aristee
Jan 20 2008, 07:42 AM
TOURMENTE
Dans son immense bureau Michel Jardel étudiait le dossier de reprise de « Bonjour vous » un hebdomadaire dans il voulait faire l’acquisition.
Les yeux fatigués par de longues lectures, il retira ses lunettes, se frotta les yeux, se leva et alla se servir un whisky, avant de revenir s’asseoir derrière son bureau monumental.
Au lieu de reprendre son travail, il se renversa vers l’arrière sur son fauteuil, écarta bras et jambes pour un long bâillement.
Il regarda autour de lui, et admira ce vaste bureau qui était la preuve tangible de sa merveilleuse réussite.
- Ah ! si papa me voyait ! quel chemin parcouru !!! murmura t il avec fierté.
Comment le pauvre maçon paternel aurait il pu imaginer son fils à la tête d’un empire qui couvrait de nombreuses activités de la Presse aux Pompes funèbres en passant par la publicité et les brûleries de café ?
Sa réussite professionnelle était spectaculaire. Sa vie privée un peu moins, ce qui ne le gênait pas outre mesure, le travail ayant toujours eu plus d’importance à ses yeux que les sentiments.
Il avait épousé une jeune écervelée assez jolie, mais jamais le couple ne fut très fusionnel, et rapidement chacun mena sa vie de son côté. Cela dura 15 ans, après quoi, Michel Jardel jugea ridicule de maintenir la fiction d’un couple, et préféra divorcer.
Entre temps ils avaient eu un enfant, un seul, un garçon, Paul qui venait d’avoir 22 ans.
Bien sûr, Michel aimait son fils, mais comme il jugeait toutes choses à l’aune des affaires, il n’avait pas une grande estime pour lui.
Le jeune Paul avait eu la chance et le malheur de naître et de vivre dans une famille riche. Il n’avait donc pas d’effort à faire, ce qui était agréable, mais il n’était pas bon à grand-chose, et c’est malheureusement ce que retenait son père en premier lieu.
D’un geste nonchalant, Michel appuya sur l’interphone :
- Allo, Jeanne, trouvez et envoyez moi Monsieur Paul.
- Bien Monsieur.
Michel avait pensé qu’en appelant et faisant appeler son fils « Monsieur Paul » cela pourrait créer autour de lui un sentiment de respect. Il ne savait pas que tous ses employés appelaient Paul « Le Zéro ». Il en aurait été très malheureux.
Dix minutes plus tard, le fils pénétrait dans le bureau du père.
Sans façon, il posa sa fesse droite sur le bord du bureau et demanda
- Tu voulais me voir, papa ?
- Tout d’abord, assieds toi normalement sur un fauteuil, ensuite, oui, je voulais te voir.
Comme tu es mon fils, on n’ose pas trop me le dire, mais lors de tes divers stages dans mes services, j’ai compris que tu n’avais pas donné satisfaction.
- Ce que tu ne sais pas, c’est que tes chefs de services sont plus serviles que compétents.
- Quand je voudrai avoir ton avis sur la valeur de mes cadres, je te le demanderai.
D’ailleurs, tu vas finir la semaine au contentieux où tu te trouves, et à partir de Lundi, je ferai installer une table dans mon bureau, et tu étudieras le dossier de reprise de « Bonjour vous ». En même temps, tu pourras assister aux conversations diverses que j’aurai, cela te fera comprendre les problèmes qui se posent lorsque l’on est comme moi, à la tête d’un empire. J’espère, sans trop y croire, je te le confesse, que cela pourra t’apporter quelque chose.
Maintenant, rejoins ton poste, et je t’attendrai lundi matin. Va !
Paul eut du mal à s’extraire de son excellent fauteuil, puis lentement se dirigea vers la porte pour sortir, pendant que son père, en le suivant des yeux, murmurait : « Mon, Dieu, mon Dieu !! Quelle vivacité !! Qu’est ce que je vais en faire ? »
( A suivre)
aristee
Jan 21 2008, 07:56 AM
Pendant que le père se lamentait sur l’apathie de son rejeton, ce dernier se dirigeait, toujours d’un pas nonchalant, vers le service contentieux où il effectuait un stage.
Il s’installa derrière son bureau, et avec un grand soupir, entreprit l’étude d’un dossier qui lui avait été confié.
Son allure détachée fit place peu à peu à une attitude intéressée, et après avoir refermé le dossier et réfléchi quelques secondes, il se leva, prit le dossier, et se dirigea vers la cage de verre où siégeait le chef du contentieux.
Voyant arriver le fils du patron, le chef se leva pour venir à sa rencontre.
- Alors, Monsieur Paul, vous avez lu ce dossier ?
- Oui, je l’ai lu, et je ne comprends pas.
- Dîtes moi ce que vous ne comprenez pas, il n’y a pas de honte à cela. Le contentieux est une matière délicate.
- Ce que je ne comprends pas, c’est la position qui a été adoptée dans ce dossier.
- Ah, bon ? Notre position est très mauvaise, et c’est pourquoi mes efforts tendent à parvenir à une transaction.
- C’est ridicule. Notre position non seulement n’est pas mauvaise, mais elle est tellement bonne, que nous sommes fondés à demander des dommages intérêts pour procédure abusive.
- Vous avez lu le dossier trop rapidement. Notre adversaire a le droit pour lui.
- Vous avez entendu parler de l’abus de droit ? Nous sommes en l’espèce exactement dans le champ d’application de l’abus de droit. Notre adversaire a détourné le droit pour, en fait, réaliser une fraude. Il sera facile de le démontrer, et encore une fois, je ne comprends pas votre position
- Je crois bien connaître le dossier et je puis vous assurer…..
- Moi aussi, je puis vous assurer. Puisque nous ne sommes pas d’accord, venez, nous allons demander à mon père ce qu’il en pense.
- Mais non, mais, non…Vous savez, je traite tant de dossiers….Il est possible que…Donnez moi ce dossier, je vais le réétudier.
- Vous m’avez dit que vous le connaissiez bien. Moi aussi. Allons faire trancher le litige par mon père.
Pas très emballé d’aller solliciter l’avis du grand patron, le chef de service ne pouvait tout de même pas aller à l’encontre du désir exprimé par le fils, et ils allèrent frapper à la porte de Michel Jardel.
- Excuse nous de te déranger, papa, mais ce ne sera pas long. C’est au sujet du dossier Langlade. Le connais tu ?
- Vaguement, pourquoi ?
- La Société recherche une transaction. Je viens d’étudier ce dossier, et je suis persuadé que c’est une erreur. Notre position est loin d’être mauvaise. Nous sommes en présence d’un cas caractéristique d’abus de droit, et non seulement, nous ne devons rien régler, mais nous sommes en droit de poser une demande reconventionnelle et d’exiger des dommages intérêts pour procédure abusive.
- Qu’en pensez vous, Martel ?
- Je pense, Monsieur le Président que les sommes en jeu sont très importantes, et que si nous allons devant le tribunal, nous risquons une lourde condamnation.
- Alors, d’après vous, il est impossible de plaider l’abus de droit ?
- Impossible, n’est pas le mot, mais c’est risqué.
- Bon. Laissez moi ce dossier, et revenez me voir dans l’après midi à…..après avoir consulté son agenda, il précisa : à 15 heures 30. A tout à l’heure.
Paul et Martel sortirent et pas un mot ne fut échangé entre eux jusqu’à ce qu’ils rejoignent leurs postes respectifs.
( A suivre)
aristee
Jan 23 2008, 07:48 AM
Mais qu’est ce qui me prend ? Tout ça parce que Paul a pris le contre-pied de mon chef du contentieux ? Non. Il doit bien y avoir autre chose.
Je crois que je commence à en avoir marre. J’aime me bagarrer pour gagner dans les affaires. C’est certain. Mais je n’ai plus rien à prouver. Je suis fort, très fort même dans mon domaine. Mais sur le plan sentimental, je suis une nouille. Il y a cinq ans, une femme est passée dans ma vie, une femme de qualité que j’aurais pu aimer……si j’en avais eu le temps. Mais c’était le moment ou je m’implantais au Japon. Je n’étais jamais là, elle s’en est lassée, et moi, je n’ai rien fait pour la retenir. Au contraire, je me souviens très bien que son départ m’avait soulagé. Elle me gênait un peu dans mon travail. Quel idiot j’ai été !!
Ou du moins, non, je n’étais pas idiot. En ce temps là, l’important pour moi, c’était ma réussite au Japon. On ne peut pas tout faire en même temps. En tous cas, moi, je ne sais pas le faire.
Où est elle maintenant ? Je n’ai pas eu une seule fois de ses nouvelles depuis 5 ans. Il faut dire que je n’ai pas fait d’effort pour qu’elle en ait de moi non plus. Elle n’est certainement pas toute seule. Une femme comme ça, qui surtout a besoin de vivre à deux, de donner de recevoir. J’aimerais bien la retrouver… Dans mon coffre peut être ? Oui, je dois avoir sa dernière adresse connue dans mon coffre. Je vais aller l’ouvrir.
Ca par exemple, la première chose qui me saute aux yeux en ouvrant mon coffre, c’est la photo de Brigitte. Tiens ? Elle avait écrit quelque chose derrière. « A l’homme d’affaires qui serait l’homme le plus merveilleux de la terre, s’il n’y avait les affaires »
Ah oui ! Je me souviens. Cela m’avait fait rire. Quel crétin !! Il ne fallait pas en rire. Il fallait au contraire prendre très au sérieux cet avertissement. Oui, c’était une sorte d’avertissement. Et moi, cela me faisait rire.
Ah ! Voilà mon vieux carnet d’adresses. J’ai du la mettre à B. Oui, c’est ça. Brigitte. J’ai ses téléphones fixe et portable. C’est bien le diable si avec ça, je n’arrive pas à la retrouver.
Je garde la photo et je vais la mettre dans ma poche intérieure. A gauche. Sur mon cœur ! Ils rigoleraient bien mes adversaires s’ils me voyaient. « Michel Jardel, le féroce homme d’affaires a un cœur de midinette » Je m’en fous. Je dois avouer que c’est d’ailleurs facile de m’en foutre, puisqu’ils ne le sauront jamais.
Je vais commencer par le poste fixe. Je forme le numéro.
- Allo ? Pourrais je parler à madame Brigitte Aubert.
- Elle n’habite plus ici !
- Ah ? Elle n’habite plus là ? Depuis longtemps ?
- Oh, je ne sais pas, 4 ou 5 ans je crois.
- Vous n’avez pas son nouveau numéro ?
- Non. Peut être auriez vous un renseignement chez la concierge, si elle a demandé qu’on lui fasse suivre son courrier.
- Bon, merci. C’est une bonne idée.
Bien sûr, elle n’est plus là. J’ai même l’impression qu’elle est partie dès après notre rupture. J’ai brûlé la première cartouche pour rien. Pas tout à fait quand même, c’est vrai qu’il y aura peut être la concierge.
Je vais tenter le portable. Sans grand espoir. La vie d’un portable n’est pas très longue, et elle doit en avoir un autre.
Malheureusement le portable ne sonna même pas. Il ne restait plus que la petite chance de la concierge de l’ancien domicile de Brigitte, et il résolut d’aller lui même faire cette enquête.
( A suivre)
aristee
Jan 24 2008, 07:27 AM
PAUL JARDEL
Curieux. Depuis longtemps, depuis toujours en fait, je ne m’étais pas trouvé bien dans ma peau.
Les gens sont idiots. Parce que je suis le fils du Grand Jardel, de celui qui transforme en or toutes les affaires dont il s’occupe, parce que je suis le fils de cet homme là, je ne peux qu’être heureux.
Hé bien non. Non, et non. C’est affreux d’être un fils de riche. Oh, bien sûr je ne souffre ni de froid ni de faim, mais je n’ai aucune raison de vivre. Pourquoi faire des études, quand on sait qu’un échec ou une réussite à un examen n’aura aucune répercussion sur ma vie.
Comment croire aux sentiments d’une femme, lorsque l’on est d’abord un bon parti avant d’être un homme ?
Pourquoi faire semblant de s’occuper des affaires paternelles, quand on sait qu’il n’y a que deux hypothèses : On est d’accord avec lui, et l’on est taxé d’incapacité d’avoir une idée originale, ou bien on est en désaccord avec lui, et 100 fois sur 100, c’est qu’on a tort. Lui, a toujours raison.
Il n’y a pas de place pour vivre à coté d’un Michel Jardel.
Et pourtant, ce matin je suis heureux. Je suis heureux, parce que ce matin en lisant nonchalamment un dossier, peu à peu, je m’y suis intéressé. Mes quelques connaissances de droit sont remontées à la surface, et je me suis rendu compte que la position prise par Martel, le Chef de contentieux, était ridicule.
Et puis je suis heureux parce que mon père, voulant voir lequel de nous a raison, a décidé de laisser le tribunal se prononcer, ce qui ne constitue pas un désaveu de ma position. Loin de là.
De plus il m’a chargé de donner les instructions à notre avocat, sans en référer au chef du contentieux, et ça, je le dis très simplement, cela me fait sacrément plaisir.
Pour la première fois j’ai l’impression d’être quelqu’un et non pas un objet appartenant à Monsieur Michel Jardel.
Du coup, j’ai pris la décision de reprendre mes bouquins de droit, et je vais potasser dur la jurisprudence sur l’abus de droit.
J’ai parfaitement conscience d’une page qui se tourne. Je veux cesser d’être le fils Jardel pour devenir Paul Jardel.
Ma petite révolution ne va pas s’arrêter là. J’en ai marre de ces filles à papa qui ne sont attirées par moi que parce que je suis moi-même un fils à papa.
Je vais reprendre contact avec des filles de la fac. Là, il y avait tous les milieux, et en général, on ne savait pas ce que faisait le père de untel ou unetelle. Moi, je faisais exception. Mon père était trop connu. C’était insupportable. Mais je tacherai de savoir celles qui sont issues de milieux moyens ou modestes.
S’il savait ce que je pense, papa dirait : « Alors mon garçon, on vire à gauche ?» Mais je lui reconnais cette qualité, il l’aurait dit en riant, parce qu’il n’oublie pas d’où il vient.
Car en dehors de ses qualités d’homme d’affaires, je lui reconnais bien volontiers une certaine simplicité.
Si des liens affectifs n’ont pu se développer avec lui, c’est tout bêtement parce qu’il a toujours été, et est encore constamment absorbé par ses problèmes professionnels.
Je n’ai pas beaucoup connu ma mère. J’avais pourtant dix ans quand elle est partie, mais pendant ces dix ans, elle a été tellement plus occupée, par ses occupations futiles !! Entre le coiffeur, le masseur, la manucure, le tennis etc, il n’y avait plus un seul instant pour son fils.
Heureux les fils de riches ? Les autres, peut être, je n’en sais rien, mais moi, non. Dix fois non.
Je ne veux pas noircir le tableau, mais j’ai toujours été seul, car ceux qui m’entouraient n’étaient pas avec moi, mais avec le fils Jardel. Et je n’ai toujours été considéré que comme une nullité.
Pourrais je en sortir ? Pourrais je naître enfin, moi, Paul. Pourrais je être reconnu pour ce que je suis. Pourrais je être aimé pour moi-même ? Si j’ai le courage aujourd’hui de me poser ces questions, c’est qu’il me semble possible de ne pas répondre par un non catégorique. Tout ça à cause d’un dossier contentieux. Cela pourrait être risible. Mais c’est beaucoup trop important pour moi.
Si la situation pour moi peut éventuellement évoluer, ce n’est pas en restant les bras croisés. Les choses ne s’arrangeront pas toutes seules.
Si je veux être moi, Paul, et non plus le fils Jardel, il faut que je fasse des efforts. Mais ils doivent être méthodiques, et surtout ne pas s’effectuer dans toutes les directions. Je n’y parviendrais pas. Il faut choisir deux domaines dans lesquels j’aurai une valeur personnelle. Il ne faut pas que je me trompe sur le choix.
J’y ai un peu pensé tout à l’heure. Je vais reprendre mes livres de droit. C’est un domaine qui ne me déplait pas. Et mon père, il le reconnaît lui-même, n’est pas un caïd dans ce domaine. C’est décidé, je vais potasser le droit. Sur ce point, je serai plus fort que lui
J’aime aussi le sport. Mais je suis considéré comme un dilettante. Je me débrouille dans 4 ou 5 d’entre eux, mais je ne suis que moyen. Là encore, il faut que je choisisse un sport ou je pourrais être reconnu comme vraiment bon.
Comme je ne suis plus tout jeune, il faut que je laisse de côté plusieurs activités ou l’on ne peut percer que si l’on a commencé jeune. Je vais me consacrer au cheval et plus exactement au saut d’obstacles.
Stop. Maintenant ça suffit. Le droit, le saut d’obstacles. Il faut que je devienne une référence dans ces domaines. Dans ces deux activités, quand on parlera de Jardel, c’est de Paul, bien entendu que l’on parlera. Pour les filles, je ne change rien. Je m’amuse, et je verrai plus tard pour examiner le problème d’une façon plus sérieuse.
Ouf !!! Cela m’a fait un bien fou de discuter avec moi-même. Je sais quelquefois penser des choses intelligentes.
Pour l’instant, priorité des priorités Le dossier Langlade.
( A suivre)
aristee
Jan 25 2008, 07:31 AM
OU L’ON RETROUVE BRIGITTE
Au volant de sa Mégane (il avait toujours voulu acheter français) Michel Jardel arriva devant le 118.
Une place de stationnement l’attendait, là, juste devant l’immeuble, et Michel considéra aussitôt que c’était un très bon signe, qui augurait bien de sa démarche.
Il n’était jamais venu là. Durant toute leur liaison, c’est toujours Brigitte qui venait chez lui…….cela lui faisait perdre moins de temps, et cette pensée qui lui vint à l’esprit lui fit mal.
C’est vrai qu’il n’avait fait aucun effort pour conserver près de lui cette femme qu’il regrettait aujourd’hui.
Il la voyait entre deux rendez vous, entre deux réunions ou deux voyages. Finalement, il avait fallu qu’elle tienne beaucoup à lui, pour accepter de n’être qu’une intermittente. Et il est certain qu’elle ne restait pas avec lui pour son argent. Jamais elle ne lui avait demandé quoique ce soit, et lui, en dehors de quelques rares bijoux, il ne l’avait pas particulièrement gâtée.
Il y a cinq ans, c’est très curieux, il n’avait pas eu le moindre début de remords, et aujourd’hui il était honteux d’avoir agi avec Brigitte avec un égoïsme froid et détaché.
Après être allé chercher un ticket de parcmètre et l’avoir mis dans sa voiture, Michel sonna chez la concierge qui vint lui ouvrir aussitôt.
- Bonjour, Madame. Je voudrais retrouver une vieille amie, madame Brigitte Aubert qui a résidé assez longtemps dans votre immeuble. Je ne sais si vous l’avez connue…
- J’ai bien connu madame Aubert, elle était très sympathique.
- Vous avez parfaitement raison. Très sympathique. Savez vous ou elle est allée, et à quelle adresse je pourrais la retrouver ?
- Cela va faire 5 ans qu’elle est partie. Elle m’avait donné une adresse pour que je fasse suivre son courrier, mais il y a pas mal de temps qu’il n’arrive plus de courrier à son nom.
- Mais cette adresse, vous l’avez toujours?
- Entrez et asseyez vous, je vais voir.
Moins de cinq minutes plus tard la concierge revint avec une carte à la main. C’était une carte de Brigitte Aubert sur laquelle elle avait écrit sa nouvelle adresse. En revoyant son écriture, Michel eut encore davantage envie de la revoir. Il recopia l’adresse sur son carnet, remercia la concierge et repartit à son bureau.
Installé devant son ordinateur, il consulta les pages blanches et constata que Brigitte était toujours à la même adresse. Son cœur se mis à battre. Il avait maintenant la certitude de la revoir.
Mais Michel Jardel, le richissime Michel Jardel, n’était pas un homme libre. Il vivait dans un carcan d’horaire qui ne lui laissait pas un instant de battement. Il dut attendre le Dimanche suivant pour prendre sa voiture, quitter Marseille et se diriger sur Aix en Provence.
Il était 10 heures exactement lorsqu’il appuya sur le bouton de sonnette au dessus duquel était une plaque de cuivre avec le nom de Brigitte Aubert.
De longues secondes passèrent, au bout desquelles il entendit arriver de lents pas glissés. La porte s’ouvrit, et Michel dut mobiliser toute sa volonté pour ne pas crier.
Brigitte Aubert était devant lui. Mais une Brigitte Aubert, maigre, les yeux cernés, qui manifestement tenait à peine sur ses jambes.
Elle le reconnut immédiatement, et c’est elle qui put parler la première.
- Ah, Michel ! Que je suis heureuse de te voir encore une fois. Entre.
Ils pénétrèrent dans un petit appartement pauvrement meublé, et Brigitte alla aussitôt s’écrouler sur un vieux canapé au tissu élimé.
- Brigitte, que t’arrive t il ? Pourquoi ne pas m’avoir prévenu. Dis moi ce que tu as exactement ?
Elle eut un pauvre sourire
- Je n’allais pas te déranger dans tes affaires. Je sais que tu n’as jamais eu un moment à toi.
- Tu sais très bien que je serais venu si j’avais su que tu avais des problèmes. Maintenant dis moi ce que tu as exactement. Tu es malade ?
- Tu le vois, je ne suis pas en forme, mais je ne suis pas malade.
- Je ne comprends pas explique toi.
- Excuse moi, je ne peux pas…….pas la force..
Et elle s’écroula sur le divan ; les yeux fermés le souffle court.
( A suivre)
aristee
Jan 26 2008, 07:26 AM
Affolé, Michel se précipita sur elle, la remit en position assise et la prit dans ses bras, et lui demanda
- Dis moi un mot, un seul, qu’as-tu ?
Elle murmura « faim » ce qui laissa Michel absolument stupéfait. Comment pouvait on mourir d’inanition dans nos pays riches au XXIème siècle ?
L’homme d’action se réveilla enfin.
Il prit son portable, téléphona à son médecin, en lui demandant de prévenir d’urgence un collègue d’Aix en Provence pour qu’il vienne à l’adresse qu’il lui donnait, tout en prévenant une ambulance qui devait se rendre très vite au même endroit.
Brigitte n’avait pas perdu conscience, elle ouvrait de temps en temps les yeux, mais était incapable de prononcer un seul mot.
Une demie heure plus tard, qui parut un siècle à Michel, un médecin arriva.
La tension était basse, le pouls lent, il s’agissait peut être d’une phénomène de dénutrition. L’ambulance arrivée peu après emmena Brigitte à l’hôpital alors que Michel la suivait dans son véhicule.
Brigitte fut mise immédiatement sous perfusion, et le médecin hospitalier qui l’avait examinée, vint dire à Michel que sous réserve d’examens ultérieurs, la malade ne semblait pas souffrir d’autre chose que de sous alimentation.
Mourir de faim, à Aix en Provence, une femme comme Brigitte, Michel ne parvenait pas à le comprendre.
Le médecin demanda qu’on la laisse se reposer, mais précisa que le lendemain matin, Michel pourrait venir visiter son amie après 11 heures.
A 11 heures, précisément, il avait un rendez vous avec le Président de « Bonjour, vous », mais malgré l’importance de cette entrevue, il faut reconnaître que cela ne pesa pas lourd dans l’esprit de Michel qui convoqua son fils dès 9 heures du matin pour lui parler des problèmes posés par la reprise de ce quotidien.
- Paul, tu me représenteras au cours de cette réunion. Prends connaissance de ce dossier, je te laisse carte blanche. Si tu parviens à arracher le morceau ce sera très bien, mais si tu n’y parviens pas, ce ne serait pas dramatique. C’est de ma faute, je ne t’ai pas préparé à ce genre de discussion.
Paul n’arrivait pas à comprendre ce qui lui arrivait ou plus exactement ce qui arrivait à son père, dont le moins que l’on puisse dire, est qu’il n’était pas dans ses habitudes de déléguer ses pouvoirs.
- Papa, je ferai le maximum. Vraiment le maximum.
Puis il ajouta à mi voix « merci »
Michel lui tapa sur l’épaule, puis après deux ou trois secondes d’hésitation, il prit son fils dans ses bras et l’embrassa.
Paul resserra son étreinte, et des larmes montèrent qu’il contint à grand peine.
Les Jardel vivaient une période révolutionnaire.
Michel partit à l’hôpital et dés 11 heures pénétra dans la chambre de Brigitte. Quoique très affaiblie, elle était en meilleur état et pouvait s’exprimer.
En souriant, elle lui dit
- Je crois que tu m’as sauvé la vie. Remarque, je n’y tenais plus tellement, mais pour avoir le plaisir de te revoir, je ne regrette pas d’être toujours là.
- Dis toi bien, Brigitte, que tes ennuis sont terminés. Si cela ne te fatigue pas trop, tu peux me dire ce qu’il t’est arrivé.
- C’est très simple. Lorsque nous…..enfin nous nous sommes séparés, j’ai voulu quitter Marseille. J’avais un appartement qui venait de mes parents à Aix en Provence. J’ai eu du mal à trouver une situation. Je suis, tu le sais ; secrétaire traductrice Espagnol et Allemand. Malheureusement cette dernière langue surtout est assez peu utilisée, et je n’ai rien trouvé dans ma partie. J’ai donc fait de petits travaux comme serveuse ou employée dans l’hôtellerie. Depuis deux mois, je n’ai plus de travail. Je n’ai pu me résoudre à m’inscrire au chômage et vivre de charité. Je voulais au moins conserver la seule chose qui me restait : la dignité. Et comme mourir me paraissait plutôt un sort enviable, j’ai cessé de lutter. C’est tout.
- Oui, c’est tout. C’est tout pour cette période atroce pour toi. C’est terminé. Dés que tu pourras sortir, c’est chez moi que tu viendras. Tu ne dois plus avoir qu’une préoccupation : Te remettre sur pieds rapidement.
Aussi longtemps que tu seras ici, je viendrai chaque jour à 11 heures 30.
Repose toi. Je n’avais, aujourd’hui, le droit de rester avec toi que 3 ou quatre minutes A demain, je resterai plus longtemps.
( A suivre)
aristee
Jan 27 2008, 07:32 AM
Pendant que son père rendait visite à Brigitte, Paul recevait le PDG de « Bonjour vous » dans le bureau de son père.
La situation financière de cet hebdomadaire était critique. Son Président ne le niait pas, mais il avait, disait il, un projet de refonte complète pour faire de cette publication le leader dans le domaine de la mode. Il demandait donc que l’une des sociétés Jardel amène des capitaux frais, et prenne une participation de 30 pour cent dans le capital social.
Paul n’avait trouvé dans le dossier confié par son père, aucune indication sur son véritable projet, aussi en était il réduit à s’en tenir à son propre jugement sur la question.
- Monsieur le Président, votre situation financière est désespérée. Par ailleurs je ne crois pas à votre projet. Quand bien même, vous feriez de votre journal le premier dans le domaine de la mode (ce qui est loin d’être acquis), je ne pense pas que ce créneau vous permette un développement important.
Il n’est donc pas question d’entrer comme minoritaire dans votre conseil d’administration. Nous sommes prêts à reprendre votre hebdomadaire, en veillant au maintien dans toute la mesure possible de votre personnel. Nous prendrions en charge votre déficit, ce qui vous éviterait des ennuis judiciaires et vous permettrait de reprendre une activité commerciale ou industrielle, et vous verserions à titre personnel, 60.000 euros.
Pour vous le problème est très simple, vous acceptez ou non. Il n’y aura pas d’autres propositions
- Mais enfin jeune homme.
- Je suis jeune, peut être, mais je suis Paul Jardel, alors, je vous en prie, pas de condescendance, vous acceptez ou refusez mon offre. Vous avez la possibilité de réfléchir jusqu’à demain 11 heures du matin. Si vous êtes d’accord je vous recevrai ici demain pour régler les détails, si vous ne venez pas, les discussions seront closes
- Mais enfin, on ne fait pas des affaires de cette façon. Demandez à votre père.
- J’ai tous pouvoirs dans cette affaire. N’insistez pas. A demain si vous le désirez.
A 13 heures, Michel et Paul se retrouvèrent à la table familiale.
Paul fit un compte rendu fidèle de son entrevue avec le président de « Bonjour vous ». Dire qu’il ne le fit pas avec une certaine appréhension, serait mentir, car enfin, il en avait bien conscience, il risquait d’avoir coupé les ponts en cas de refus de son interlocuteur. Mais il fut rapidement rassuré.
- Très bien mon fils. Très bien. J’aurais sans doute été plus souple que toi, mais tu as eu raison d’être ferme et précis.
Maintenant, acheter cet hebdomadaire n’est pas un but en soi. J’ai bien entendu une idée derrière la tête, mais la chose n’est pas encore réglée, je t’en parlerai donc plus tard. As-tu toi même une idée ? Si nous devenions propriétaire de cet hebdomadaire, quelle ligne rédactionnelle suivrais tu?
- Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour réfléchir à ce qui n’est encore qu’une éventualité. Mais je pense que les livres sont chers. Si dans un hebdomadaire, on pouvait trouver plusieurs nouvelles, certaines en totalité, d’autres en feuilletons, il me semble qu’il y aurait des lecteurs et surtout des lectrices.
- Ce n’était pas mon idée, mais la tienne mérite d’être creusée. Attendons de voir si demain ton bonhomme vient ou non, et nous reparlerons de tout cela.
Maintenant, je vais te parler de la raison pour laquelle je n’ai pu recevoir moi-même le Président de « Bonjour vous. »
Et Michel raconta à son fils toute l’histoire qu’il avait vécue avec Brigitte. Il s’exprimait simplement, comme s’il s’adressait à un copain. Il ne cacha pas qu’il était bourrelé de remords et que lorsque Brigitte sortirait de l’hôpital, elle viendrait s’installer ici.
Paul découvrait son père. Sous l’homme d’affaires, il y avait un homme, sensible, qui pouvait souffrir, et même se confier à son fils.
- Merci papa de m’en avoir parlé. C’est avec un très grand plaisir que je ferai la connaissance de Brigitte, et elle sera la bienvenue ici.
Je dois te dire, que de mon côté, j’ai décidé de reprendre mes bouquins de droit, et d’essayer d’être digne de mon père.
Ce fut un instant fort. Le père et le fils venaient de se rencontrer enfin.
( A suivre)
aristee
Jan 28 2008, 07:39 AM
COLETTE REAPPARAIT
Brigitte resta hospitalisée durant 15 jours, mais lorsqu’elle sortit, elle était redevenue la jolie femme dont Michel avait le souvenir.
Le bonheur qui était le sien fut la meilleure thérapie, et le premier repas pris en commun, Michel, Paul et elle-même se déroula dans une chaude ambiance, une sensation de former un groupe, ce qui était nouveau et enivrant pour chacun des participants.
Les rapports père fils partaient sur des bases nouvelles, dans tous les domaines.
Le président de « Bonjour vous » avait accepté la proposition de Paul, et cet hebdomadaire appartenait désormais au groupe Jardel. Michel avait donné carte blanche à son fils pour s’en occuper, c'est-à-dire, pour veiller à la reprise de personnel, et définir la nouvelle orientation de l’hebdomadaire. Par ailleurs, Martel le chef du contentieux avait été dessaisi du dossier Langlade au profit de Paul, qui était allé voir à plusieurs reprises l’avocat de la société, pour mettre au point leur défense.
En fin de compte, Paul ne ressentait plus la nécessité de briller dans une discipline sportive, et il abandonna l’idée de devenir un crack de l’équitation. Il continua à se livrer à divers sports en dilettante.
Brigitte était dans la maison depuis un mois, et l’ambiance était toujours aussi sereine et agréable. Ils déjeunaient tous les trois lorsque la gouvernante vint avertir Michel « qu’une personne le demandait »
- A cette heure ci ? Qui est ce ?
La gouvernante manifestement gênée, regardait alternativement Michel et Brigitte.
- Vous connaissez cette personne ?
Après une longue hésitation, la gouvernante finit par dire :
- Oui, Monsieur, c’est madame, enfin…l’ancienne madame….
- Quoi ? Mon ancienne femme ?
- Oui, monsieur.
- Que veut elle ?
- Ca, elle ne me l’a pas dit !
- Oui. Evidemment. Faites là attendre au salon, je vais venir.
Lorsque la gouvernante fut sortie, Paul dit tout haut ce que certainement son père pensait :
- Que vient elle fiche ici ? Pas une seule fois elle n’a demandé de nos nouvelles, et elle vient nous déranger en plein repas.
Paul venait juste de finir sa phrase, quand la gouvernante rentra de nouveau pour dire :
- Madame demande que Monsieur Paul vienne aussi. Et elle a ajouté….
Et comme la gouvernante hésitait à poursuivre
- Alors ? Qu’est ce qu’elle a ajouté ? Au point ou on en est….
- Elle a ajouté : « Il est inutile que Brigitte se joigne à eux. »
En s’entendant citée, Brigitte sursauta, et posant sa main sur son bras, Michel la calma.
- Ne vous faites pas du mauvais sang, ma chérie. Je vais aller voir, seul, ce qu’elle veut, et elle va rapidement déguerpir.
- Tu ne veux pas que j’aille avec toi papa, puisqu’elle le demande ?
- Non. Elle n’a rien à demander, surtout de cette façon et à cette heure ci. Attendez moi, ce ne sera pas long.
-
( A suivre)
aristee
Jan 29 2008, 07:25 AM
Colette, très élégante était installée dans un fauteuil au salon lorsque Michel entra. Elle prit tout de suite la parole.
- Je sais. Ce n’est pas une heure pour faire des visites impromptues. Mais je tenais à ce que vous soyez là tout les deux, et en venant à l’heure des repas, j’étais certaine de vous y trouver. J’ai demandé que Paul vienne assister à notre entretien. Va le chercher !
- Une mère qui n’a pas pris une seule fois de ses nouvelles depuis des années, n’a pas à exiger quoi que ce soit. Si tu as quelque chose à me dire, dis le et finissons en.
- Je ne parlerai qu’en présence de Paul. En revanche la présence de Brigitte est inutile, qu’elle continue à manger, elle en a bien besoin, la pauvre !
Pressé de savoir ce que Colette avait à dire, Michel jugea inutile de discuter plus avant et partit chercher Paul.
Lorsqu’ils revinrent au salon, Colette demanda
- Alors ? tu ne viens pas embrasser ta mère, Paul ?
- Je ne me souvenais pas que j’avais une mère, comme elle ne se souvenait pas qu’elle avait un fils.
- Ne dis pas de bêtise. Je me souvenais tellement bien de mon fils, que je suis venu le voir. Ainsi que son père bien entendu.
- Ecoute, Colette, tu voulais nous voir, tu nous as vu. Si tu n’as rien de spécial à nous dire, pourrais tu nous laisser ?
- Du calme mon bon Michel ! je voulais vous voir, mais je voulais aussi vous dire que je me lançais dans les affaires
- Toi ?
- Oui, moi. Tu ne m’en croyais pas capable. Tu risques de déchanter, car nous avons de grands projets.
- Qui nous ?
- Monsieur Dumas et moi.
- Monsieur Dumas ? L’ancien P.D.G. de Bonjour vous ?
- Lui-même. Ah ? Tu n’es pas au courant ? Nous vivons ensemble.
- Grand bien te fasse !!! Mais qu’est ce que tu veux que ça me fiche ?
- Ne prends pas cet air détaché. Figure toi que nous avons de gros capitaux et que nous voulons lancer un nouvel hebdomadaire.
- Mes vœux vous accompagnent. Quel créneau visez vous ?
- C’est la raison de ma visite. Que pensez vous faire de « Bonjour, vous » ?
- La décision définitive n’est pas prise.
- Hé bien, nous attendrons nous aussi. Je voulais que tu saches que nous lancerons un hebdomadaire dans le même créneau que le votre. Vois tu, Paul, tu es encore jeune et tu as parlé à Monsieur Dumas, qui est un homme sérieux et important d’une façon qu’il n’a pas du tout appréciée. Alors il consacrera les capitaux qu’il faut pour vous démolir.
- Un peu de sérieux Colette. Si Dumas avait tellement de capitaux, pourquoi serait il venu en mendier chez moi ? Elle n’est pas crédible ton histoire, aussi peu crédible que tes compétences dans les affaires.
Furieuse, Colette se leva.
Riez, riez bien profitez en !! vous saurez très vite que je ne plaisante pas. Nous nous reverrons, et vous serez beaucoup moins fiers !
( A suivre)
aristee
Jan 30 2008, 07:25 AM
Brigitte sortit, laissant Michel et Paul perplexes. Etait elle folle ? Y avait il une part de vérité dans ce qu’elle disait ? Paul proposa à son père de faire effectuer une enquête sur Dumas et sur Colette par la même occasion, puisque d’après ses dires, ils vivaient ensemble.
Michel ne répondit pas. Sans doute voulait il réfléchir à la question.
Brigitte était restée à table, dans la salle à manger. Elle semblait inquiète, et les deux hommes s’employèrent à la rassurer.
LA VENGEANCE
Une semaine s’écoula. Une semaine normale sur le plan professionnel, mais durant laquelle, les liens entre le père, le fils et Brigitte continuèrent à se resserrer. Cette dernière surtout vivait un rêve, aux côtés chaque jour de l’homme qu’elle aimait.
Ce matin là, le père et le fils étaient allés au bureau à pieds. Le temps était magnifique, ils étaient heureux.
Arrivé dans son bureau Michel vit sur son sous main, une grande enveloppe qui semblait l’attendre. Le fait était insolite, car c’est toujours sa secrétaire, Mireille qui lui apportait le courrier vers 10 heures.
Avant d’ouvrir l’enveloppe, il sonna sa secrétaire, et demanda à Mireille :
- C’est vous qui avez mis cette enveloppe sur mon bureau ?
- Non, Monsieur. Le courrier arrive plus tard, elle a du venir par courrier spécial, mais c’est curieux car je n’ai vu personne.
- Bon. Ce n’est pas très important. Merci.
Michel avait le pressentiment qu’il s’agissait d’une tuile.
Il ouvrit l’enveloppe qui contenait une grande feuille de papier du format d’une page de journal. Un long article, tapé à la machine encadrait une photo de Brigitte, prise sans doute à l’hôpital ou elle gisait dans un lit, émaciée, les yeux auréolés de noir, le nez pincé. On se demandait si elle était morte ou seulement mourante.
L’article commençait de la façon suivante :
- Cette personne est elle encore vivante. Est elle gravement malade ? Non .Cette femme n’est pas morte. Elle n’est pas malade non plus.
- Cette femme meurt d’inanition. Tout simplement. Incroyable, non ? Cela se passe où ? Dans un pays sous développé ? Encore, non. Cette photo a été prise à Aix en Provence.
Pour mourir de faim, s’agit il d’une pauvresse sans famille, sans relation ?
Toujours, non.
Elle s’appelle Brigitte Aubert. C’était la maîtresse du grand, du puissant, du richissime homme d’affaires Michel Jardel.
Comment a-t-elle pu en arriver là. Nous précisons bien qu’elle ne faisait pas une grève de la faim. Elle mourait de faim tout simplement.
L’excellent, le sensible Michel Jardel eut un jour assez de cette pauvre Brigitte, sans doute pour trouver des partenaires plus jeunes, et il lui donna 24heures pour quitter son appartement. Cela remonte à 5 ans.
Brigitte Aubert n’était pas dépourvue de possibilités professionnelles. Elle est Secrétaire trilingue, c’est une spécialité recherchée dans notre pays. Mais poursuivie par la vindicte, incompréhensible, mais implacable, de Michel Jardel, elle ne put trouver une situation à son niveau. Lorsqu’elle était embauchée, quelques jours plus tard, encore en stage, elle était remerciée. Miche Jardel s’était occupé d’elle…..
Désespérée de trouver une situation dans sa partie, Brigitte devint vendeuse, serveuse, elle fut même embauchée dans une entreprise de nettoiement pour faire le ménage dans des bureaux.
Mais le bon, le sensible Michel Jardel ne la perdait pas de vue, et nulle part, elle ne resta plus de quinze jours.
Alors, se réfugiant dans un petit appartement qui lui venait de ses parents, elle décida de ne plus en sortir. Avec une grande dignité, elle refusa de demander le bénéfice d’une aide publique. Elle ne voulut pas s’inscrire au chômage, et si avertis par des voisins, nous n’étions pas allés la chercher dans son appartement, elle serait morte aujourd’hui.
Nous tenions à rendre public ce fait divers qui dévoile enfin la vraie nature de ce Michel Jardel qui a bâti sa fortune en exploitant ses employés.
Sa lecture terminée, en examinant la grande enveloppe, il constata qu’elle contenait un autre petit morceau de papier. Quelques lignes étaient tapées à la machine.
Ce n’est qu’après demain que cet article paraîtra dans plusieurs quotidiens nationaux.
Il peut ne pas paraître. Il suffit que tu nous restitues la totalité des parts que ton fils et toi détenez dans « Bonjour, vous « dont les dettes je le sais ont été épongées. En outre pour tous les tracas que tu nous as causés, tu devras nous verser 200.000 euros.
Je crois nécessaire de préciser que l’article dont tu as une copie, n’est que le premier d’une série de trois, dans lesquels nous parlerons (avec preuves à l’appui) que tu m’as flanquée dehors, après des années de mariage, sans un sou, puis dans le troisième, il sera question de la façon frauduleuse dont tu as évincé Monsieur Dumas de l’hebdomadaire qu’il avait créé.
Si tu es un véritable homme d’affaires (a toi de le prouver) tu sauras voir ou est ton intérêt. Nous avons la possibilité de te démolir
Michel Jardel est un homme solide. Les accusations portées dans le projet d’article ne tenaient pas la route, pourtant, il eut peur. Il savait que la calomnie ne pouvait jamais s’effacer complètement. Toujours un doute subsistait, et il était tenté de tout faire pour empêcher la parution de cet article.
( A suivre)
aristee
Jan 31 2008, 07:26 AM
Cet homme qui s’était fait lui-même, seul, sans aucun appui, se félicita d’avoir retrouvé son fils, et il eut immédiatement besoin de tenir Paul au courant de la situation. Il demanda à sa secrétaire de le faire venir dans son bureau immédiatement.
Dès qu’il vit son père, Paul sentit qu’un évènement grave était intervenu.
- Que se passe t il papa ?
- Ca !! répondit il en lui tendant la lettre de Colette et le projet d’article. Lis tout cela à tête reposée et revient m’en parler.
Paul sortit avec la grande enveloppe, et s’installa dans son propre bureau qui avait été installé en fin de compte, au même étage que celui de son père, à trois portes de distance.
En lisant le passage où il était question de l’attitude qu’il avait eue face à Monsieur Dumas, il ne put retenir un cri de rage. « C’est lui qui m’a appelé Jeune homme, avec un mépris profond ». Mais il se rendit compte bien vite que c’était là un détail très secondaire, et que l’important, c’était la menace de dévoiler au grand public, un tas de contrevérités.
Que pouvaient ils posséder comme éléments pour étayer leurs accusations ? Normalement, aucun, puisque tout était faux. Mais qu’avaient ils pu fabriquer ? Il lui sembla que le domaine dans lequel il était le plus facile de fabriquer de fausses preuves, était l’intervention de Michel Jardel pour que Brigitte ne trouve plus de travail. Elle avait travaillé dans de toutes petites sociétés, dans lesquels, moyennant un petit paquet de billets, on pouvait de certaines personnes obtenir éventuellement de faux témoignages.
C’est ce qu’il dit à son père quand il revint le voir, une heure plus tard.
- Tu as sans doute raison mon fils, mais il y a une autre idée, affreuse, qui me turlupine et qu’il faut que j’éclaircisse. J’ai une telle confiance en toi, que je vais t’en parler, bien que je sois honteux d’avoir eu cette pensée.
Il faut absolument, avant toutes choses que je puisse avoir la certitude que Brigitte n’est pas partie prenante dans cette cabale.
- Oh, papa !!!!!
- Réfléchis. Tous les éléments contenus dans ce torchon ne sont connus dans tous ses détails que par une seule personne : Brigitte. Cela fait mal, mais il est impossible de ne pas se poser la question. Consciemment ou inconsciemment est elle responsable de cette attaque effroyable ?
- Ecoute papa, consciemment c’est absolument exclu et inconsciemment, je ne vois pas très bien comment.
- Il faut bien pourtant qu’il y ait une explication.
- Puisque cette idée t’est venue à l’esprit, tu ne seras pas tranquille tant que ce point ne sera pas éclairci. Rentrons à la maison et interrogeons Brigitte. D’accord ?
- Allons y mon fils.
Brigitte s’apprêtait à sortir quand ils arrivèrent, et en les voyant pâles, décomposés, et à une heure inhabituelle, elle se rendit immédiatement compte qu’il se passait quelque chose de grave.
Durant le trajet, Michel et Paul avaient décidé de tendre l’enveloppe à Brigitte, sans dire un mot, et de bien l’examiner durant sa lecture. Il est certain que ses réactions seront révélatrices de sa connaissance ou non des accusations qui étaient faites.
C’est ce qu’ils firent. Mais avant de se mettre à lire, Brigitte, affolée, demanda
- Que se passe t il ? Dites moi….Je n’aurais pas la patience de lire tout ça. Dites moi, ce qui se passe, je vous en supplie.
Les deux hommes ne répondant pas, elle se mit à lire. Ses mains tremblaient, et en avançant dans sa lecture d’une voix chevrotante, elle disait : mais c’est faux, ce n’est pas vrai, mais pourquoi ? C’est horrible !
Elle lut en dernier lieu la lettre de Colette.
- En ce qui me concerne, tout est faux, je pense donc que pour Colette et pour ce monsieur Dumas les accusations sont également fausses ? Vous me le confirmez ?
- Vous en doutez ?
- Non, bien sûr, mais pour mettre au point une telle machination, il doit bien y avoir une raison. Pourquoi votre ancienne femme, et ce monsieur Dumas vous en veulent autant. Leur haine est extraordinaire.
- Je vous demande une seule chose Brigitte. Avez-vous eu connaissance directement ou indirectement de cette machination.
Brigitte resta un moment sans voix, puis en pleurant, et à voix basse, elle répondit
Vous avez pu penser une seule seconde que j’étais mêlée à cette ordure ? Oh, Michel, c’est affreux, je vais partir.
( A suivre)
aristee
Feb 1 2008, 07:30 AM
- Non, Brigitte, vous ne partirez pas. Cette affaire est d’une importance extrême, et vous-même, tout à l’heure, vous nous avez demandé si les accusations de Colette et de Dumas étaient fausses. En présence d’allégations aussi formelles il est humain que des doutes se fassent jour.
Maintenant, nous savons tous les trois qu’il n’y a pas une seule chose exacte dans toutes ces accusations. Il n’y a plus aucun doute entre nous, mais il va falloir réfléchir pour mettre au point notre défense.
Installons nous dans le salon, et nous allons en discuter.
- Michel, jurez moi que vous n’avez vraiment plus aucun doute à mon sujet.
- Je vous le jure ma chérie dit Michel en la prenant dans ses bras, et en l’embrassant.
- Moi aussi, je vous crois, ajouta Paul. Il va falloir que vous réfléchissiez pour vous souvenir des gens avec lesquels vous avez parlé de vos malheurs. Cela pourrait nous faire beaucoup avancer. Nos adversaires sont bien documentés sur votre itinéraire durant ces cinq dernières années. Ils ont certainement été renseignés par quelqu’un qui vous est proche.
- Mais vous le savez bien, Paul, il n’y a personne qui soit proche de moi, sauf vous deux. Souvenez vous, Michel, lorsque vous êtes venu chez moi, j’étais seule, et près de la fin. Il n’y avait personne à mes côtés.
- Il est certain que vous n’aviez personne de très proche, mais une simple relation peut avoir des renseignements à votre sujet.
- Non. Je regrette. Je n’ai pas eu la possibilité de me faire des relations, puisque vous le savez, je ne parvenais pas à conserver un emploi plus de quinze jours, et j’aimerais bien savoir à qui je dois cette grande attention.
- Je crois en effet, papa, que ce n’est pas du côté de Brigitte que nous trouverons quelque chose. J’ai une proposition à faire, vous me direz ce que vous en pensez.
Je propose qu’en vertu du principe que la meilleure défense est l’attaque, nous prenions l’initiative.
Nous pourrions publier in extenso les deux documents que nous avons reçu. Puis nous décortiquerons les attaques.
Il est dit que sans eux (qui sont ils eux, ce n’est pas dit) Brigitte n’aurait pas été sauvée. Or, la vérité est que Brigitte a été sauvée par Michel Jardel. Là, nous fournirions le témoignage de la concierge qui confirmera que tu es allé chez elle pour avoir la nouvelle adresse de Brigitte.
Puis, Brigitte elle-même, fera une déclaration. Sur son sauvetage d’abord, et ensuite sur le fait qu’une personne malintentionnée lui faisait perdre tous les emplois qu’elle parvenait à obtenir. Cette personne ne pouvait évidement être Michel Jardel qui est venu la sauver, et chez lequel elle habite désormais.
En ce qui concerne Dumas, nous indiquerions d’une part la situation financière de Bonjour Vous, avant que nous intervenions, et d’autre part la teneur exacte des accords passés avec lui.
Reste le cas de ma mère. J’indiquerai qu’en 10 ans, pas une seule fois elle n’a demandé de mes nouvelles.
En exposant mon projet, je suis de plus en plus convaincu que nous devrions l’appliquer, et le plus rapidement possible.
Lorsque Paul eut fini de parler, un grand silence plana dans la pièce. Chacun pesant les avantages et éventuels inconvénients de prendre l’initiative de révéler l’affaire au grand public.
- Il me semble dit Brigitte que le plan de Paul est bon.
- Et moi, ajouta Michel, que c’est le seul qui peut nous sortir d’affaire. Nous allons réunir les preuves nécessaires : Témoignages de la concierge, de mon médecin, de l’ambulancier. Il faut faire vite. Si Colette me téléphone pour savoir mes intentions, je lui demanderais, pour gagner du temps 24 heures de plus sous prétexte de réunir les fonds. Il y a cependant une chose qui me chiffonne. Pourquoi m’a-t-elle écrit cette lettre qui pratiquement la condamne.
- Je n’ai bien sûr aucune certitude, mais je crois, qu’emportée pas sa hargne, elle n’a pu résister au plaisir de décrire la situation qui pensait elle lui était favorable. La méchanceté, le désir de vengeance peuvent occulter tout bon sens.
En tout état de cause, nous allons appliquer le plan de Paul. Allons, au travail.
( A suivre)
aristee
Feb 2 2008, 07:30 AM
Michel s’occupa personnellement de recueillir les témoignages de la concierge, du médecin et de l’ambulancier qui confirma que Michel Jardel suivait l’ambulance pour avoir immédiatement des nouvelles de Brigitte Aubert.
Pendant ce temps, Paul rédigeait l’article qui contrait chaque point soulevé par le projet qui leur avait été transmis.
Comme Colette avait eu l’excellente idée de les prévenir des contenus des deux articles suivants, sans attendre leur parution, Paul les démolissait méthodiquement.
Le soir, Brigitte, Michel et Paul étant réunis, chacun rendit compte de son travail. Lorsqu’ils eurent terminé, Brigitte demanda
- Pourriez vous me décrire ce Monsieur Dumas ?
- Je peux faire mieux, comme j’ai tout l’historique de l’hebdomadaire, j’ai dans le dossier de presse la photo du Président Directeur général de « Bonjour vous » Attendez une seconde.
Michel alla chercher le dossier dans son bureau et tendit la photo à Brigitte.
- C’est bien lui. J’ai du le voir 5 ou 6 fois, venir dans les sociétés qui m’employaient. J’avais trouvé ça curieux mais ne m’étais pas attardée sur cette question ; J’étais loin de penser que c’est pour moi qu’il venait.
- Paul, il faudra ajouter ça dans ton article, qu’entre parenthèse, je trouve très bien rédigé. Il faut le faire passer le plus rapidement possible.
Comme l’avait prévu Michel, Colette le lendemain soir passa un coup de fil à son ancien mari pour lui demander ses intentions.
Michel sut prendre l’air extrêmement démoralisé de quelqu’un qui avait perdu la partie, et il supplia Colette de lui laisser 24 heures de plus pour réunir les fonds, et Colette se montra généreuse.
- Monsieur Dumas ne sera peut être pas d’accord, mais je prends sur moi la responsabilité. Je t’accorde 24 heures de plus, mais, tu peux en être certain, si nous n’avons pas satisfaction après demain soir, dans trois jours l’article paraîtra et ton nom traînera dans la boue.
Michel la remercia très vivement pour sa compréhension et ils raccrochèrent chacun étant très heureux de cette communication.
Depuis qu’il avait été dessaisi du dossier Langlade, Lambert était d’une froideur extrême vis-à-vis de Paul, lequel trouvait curieuse la façon de travailler du chef du contentieux/
Afin de ne pas mettre la puce à l’oreille de l’intéressé, Paul, en passant par la comptabilité qui avait recherché les grosses sommes versées par le contentieux durant les trois dernières années, fit ressortir 7 dossiers.
Il les examina minutieusement un à un, et put constater que chaque fois, Lambert avait recherché et conclu une transaction, même quand la position de la société Jardel était excellente.
Cela allait bien au-delà de la faute professionnelle. Il s’agissait de véritable escroquerie, et lorsque Paul en eut la certitude, il en parla à son père.
Parmi ces sept dossiers, il y en avait un particulièrement troublant. Il mettait aux prises le groupe Jardel et Bonjour vous.
Cet hebdomadaire avait publié un article mettant en cause la probité du groupe Jardel et il y avait dans le dossier l’article en question et une note rédigée par Michel Jardel : Poursuivre pour allégations diffamatoires.
Conformément aux instructions du patron, Lambert avait intenté une action contre « Bonjour vous », qui aussitôt présenta une demande reconventionnelle pour procédure abusive, et il était réclamé une forte indemnité au groupe Jardel.
C’est alors que Lambert estimant que le procès se présentait mal pour le groupe (ce qui était totalement faux) réalisa une transaction en versant une forte indemnité à Bonjour vous, c'est-à-dire, en fait, à Dumas.
Lorsqu’il eut connaissance des faits par son fils, Michel voulut convoquer Lambert, mais Paul l’en dissuada.
- Je crois papa, qu’il ne faut pas se précipiter. Je me demande si tout n’est pas lié. Les agissements de Lambert, et l’attaque frontale dont nous sommes victimes de la part de Dumas et maman. Ne leur mettons pas la puce à l’oreille. Voyons d’abord ce qu’il en est.
( A suivre)
aristee
Feb 3 2008, 07:32 AM
Michel se rallia à l’opinion de Paul, et un détective privé fut engagé pour enquêter sur les trois personnages principaux : Lambert, Dumas et Colette. L’enquête était en cours, lorsque l’article du groupe Jardel parut dans la presse.
Bien entendu, il fit du bruit. Michel reçut plusieurs coups de fil de personnes qui le félicitaient et indiquaient qu’elles avaient souffert, elles aussi des agissements de monsieur Dumas. Il reçut également un coup de fil très rapide de Colette, qui dit simplement :
- « Salaud !! Tu m’avais demandé un délai pour mieux préparer ton coup fourré. Mais tu ne gagneras pas. Nous t’aurons »
Avant de raccrocher nerveusement.
En fait il s’agissait certainement d’un baroud d’honneur, car les jours s’écoulèrent sans que rien ne se produise.
Le détective avait été saisi depuis trois semaines, quand il vint faire son rapport, en présence de Michel et Paul.
- Messieurs Dumas et Lambert se connaissent depuis longtemps. Dumas est le parrain du premier enfant de Lambert. Ils se voient souvent.
Je me dois de vous préciser que votre ancienne femme, monsieur Jardel, connaît monsieur Dumas depuis très longtemps aussi, et……qu’elle est sa maîtresse depuis 12 ans.
- 12 ans ? Vous êtes sûr ?
- C’est une certitude. Deux ans avant votre séparation. Je suis désolé, monsieur.
- Cela n’a pas d’importance. Continuez !
- Voici une photo qui a été prise il y a 12 ans durant la petite fête donnée pour noël dans les bureaux de Bonjour vous. Vous constaterez que Monsieur Dumas et votre ancienne femme étaient côte à côte. Si vous avez une loupe, vous pourrez voir à l’arrière plan sur la droite, le monsieur avec un nœud papillon. C’est Monsieur Lambert.
- Extrêmement intéressante cette photo. Vous avez bien travaillé. Mais peut elle être datée d’une façon certaine ?
- Cette photo a été prise par un journal local. J’ai un exemplaire du journal où elle a été publiée. La date est certaine.
- Les choses commencent à s’éclaircir. Ces trois là se connaissent donc depuis au moins douze ans.
- J’ai encore un élément qui peut être intéressant. A deux reprises au moins dans ces deux dernières années, monsieur Dumas a versé sur le compte de monsieur Lambert des sommes assez importantes Une fois 25.000 euros, une fois 18.000 euros. Il est certain donc qu’ils ont des rapports d’affaires.
Il faudra que vous me donniez les dates exactes de ces virements, demanda Paul. Je suis persuadé que ce sont des partages sur des affaires faites en commun, et en particulier celle qui concerne la transaction faite après notre action pour diffamation. Je crois en effet que notre dossier commence à être lourd pour nos adversaires.
( A suivre)
aristee
Feb 5 2008, 07:21 AM
Après le départ du détective, Paul dit à son père :
- Je crois que nous devrions convoquer Lambert. Il sait parfaitement que nous connaissons ses agissements, et il est temps de le flanquer à la porte, avant qu’il ne fasse d’autres dégâts dans nos dossiers. La question est de savoir si nous le mettons simplement à la porte, où si nous déposons une plainte contre lui pour obtenir la restitution des sommes détournées à notre préjudice.
- D’accord pour le convoquer. Je lui demanderai de venir à mon bureau demain matin. Tu seras là, bien sûr. Nous lui demanderons sa démission, mais en ce qui concerne la plainte contre lui, je crois que nous devons attendre ses explications, et nous prendrons une décision ultérieurement.
Le lendemain donc, Michel convoqua Lambert dans son bureau, en présence de Paul.
Lambert arriva assez décontracté, tranquille, ce qui surpris énormément Michel et Paul.
- Monsieur Lambert, vous devez avoir une idée sur la raison pour laquelle je vous ai demandé de venir ?
- Absolument pas, Monsieur Jardel, dit il en souriant.
- Ah, bon ? Vous devez au moins savoir que nous avons la preuve de vos agissements délictueux, et en particulier des sommes que vous a versées Lambert pour les services que vous lui avez rendus au détriment de notre société ? Aussi je vous demande de nous donner votre démission.
- Oh là, là !! Comme vous y allez !!Je ne donnerai pas ma démission. Bien sûr vous pouvez me lourder, mais je suis prêt à aller devant les Prud’hommes, et croyez moi, vous n’auriez pas gain de cause. Cela vous coûterait cher.
Paul bouillait de colère, et s’apprêtait à intervenir lorsque son père lui fit signe de se calmer.
- Dois je comprendre que vous niez les faits ?
- Je ne nie ni ne confirme. En revanche, je me permets de vous donner un petit conseil. Téléphonez chez vous, et demandez à parler à Brigitte Aubert.
- Pourquoi ?
- Faites le, vous verrez bien !
Michel téléphona chez lui. C’est Germaine la gouvernante qui décrocha, et lorsque Michel demanda à parler à Brigitte, Germaine répondit :
- Madame Brigitte est partie, et elle m’a laissé une lettre pour vous.
- Une lettre ? Venez me l’apporter Germaine !
En attendant l’arrivée de Germaine, les trois hommes restèrent silencieux. Mais chose étrange, ce sont les Jardel, qui possédaient un bon dossier qui étaient nerveux, alors que Lambert, très décontracté, le sourire aux lèvres attendait patiemment.
Lorsque Germaine remit la lettre à Michel, c’est en tremblant un peu que ce dernier déchira l’enveloppe. La lettre était courte, très courte :
Je suis dans l’obligation de partir. Je suis désolée. Merci pour tout. Je vous aime. Brigitte
Brigitte et Michel s’étaient toujours vouvoyés, et ce n’est donc pas cela qui surprit Michel, mais la concision du message.
Michel tendit la lettre à son fils, pendant que Lambert narquois, demandait :
-Alors ? Bonnes nouvelles ?
- Où est partie Brigitte ?
- Elle ne vous dit rien ?
- Je vous demande : Où est elle ?
- Bon. Puisqu’elle ne dit rien, c’est moi qui vais vous expliquer
( A suivre)
aristee
Feb 6 2008, 07:25 AM
J’ai une bonne, une excellente nouvelle pour vous. Monsieur Jardel, permettez moi de vous féliciter, vous avez un fils qui va sur ses 5 ans.
- Quoi ?
- Hé oui !! Lorsqu’il y a un peu plus de 5 ans, madame Aubert et vous, vous êtes séparés, elle ne savait pas qu’elle était enceinte. Quand elle l’a su, elle a mis un point d’honneur à ne pas vous en parler. C’était idiot, mais elle est comme ça. Elle a accouché d’un garçon, Alain. Mais à la suite de ses renvois successifs de plusieurs sociétés, elle n’eut plus les moyens de faire garder son fils. Elle le confia à l’ADASS.
Votre ancienne femme a eu connaissance de l’existence de votre progéniture, ce qui entre parenthèse l’a rendue folle de jalousie, allez savoir pourquoi !! Elles sont bizarres les femmes !!
Mon ami Dumas je ne vous apprends rien en disant que c’est mon ami) pensa qu’il fallait garder cet atout dans notre manche. Il estimait, avec juste raison, qu’un jour vous vous apercevriez de nos petits ….arrangements, et qu’alors, nous aurions un moyen de pression sur vous.
Le moment est venu.
Ce matin, de bonne heure, nous avons kidnappé votre fils, et nous avons téléphoné à madame Aubert que si elle voulait récupérer son fils, il fallait qu’elle vous quitte et vienne à une certaine adresse. Et voilà !!
Son petit discours terminé, content de lui, Lambert allongea les jambes, sortit et alluma une cigarette, en attendant les réactions.
Michel et Paul étaient sidérés. Pas une seconde, ils ne pensèrent que Lambert pouvait avoir inventé cette histoire, et ils étaient désarmés devant cette situation inattendue.
Michel finit par demander
- Que voulez vous ?
- Voila enfin une bonne question. C’est très simple. Vous allez ici même, maintenant, écrire une lettre dans laquelle vous direz que le poids de votre responsabilité étant trop lourd, vous désirez faire une confession.
Lorsque votre maîtresse Brigitte Aubert vous a annoncé qu’elle était enceinte, vous l’avez mise à la porte. Furieux à la pensée qu’elle avait voulu vous imposer un enfant, vous avez fait en sorte, grâce à vos relations qu’elle n’ait pas un travail stable. Ce n’est qu’en apprenant qu’elle était dans une situation désespérée que pris de remords, enfin, vous êtes allé la voir, pour la sauver in extremis. Dites que vous l’avez amenée chez vous, sans toutefois vouloir connaître le gosse. Voila.
Ecrivez ça, bien comme il faut. Je vous préviens que si vous n’écrivez pas exactement tout ce que j’ai dit, nous recommencerons. J’ai tout mon temps.
Par ailleurs, il est bien évident que je ne pourrais pas continuer à travailler avec vous. Vous êtes d’accord ? Alors contre un chèque de 100.000 euros (je ne suis pas gourmand) je vous donnerai ma démission, et ce soir, madame Aubert sera chez vous. Je suis correct, hein ?
Paul avait une folle envie de se jeter sur Lambert pour lui infliger une correction, mais son père, décomposé, le retint
- Laisse. C’est lui qui retient Brigitte.
Michel prit une feuille de papier et se mit à écrire, pendant que Lambert, toujours souriant et content de lui, achevait sa cigarette.
Lorsqu’il eut fini d’écrire, Michel, sans un mot tendit la feuille à Lambert qui, lentement, en juriste, lut mot à mot.
- C’est bien. Maintenant, le chèque !
- Qui me dit que vous relâcherez madame Aubert ?
- Réfléchissez deux secondes : Qu’est ce que vous voulez que j’en fasse ? Elle me sert à obtenir ce que je veux. Une fois que vous me l’avez donné, elle ne me sert plus à rien. Donnez moi une feuille de papier, pendant que vous me faites mon chèque, je vous fais ma lettre de démission.
Quelques minutes plus tard, ayant empoché son chèque, Lambert prit le téléphone en disant J
Je donne un coup de fil, et après, je vous laisse tranquille.
Il forma un numéro.
- Allo, Colette ? Voila. Pour moi c’est terminé. A vous de jouer !
- Après qu’il eut raccroché Michel demanda
- Et le petit ?
- Justement, moi j’avais Brigitte et c’est votre ex femme qui a le petit. Vous vous débrouillerez avec elle. Messieurs, au revoir !
Et goguenard il ajouta
- Vous savez, je ne vous en veux pas du tout !
( A suivre)
aristee
Feb 7 2008, 07:49 AM
Après sa sortie le père et le fils restèrent un moment silencieux, puis Paul s’écria :
- On ne peut pas en rester là. Il faut faire quelque chose !!
- Oui, mais quoi ?
Au bout d’un moment, Michel ajouta :
- J’ai peut être une petite idée. Colette va certainement me téléphoner. Je lui donnerai rendez vous ici. Toi, tu vas aller à l’ADASS. Je suppose qu’ils ont du déposer plainte pour rapt d’enfant. Pendant que Colette sera là, il faudra que la police vienne l’arrêter, et je suis certain qu’elle crachera le morceau.
- Crois tu qu’elle sera assez bête pour venir ici ?
- Je le crois. Elle n’est pas très intelligente, mais surtout, le fait que Lambert ait pu aussi facilement obtenir satisfaction va lui donner une confiance absolue. Il tenait Brigitte, nous avons lâché, Elle tient le petit, et elle est persuadée que pour Brigitte je serai prêt à accepter ses conditions.
- Bon. Je pars tout de suite à l’ADASS pour savoir ce qu’ils ont fait. Bien sûr, tu m’appelles sur mon portable dés que tu as des nouvelles.
Moins d’une demie heure plus tard, Colette, d’un air guilleret, téléphonait à Michel pour lui dire qu’elle voulait lui parler du petit Alain, et qu’il fallait qu’ils se voient.
Rendez vous avait été pris pour le lendemain matin à 10 heures, et Michel prévint aussitôt Paul.
Le soir, vers 19 heures, Brigitte arriva chez Michel qui avec Paul attendaient sa venue avec impatience.
Elle raconta que le matin, elle avait reçu un coup de téléphone de Lambert qui lui avait dit :
Votre petit Alain est avec moi. Il est d’ailleurs très gentil ce gamin. Je ne suis pas méchant, je veux bien vous le rendre, mais il faut, sans en parler à personne, j’insiste bien, sans en parler à qui que de soit, que vous veniez me voir. Vous devez laisser un mot à Michel Jardel pour lui dire que vous le quittez, mais n’ajoutez rien d’autre. Il en va de la vie de votre fils.
Cependant ne vous faites pas trop de mauvais sang, si tout le monde joue le jeu normalement, tout s’arrangera pour vous. Mais ne faites pas bêtise.
Lambert avait donné l’adresse d’un appartement de la rue de Rome
Brigitte y était allée. Elle espérait y retrouver son fils mais Lambert lui dit, que son fils était en lieu sûr et en bonne forme. Il lui demanda de ne pas essayer de sortir. Il avait une démarche à effectuer et il reviendrait 2 ou trois heures plus tard.
Ce n’est en fait qu’en fin d’après midi qu’il était revenu pour lui dire qu’elle était libre. Il répéta que son fils était en sûreté et qu’il lui serait rendu très vite.
De leur côté, Michel et Paul racontèrent ce qui s’était passé avec Lambert. Avec lui, le problème était réglé….Provisoirement espéraient ils.
Par ailleurs, Colette devait venir au bureau le lendemain à 10 heures, et la partie pour la récupération du petit Alain allait se jouer.
Affectueusement, Michel reprocha à Brigitte de ne pas lui avoir dit qu’elle attendait un bébé. Il est évident que s’il l’avait su, il lui aurait demandé de revenir chez lui.
Mais Brigitte inquiète pour son fils ne cessait de pleurer et Michel n’insista pas. En accord avec l’A.D.A.S.S, elle était toujours allée voir son fils au moins deux fois par semaine, sauf tout à la fin, lorsqu’elle n’avait plus la force de sortir.
Certes, durant le dîner, ils se retrouvèrent tout les trois, mais les deux hommes savaient maintenant qu’un quatrième, un enfant, qui avait sa place ici n’était pas là, et l’ambiance était morose.
Le lendemain matin, Paul partit très tôt à l’ADASS, pour en relation avec le commissariat mettre au point la façon de procéder dans le bureau de Michel.
Ce dernier vint au travail à l’heure habituelle. La vérité oblige à reconnaître qu’il déplaça quelques dossiers sur son bureau mais ne parvint pas à les étudier vraiment.
A 10 heures, sa secrétaire vint le prévenir qu’une dame le demandait, et il demanda qu’on la fasse entrer.
Colette était très gaie, très à l’aise. On sentait qu’elle n’avait aucune crainte de voir échouer son plan, ce qui par contre coup, affola un peu Michel. Peut être avait elle pris des précautions qu’il ignorait. Il s’efforça cependant à faire bonne figure, et il dit d’un air dégagé
- Alors ? Tu te lances dans le rapt d’enfant maintenant ? Tu as besoin d’argent.
- Hé oui, mon chéri. Tout le monde a besoin d’argent. Tu en as beaucoup mais si je t’avais simplement demandé de m’en donner, tu l’aurais refusé, d’accord ? Alors il a fallu que je rétablisse l’égalité. Tu as de l’argent, j’ai le petit. C’est équilibré.
Tu sais, il est vraiment trop chou ce petit Alain ! Avec un peu de retard je te félicite, quoique je ne sois pas très en retard. Tu ne te sais papa d’un deuxième fils, que depuis hier.
- Arrêtons les propos oiseux, veux tu ? Dis moi exactement ce que tu veux.
- Oh, je ne suis pas très gourmande. Je demande que tu me fasses un chèque de 100.000 euros. Ah ! J’ai oublié de te dire, Monsieur Lambert m’a donné la photocopie de la confession que tu as rédigée hier. C’est pourquoi je ne te demande pas un versement en espèces. Si tu avais la fantaisie de faire opposition sur ton chèque, ta confession tomberait dans le domaine public. Tu te rends compte de l’effet désastreux que cela aurait. Le grand, le richissime Michel Jardel qui laisse sa maîtresse mourir de faim parce qu’il ne veut pas connaître et encore moins reconnaître son enfant. Ce serait affreux, non ? Mais tu es un homme sensé. Tu vas me faire ce petit chèque, et je te rendrai le petit.
A ce moment, on frappa à la porte, et Michel ayant dit d’entrer, Paul, suivi d’un représentant de l’A.D.A.S.S et de quatre policiers entrèrent.
Devant cette invasion, Colette pâlit, sentant que les choses semblaient se gâter.
- Paul dit Michel, peux tu enrouler la cassette ? Puis se tournant vers Colette il ajouta.
- - Oui, j’ai pris la précaution d’enregistrer toute notre conversation. La preuve du rapt est là.
Si vous voulez tous vous asseoir, nous allons écouter l’enregistrement, et vous serez fixés.
Colette était effondrée, et n’attendant pas la fin de l’enregistrement, le délégué de l’A/D.A.S.S l’interpella.
- Madame, si vous voulez essayer de sauver ce qui peut l’être vous avez intérêt à me dire où est l’enfant. Je vous écoute.
Colette hésita un moment mais toutes ces personnes présentes étaient contre elle, et c’est assez facilement, en fin de compte qu’elle abandonna toute lutte. Elle donna l’adresse où se trouvait l’enfant, et aussitôt, le délégué de l’administration accompagné de deux policiers partirent chercher l’enfant qui était gardé par les parents de Colette, lesquels semblaient eux, être de bonne foi.
Sur le plan des personnes, l’affaire se trouva réglée rapidement. En 24 heures, la mère puis le fils furent libérés.
Pour les problèmes matériels, ce fut un peu plus long. Mais huit jours plus tard Lambert avait restitué les 100.000 euros qu’il avait escroqués, il avait bien entendu rendu la « confession ». Pour Dumas, les choses seraient un peu plus longues car il fallait retrouver tous les dossiers dans lesquels il avait magouillé avec Lambert, mais sur le principe, la restitution était acquise.
Brigitte croyait vivre un rêve. Près de l’homme qu’elle aimait, avec son fils en permanence, sans problème matériel, après l’infernale période, elle vivait au paradis.
Paul le Grand frère accueilli avec joie le petit Alain gai malgré la vie qu’il avait eue durant ses premières années. C’était un enfant très attachant.
Avant le début de la tourmente, Paul avait déjà commencé sa normalisation qui s’accéléra du fait des épreuves traversées.
Mais nous n’allons pas raconter la vie de gens heureux qui chacun le sait sont sans histoires……
FIN