aristee
Feb 7 2008, 02:07 PM
VENGEANCE INFERNALE
Il y a 1 mois, j’étais un homme normal. Je veux dire que je n’étais ni meilleur ni plus mauvais que les autres. Aujourd’hui certes je suis encore lucide, j’ai encore la notion du bien et du mal, mais ce que j’appelais les vertus, les valeurs…..n’ont plus aucune…… valeur pour moi.
Le bien des autres devait être respecté. La vie des autres était sacrée. Aujourd’hui, sans remord, sans culpabilisation, sans hésitation, je pourrais tuer et voler si je le juge nécessaire à ma survie.
Entendons nous bien. Je ne suis pas en train de dire que je tuerais par plaisir. Je ne suis pas devenu sadique. Mais si quelque chose en moi est devenu monstrueux, je le sais, j’en ai conscience, c’est mon égocentrisme.. La vie m’a été donnée, je la défendrais de toutes mes forces et aucun sentiments maintenant ne pourrait me retenir. Un paquet de vies humaines ne fait pas le poids en face de la mienne.
Mon mépris pour toute l’espèce humaine atteint des dimensions gigantesques.
J’ai été profondément malheureux. Je ne le suis plus. J’ai dépassé ce stade. Au point d’être insensible aux malheurs des autres qui me semblent n’être que de petits contretemps par rapport aux épreuves qui ont été les miennes.
Parce que mon expérience est exceptionnelle, je vais la décrire. Oh, il ne s’agit pas pour moi de me constituer un dossier d’excuses. Etre excusé est bien le dernier de mes soucis. Etre excusé par des personnes que je méprise, la belle affaire !!
Non. Si j’écris, c’est pour mon fils, Denis. Le seul être pour lequel il me reste quelques uns de mes sentiments d’avant. Il a 1 an. Lui devra savoir ce que l’on a fait à son père. Lui, oui, en connaissance de cause, il aura le droit de me juger.
Il y a 1 mois je l’ai dit, j’étais un homme normal. J’étais chef de service dans une compagnie d’assurances ce qui à mon âge 28 ans, n’était pas mal. J’étais marié avec Maud dont le physique est plus qu’agréable, et l’intelligence vive. J’avais un fils de quelques mois. Nous vivions dans une aisance matérielle et une entente sereine.
Tout a commencé le 18 Mars dernier. Après avoir pris mon petit déjeuner avec Maud., au moment ou j’allais partir au bureau elle me demanda de sa voix câline habituelle.
- A quelle heure rentres tu ce soir ?
- Quelle question !!! Comme d’habitude ma chérie, à 18 heures.
- Justement, je voulais te demander : Pourrais tu exceptionnellement rentrer un peu plus tard. Vers 19 heures par exemple ?
- Mais pourquoi ?
- Je t’en prie, ne pose pas de questions ! Elle vint m’embrasser amoureusement. Le peux tu chéri ?
- Bien sûr, si cela doit te faire plaisir. Je rentrerai à 19 heures.
3 ou 4 fois dans la journée, je me suis demandé pour quelle raison, Maud me demandait de rentrer plus tard ce soir. Mais cela ne me troublait pas outre mesure. Sans doute une surprise qu’elle voulait me faire.
Je restais donc à travailler à mon bureau un peu plus tard qu’habituellement, et calculais mon départ du siège, pour être chez moi à 19 heures.
Mon appartement est au troisième étage. Je sortais ma clé pour ouvrir la porte d’entrée, lorsque je m’aperçus que la porte n’était pas fermée.
Le hall d’entrée était vide. Le fauteuil et les porte manteaux avaient disparus. Le grand placard avait les portes ouvertes. Il était absolument vide.. En courant, je parcourus tout l’appartement . Il ne restait rien. Plus un seul meuble, pas le moindre bibelot. Le sol jonché de paille disait que des déménageurs étaient venus, et avaient fait leur travail vite et bien.
Mon sentiment dominant était l’incompréhension. Je n’étais ni triste ni furieux. Je ne comprenais pas.
Je vis soudain que sur le parquet, à partir de la porte d’entrée, un trait à la craie avait été tracé, avec de temps en temps une flèche pour marquer la direction. Je suivis cette flèche qui aboutit à la porte de ma chambre, et se continua sur la porte elle-même jusqu’à la hauteur d’une enveloppe qui avait été fixée avec un morceau de papier collant.
Ce n’est qu’à ce moment là que je réalisais qu’il s’agissait de quelque chose de très grave pour moi, et je me mis à trembler de tout le corps. J’ai eu un mal fou pour décacheter l’enveloppe et en extraire la lettre.
Elle était brève.
Tu es malheureux. Demain ce sera pire. Après demain encore pire.
P.S. Ce soir, tu peux coucher ici. Le bail n’a été résilié qu’à partir de demain
( A suivre)
aristee
Feb 8 2008, 07:24 AM
C’était tellement énorme, que j’oscillais entre abattement et rire. C’était sans doute une plaisanterie. Mais, tout déménager pour une simple plaisanterie, c’était difficile à croire. J’ai mis plusieurs minutes pour admettre que tout cela était vrai. Ma femme était partie, avec tous les meubles, toutes mes affaires, et je me retrouvais avec les seuls vêtements sur moi. J’avais mon sac à la main. Il avait son poids normal. Je l’ouvris cependant. Hébété, je sortis des feuilles de papier des briquets qui étaient là pour faire le volume et le poids. Plus de portefeuille, plus de papiers d’identité ou de permis de conduire. Il ne restait que mon chéquier et ma carte de crédit.
Dans ce naufrage total, je me raccrochais à ce qui me restait. J’ai au moins de l’argent. Bien sûr, il n’était pas question de dormir là, et sortant de l’appartement comme un somnambule, mon crâne ne contenait qu’une idée : Aller à l’hôtel. Me réfugier dans une chambre , et après, je ne savais pas.
Je passais la nuit, allongé sur le lit, sans m’être déshabillé. Je n’avais pas dormi une seconde. Le jour se levait. Il fallait que j’en fasse autant et que j’aille travailler. La vie devait continuer.
Après une rapide toilette, il me semblait que mon cerveau se remettait lentement à fonctionner. Après tout, une femme qui quitte son mari, c’est banal. Bien sûr, une femme qui part avec tous les meubles, qui vole tous les papiers de son mari, c’est déjà plus rare.
Mais bizarrement, ce qui me faisait encore plus mal, c’est que je n’avais rien vu venir. J’aurais juré que nous étions parfaitement heureux. Le matin, quand je suis parti au bureau, Maud était normale, et même peut être encore plus affectueuse que d’habitude. Pourtant il ne s’agissait pas d’un coup de tête. Elle préparait son coup depuis longtemps. Il avait fallu résilier le contrat de location, préparer le déménagement, cela ne s’improvise pas. Comment avait elle pu se montrer aussi amoureuse pendant cette préparation. Et Pourquoi ? Oui, pourquoi ? C’était à devenir fou.
J’arrivais à ma société. Mon bureau étant au premier, je pris comme toujours l’escalier.
Arrivé devant la porte de mon bureau ou normalement une plaque indiquait :
PAUL DEMANGE
CHEF DU SERVICE PRODUCTION
il y avait une autre plaque
ARCHIVES
Je me reculais pour avoir une vue d’ensemble sur le couloir. Non. Je ne me trompais pas de porte. J’étais bien devant mon bureau. Je poussais la porte, et me trouvais en effet dans une pièce garnie de casiers remplis de dossiers. Un archiviste travaillait et ne leva même pas la tête à mon entrée.
J’avais la tête qui tournait. C’était un cauchemar, j’allais sans doute me réveiller. Je suis resté sans doute plusieurs minutes dans le couloir, immobile, incapable de penser de bouger.
Ma secrétaire passa à côté de moi. Et machinalement je lui dis :
- Bonjour Annie !
Elle ne répondit pas, et continua sa route comme si j’étais invisible.
Je sentis alors une rage m’envahir. Je courus vers elle la pris par le bras.
- Que se passe t il, Annie ? Je vous ai dit bonjour, vous pourriez me répondre ?
Elle secoua mon bras pour se dégager
- Laissez moi, Monsieur…….Je ne peux pas.
Et elle partit en courant.
J’étais toujours en rage, avec un énorme besoin de savoir et de comprendre.
Je me précipitais chez mon collègue le chef des encaissements. Je frappais à sa porte et entrais aussitôt. Dès qu’il me vit, il se leva et me dit, en tendant le bras vers la porte.
Sortez, Monsieur, sortez ! Je ne vous ai pas autorisé à entrer, Sortez !
( A suivre)
aristee
Feb 9 2008, 07:20 AM
Il avait les yeux exorbités, il semblait crever de peur et répéta une fois encore
- Sortez !!!
Je me retrouvais une nouvelle fois dans le couloir. Mon cerveau fonctionnait toujours au ralenti. Ma rage était tombée. Une petite lueur se fit jour dans ma tête. Il fallait que j’aille voir Bernard le chef du contentieux. Nous étions amis . Plusieurs fois Maud et moi l’avions invité avec sa femme, et nous avions dîné chez eux à de nombreuses reprises.
Arrivé devant la porte de son bureau, je m’arrêtais un instant pour respirer profondément. C’est comme si je sentais confusément que c’était ma dernière chance pour comprendre, et qu’il ne fallait pas la gâcher.
Je frappais, et après avoir entendu : » Entrez », je pénétrais dans le bureau de Bernard.
Dès qu’il me vit, il se précipita sur moi.
- Je t’attendais. Ecoute moi 1 minute et quand j’aurai fini, pars aussitôt. Pour toi, je risque ma place.
Ta femme est la maîtresse du P.D.G. Ils ont tout monté ensemble. Ici, tu n’es rien. Tu n’es même pas connu. Plus de trace de toi ni au service du personnel ni ailleurs. Nous avons tous été prévenus que si nous parlions avec toi, d’une façon ou d’une autre nous serions mis à la porte. Maintenant, je t’en supplie, pars tout de suite.
En prononçant ces derniers mots, il me poussait vers la porte et je me retrouvais une fois de plus dans le couloir.
Je sus alors que je ne pourrais plus tomber plus bas. J’étais au fond d’un trou noir ou le pire ne signifie plus rien.
Je sortis de la Société, et marchant comme un automate je me retrouvais dans un petit jardin public ou il m’arrivait de venir après le déjeuner, avant de reprendre le travail.
L’habitude me guida vers un banc ou je venais souvent m’asseoir, et je m’y suis laissé tomber.
Ma femme, maîtresse du Président Directeur Général ? Dans d’autres circonstances cela aurait du me faire rire. Elle a 25 ans il en a plus de soixante, mais, bon, ça à la rigueur ! Mais pourquoi, pourquoi cette méchanceté diabolique ? Qu’avais je fait pour mériter cette punition inhumaine ? Je ne suis pas un saint, c’est vrai, mais je n’ai jamais trompé ma femme, je pense avoir été un bon mari, notre entente physique était évidente, je pense avoir été plein d’attentions pour elle. Alors pourquoi, pourquoi ? Pourquoi ?
Je n’avais pas le plus petit début de commencement de réponse.
Je n’avais plus rien. Plus de femme, plus de fils, plus d’appartement, plus de situation, plus de papiers…Elle avait tout de même eu la grandeur d’âme de me laisser mon chéquier et ma carte de crédit. C’est tout. Même plus une brosse à dent. Et tout à coup, cette nécessité d’avoir une brosse à dents devint une priorité absolue. Il me fallait une brosse à dents. Je décidais d’aller tirer de l’argent, de faire deux ou trois achats et d’aller m’enfermer dans ma chambre d’hôtel.
Au moins, je venais de me donner un but.
Je connaissais un distributeur de billets pas très loin. Je m’y rendis lentement, j’avais les jambes en coton, et j’eus un instant de frayeur : impossible de me souvenir de mon code. Je restais plusieurs minutes devant le distributeur, la tête vide, et incapable de faire un effort de mémoire.
Une dame qui voulait tirer de l’argent, me demanda si elle pouvait le faire avant moi, puis comme elle vit mon air hagard, elle me demanda si ça allait. Je lui répondis machinalement oui, et cela débloqua sans doute une partie de mon cerveau dans laquelle se trouvait mon code secret.
Lorsque la dame eut terminé son opération, je vins devant l’appareil et tapais un retrait de 200 euros.
Au lieu de voir sortir les billets, la machine me dit que je ne pouvais tirer 200 euros, mon compte étant insuffisamment approvisionné.
Je demandais alors 100 euros. Même réponse.
Je descendis alors à 50 euros. C’était presque un jeu. Je voulais savoir jusqu’ou cela irait. La machine me délivra les 50 euros. Je les pris et devant ce nouveau coup, je récupérais curieusement un peu de force. Je résolus d’aller à mon agence bancaire, dont je connaissais bien le Directeur.
Il me reçut immédiatement. Je lui demandais ou en étaient mes deux comptes, mon compte courant et mon livret.
Il tapa rapidement sur son ordinateur et me répondit
- Sur votre compte courant, vous l’avez presque vidé hier, et un petit retrait de 50 euros vient d’être fait, il vous reste 22 euros 40. Quand à votre Livret, il a aussi été pratiquement vidé hier, et il vous reste 35 euros 70. Vous avez l’intention de nous quitter, Monsieur Demange ?
Je lui racontais alors que ma femme était partie et que c’est elle qui avait vidé nos comptes communs.
( A suivre)
aristee
Feb 10 2008, 07:32 AM
Le Directeur fut extrêmement gentil avec moi. Il compatissait, il me comprenait, il me plaignait, mais il ne fallait pas que je me décourage. Ce genre d’accident était beaucoup plus courant que les gens ne le pensent. Il s’évertua à me remonter le moral, sans grand succès d’ailleurs.
Il ajouta : Actuellement vous touchez le fond, mais vous allez remonter. Je puis si vous le désirez vous accorder un prêt. Vous avez une excellente situation et vous allez vite vous rétablir.
Je lui racontais alors que ma situation était perdue, et au fur et à mesure que je lui expliquais toutes les misères que me faisait le PDG de ma boite, je vis que mon interlocuteur, tout à l’heure amical, devenait de plus en plus froid. Un cocu, ça va. Mais s’il est sans domicile fixe, sans argent, et sans situation, il ne présentait plus grand intérêt pour une banque.
J’avais encore assez de lucidité pour me rendre compte de son changement d’attitude, et je pris rapidement congé.
Voilà ! J’étais fini. Pourtant pas une seconde l’idée de me suicider ne m’est venue à l’esprit. Sans doute parce que rien ne pouvait me venir à l’esprit. Lui aussi était fini . il ne fonctionnait plus.
Machinalement je revins dans mon jardin public, sur le même banc.
Quand je l’avais quitté tout à l’heure, j’estimais être au fond du trou. C’était faux. Il y avait encore un étage en dessous . Mais cela ne changeait pas beaucoup. Il y a une limite aux douleurs physiques ou morales après lesquelles il ne peut y avoir d’aggravation.
Je ne sais combien de temps je suis resté sur mon banc. C’est la sensation de faim qui me fit reprendre partiellement pied dans la vie. J’avais 50 euros, une fortune pour apaiser ma faim. En revanche, il n’était pas question de retourner à l’hôtel, sous peine d’être poursuivi, pour chèque sans provision ou grivèlerie, au choix.
J’allais acheter un morceau de pain et une petite bouteille de bière, puis je me dis que peut être, Maud, avait elle oublié de me priver de ma voiture. Ce serait un petit chez moi pour la nuit.
Nous mettions toujours la clé du garage derrière un moellon devenu amovible par la brisure du ciment. La clé était là. La première bonne nouvelle depuis…..le début des temps.
J’ouvris le portail. Le garage était vide. Maud n’avait pas oublié la voiture. En revanche, elle avait laissé une vieille salopette que je mettais pour bricoler et une couverture sale, mais dont je savais que je me contenterais pour cette nuit.
Après avoir mangé mon pain et bu ma bière, j’enlevait mon complet pour avoir encore quelque chose de décent le lendemain, je mis ma vieille salopette et m’étendis pour dormir.
La nuit précédente, à l’hôtel, dans un bon lit, je n’avais pas fermé l’œil. Cette nuit là, couché sur le ciment, je m’endormis aussitôt et il faisait grand jour quand je me suis réveillé.
J’étais courbatu de partout. En revanche, et j’en étais surpris, j’avais l’esprit assez clair, et le moral moins mauvais qu’il aurait du l’être compte tenu de ma situation. Le sommeil a des vertus régénérantes .
J’entrepris de faire le point ce qu’à aucun moment la veille je n’aurais pu faire.
J’étais sans domicile fixe, je n’avais pas de situation, je n’avais même pas de papiers. Au fond, je n’existais plus : J’étais civilement mort. Pouvais je ressusciter ? J’avais la force de me poser la question, je n’avais pas celle d’y répondre.
Une question était là, lancinante : Pourquoi ? Pourquoi, moi ? Qu’ai-je fait pour mériter ça ?
Je remis mon complet. Je me sentais sale. Ma barbe de 48 heures devait me donner déjà un air peu engageant. Je remis la clé du garage à son emplacement habituel, et je repartis vers mon jardin public.
J’étais sur mon banc depuis certainement pas mal de temps, inerte physiquement et l’esprit vide,lorsqu’une pensée me vint à l’esprit. Une pensée simple que j’aurais du avoir depuis longtemps mais qui ne s’était pas présentée une demie seconde pour une raison toute simple. Mon orgueil lui faisait obstacle.
( A suivre)
aristee
Feb 11 2008, 07:24 AM
Je pouvais avoir gîte, couvert, entretien, réconfort auprès de mes parents. Mais arriver, comme un clochard, sans domicile sans femme ; sans enfant, sans situation, sans argent, sans vêtement, en un mot, pratiquement comme ma mère m’avait mis au monde, tout nu et sans rien, cela non je ne le pouvais pas.
Mais malgré ma honte de me présenter ainsi devant eux, n’ayant plus d’autre choix, je me décidais de faire ce chemin de croix jusque chez mes parents.
Je quittais donc mon banc, et j’avais parcouru un dizaine de mètre,
lorsque un gamin vint vers moi, et me demanda
- Vous êtes Monsieur Demange ?
Et sur mon signe de tête affirmatif, il me dit : C’est pour vous .
Il me remit une lettre et s’enfuit en courant..
Il n’y avait rien d’ écrit sur l’enveloppe, et je tournais et retournais cette lettre dans tous les sens, sans oser l’ouvrir. Qu’allait elle encore m’apprendre comme catastrophe. A plusieurs reprises durant ces deux jours, j’avais pensé qu’il ne pouvait plus rien m’arriver, et l’esprit fécond de ma femme avait encore trouvé autre chose pour m’enfoncer d’avantage.
Je finis par décacheter l’enveloppe et dépliait doucement la lettre, tout doucement, un peu comme ces joueurs de poker qui soulèvent très lentement la carte qui vient de leur être distribuée et dont va dépendre leur fortune ou leur ruine.
La lettre était de Maud. Et contrairement au premier mot laconique collé sur la porte de la chambre, elle était assez copieuse.
J’allais sans doute savoir la réponse à ma lancinante question : Pourquoi ?
Je revins sur mon banc pour lire cette longue lettre.
Au moment ou j’écris cette lettre, je me sens bien. Je suis heureuse. Chacun son tour. Te donner le change a été pour moi une épreuve que je croyais au dessus de mes forces, mais la haine est venue à mon aide, et je crois que tu ne t’es rendu compte de rien. Je suis fière de moi.
J’ai suivi pas à pas ton calvaire. Je sais que la première nuit, tu es allé à l’hôtel. Tu ne savais pas encore que tu étais incapable de faire un chèque provisionné.
Avec Jacques ( ton patron) nous avons suivi tes errances dans la société, ton étonnement quand dans ton bureau tu as trouvé une salle d’archives ( ça, c’était une idée de Jacques) Nous avons bien aimé ta tentative d’aller voir ton collègue des encaissements et sa frousse d’être vu avec toi. J’ai été heureuse de voir ta propre secrétaire ( c’est d’elle dont je me méfiais le plus) refuser de te parler.
Il n’y a que ton ami Bernard qui nous a un peu déçu, mais je pense que Jacques saura lui faire payer sa trahison.
Je sais que tu es allé coucher dans le garage. Tu avais du penser que j’avais oublié d’enlever la voiture. Non. Tout avait été bien préparé. Je n’avais rien oublié.
Et puis ta station devant le distributeur de billets ? Encore un bon moment pour moi, et puis l’ultime coup, la mise à mort, quand tu es allé voir le Directeur de l’agence bancaire. Tu n’étais plus persona grata à la sortie, hein ?
Dans le trou où je t’avais enfoncé, tu n’avais pas vu une seule possibilité de t’en sortir. Mais je crains qu’à la longue, malgré ton foutu orgueil, tu aurais pensé à tes parents. Je ne veux pas courir ce risque. C’est la raison de cette lettre.
Tu vas avoir la réponse à ta question : Pourquoi ?
Il y a 7 ans, mon père était chef comptable dans une entreprise de Travaux publics. Il gagnait honorablement sa vie et poursuivait une vie de probité, de conscience professionnelle.
Il fit la connaissance au cours d’un symposium d’un homme qui sembla s’attacher beaucoup à lui.
Ils finirent par devenir de véritables amis.
L’homme un jour dit à mon père :
- Si en 24 heures, sans courir absolument aucun risque, nous pouvons gagner chacun 200.000 euros, qu’en dirais tu ?
Mon père répondit
- Je te dirais que cette affaire n’est pas claire. On ne gagne pas 200.000 euros en 24 heures sans qu’il y ait une entourloupette quelque part.
- Hé bien mon vieux, tu te trompes. Ecoute moi, et toi, qui est comptable, fais le calcul.
Tu sais que le prix du sucre flambe. Or, moi, je peux avoir au Brésil 800 tonnes de sucre à 1 euros tout rond le kilo
- Sans taxes ?
- Le problème des taxes, j’en ai fait mon affaire. C’est réglé. Nous avons 800 tonnes à 1 euros le kilo. Par ailleurs, pour ces 800 tonnes j’ai un acheteur très intéressé par un prix hors concurrence de 1 euros50 le kilo. Et l’affaire se fait dans la journée. Nous achetons le matin, nous vendons le soir. C’est du tout cuit et sans risque. Tu me procures par un jeu d’écriture 800.000 euros, le soir nous encaissons 1.400.euros. Tu remets en caisse 800.000 euros et nous avons chacun 200.000 euros. C’est simple !
- C’est peut être simple, mais je fais un faux en écriture.
- Ecoute moi bien. Mettons les choses au plus pal. Tu entends ? Au plus mal !
On s aperçoit immédiatement qu’il manque 800.000 euros dans ta caisse ; je me demande comment, mais je te l’ai dit, mettons les choses au pire. Que fait on ? Tu vas devoir reprendre tous tes comptes. Or avant que tu en ai terminé, les 800.000 seront rentrés, et revenus à leur place.
- Et la douane ?
- La douane je te l’ai dit, j’en ai fait mon affaire. Mais pour te rassurer, prenons encore la pire situation. Nous sommes obligés de verser des droits de douanes, et au lieu de gagner chacun 200.000 euros chacun, nous n’en gagnons que 150 ou 175.000. Cela ne se passera pas comme ça, mais, même alors, ça vaudrait encore le coup non ?
Mon père est resté trois nuits sans dormir, puis, à son tour persuadé qu’il n’y avait pas de risque il accepta.
L’opération s’effectua un Mardi. Mardi matin, mon père donna 800.000 euros à son ami, mais le soir, l’ami a disparu.
Mon père a été mis à la porte. Il est passé en correctionnel, a fait de la prison ferme. Le lendemain de sa libération ; il s’est suicidé. Ma mère folle de douleur a été internée et elle est restée des années amnésiques. Il y a 6 mois, elle a commencé à récupérer ses souvenirs, et m’a raconté toute cette histoire. cet homme qui a tué mon père, car il s’est suicidé à cause de lui, et qui a rendu ma mère folle, c’est ton père.
Dès que je l’ai su, je n’ai eu plus qu’un idée en tête : me venger sur son fils que j’avais là, sous la main. J’ai préparé minutieusement mon plan. Je suis devenue la maîtresse de ton patron.
Maintenant tu sais pourquoi tu es un homme foutu, et tu ne t’en sortiras pas.
Je suis heureuse
( A suivre)
aristee
Feb 12 2008, 08:07 AM
Quel raffinement, quel sadisme chez cette femme. Comme elle a su tout le long de mon calvaire instiller en moi des causes de désespoir !!!!
Pas une seconde je n’ai mis en doute ce qu’elle me rapportait au sujet de mon père, avec lequel je n’avais jamais eu d’atomes crochus.
Ce nouveau coup de barre ne pouvait pas m’affecter d’avantage, au point ou j’en été. Mais Maud venait, juste au bon moment me fermer la dernière petite voie, non pas de salut, mais de rémission à laquelle j’avais pensé ;
Je quittais mon banc et partis marcher à travers la ville. Les jambes fonctionnaient mécaniquement, mais je pense que je ne devais pas être loin de l’encéphalogramme plat.
A un moment donné, je m’assis sur une murette surmontée d’un grillage, qui entourait une propriété, et je suis resté un moment, les yeux ouverts mais ne regardant rien, lorsque j’entendis un court aboiement dans la cour de la maison.
Je me rendis compte que cette maison cossue, possédait un très grand jardin qui fut sans doute magnifique mais qui était maintenant à l’abandon.
« Si j’allais proposer mes services comme jardinier » dis je tout haut. Et sans prendre la peine de réfléchir au pour et au contre, j’allais à l’entrée tirer la sonnette.
C’est une dame d’un certain âge qui vint derrière le portail.
Je mobilisais toutes mes forces restantes pour essayer d’inspirer confiance.
- Tout d’abord, Madame, je vous demande de ne pas tenir compte de ma présentation, de mon complet fripé et de ma barbe de trois jours. Je traverse un période effroyable, que je vous raconterais si vous le désirez.
Tel que vous me voyez, je ne suis plus rien Ma femme est partie avec mon fils et tous les meubles après avoir résilié notre contrat de location. Elle m’a volé mes papiers. Son amant est le PDG de la société ou j’étais chef de service. Il m’a fait rayé du personnel. C’est comme si je n’avais jamais travaillé.
En voyant votre jardin un peu en friche, j’ai pensé que peut être, vous pourriez me donner un peu de travail. Oh, je ne demande pas d’argent pour l’instant. Il faut que je trouve un endroit pour coucher, de quoi manger, et il faut que je reconstitue mon état civil .
J’avais parlé les yeux baissés, pas encore habitué à ma nouvelle condition. Comme elle ne répondait pas, je levais les yeux et vis qu’elle pleurait.
- Madame, vous êtes le premier être humain que je rencontre depuis le début de ma tourmente.
- Entrez me dit elle..
Elle me fit entrer dans une spacieuse maison mais dont l’ameublement était assez spartiate.
- J’ai beaucoup de difficultés pour entretenir cette grande maison, mais quand je compare mes difficultés aux vôtres, je me sens richissime.
Je vais vous faire voir votre chambre. La salle de bains est en face. Je vais essayer de vous trouver un rasoir. Reposez vous. Nous dînons à 19 heures et nous parlerons demain matin du travail que vous pourriez faire dans le jardin. En premier lieu, reposez vous. A tout à l’heure pour le repas.
Je pris la plus merveilleuse douche de ma vie. Le repas fut très vite expédié, et je dormis 13 heures d’une seule traite.
En me levant, après une autre douche, je constatait que mon cerveau se remettait à fonctionner normalement.
Mon hôtesse Jeanne Barthet m’attendait dans son salon en lisant. Sans lui laisser le temps de me poser la question, je lui dis
- Madame, grâce à vous, après des journées infernales je suis au paradis. Je suis lucide. Je sais combien ma situation est difficile, mais je sais que je vais me reconstruire. S’il vous plait, dîtes moi ce que je peux faire pour vous. Vous ne saurez jamais ce que vous avez fait pour moi.
- Hé bien jeune homme…Au fait comment vous appelez vous ?
- C’est vrai, veuillez m’excuser. Paul Demange.
- Hé bien Paul, je crois vous l’avoir dit, j’ai des moyens limités. Je ne peux pas vous donner un travail rétribué. Voici ce que je vous propose.
Vous travaillez le matin dans le jardin . L’après midi vous êtes entièrement libre. Je vous offre le gîte et le couvert, et je vous donnerai un peu d’argent de poche pour vos petites dépenses. Qu’en pensez vous ?
- J’espère pouvoir un jour, madame vous exprimer ma reconnaissance
- Si cela ne vous est pas trop pénible, j’aimerais vous entendre me raconter tout votre drame.
Je le fis en essayant de ne pas être grandiloquent, ce qui n’était pas facile tant les épreuves que je venais de traverser étaient elles mêmes démesurées.
Lorsque j’eus terminé mon récit, elle me dit.
- Je mentirais en prétendant qu’il n’y avait aucune curiosité de ma part à vous demander le récit de votre extravagante aventure, mais il y a une autre raison.
J’ai un neveu qui travaille dans une maison d’édition, et occupe un poste je crois très important.
Il me semble que votre odyssée pourrait faire l’objet d’un livre.
Si vous êtes d’accord, j’inviterais mon neveu pour Dimanche prochain, et vous pourriez discuter.
Il me semble que si vous vous faites éditer, cela vous procurera un petit pécule qui vous permettra d’attendre la bonne occasion pour reprendre votre envol.
( A suivre)
aristee
Apr 21 2008, 11:09 AM
Note
Bien qu'ayant cessé de publier la suite depuis le mois de Février, je conqstate, que de très nombreux lecteurs sont venus lire cette nouvelle.
Bien qu'il m'ait été reproche de ne pas participer suffisament, je crois correct de ma part, de tout au moins terminer cette nouvelle en cours.
SUITE DE VENGEANCE INFERNALE
J’étais incapable sur le moment de prendre une décision. C’est dire à quel point j’étais diminué, car enfin, je ne courais aucun risque à accepter de discuter avec un éditeur. Je demandais 24 heures de réflexion.
Jeanne avait mis en avant des considérations matérielles, et il est évident que pour moi, qui n’avais plus rien, ce devait être un élément déterminant. Mais je n’étais et ne suis toujours pas dans mon état normal, et si, le lendemain je dis à Jeanne que je discuterai volontiers avec son neveu, ma motivation n’était pas basée sur une éventuelle rentrée d’argent. Il m’avait semblé, qu’en rendant public toutes les avanies( mon Dieu, que ce mot est faible auprès de tout ce que Maud m’a fait subir) qui m’avaient été infligées, cela pouvait constituer le premier pas de ma vengeance. Je sentais confusément que pour commencer à me reconstruire, il était indispensable que j’entame une vengeance. Que l’on ne vienne pas me dire, que ce n’est pas beau de se venger. J’étais, et suis encore imperméable à toute considérations morales
. Les jours suivants, je travaillais dans la matinée, pour remettre en forme le jardin qui avait été magnifique, et l’après midi, je la passais à me reconstruire, à exister . C'est-à-dire que je me suis procuré un extrait d’acte de naissance, un extrait du casier judiciaire, je me suis fais faire une carte d’identité, j’ai retrouvé mon numéro de Sécurité Sociale, et enfin, après bien des difficultés j’ai pu obtenir un duplicata de mon permis de conduire. Je renaissais. Je n’étais plus civilement mort.
Entre temps, l’entrevue avec le neveu de Jeanne se passa au mieux.
Après avoir entendu le récit de mes mésaventures, il n’hésita pas à me faire une proposition, sur le champ.
- Si vous le voulez, nous allons signer un contrat d’édition par lequel vous nous assurerez une exclusivité totale. Vous ne devrez faire aucune déclaration à la presse ou ailleurs sans notre autorisation. Mais vous vous engagerez à participer à des conférences de presse, à des émissions de radio et de télévision que nous vous indiquerons. Il faudra que vous nous laissiez manœuvrer au mieux de nos intérêts communs. Nous avons croyez moi, une certaine expérience en la matière.
- En cas d’accord de votre part, nous mettrions un collaborateur à votre disposition pour la rédaction de votre livre. Il faudrait aller vite, que le bon à tirer soit prêt d’ici 3 mois grand maximum.
Nous vous accorderions une avance de 10.000 euros sur vos droits d’auteur et des royalties de 15% sur les ventes nettes de taxes
Il faut croire qu’il avait été particulièrement convainquant, et qu’en tous cas, la discussion avec lui m’avais redonné une certaine confiance en moi, car sans hésitation, je lui donnais mon accord. Il ajouta alors :
-Nous aimerions que dans votre livre, vous mettiez le nom des personnes avec lesquelles vous avez eu maille à partir.
Ce à quoi je répondis
- Je n’avais pas soulevé ce point parce que cela me semblait évident. Si je n’avais pas pu citer nommément les personnes, votre proposition , n’aurait pas retenu une seconde mon attention.
- Vous désirez vous venger ?
- Monsieur, si vous aviez vécu ce que j’ai vécu, vous ne me poseriez pas cette question.
Il en a convenu et nous avons signé un contrat qui prévoyait qu’une avance de 10.000 euros me serait versée lorsque les 50 premières pages auront été écrites et fournies à l’Editeur.
( A suivre)
aristee
Apr 22 2008, 06:03 AM
Ce que je viens d’écrire, me servira de pense bête pour écrire mon livre. Je dis mon livre, car je tiens à l’écrire seul. Je n’ai pas discuté lorsque l’éditeur m’a imposé un « nègre » à mes cotés, mais je suis bien décidé à ne pas le laisser écrire à ma place . Il corrigera mes fautes, oui, ça, d’accord, mais mon livre sera écrit par moi, car c’est mon histoire , mon infernale histoire
CHAPITRE 4
J’organise ma vengeance
14 Juillet
Je viens de retrouver ce récit, écrit le 3 Avril. C’est loin. Et surtout, je suis redevenu un homme normal. Enfin….presque…
Nous sommes le 14 Juillet. Que de choses se sont passées en un peu plus de 3 mois !!
Cette relation des évènements dramatiques de ma vie, je l’avais écrite alors que je venais d’arriver chez Jeanne. Elle m’a beaucoup servi à écrire mon livre.
Mon livre est sorti il y a 8 jours. Dans mon écrit ci dessus, je disais que je tenais à l’écrire moi-même, et seul.
En fait j’ai été heureux d’avoir l’aide du collaborateur de l’éditeur. Henri est d’ailleurs devenu un ami. C’est un vrai professionnel, et grâce à lui de nombreuses difficultés ont été aplanies.
Les faits que je retraçais étaient si récents et si forts, que nous avons écrit ce livre en quinze jours. L’éditeur aussi est allé très vite et un mois après lui avoir communiqué mon texte, je donnais mon bon à tirer, et voilà pourquoi, aujourd’hui, quatorze Juillet, cela fait huit jours que mon livre est en vente.
Certes il est encore un peu tôt pour porter un jugement définitif, mais les ventes s’envolent. Il faut dire que l’éditeur a fait un tapage énorme autour de ce livre. La campagne a débuté au moment ou je ne faisais qu’écrire les premières lignes. Je suis passé 4 ou 5 fois à la télévision, et chaque fois, en terminant, je n’ai pas manqué de saluer Maud en lui promettant de mes nouvelles.
Le fait que le nom de toutes les personnes rencontrées durant ma traversée infernale soient en clair, a beaucoup fait pour ce succès de librairie. J’ai déjà un procès sur les bras, ce qui fait que mon éditeur se frotte les mains. Je suis attaqué par mon ancien P.D.G, amant de ma femme. Quelle merveilleuse publicité pour mon livre !!
Mon ancien P.D.G. s’appelle Georges Georges. Ses parents n’avaient même pas eu les moyens intellectuels suffisants pour lui donner un prénom différent de son patronyme. Je sais que ce que je viens de dire est idiot, mais ma haine envers ce bonhomme est telle qu’elle me fait dire n’importe quoi.
Il m’assigne pour diffamation à la suite de mes émissions télévisées. Dans mon livre, il trouvera de quoi alimenter son dossier. Mais j’ai bien l’intention de faire citer comme témoins, le maximum de personnes travaillant dans mon ancienne boite. Et sous la foi du serment, il faudra bien qu’ils disent la vérité. L’odieux chantage dont a usé Georges pour qu’ils ne m’adressent plus la parole. Je suis impatient d’en arriver au procès.
Maintenant, je sais que mes problèmes financiers sont derrière moi, du moins pour un certain temps. J’ai d’ailleurs pris goût à l’écriture, et j’ai déjà commencé à écrire mon second livre, qui n’aura rien à voir avec mon histoire personnelle.
Alors ? Heureux ? Non. Je ne suis pas heureux. Certes, non seulement j’ai récupéré mon identité, mais je suis devenu célèbre, alors que me manque t il ?
( A suivreà