aristee
Dec 29 2007, 07:58 AM
Il pédalait gaiement sur une route provençale. Il venait de dépasser Sérignan et arrivait sur la Nationale 7, lorsqu’il se rendit compte que la chaleur montait, et qu’il avait eu tort de venir si loin. Le retour, en pleine chaleur allait être pénible.
Il fit demi tour, et d’avoir pensé à la chaleur, la lui fit trouver insupportable.
Il lui fallait une bonne heure pour retourner chez lui à Grillon.
Il venait de dépasser Tulette, lorsque sur la droite de la route, un bel arbre sembla lui faire signe pour qu’il s’arrête sous son ombrage. Il n’hésita pas, descendit de sa bicyclette et s’étendit sur l’herbe déjà sèche, mais dans l’ombre agréable du grand arbre.
Il resta un long moment les yeux fermés, goûtant une fraîcheur vraiment exceptionnelle, et pour tout dire, difficilement explicable par ce temps de canicule.
Mais Pierre ne s’attarda pas trop à réfléchir. Il était bien, cela lui suffisait.
Lorsqu’il s’assit, il lui sembla voir à une vingtaine de mètres, sur le revers du fossé quelque chose qui brillait. Un morceau de verre sans doute. Il tacha de l’oublier pour jouir pleinement de son bien être. Mais ses yeux étaient attirés par cette brillance qui avait quelque chose de spécial, et en regardant attentivement, il vit que l’objet avait des reflets rouges.
Bon. C’est un morceau de verre rouge pensa Pierre, qui cependant sans s’en rendre compte, s’était levé pour aller voir l’objet de plus près.
Arrivé tout à côté, il vit comme une pierre rouge, à moitié enterrée. Il la prit en main, et constata que cet objet était vraiment étrange.
De la grosseur et approximativement de la forme d’un œuf, il était bicolore. Une moitié rouge, et une moitié verte. Quand à la matière, il était difficile de se prononcer. Ce n’était pas du verre. Ce n’était pas une pierre. La matière était translucide, la forme ovoïde n’était pas parfaite, il y avait quelques méplats, mais si l’aspect était curieux, il y avait quelque chose d’encore plus stupéfiant. Dès qu’il eut l’objet en main, Pierre ressentit un merveilleux bien être.
Plus de chaleur, alors qu’il était en plein soleil, plus aucune douleur, alors que ses mollets quelques secondes auparavant le faisaient souffrir.
( A suivre)
aristee
Dec 30 2007, 08:07 AM
Il fut tellement surpris par ces anomalies, que par un réflexe de peur que l’on subi lorsque l’on se trouve en présence de quelque chose d’inexplicable, il faillit jeter la pierre. Mais il parvint à surmonter ses craintes, et l’objet à la main, il revint s’asseoir dans l’ombre de l’arbre.
Il examina longuement sa trouvaille, sous tous ses angles, et ne put rien voir de spécial.
Il était tellement bien, que craignant la disparition de cet état agréable s’il partait, il resta plus d’une heure sous son arbre.
Lorsqu’il décida de rentrer, il mit l’objet dans sa poche, et enfourcha sa bicyclette. Normalement, le soleil étant déjà haut, la chaleur devait être épouvantable, pourtant, il n’en ressentit pas les effets. Il continuait à évoluer dans une température agréable et se sentait profondément heureux.
Cette pierre avait elle donc des effets magiques ? Tout en pédalant, il éclata de rire. Parce qu’il avait trouvé un objet bizarre, il lui prêtait des vertus surnaturelles Ses pseudo effets bénéfiques étaient certainement comparables aux effets placebo dont on parle en médecine.
Croyance d’un autre âge ou pas, Pierre cependant conserva l’objet dans sa poche les jours suivants, même si son volume et son poids déformait complètement son pantalon.
Il ne parla à personne de sa trouvaille. Pourtant il mourrait d’envie de la faire voir. Elle était tellement magnifique. C’est un peu comme si un énorme rubis avait été accolé à une non moins grosse émeraude. Mais il savait que s’il la montrait à quelqu’un, il ne pourrait se retenir de parler de ses vertus bénéfiques.
Bien sur, il avait fait l’expérience à laquelle tout le monde aurait pensé à sa place. Il avait caché La Chose (c’est ainsi que faute de mieux il l’appelait) dans un endroit sur, au fond du jardin, et il était parti faire un tour à bicyclette.
Il lui avait semblé qu’il était en moins bonne forme, qu’il avait un très léger mal de tête, mais n’avait pu tirer aucune certitude de cette expérience.
Il pensa que placebo ou non, du moment qu’il se sentait bien avec la Chose dans la poche, il aurait été bien bête de s’en séparer.
Il y avait un mois environ que sa trouvaille avait eu lieu, lorsque Pierre crut se rendre compte d’un autre phénomène.
Lorsqu’il réfléchissait à un problème et qu’il devait prendre une décision, il examinait des éléments contradictoires. Mais il était seul, et ces éléments étaient présentés par lui-même. Or, il avait l’impression qu’à côté d’éléments apportés par lui, d’autres éléments paraissaient être apportés par une autre personne. Il était toujours seul, incontestablement, pourtant, il lui arrivait de ne pas reconnaître sa manière de penser.
La Chose, La Chose, la Chose !!! Il lui attribuait tout ce qu’il ne comprenait pas, et Pierre se rendait bien compte que rationnellement, c’était idiot.
( A suivre)
aristee
Dec 31 2007, 07:34 AM
Rationnellement, bien sur. Mais quelque chose en lui, murmurait que la raison avait tort, quelque chose en lui, mais peut être, est ce La Chose elle-même qui lui soufflait qu’il fallait se défier de la raison.
Il n’en sortait pas. C’était inextricable. S’il y avait une preuve, une seule preuve….
Elle vint.
Il y avait un mois et demi qu’il avait fait sa trouvaille, et que Pierre promenait partout sa Chose. Et il se trouvait toujours en pleine forme. Pas le moindre mal de tête qu’il avait parfois quand il fumait trop. Hasard sans doute.
Pierre avait été invité au mariage de son cousin. C’était un « grand mariage » avec plus de 300 invités. Dont, beaucoup, du côté de la jeune mariée lui étaient inconnus.
En arrivant à la mairie, il vit tout de suite une jeune femme qui pourtant ne se signalait ni par une originalité vestimentaire, ni par une beauté exceptionnelle. Mais son charme, lui, était indéniable, et envoûta immédiatement Pierre
Assez curieusement, elle se tenait un peu à l’écart des groupes qui s’étaient formés. Elle semblait un peu perdue dans une assistance où elle ne paraissait pas connaître grand monde. A moins qu’elle ne soit tout simplement d’une extrême timidité.
Pierre se dirigea vers elle et engagea la conversation.
- Je suis seul, vous êtes seule, savez vous qu’il peut y avoir une solution pour mettre fin à cet état désagréable ?
- Désagréable ? ce n’est pas mon avis. Si je ne voulais pas être seule, j’aurais l’embarras du choix, et d’un geste circulaire du bras, elle montra la foule autour d’elle.
- Je suppose donc que je n’ai plus qu’à vous demander de bien vouloir m’excuser pour être venu troubler votre tête à tête avec vous-même.
- Vous parlez toujours de cette façon ?
- Heu…Que voulez vous dire. ?
- Pardonnez moi, mais il me semble que vous parlez comme on écrit.
- Ou comme l’on parlait il y a deux ou trois siècles dans les milieux qui se piquaient de beaux usages ?
- Vous définissez parfaitement votre langage. Mais votre lucidité prouve que ce n’est pas naturel, et que votre façon de vous exprimer était volontaire.
- Vous êtes très perspicace Mademoiselle.
C’est alors que se produisit un évènement extraordinaire. Il ne connaissait pas cette jeune fille, il ne l’avait jamais vue, pourtant il recevait dans son cerveau des informations venant de l’extérieur. Et c’est inconsciemment qu’il dit
- J’adore votre prénom. Béatrice, et il vous va si bien ! Je crois savoir que vous habitez à Valence, dans la Drôme. Que comptez vous faire plus tard lorsque vous aurez terminé votre maîtrise de Droit ? Envisagez vous de vous associer avec votre père, dans sa société de recouvrement ?
Béatrice était complètement stupéfaite devant ce déballage de son curriculum vitae.
- Que signifie cela, Monsieur ? Vous avez fait une enquête à mon sujet ? Et pour quelle raison ?
- Je sais que cela va vous sembler extraordinaire, mais je vous vois pour la première fois et je n’avais jamais entendu parler de vous. Je sais bien, ce qui m’arrive va vous sembler fou, mais croyez moi, j’en suis au même point que vous. Je ne comprends pas. Tout s’est passé comme si par transmission de pensées j’ai eu connaissance des détails qui vous concerne.
- Je suppose que vous vous moquez de moi, et je n’apprécie pas beaucoup
Ils restèrent silencieux un moment. Pierre était en train de peser le pour et le contre avant de prendre une décision, puis il finit par dire.
Mademoiselle, il m’est arrivé quelque chose d’assez curieux il y a un mois et demi. Je n’en ai parlé à personne. Absolument à personne. Vous m’inspirez confiance et c’est vous, la première à qui je vais en parler.
( A suivre)
aristee
Jan 1 2008, 07:58 AM
Et Pierre raconta comment il avait trouvé La Chose. Les effets bénéfiques qu’elle avait sur lui, son impression qu’elle lui livrait des informations, sans avoir pu établir ce fait par une preuve, Jusqu’à ce jour, car il est évident que ne connaissant pas la jeune fille, si les renseignements qu’il avait reçu étaient vrais, cela ne pouvait venir que d’une transmission de pensée.
Au début de son explication, Béatrice se montra très sceptique, elle était persuadée que Pierre était un dragueur astucieux qui avait obtenu des renseignements sur elle et voulait » lui en mettre plein la vue ». Puis elle douta et finit par demander :
- Cet objet que vous avez trouvé, vous me dites le porter constamment sur vous. C’est exact ?
- Exact !
- Pouvez vous me le faire voir ?
- Vous serez la première, mais oui, je vais vous montrer La Chose. Voulez vous que nous marchions un peu pour nous éloigner. Je ne veux pas que d’autres que vous puisse l’apercevoir.
Ils s’éloignèrent sans prononcer une seule parole, et arrivés dans une petite ruelle du village absolument déserte, Pierre sortit La Chose et la tendit à Béatrice. Celle-ci la prit en main, éblouie par la beauté de ce qu’elle considéra tout de suite comme un bijou, puis elle dit :
- Elle est merveilleuse ! ce rouge profond, ce vert sans aucun défaut, aucune bulle ou autres impuretés….Et puis, c’est curieux de puis que je la tiens dans ma main, je ressens un bien être extraordinaire.
- Vous ne savez pas le bien que vous me faites. Je commençais à me demander si je ne devenais pas fou. Puisque nous sommes deux à ressentir les mêmes effets, c’est que je ne rêvais pas, je ne prenais pas mes désirs pour des réalités.
Bien que vous ne me l’ayez pas encore confirmé, je suis certain que les renseignements qui m’ont été communiqués sur vous sont rigoureusement exacts. C’est juste ?
- C’est juste.
Après un moment de silence, Pierre reprit
- Il va falloir que je trouve un autre nom à la Chose. Ce n’est pas un simple objet. Puisqu’elle est capable (j’utilise le féminin je ne sais pourquoi) de recueillir et de transmettre des renseignements, puisqu’elle peut participer à des réflexions, ce n’est pas une simple chose.
- Monsieur. Pouvez vous me la prêter un moment ?
Après avoir l’avoir prise en main, Béatrice dit :
- Votre prénom est Pierre, vous avez 23 ans, Vous venez de sortir d’une école Supérieure de commerce, vous êtes en phase de recherche d’une situation. A mon tour de vous demander : Est-ce exact ?
- Parfaitement !
- Attendez, attendez…….
Béatrice rosit un peu mais ne dit rien
- Je suppose que « l’on » vous a dit quelque chose que vous ne voulez pas répéter.
- C’est diabolique votre Chose !
- Nous ne pouvons pas continuer à l’appeler la Chose. Elle renseigne, transmet par la pensée et va même jusqu’à conseiller. Dans ce corps inerte et chatoyant, il y a un esprit, et des plus fins. J’en suis convaincu
- Moi aussi j’en suis convaincue, Pierre. Tenez, je vous la rends. Peut être vous dira t elle certaines choses…. privées.
Dès qu’il eut la pierre pensante en main, il eut la conviction que sa vie allait désormais se dérouler en compagnie de Béatrice, et Pierre comprit alors pourquoi Béatrice tout à l’heure avait légèrement rougi. Elle avait certainement reçu le même message.
- Ainsi donc, Béatrice, il est inutile de chercher des chemins alambiqués. Les choses sont très claires. Nous sommes voués l’un à l’autre. Cela peu sembler incompréhensible : Il y a deux heures, nous ne nous connaissions absolument pas, et sans nous poser aucune question, nous avons la certitude que nous allons nous aimer et vivre ensemble.
Timidement, car tout cela l’effrayait quelque peu, Béatrice ajouta :
Je crois que nous aurons trois enfants.
( A suivre)
aristee
Jan 2 2008, 07:35 AM
- Avez-vous remarqué une chose ? En nous prédisant l’avenir, cette Pierre- Esprit pourrait être redoutable. Mais elle ne nous dévoile que les aspects agréables de notre avenir. C’est merveilleux.
Pierre et Béatrice se marièrent 3 mois plus tard. Ils eurent en effet 3 enfants.
Pierre qui au moment de sa trouvaille était en phase de recherche de situation, vit subitement toutes les difficultés disparaître. Lorsqu’il était convoqué pour un entretien, une voix lui disait que le poste proposé était sans intérêt, et cela se reproduisit 4 fois.
Au cinquième entretien d’embauche, il savait qu’il fallait qu’il soit accepté dans cette société, et il n’eut aucune difficulté, car lorsque des questions lui étaient posées, il n’avait même pas besoin de réfléchir, les réponses étaient là, en lui toutes prêtes, et il n’avait qu’à les énoncer.
Il intégra cette Société sans difficulté, comme conseiller commercial, et trois ans plus tard, alors qu’il était le plus jeune de l’équipe, lorsque le Directeur commercial partit à la retraite, c’est à lui que le poste fut offert.
Pierre et Béatrice formaient un couple très fusionnel. Ils s’aimaient profondément et la venue de trois enfants avait sanctifié cette union. L’important situation matérielle de Pierre leur permettait une vie très aisée avec vacances aux sports d’hiver, et voyages dans des lieux enchanteurs durant les vacances d’été.
De temps en temps, Pierre disait : J’ai un peu honte d’être si heureux, parce que je sais que je ne suis pas le seul artisan de ce bonheur. C’est à la Pierre Pensante (c’est ainsi qu’il l’avait baptisée après avoir abandonné « La Chose ») que nous le devons. Béni soit le jour ou je l’ai trouvée sur le rebord d’un fossé.
La Pierre Pensante était portée soit pas Pierre soit par Béatrice, en fonction des activités prévues pour la journée. Pierre la mettait dans sa poche et Béatrice dans son sac à main.
Un matin, comme chaque jour, ils se communiquaient le programme de leur journée à venir.
Béatrice, en accord avec son mari, avait décidé de chercher un travail a mi temps dans un service contentieux, et elle était convoquée par une compagnie d’assurances. Pour cette visite d’embauche, il était normal que ce soit Béatrice qui se jour là porte la Pierre Pensante et elle la mit dans son sac.
( A suivre)
aristee
Jan 3 2008, 07:28 AM
L’entrevue avec un chef de contentieux se déroula merveilleusement, et toute heureuse, Béatrice entrait chez elle, a peu près assurée d’obtenir le poste. Il faisait beau, la température était agréable, le Rhône à quelques mètres d’elle coulait paisiblement.
Soudain, un jeune garçon sur sa moto, frôla Béatrice et lui arracha son sac. Elle se mit à hurler, pensant immédiatement que dans son sac se trouvait La Pierre Pensante, le talisman de leur couple. Une voiture de police qui passait par là se lança à la poursuite du jeune voleur, qui coincé entre deux voitures fut capturé. Mais avant d’être saisi par les policiers, il lança le sac dans le Rhône, pensant faire disparaître la seule preuve de son forfait.
Lorsque le soir, Pierre entra chez lui, il trouva sa femme en pleurs. Affolé, il lui demanda ce qui s’était passé et elle raconta l’agression dont elle avait été victime, et sa conséquence principale, le Pierre Pensante était perdue quelque part au fond du Rhône.
Le coup fut rude pour Pierre qui cependant s’efforça de remonter le moral de sa femme, allant jusqu’à lui dire qu’au fond il ne s’agissait que d’une jolie pierre à laquelle ils avaient l’un et l’autre attribué des vertus magiques qu’elle n’avait certainement pas.
C’était possible.
Mais pourquoi, Béatrice, finalement n’obtint pas le poste qu’elle avait considéré comme acquis ?
Pourquoi, deux mois plus tard, à la suite d’une erreur de jugement de Pierre dans une affaire extrêmement importante, la société dans laquelle il travaillait perdit un marché ?
Pourquoi, une autre erreur s’étant produite, trois mois après le vol de la Pierre Pensante, Pierre perdit son poste, et ne put se recaser que dans des fonctions subalternes ?
Pourquoi, enfin, un an après la disparition du talisman, Béatrice tomba follement amoureuse d’un Représentant de produits ménagers, et quitta Pierre. ?
Hasard ? Coïncidences ? Même la loi des grands nombres ne pouvait donner une explication satisfaisante.
Et Pierre, qui était un sage pensait :
« La Pierre pensante qui connaissait toute ma vie, a fait un tri. Elle m’a donné tout ce qui était bon au début, et maintenant, j’ai le reste. J’avais tort d’être honteux de tout mon bonheur, je recevais ma part tout d’un coup, et maintenant, je dois payer. C’est juste. »
FIN
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