Celui qui chuchotait à l'oreille des crépidules dans les ténèbresAlors que je sens le dénouement proche, je me dois de coucher par écrit mon aventure.
Beaucoup doivent me croire fou, et moi-même je ne sais plus s'il s'agit d'un rêve, tant la terreur m'avait envahi.
Cela se déroulait il y a quelques années déjà, dans une contrée réputée pour son taux pluviométrique (le plus élevé en France).
Nous étions, avec quelques amis, à la limite Est de la Bretagne, dans la baie du Mont St-Michel, où nous étudiions l'accumulation de sédiments côtiers. Lors d'une pause un professeur nous a présenté la faune et la flore locale. Crabes et anémones de mer côtoyaient la crépidule
(voir ici). C'était la première que nous voyions un tel animal, si moche et malodorant.
Le soir-même , nous surprimes quelques conchyliculteurs se plaindre de l'abondance de cette crétaure, qui dévastait les cultures de moules et d'huîtres.
Elle se propageait comme un fléau, et nombres étaient ceux qui avaient fui la région. Parmi ceux qui restaient, certains avaiant l'air d'avoir subi des modifications dans leur apparence, une odeur insoutenable se dégageait d'eux, mais ils semblaient avoir une importance dans la hiérarchie locale. On ne voyait jamais distinctement leur visage, et marchaient recourbés.
Nos études progressaient, et nous nous sommes alors enfoncés dans la Bretagne profonde, nous résidâmes quelques temps dans un petit village oublié, Trebeurden, dans une auberge à quelques mètres de la plage.
Un soir nous décidâmes defaire quelques pas sur cette plage, nous étions six, quatre garçons et deux jeunes filles. Nous plaisantions sur quelques légendes locales moyenageuses quand je me suis rendu compte que mes deux plus chers amis n'étaient plus avec nous. L'eau montait, et une odeur intense semblait être portée par la marée. Cette odeur semblait familière, comme un tas de poissons morts en train de pourrir au fond d'une baie. Je décidai alors de laisser mes trois compagnons pour chercher nos deux disparus. C'est lorsque je fus seul que je l'ai rencontrée pour la première fois. Elle mesurait quelques mètres de haut, l'odeur me mit instanément mal à l'aise. Je crus qu'elle me fixait avec un nombres incalculables d'yeux, comme si elle cherchait à sonder mon âme. Ma tête me fesait mal, je sentais mes veines palpiter douloureusement sous mon crâne et mon cou, mais je n'arrivais pas à quitter les yeux cette sombre créature dans l'obscurité maléfique. Cette entrevue n'a duré que quelques secondes puis elle a continué son chemin, comme si elle n'avait pas existée. Comme si nous ne faisions pas partie du même monde.
Je titubais quelques instants, hagard, lorsque je recouvrai mes esprits, j'avais les pieds dans l'eau glacée, il me semblait que d'autres masses sombres nageaient au loin, je me sentais irrésistiblement attiré, mais la raison m'interdisait de plonger dans cette eau glacée et purulente. Je rebroussais chemin, quand je sentis le sol se dérober sous mes pieds. Mes deux amis disparus se penchèrent sur moi et me tendirent la main. Lorsque je la saisis la sensation me fit frémir, cela me rappeler les écailles gluantes d'un poisson. Alors que nous rentrions ils ne pipèrent mot. Je n'osais pas les regarder en face. Nous marchions depuis longtemps déjà, mais je ne pouvais que suive mes amis, qui m'encadraient prestement. Nous arrivâmes devant un vieux dolmen, je sentis tous les poils de mon corps alors que la peur se saisit de moi. Mes amis s'exprimèrent dans un langage qui me semblait familier mais qui devait être un vieux dialecte oublié des humains. La pleine lune illuminait le dolmen, et l'on me fit allongé comme sur l'autel d'un sacrifice. J'avais perdu tout contrôle de moi. Je luttais pour crier mais aucun son ne sortit de ma gorge, mes poumons devenaient douloureux comme si je ne respirai plus depuis quelques minutes. Et j'ai vu, sous la lumière de la lune blafarde. Cette créature hideuse, issue d'un temps ancien. Mes amis semblaient lui obéir, leur visage était blême, leur regard vitreux. Ils semblaient couverts d'une substance, un mucus qui rendait leur peau brillante. De fins sillons dans le cou, comme s'il s'agissait de branchies, s'ouvraient béants et se refermaient au rythme d'une respiration bruyante. La créature ideuse se pencha sur moi, elle était horrible, sa peau était couverte d'écailles dans lesquelles je voyais se refléter ma terreur. Peut-être que cette chose qui chuchotait dans mon oreille avait eu une forme humaine un jour. Elle me chuchotait des insanités, dans un langage interdit, chaque syllabe, chaque phonème prononçés était une insulte à l'existence de toute chose sur terre. La respiration même de cette engeance ignoble était un blasphème contre la nature. Mais je l'écoutais, ce langage m'était inconnu et pourtant il réveillait en moi des sensations inconscientes, comme si je l'avais toujours maîtrisé. Je ne me souviens que de bribes, mais aucun mot ne me vient à l'esprit, ces chuchotements me suggéraient des images, des peurs, nous allions être réduits à l'état de créatures hybrides servant pour une reine cruelle. Une reine qui avait besoin d'un sacrifice, ce soir.
La créature se retira, pour laisser la place à une autre, aux formes plus distinctes, elle fixa mes deux amis. Leur regard semblait exprimer la douleur, mais ils ne fesaient aucun mouvement, et puis ce fut tout, ils restèrent plantés sans bouger.
Puis elle se tourna vers moi, elle ouvrit plusieurs bouches béantes, desquelles sortit un mucus dont elle m'aspergea, j'en avalais à plusieurs reprises sans même suffoquer, et puis je perdis connaissance.
Le lendemain, je me réveillais trempé au bord de la plage, mes compagnons vinrent à ma rencontre mais mes deux mais étaient portés disparus.
Bon sang, mais cette petite crique est envahie par les crépidules, cette odeur, j'entendais des millions de voix, de chuchotements...
Alors que les autorités locales menaient leur enquête, tous les soupçons se portèrent sur un marin, qui avait la même allure que les conchyliculteurs du Mont Saint-Michel, il m'a donné l'impression d'être un humain en train de se métamorphoser en l'une de ces créatures. se seraient-elles reproduites avec des humains?
En retournant à l'auberge, je compris que ces chuchotements venaient de tous ces petits coquillages à la forme disgracieuse. C'était comme si j'étais entré en contact avec les crépidules, intégré, à leur conscience collective. Je connaissais toutes les sensations de chacune, et elles connaissaient les miennes. Allais-je être un outil dans ce désir de conquête?
Au fil des jours les gens m'évitent, mon odeur semble géner leurs narines délicates. Je me rends compte de ce qui m'arrive et j'ai décidé d'agir.
Je vais rechercher cette créature et la pourchasser. Je n'aurai de trêve que lorsque cette abomination sera éradiquée totalement.
Mon dieu, la voilà, je AAAARRghhhhh