jeune fils du roi, Apsyrtos, avant de partir. Puis, pendant la traversée de la mer Noire, voyant les bateaux d'Aeétès à leur poursuite, Médée poignarda son frère Apsyrtos, le coupa en pièces et sema les membres sur la mer, ou les laissa en évidence sur la plage.

Ainsi elle retarda son père, qui recueillit le corps, et lui fit des funérailles. Pendant ce temps, I'Argo s'enfuyait rapidement. Toutefois, Apollonios raconte qu'Aeétès avait envoyé Apsyrtos, déjà adulte, à la poursuite des Argonautes. Ce dernier ferma toutes les issues de la mer Noire, y compris le Bosphore et l'embouchure de l'Ister (le Danube), niais omit le bras le plus au nord. Les Argonautes utilisèrent cette issue et suivirent l'Ister sur toute sa longueur; puis ils descendirent un autre fleuve et débouchèrent dans l'Adriatique. Cependant, Apsyrtos les avait devancés et les attendait, bloquant l'issue. Les Argonautes abordèrent sur une île consacrée à Artémis, et Jason parlementa avec Apsyrtos.

Celui-ci accepta de laisser la Toison d'Or à Jason, mais insista sur le retour de Médée. Quand elle apprit cela, Médée fut furieuse contre Jason, mais ce dernier prétendit que son entrevue avec Apsyrtos n'avait été qu'une ruse. Médée, prête à voir mourir son frère, aida Jason à lui tendre une embuscade, lors d'une seconde rencontre. Elle attira Apsyrtos, sous le prétexte qu'elle voulait être sauvée de Jason qui l'avait enlevée; Jason apparut alors, et le poignarda. A la suite de cet acte impie, les Argonautes ne purent descendre le long de l'Adriatique, parce qu'une tempête les repoussait en arrière. Par la voix de leur beaupré, Zeus les informa que Jason et Médée devaient être purifiés par Circé, la tante de Médée, qui vivait sur une île, sur la côte ouest de l'ltalie. Le navire dut remonter le fleuve Eridan (le Pô), descendre le Rhône et arriver ainsi, protégé par Héra, à la mer Tyrrhénienne.

Lorsqu'ils atteignirent Aeaea, I'île de Circé, Jason et Médée débarquèrent seuls et allèrent se faire purifier; la magicienne utilisa le sang d'un cochon et fit des offrandes propitiatoires à Zeus, et aux Erinyes. Puis elle leur demanda qui ils étaient et ce qu'ils avaient fait - leur histoire l'horrifia tellement qu'elle les renvoya sans leur offrir l'hospitalité, bien que Médée fût sa nièce. Cependant, la purification demandée par Zeus avait été obtenue. Avec l'aide d'Héra, de Thétis et des Néréides, I'Argo cingla vers le sud, dépassant Charybde et Scylla, évitant les Sirènes et les îles Errantes. Quand l'équipage arriva à Schéria, l'île des Phéaciens, il trouva un groupe de Colchidiens qui avaient pour mission de ramener Médée. Arétè, la femme d'Alcinoos, roi des Phéaciens, suggéra à son mari de ne rendre Médée aux Colchidiens que si son mariage avec Jason n'avait pas encore été consommé. Sinon, elle devrait rester avec son mari. De fait, ils n'avaient pas encore consommé leur mariage; aussi, Arétè, qui avait de la sympathie pour eux, arrangea en hâte une rencontre dans une grotte.

Ainsi, les Colchidiens durent repartir les mains vides; mais, plutôt que d'affronter la colère d'Aeétès, ils s'établirent à Corcyre. Les Argonautes reprirent la mer; mais, arrivés à proximité de la Grèce, une tempête les dérouta jusqu'en Libye. Ils furent transportés à l'intérieur des terres par une énorme vague et déposés dans le désert. Ils étaient sur le point de mourir de soif quand Jason vit trois nymphes vêtues de peaux de chèvre; elles lui dirent que lorsque Amphitrite aurait dételé le char de son mari Poséidon, ils seraient quittes envers leur mère des peines qu'elle avait eues lorsqu'ils étaient dans son sein.

Pélée interpréta l'oracle, et un grand cheval blanc leur apparut; ils reconnurent un des chevaux de Poséidon; leur mère était évidemment l'Argo lui-même, qu'ils durent porter sur leur dos pendant neuf jours, jusqu'au lac Tritonis. Ce lac se trouvait près du jardin des Hespérides et ils y arrivèrent juste après le passage d'Héraclès, qui en avait tué le serpent et pris les pommes. Il avait aussi fait jaillir une source d'un rocher, ce qui permit aux Argonautes d'étancher leur-soif.

Une fois le navire mis à l'eau sur le lac Tritonis, ils furent incapables de trouver une issue vers la mer.

Sur une suggestion d'Orphée, ils offrirent un trépied sacré provenant de Delphes aux dieux locaux. Leurs prières furent entendues par Triton, qui avait pris l'apparence d'un certain Eurypytos; celui-ci donna à Euphèmos une motte de terre en signe d'amitié, puis il poussa l'Argo sur une rivière, jusqu'à la mer. Les Argonautes firent voile le long de la côte de Libye et arrivèrent en Crète. Là, vivait Talos, l'homme de bronze chargé par Minos de défendre l'île; trois fois par jour, il en faisait le tour.

Le géant lança des rochers sur eux, mais Médée, par ses enchantements, enleva le clou qu'il avait à la cheville et qui retenait le sang de son unique veine, ce qui entraîna sa mort. La motte de terre offerte par Triton tomba à la mer au nord de la Crète et devint l'île de Thèra; accomplissant une prophétie, les descendants d'Euphèmos s'établirent sur l'île. Puis l'Argo fut enveloppé d'une épaisse nuée, dans laquelle il était impossible de se diriger. Jason implora Apollon, qui lança une flèche enflammée vers un endroit proche du bateau. Une île voisine fut éclairée, et les compagnons l'appelèrent Anaphè, la Révélation. Ils y abordèrent et offrirent à Apollon un sacrifice en reconnaissance.

Le jour revint, et le navire termina son voyage jusqu'à lolcos, où Jason remit la Toison d'Or à Pélias. Mais il ne devint jamais roi d'lolcos, et abandonna Médée qui l'avait tant aidé. L'Argo finit ses jours à Corinthe; par une ironie du sort, Jason fut tué sous sa carcasse pourrissante, assommé par la proue qui s'était détachée. Son compagnon, le fils de Pélias, Acaste, devint roi d'lolcos. Les dieux enlevèrent le navire dans les cieux et en firent une constellation.
superbiboune
Une histoire passionnante! Et compliquée à souhait, comme l'aimait les Grecs!

Ahhhhhhh... rolleyes.gif ça me rapelle mes premières amours, à 7 ans, avec mon bouquin "Contes et Légendes" d'Emile Genest...

J'adore Sophocle... je ne m'explique pas trop pourquoi (je n'ai pas beaucoup lu d'auteurs antiques) à part Sophocle, l'intégrale.

Ce sont de longues tragédies, notamment sur l'histoire d'Oedipe et sa fille, Electre... Une histoire magnifique, ou tout va de mal en pis et à la fin, Electre est condamnée à être emmurée vivante, son amoureux se suicide de chagrin, la mère de l'amoureux se pend en apprenant la mort de son fils et l'oncle, responsable de tout ça se suicide aussi... j'adore tongue.gif

Je vous l'écrirais une fois... Magnifique.
Merci Alucard pour ce post... Je m'excuse, mais je vais le déplacer dans "Mythologie", c'est un Mythe, ce sera mieux tongue.gif
Asia48
Ce qui est intéressant aussi, c'est de savoir ce qui se cache derrière les légendes, car elles reposent souvent sur un fond de réalité. Evidemment on peut trouver que cela leur enlève le merveilleux et qu'il vaut mieux ne pas savoir. Tant pis, j'y vais quand-même.

En Colchide, c'est-à-dire vers la Géorgie actuelle, il y avait une vieille technique des premiers orpailleurs qui utlisaient une toison, une peau de bête, pour recueillir les paillettes d'or dans les rivières. Je subodore que c'est de là que vient l'histoire de la quête de la toison d'or. icon14.gif


QUOTE(Asia48 @ May 28 2005, 09:09 AM)
QUOTE(superbiboune @ Dec 16 2003, 11:39 AM)
Une histoire passionnante! Et compliquée à souhait, comme l'aimait les Grecs!

Ahhhhhhh... rolleyes.gif ça me rapelle mes premières amours, à 7 ans, avec mon bouquin "Contes et Légendes" d'Emile Genest...

J'adore Sophocle... je ne m'explique pas trop pourquoi (je n'ai pas beaucoup lu d'auteurs antiques) à part Sophocle, l'intégrale.

Ce sont de longues tragédies, notamment sur l'histoire d'Oedipe et sa fille, Electre... Une histoire magnifique, ou tout va de mal en pis et à la fin, Electre est condamnée à être emmurée vivante, son amoureux se suicide de chagrin, la mère de l'amoureux se pend en apprenant la mort de son fils et l'oncle, responsable de tout ça se suicide aussi... j'adore tongue.gif

Je vous l'écrirais une fois... Magnifique.
Merci Alucard pour ce  post...  Je m'excuse, mais je vais le déplacer dans "Mythologie", c'est un Mythe, ce sera mieux tongue.gif
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superbiboune
Kikoo !

Oh super intéressant ! C'est à dire qu'il y avait des ruisseaux connus pour charier l'or et que les autochtones utilisaient les toisons toutes moumouteuses pour que les paillettes s'accrochent ? Excellent, je n'avais jamais pensé à ça !

Ca me fait penser à une des aventures des Sindbad dans les milles et une nuit, l'histoire des gorges aux diamants. Lui arrive par des péripéties étonnantes au fond d'un gouffre - où personne ne va jamais car il est rempli de reptiles gigantesques -, et il est entouré de diamants énormes. Et tout d'un coup un mouton mort tombent devant lui, harnaché, et des gens les remontent pour récupérer les diamants pris dans la laine. Et c'est comme ça qu'il est sauvé.

Je me suis demandée si c'était :
- une coutume d'un pays, connu par les arabes de cette époque
- une légende : les arabes s'imaginaient qu'un peuple étranger avait eu l'idée de faire ça

Merci pour cette info et sois le/la bienvenu(e) Asia48 !
Ravie de trouver un(e) passionné(e) de Mythologie ! w00t.gif

N'hésite pas à venir te présenter dans le topic consacré ! (Divers > Présentation des membres, un sujet épinglé) et à très bientôt !
titus
calimero.gif J'ai toujours adoré cette histoire de Jason et des Argonautes, surtout du fait du film de 61 avec les effets spéciaux de Ray Harryhausen, grande histoire.
Est-ce que quelqu'un pourrait nous parler d'un autre héro de la mythologie grecque : Persée, j'adore son histoire, je la cherche sur le net sans résultat.
superbiboune
Mis en film superbement - fidèlement pas franchement, mais bon ^^ - par Ray Harryhausen également dans "Le choc des Titans" ! Je verrai si je trouve ça, Titus ! ^^

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(Le lendemain...)

Comme promis j'ai jeté un ptit coup d'oeil wink.gif Le Mythe du Héros Grec Persée
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