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Full Version: AVALANCHES
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aristee


Il faisait presque doux. Le vent très faible portait encore quelque fraîcheur, mais c’était certain : le printemps arrivait.
Marc marchait d’un pas vif sur le Cours du Berteuil à Valréas. Les platanes n’avaient pas encore leur parure verte du printemps, mais l’on sentait que les feuilles, encore blotties dans leurs bourgeons, ne tarderaient pas à s’élancer vers la lumière.
26 ans, la forme physique parfaite, la Société de cartonnerie où il travaillait voyait en lui l’un de ses futurs directeurs. Non seulement ; Marc avait une vie agréable, mais il en était parfaitement conscient. Bien sûr, il avait encore des choses à espérer, à réaliser, et c’est heureux, à son age, mais ce garçon lucide, trouvait que la vie était douce avec lui, et reprenait souvent la phrase de Laetitia Bonaparte : « pourvou que ça doure ». Il était bien.
Arrivé à l’embranchement du cours du Berteuil et la route de Nyons, il sifflotait, lorsqu’un motocycliste, venant de Nyons à très grande vitesse, voulut freiner. Il le fit si brutalement que la roue avant se bloqua, ce qui l’envoya faire un vol plané, pendant que la moto, glissant sur la route, vint faucher Marc qui perdit aussitôt connaissance.

Des cloches. Une multitude de cloches qui sonnent à toutes volées. En même temps, un Boeing qui décolle, entendu du tarmac. Il n’est que son. Il n’est qu’un univers de bruits, et ça dure….ça dure…….Puis le Boeing s’éloigne, les cloches deviennent plus sourdes, mais la douleur fait une entrée brutale. Une douleur insupportable qui l’investit de toutes parts. Une douleur générale, sans siège particulier. Enfin, il prend conscience du mouvement. Il s’agite, s’agite, et il sait, il réalise qu’il est lui, qu’il est Marc. . Mais pourquoi tous ces bruits, toutes ces douleurs. Ces dernières commencent à se localiser. Sa tête, oui, surtout sa tête, et puis à droite son bras, et certainement ailleurs, mais les douleurs de la tête et du bras dominent trop pour qu’il puisse situer les autres. D’abord, il n’était que bruits, maintenant, il n’est qu’un univers de douleurs qui a un nom : Marc.
Il veut ouvrir les yeux. Il sent qu’il y a quelqu’un près de lui, mais ses paupières sont lourdes et refusent de lui obéir. Un énorme effort de volonté, et enfin, les paupières se lèvent : il voit.
Il est couché dans une chambre. Au moins 3 personnes sont là. Deux sont assises, il les voit. Elles discutent entre elles à voix basses. La troisième, près du lit où il est couché s’écrie :
-Il se réveille ! Il se réveille !! Il est sauvé !!
Marc a refermé les yeux. La lumière ajoute encore à ses douleurs. Il sent que les deux autres s’approchent du lit, et l’une dit
- Tu as rêvé ! Il a les yeux fermés.. Tu sais avec toutes ces blessures……
- Je suis sûre ! Il a ouvert les yeux. Pas longtemps, mais je suis certaine qu’il m’a vu. Son regard était net…
- En tous cas, moi, je ne peux m’attarder. Tu reviens demain, Monique ?
- Si je peux, oui, bien sûr !
- Moi, je ne le quitte pas. Je veux être là, quand il va reprendre complètement conscience. Je ne veux pas qu’il soit seul.
Marc entend et comprend ce qui se dit. Il connaît les trois personnes. Il y a Jeanne, qui est obligée de partir, Monique qui reviendra peut être demain, et Roxane, qui ne veut pas le quitter.
Les bruits de cloches et du Boeing s’éloignent. Mais les douleurs, elles, sont toujours là
Il entend une porte se fermer et a envie de communiquer avec quelqu’un. Il murmure » Roxane » Aussitôt quelqu’un se pencha vers lui , et dit d’une voix douce
- Je suis là, Marc, je suis là. Ca va aller. Vous souffrez beaucoup ?
Marc veut faire « oui » avec la tête, mais la douleur monte, encore plus fulgurante, et il se contente de murmurer « oui ».
- Je vais vous laisser quelques secondes. Je vais chercher une infirmière pour qu’elle vous donne quelque chose.
Marc entend à nouveau la porte se refermer, et essaye de mettre ses idées en place.
( A suivre)
aristee

Le présent est atroce. Il est évident qu’il se trouve dans un hôpital Qu’il est blessé. Mais impossible de se souvenir pourquoi. Que s’est il passé ? Pourquoi Roxane est elle là ? Monique, il le comprend, mais Roxane ? Il la connaît bien sûr, mais il ne se souvient pas avoir échangé un mot avec elle. D’ailleurs, c’est une gamine. En tous cas elle est gentille.
Marc entend des pas, et une voix inconnue ( celle d’une infirmière sans doute) lui demande.
- Alors ? On revient avec nous ? Bon. On va essayer de calmer un peu vos douleurs.
Il ne sent pas la piqûre qu’on lui fait, mais il sait qu’on la lui avait faite, car il sent la caresse du coton à la saignée de son bras. La douleur est vraiment insupportable, et il perd conscience ou s’endort………………….

.
En se réveillant, Marc est lucide. Certes le moment de l’accident lui-même est encore flou, mais il se souvient parfaitement d’une moto qui venait de la route de Nyons à vitesse excessive. Il souffre de la tête, de son bras droit, mais les douleurs sont sans commune mesure avec ce qu’il ressentait il y a……Au fait, oui ! Depuis quand est il là ? Il soulève les paupières et voit aussitôt Roxane, qui est à ses cotés et le regarde.
Il se sent vraiment beaucoup mieux et pour l’instant ses souffrances encore vives sont cependant supportables. IL peut parler sans effort.
- Bonjour. Qu’est ce que j’ai exactement ?
- Je crois que vous avez plusieurs fractures au bras et à la jambe droites, et un traumatisme crânien.
- Il y a longtemps que je suis ici ?
- Cela fait 12 jours.
- 12 jours ? Diable !!
Après un moment de silence, Marc reprend
- Pourquoi est ce vous qui êtes là, près de moi ?
Les joues de Roxane, rosissent un peu
- Je suis là, parce que ma Maman est infirmière, et même quand vous étiez en réanimation, j’ai pu rester près de vous.
- Vous êtes vraiment très gentille, mais nous ne nous connaissons pratiquement pas. Vous aimez le contact des malades ?
- C'est-à-dire…….oui, j’ai l’intention de faire médecine. En fait, je vais commencer à la rentrée
- Vous avez quel âge ?
- J’ai 18 ans. Mais tout le monde dit que je fais plus mûre que mon âge, ajoute t elle fièrement.
- Je n’en doute pas, je n’en doute pas……… Savez vous à quelle heure le médecin doit passer ?
- Il est passé il y a deux heures, mais, vous….. dormiez. Il doit repasser dans l’après midi
- Merci. Vous êtes vraiment très gentille. Depuis quand êtes vous là. ?
- Oh vous savez, je ne perds pas mon temps. J’en profite pour réviser . Mais vous ne devez pas trop parler ? Ca vous fatigue.
- Bien Docteur répondit Marc en souriant



















CHAPITRE 2


Lorsque le Docteur vint dans l’après midi, Roxane, malgré sa demande, dû sortir de la chambre.
Après l’avoir longuement examiné, le médecin s’assit sur une chaise et dit à Marc.
- Vous revenez de loin, mais ça va.. je craignais beaucoup du coté du traumatisme crânien, mais de ce coté là, pas de séquelles à prévoir. En revanche, vous risquez de conserver une raideur dans le bras droit, et peut être….une légère claudication de la jambe droite.
- Parfait. Je vais pouvoir me reconvertir en épouvantail à moineaux !
- Tout de même pas !!!D’ailleurs vous avez deux beaux atouts dans votre jeux : votre jeunesse et votre humour. Mes prévisions, je l’espère sont trop pessimistes. Et puis, troisième atout, vous avez auprès de vous une garde malade dévouée et assidue. C’est une parente ?
- Non. Ce n’est pas une parente . Et je la connaissais à peine. Je crois bien que nous ne nous étions jamais adressé la parole
- Alors son dévouement est d’autant plus remarquable. Je repasserai demain matin vers 10 heures.
- Pouvez vous me dire, approximativement bien sur, quand je pourrais sortir de l’hôpital ?
- Disons entre 8 et 10 jours. Mais pour marcher tout seul…..ça, il est trop tôt pour le dire. A demain.
Dés le départ du docteur, Roxane revint dans la chambre
- Si vous avez besoin de quoique ce soit, n’hésitez pas à me le demander.
Depuis qu’il avait repris conscience, Marc n’avait considéré qu’une chose : Il était en vie. Cette vie qui malgré son jeune âge lui avait apportée beaucoup de satisfactions continuait. Il n’était pas malheureux et avait pu même plaisanter avec le docteur.
C’est le soir, après le départ de Roxane, lorsqu’il se trouva seul, que Marc réalisa vraiment que cet accident allait marquer un virage important de sa vie.
Il allait sans doute conserver des séquelles, et rien ne serait plus comme avant. Il eut ce soir là, des pensées moroses, jusqu’à ce qu’il puisse s’endormir, au petit matin.
Marc se réveilla vers 10 heures. Il souffrait de partout, et se mit à maudire la personne qui, en entrant dans sa chambre, l’avait tirée de l’inconscience du sommeil.
( A suivre)
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C’était Roxane, et soudain il se mit à détester cette gamine qui venait s’immiscer dans le peu qu’il lui restait de vie. Il referma les yeux et dit simplement
- J’ai mal !
Aussitôt Roxane ressortit pour aller chercher une infirmière
Une heure plus tard, la piqûre qui lui avait été faite commençait à faire son effet. Ses maux de tête s’estompaient, et ses blessures au bras et à la jambe devenaient supportables.
Marc avait d’abord fait semblant de dormir et Roxane avait respecté son repos.
Puis, se sentant en moins mauvaise forme physique, Marc demanda :
- Pourquoi êtes vous toujours là, Roxane ? Nous ne nous connaissons pratiquement pas. C’est vous qui étiez sur la moto ? Et vous vous sentez responsable ?
- Non, je ne sais pas faire de moto, et personnellement, je ne suis pas responsable.
- Pourquoi dites vous » personnellement » ?
- Parce que c’est mon frère qui était sur la moto. Il l’avait empruntée à un copain. Il n’a pas son permis de conduire.
- Ah, bon !! Il n’y aura donc pas d’assurance pour cet accident….et vous vous sentez obligée de payer en nature ?
- Absolument pas. Mon père est très riche, et prendra en charge toutes les conséquences de cet accident. N’ayez aucune crainte.
- Alors pourquoi êtes vous là ?
- Et vous, pourquoi êtes vous si agressif ? Je vous l’ai dit, mais vous n’étiez sans doute pas encore très réveillé. Je veux faire médecine.
- Je me souviens parfaitement que vous me l’aviez dit. Mais pourquoi moi ? Des malades et des accidentés, il doit y en avoir pas mal dans cet hôpital ?
- Ecoutez, vous devriez vous reposer. Le médecin préconise un maximum de repos. Je vais vous quitter quelques instants.
En fait, Roxane ne revint pas de la journée.
.
Ce soir là, tout comme la veille, c’est en se retrouvant seul que le moral flancha. Non, sa vie ne serait plus la même. Sans doute, plus de sport, il allait boiter, il serait physiquement diminué.
Après une période d’optimisme exagéré, par réaction, il tombait vers un pessimisme non moins exagéré. Il se voyait dans une chaise roulante, et dans l’impossibilité de se livrer à toutes activités physiques. Le délabrement de son moral était accentué par le fait qu’en dehors de Roxane, il semblait que personne ne se soit intéressé à lui.
Ses parents avaient du être prévenus. Pourquoi n’étaient ils pas là ? Il regrettait d’avoir posé trop de questions à Roxane, qui sans doute énervée, n’était pas revenue. Or c’est elle, et elle seule pour l’instant, qui aurait pu l’éclairer sur l’absence de ses parents.
Une infirmière passa dans la soirée. Marc lui demanda si elle était la mère de Roxane. Bougonne, elle lui répondit que non, et se contenta de lui donner deux cachets pour calmer ses douleurs et le faire dormir.
Marc passa une nuit correcte, et en se réveillant, une partie de ses idées noires avait disparue. Certes, ce n’était pas l’euphorie, mais du moins sa nature optimiste lui permettait de reprendre un peu du poil de la bête.
Ses soins terminés, vers 11 heures, une aide soignante lui annonça une visite.
C’était un homme qu’il ne connaissait pas, au visage long et triste, habillé d’une façon austère, pour ne pas dire « pompes funèbres », d’un abord peu agréable.
- Vous êtes bien Monsieur Marc Charensol ?
- C’est exact.
- Comment vous sentez vous ?
- Assez mal. Merci.
- Ah ? C’est que j’ai une assez mauvaise nouvelle à vous annoncer. En apprenant votre accident, vos parents qui habitent à Auch, se sont mis immédiatement en route pour venir vous voir. Votre père conduisait. Il était 3 heures du matin lorsque, sur l’autoroute, après Narbonne, sans doute endormi, il se déporta et heurta les barrières de sécurité. La voiture est hors d’usage..
- Et mes parents ? Je m’en fous de la voiture !!! Et mes parents ?
- Eh bien vos parents ont été blessés. Blessés grièvement….
- Dites moi la vérité. Sont ils vivants ? Mais parlez bon sang !!!
- Votre maman vit encore…
- Mon père est mort ?
- Hélas !
Marc ne savait que dire : Non, Non, Non, Non……
Il finit par demander
- Et ma mère ? Sa vie est elle en danger ?
- Je l’ignore. Je vous jure que je l’ignore. Elle est dans le coma, mais je n’en sais pas plus.
- Qui êtes vous, vous ?
- Oh ! ce n’est pas très important pour le moment
- Pour le moment ? Qui êtes vous ? Pourquoi est ce vous qui venez m’annoncer l’accident de mes parents ? Répondez ! qui êtes vous ?
- Oh, après tout, si vous l’exigez…Je suis Charles Jaunat. J’étais en affaire avec votre père…
- Si je comprends bien, si vous êtes là, c’est pour une question de gros sous ? Mon père vient de mourir, ma mère est en grand danger, et c’est vous qui venez…pour des raisons matérielles ? Sortez immédiatement
En fait, Marc avait une furieuse envie de pleurer, et pour une raison qu’il n’analysait pas, il ne voulait absolument pas le faire en présence de ce personnage.
Une fois l’homme sorti, Marc pût enfin se laisser aller à son chagrin. Trop. Cela faisait trop. Il avait l’impression qu’une force mauvaise s ’acharnait sur lui, et que pendant toute sa vie, qu’il espérait maintenant très courte, il ne connaîtrait jamais le bonheur, ni même la tranquillité.
( A suivre)
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Lorsque Roxane arriva, deux heures plus tard, des larmes sillonnaient encore ses joues. Elle s’affola immédiatement
- Marc, Marc, qu’avez-vous ? Vous souffrez ? Voulez vous que j’appelle l’infirmière ?
Marc ne pût répondre et fit simplement « non » de la tête. Quelques secondes plus tard, ayant repris le contrôle de lui-même, il finit par dire :
- En venant me voir, mes parents ont eu un accident. Mon père est mort, ma mère est gravement blessée.
Roxane se précipita sur lui, lui entoura le cou de ses bras et se mit elle aussi à pleurer
- Oh Marc, je partage votre peine, vous n’êtes pas seul, Marc, je suis avec vous
- Merci, merci Roxane. J’ai été brutal avec vous hier, excusez moi…je n’en peux plus, c’est trop, c’est trop. C’est une avalanche….
Ils restèrent un long moment immobiles. Roxane avait passé son bras autour du cou de Marc et leurs têtes étaient l’une contre l’autre. Des larmes coulaient sur leurs deux visages, et c’est Marc qui le premier reprit ses esprits.
- Roxane, il faut que vous me rendiez un grand service.
- Je ferai ce que vous voudrez. Dites !
- Je voudrais avoir des nouvelles de ma mère. Je sais que l’accident a eu lieu près de Narbonne. Je ne sais dans quel hôpital elle a été transportée. Pouvez vous aller à la gendarmerie de Valréas pour qu’ils tachent de se renseigner ?
- J’y vais immédiatement !
Avant de sortir de la chambre, Roxane déposa un baiser sur le front de Marc
Peu après le départ de Roxane, c’est le Directeur de la Cartonnerie qui vint le voir, avec la classique boite de chocolats. Les deux hommes avaient toujours eu des rapports professionnels excellents, mais, sans doute du fait de leur différence d’âge, chacun ignorait totalement ce qu’était la vie privée de l’autre. Marc ne parla même pas de l’accident de ses parents, et la visite de dura pas plus de 10 minutes, durant lesquelles, le Directeur assura son jeune collaborateur que son accident n’aurait pas d’influence sur son avenir professionnel.
Marc remercia machinalement, mais son désarroi était tel que cette nouvelle n’atténua même pas sa profonde tristesse.
Ce n’est que le lendemain, au milieu de la matinée, que Roxane revint. Marc l’attendait avec impatience, et se demandait pourquoi il avait été aussi désagréable avec elle, alors qu’elle était la seule qui dans son malheur s’était mise à sa disposition.
La gendarmerie avait obtenu des renseignements sur l’accident de ses parents.
La mère de Marc, hospitalisée à Narbonne était sortie du coma. Sa vie n’était pas en danger. Son frère Maurice était auprès d’elle et c’est lui qui s’était occupé des funérailles à Auch de son beau frère.
Roxane avait pu avoir Maurice au bout du fil. Rassuré sur l’état de santé de sa sœur, il se proposait de venir voir son neveu à Valréas.
( A suivre)
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- pars à Marseille demain matin. Bien sûr je vous téléphonerai souvent, mais si vous le voulez bien, j’exigerais de mon frère qu’il vienne vous voir et se mette à votre disposition. Si vous pouvez le voir sans lui faire trop de reproches, il viendra.
- C’était un accident. Si en venant me voir, il peut un peu moins culpabiliser, dites lui de venir.
Au moment de s’en aller, Roxane se mit à pleurer et bêtement, Marc lui dit :
- Vous êtes triste parce que vos vacances sont terminées ? Vous avez pourtant fait de nombreuses autres rentrées scolaires !!
Roxane le regarda un long moment, puis, sans un mot, elle sortit, cependant que Marc se traitait d’idiot. Il est évident que Roxane s’était amourachée de lui, et sa remarque était déplacée.
Le lendemain, en fin de matinée, l’oncle Maurice vint le voir, et Marc put avoir des nouvelles de sa mère. Elle était hors de danger, et sa sortie de l’hôpital était prévue pour le début de la semaine suivante. Il n’était pas question qu’elle retourne à Auch pour le moment, et Maurice allait la prendre chez lui, avant qu’une décision définitive ne soit prise.
- La solution définitive est simple dit Marc. Lorsque je sortirai de l’hôpital, elle viendra vivre chez moi. Mon appartement n’est pas très grand, mais nous pourrons y vivre sans trop de problème
- Rien ne presse répondit l’oncle. Pense d’abord à bien te rétablir, et nous verrons par la suite.
Dans l’après midi, on frappa à la porte de la chambre de Marc. Après avoir invité à entrer, Marc vit un jeune garçon qui restait sur le pas de la porte, l’air affreusement gêné, et qui finit par dire
- Je suis Olivier, le frère de Roxane
Et comme il ne bougeait toujours pas, Marc lui dit :
- Entre, approche toi !! je ne vais pas te manger !!
Le garçon avança, toujours aussi emprunté.
- Ecoute, Olivier, je suppose que tu n’as pas fait exprès de me renverser ? C’était un accident. Bon. C’est vrai que ce n’est pas drôle, mais on n’y peut rien, ni toi ni moi. Il t’a fallu un certain courage pour venir me voir.
- C’est Roxane qui m’a obligé…
- Elle est très bien ta sœur. Très gentille.
- Elle m’a dit que je devais faire tout ce que vous me demanderez.
- Oui. Elle est vraiment très chouette. Pour l’instant je n’ai besoin de rien. Mais reviens me voir de temps en temps. J’aurais peut être des services à te demander
- Oui, s’il vous plait, demandez moi des services !
Je crois que tu es aussi gentil que ta sœur. Je suis un peu fatigué, laisse moi maintenant et tache de revenir demain.
( A suivre)
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Marc était sorti de l’hôpital depuis trois jours, après un séjour de trois semaines. Son bras droit était toujours dans le plâtre ainsi que sa jambe droite, mais il arrivait tant bien que mal à se déplacer lentement, avec des béquilles.
Olivier était venu le voir plusieurs fois. Marc lui avait demandé de faire des courses pour remplir son réfrigérateur. Ce qu’il fit, en refusant l’argent que Marc voulait lui donner. Le père d’Olivier tenait à régler tous les achats nécessaires, aussi longtemps que Marc ne pourrait pas travailler.
Chaque soir, après ses cours, Olivier venait pour faire divers menus travaux et quelques courses. Il avait l’impression d’alléger sa responsabilité en aidant celui qu’il avait blessé, de payer une petite partie de la dette qu’il avait contractée par son imprudence.
Chaque jour, Marc téléphonait à sa mère pour prendre de ses nouvelles. Il adorait sa mère.
Marc n’avait jamais considéré ses parents comme une entité fusionnelle. Il n’y avait pas « ses parents ». il y avait d’une part sa mère, d’autre part son père, deux personnes tellement distinctes qu’il se demandait parfois par quelle aberration ces deux êtres vivaient ensemble.
Certes son père n’était pas un étranger, et le fils a pleuré le père. Mais ce père était un être froid, distant, austère. Marc ne se souvenait pas qu’il y ait eu, une seule fois, un élan de tendresse l’un vers l’autre. Ni un mot de reproche du père envers son enfant qui venait de faire une bêtise. Rien.
Sa mère, en revanche était douce, affectueuse, pleine de prévenance pour son enfant unique, dont la confiance était telle qu’il racontait à sa mère, spontanément tous les petits problèmes qui parsèment la vie d’un enfant et d’un adolescent. Même adulte, Marc confiait à sa mère chaque épisode de sa vie, y compris amoureuse, et il trouvait auprès d’elle compréhension, et si nécessaire, consolation et encouragements.
Marc n’avait pas eu trop de mal à persuader sa mère de venir habiter à Valréas. Cependant, elle ne voulait pas « encombrer » son fils et si elle avait accepté de venir habiter chez lui, c’était uniquement en attendant qu’elle puisse acheter un petit appartement à Valréas, après avoir vendu la villa de Auch.
Jeanne, la mère de Marc arriva à Valréas fin Juin.
A aucun moment, durant leurs conversations au téléphone, il n’avait été question de ce Monsieur Charles Jaunat, et Marc n’avait pas voulu appelé le numéro qu’il lui avait donné. Il pressentait que cet oiseau de malheur ne pouvait que lui apporter des nouvelles désagréables.
Est-ce le hasard pur ? Le jour même de l’arrivée de Jeanne, Charles Jaunat téléphona dans la soirée. C’est Marc qui avait décroché.
- Vous êtes sorti de l’hôpital et vous ne m’avez pas appelé. Pourtant je vous l’avais demandé.
- Je n’avais aucune raison de vous appeler. Je ne vous connais pas et par conséquent je n’ai rien à vous dire.
- Vous n’êtes pas un garçon curieux. Remarquez, tant mieux pour vous. Vous aurez eu quelques jours de tranquillité de plus.
Comme j’ai eu l’occasion de vous le dire, j’étais « en affaires » avec Monsieur Charensol, votre père.
- Mon père est mort
- Je sais. Je sais. Mais les affaires, elles, continuent. Et vous êtes l’héritier de votre père.
- Ecoutez, Monsieur Jaunat, ma mère est arrivée aujourd’hui. Je dois l’aider à s’installer. Cela fait un moment que « vos affaires « attendent. Elles pourront bien attendre 24 heures de plus ?
Jaunat réfléchit un bon moment.
- Vous êtes décidemment un bonhomme bizarre. Vous n’êtes pas impatient de savoir ce que j’ai à vous dire ?
Et comme Marc ne disait rien, il reprit :
- Soit. Je viendrais chez vous demain à la même heure. Mais il n’y aura plus d’échappatoire. Vous m’écouterez !!
La communication terminée, Marc s’essuya le front. Bien sûr, il était impatient de savoir de quoi il retournait, mais il avait jugé plus sage d’en parler d’abord à sa mère, pour avoir, si possible, quelques éléments en mains.
Malheureusement, Madame Charensol ne pouvait pas éclairer son fils. Elle savait que son mari était en contact avec un Monsieur Jaunat. A plusieurs reprises, elle avait entendu ce nom au cours de conversations téléphoniques. Mais elle ignorait à peu près tout.
- Mais, Maman, fais un effort de mémoire. Tente de te souvenir du ton général des conversations entre Papa et ce monsieur Jaunat. Papa était il calme, énervé, embêté ?…..enfin…quel genre de rapports avaient ils ?
Après avoir réfléchi longuement, Madame Charensol répondit :
- Maintenant que tu m’en parles, c’est vrai que ton père semblait embêté après ces conversations…..et que même une fois, juste après avoir raccroché, il avait dit à voix basse Merde, Merde, Merde.. ce qui était rare chez lui. Oui, ce Monsieur ne devait pas lui apprendre des choses agréables. Mais je n’ai pas osé le questionner, tu sais que…
- Oui, Maman je sais que papa n’aimait pas se confier.
Enfin, ce n’est certainement pas très grave. Surtout ne te fais pas du mauvais sang. Il va venir demain, et nous verrons bien. Bon, je vais faire mon « médical footing »
( A suivre)
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Marc en effet avait pris l’habitude de sortir le soir pour marcher dans Valréas, et accélérer sa rééducation. Au début, la promenade était courte et il la faisait avec des béquilles. Maintenant une canne suffisait et il marchait durant plus d’heure, ce qui d’après ses calculs devait faire près de 4 kilomètres.
Durant toute la promenade de ce soir là, Marc essaya de deviner le motif de la venue de Jaunat. Car s’il avait dit à sa mère que ce n’était certainement pas très important, il avait au contraire l’intuition, que cet oiseau de malheur allait lui créer de gros problèmes.
Le lendemain matin comme chaque jour depuis qu’elle était revenue de Marseille, début Juillet, Roxane passa voir Marc et fit la connaissance de sa mère. Elles partirent toutes les deux faire des courses, pendant que Marc terminait de monter une nouvelle armoire pour sa mère.
C’est à 18 heures que Charles Jaunat sonna à la porte de Marc. Ce dernier avait demandé à sa mère de rester dans sa chambre pendant toute la durée de la conversation. Il voulait la protéger au maximum des éventuels (éventuels théoriquement, mais certains dans l’esprit de Marc) ennuis qu’allait apporter cet homme d’un abord peu sympathique.
En effet, l’impression qu’il lui fit pour cette seconde entrevue, ne fut pas meilleurs que la première fois à l’hôpital.
A peine assis, Jaunat attaqua le problème qui l’amenait.
- Je ne suis pas insensible, à tous les problèmes désagréables que vous traversez. Mais vous savez, les affaires……….
- Oui, je sais, le coupa Marc. Les affaires sont les affaires. Allez au fait s’il vous plait.
- Bon. Puisque vous voulez que j’arrive tout de suite à la conclusion : Vous me devez 80.000 euros plus intérêts. Quand pouvez vous me régler ?
- Vous êtes fou ? 80.000 euros ? Pour quelle raison je vous devrais cette somme ?
- Il faudrait savoir ce que vous voulez !! Je voulais m’expliquer. Vous me demandez brusquement d’aller au fait, et quand je le fais, vous me dites qu’il faut que je m’explique. Soyez cohérent !!
- Ne jouons pas sur les mots. Moi, je ne vous dois rien du tout, et si mon père vous devait de l’argent, cela ne me regarde pas. Je peux refuser un héritage. Alors ne soyez pas aussi sûr de vous.
- Ne me prenez pas pour un gamin, jeune homme. Si je dis que vous me devez 80.000 euros plus intérêts, c’est que vous me les devez. Vous. Personnellement.
Et pour abréger les discussions, voici un document….Bien sûr ce n’est qu’une photocopie. Le déchirer ne serait pas une solution pour vous.
Et Jaunat tendit à Marc un document au bas duquel il put lire Lu et approuvé suivi de sa signature. C’est bien lui qui avait écrit ces mots. Dans le document, il était indiqué que pour l’achat de la villa de Auch de son père, il se portait, lui, Marc, caution pour un montant de 80.000 euros
- Mais….Ce document date de 5 ans, et mon père a dû vous régler à raison de 1000 euros par mois….Voyons…12.000 euros par an soit en cinq ans 60.000 euros.
- Vous calculez bien….et mal à la fois. Votre père ne m’a pas remboursé un centime. Alors vos calculs tombent à l’eau. Et vous me devez 80.000 euros plus les intérêts que je calculerai quand vous me donnerez la date de votre remboursement, qui je le souligne doit s’effectuer avant la fin de cette année .
- Mais ce n’est pas possible !! Je suis certain que mon père vous a payé ; vous essayez de m’escroquer.
- Je pourrais me mettre en colère pour cette accusation. Mais vous voyez, je reste calme. Il n’y a que la vérité qui blesse, or, je ne suis pas un escroc. J’ai la conscience tranquille.
Permettez moi de vous donner un petit conseil : Renseignez vous auprès de la banque de votre père. Vous risquez d’avoir d’autres mauvaises surprises.
Ah ? j’oubliais ! Si vous comptiez sur la vente de la villa de Auch, il faut que vous sachiez qu’elle est hypothéquée pour à peu prés sa valeur.
Voilà, je vous laisse réfléchir ? Vous le voyez, je ne suis pas un sauvage. Je reviendrai demain à la même heure pour connaître la date à laquelle vous me rembourserez. A demain !
Charles Jaunat sortit, sans être accompagné par Marc, immobile au milieu de la pièce, comme foudroyé.
( A suivre)
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C’est lorsque sa mère entra dans le salon que Marc reprit ses esprits.
Un peu affolée par la pâleur de son fils, elle lui demanda ce qu’il se passait, et Marc retraça la conversation qu’il venait d’avoir avec Charles Jaunat.
A son tour, sa mère pâlit et murmura : » Mon Dieu , je ne me souvenais plus que tu t’étais porté caution »
- Mais alors Maman, tu connaissais ce Jaunat ?
- Je ne l’ai jamais rencontré personnellement, mais je sais, c’est vrai quel était le problème qui l’opposait à ton père.
Je ne voulais pas t’en parler parce que j’étais persuadée qu’avec la mort de papa, tout serait terminé. La vente de la maison couvrait largement la dette…..si nous devions la payer. Car malgré ce qu’il dit, la maison n’est pas grevée d’hypothèque. Etant copropriétaire je le saurais.
Voici ce qui s’est passé.
Lorsque nous avons acheté la maison de Auch, il nous manquait 80.000 euros.
Je ne sais comment ton père avait fait la connaissance de monsieur Jaunat, mais toujours est il qu’il s’est proposé pour nous prêter cet argent. Il demandait que le remboursement soit effectué par des versements mensuels en espèces.
Cela nous avait paru un peu curieux, mais d’une part, il pouvait mettre immédiatement l’argent à notre disposition, d’autre part le taux de 5% n’était pas très élevé, enfin, il n’y avait pas de frais de dossier…..Bref, ton père a accepté, et chaque mois, il devait se rendre à Toulouse chez Monsieur Jaunat pour lui verser 1000 euros en espèces, et il recevait chaque fois un reçu.

Il y avait moins de deux ans que nous avions contracté cet emprunt, lorsque j’ai hérité un petit capital de ta grand-mère . J’ai demandé à ton père de s’en servir pour purger le reste de notre dette.
Monsieur Jaunat s’est montré d’accord, à condition toujours que le solde lui soit versé en espèces.
C’est ce qui a été fait.
Ce que nous avions emprunté à Monsieur Jaunat a été payé intégralement avec les intérêts, il y a à peu prés 3 ans. Pour nous l’affaire était terminée.
Et puis, environ une quinzaine de jours avant ton accident, nous avons été invités ton père et moi, chez des amis, à Bordeaux. Nous nous sommes absentés durant 3 jours.
Lorsque nous sommes revenus, nous avons constaté que notre porte avait été forcée. A première vue, pourtant, rien ne semblait avoir disparu.
Nous étions arrivés à la maison vers 16 heures.
A 18 heures, ton père recevait un coup de fil.
C’était Monsieur Jaunat qui lui dit :
- Vous n’oubliez pas que vous me devez 80.000 euros, plus les intérêts, depuis un moment. Il faudrait songer à me rembourser
Au début, Papa pensait qu’il s’agissait d’une plaisanterie.
- Vous savez bien que je vous ai remboursé. Par mensualité pendant deux ans, et le solde en une seule fois.
- Je ne m’en souviens pas et je ne trouve nulle part trace de ces remboursements.
C’est à ce moment là que ton père a fait le rapprochement avec notre serrure fracturée.
Il a ouvert le tiroir ou il rangeait ses papiers. Dans la chemise « EMPRUNT » il y avait le contrat qui prévoyait le prêt de Monsieur Jaunat et les modalités de remboursement, mais plus aucun des reçus concernant les remboursements mensuels, ni le reçu précisant que le prêt avait été entièrement remboursé, avec les intérêts.
Ton père a traité Jaunat de tous les noms, et en particulier d’escroc et de voleur. A l’autre bout du fil, très calme, Jaunat lui dit
- Ne vous énervez pas Monsieur Charensol. C’est absolument inutile.
J’ai en mains un document qui prouve que je vous ai prêté de l’argent. Je vous dis que vous ne m’avez pas remboursé et vous ne pouvez pas me prouver le contraire.*
- Je peux prouver que pendant 2 ans, chaque mois, je retirais de mon compte une somme de 1000 euros et que l’héritage…
- Allons, allons ! Soyons sérieux ! Rien, absolument rien ne prouve que ces retraits avaient été effectués pour me rembourser. Non. Croyez moi, vous me devez 80.000 euros plus intérêts. Cherchez plutôt comment vous allez me rembourser. Et vite. Je vous laisse prendre vos dispositions. A demain.
Lorsque ton père m’a raconté cette conversation, nous étions effondrés.
Nous avons tourné le problème dans tous les sens sans voir comment nous en sortir. Bien sûr le contrat d’emprunt prévoyant des remboursements mensuels en liquide pouvait paraître curieux, mais ce n’était pas illégal, et les reçus ayant été volés, nous n’avions plus aucune preuve de nos règlements.
Dans un premier temps, nous avons pensé faire un emprunt hypothécaire, et lorsque le lendemain, Jaunat a téléphoné, ton père lui a dit
- Vous êtes un voleur et un escroc, mais vous avez bien manœuvré. Je vais me renseigné pour obtenir un prêt hypothécaire
- C’est bien. Mais faites vite. Je suis pressé.
Cette réflexion a mis ton père en colère.
- Ah ? Et en plus vous êtes pressé ! je me demande d’ailleurs pourquoi vous avez attendu si longtemps
- Il fallait que vous vous absentiez…
- Hé bien faites ce que vous voulez, je ne vous dois rien, je ne vous réglerai rien. Et comptez sur moi pour faire traîner cette affaire au maximum.
Et il a raccroché.
( A suivre)
aristee

Tous les jours qui ont suivi, Jaunat nous téléphonait pour nous menacer de poursuites judiciaires.
Nous ne dormions plus, nous étions à bout de nerf.
Lorsque nous avons appris ton accident, nous avons sauté dans la voiture, et si nous sommes sortis de la route, près de Narbonne, c’est que ton père a du somnoler quelques secondes. Il était épuisé, et c’est ce Jaunat qui est responsable de sa mort.
Durant tout le récit de sa mère, Marc avait peu à peu récupéré, et c’est l’esprit plus clair qu’il demanda :
-Jaunat m’a dit que la maison était largement hypothéquée et que, si je prenais des renseignements à la banque, j’aurais de mauvaises surprises. Est-ce exact ?
- Je ne vois pas pourquoi il a dit cela. Je suis certaine qu’il n’y a aucune hypothèque sur la maison. J’en suis copropriétaire avec ton père, et s’il y avait eu une hypothèque, ma signature aurait été nécessaire.
Par ailleurs, nous ne sommes pas en rouge à la banque. Nous avons un compte commun, et je sais en gros ou nous en sommes.
Je ne vois vraiment pas, quel intérêt il avait à dire ces mensonges.
- Je pense qu’il voulait simplement m’affoler, et profiter de mon affolement pour que je règle rapidement. Mais c’était enfantin, et je suis bien décidé à résister comme le faisait papa . Je vais réfléchir à ce problème. Ne te fais pas de mauvais sang, Maman, je vais prendre les choses en mains.

Marc avait essayé de rassurer sa mère, mais il était lui-même profondément perturbé, et lorsque Roxane passa le lendemain, elle trouva Marc dans un fauteuil, qui ne leva même pas la tête quand elle entra.
- Que se passe t il, Marc ? Vous avez l’air préoccupé ?
- C’est que je le suis réellement….
Et Marc lui raconta toute l’histoire
- Mais ce n’est pas possible !! des hommes comme ça ne méritent pas de vivre !!!!s’écria Roxane à la fin du récit ;
Cette exclamation eut du moins l’avantage de faire sourire Marc ;
- C’est ça, Roxane !!Vous avez trouvé la solution ! Je vais tuer ce Monsieur Jaunat et tout sera réglé !
Non, Roxane, sérieusement, je ne vois qu’une issue : J’hérite la moitié de la maison de mon père. Avec l’accord de Maman, nous allons la vendre, et régler cet escroc. Il n’y a pas d’autre solution.
- Ce n’est pas possible !! Ce sale type aurait gagné ! Ce serait inadmissible !!
- Merci Roxane de prendre à cœur mes problèmes. Mais vraiment je ne vois pas une autre façon de m’en sortir.
Il faut bien dire que Marc après toutes les catastrophes, en avalanches qui s’abattaient sur lui, n’avait plus le courage de se battre. Vendre la maison d’Auch, payer à l’escroc ce qu’il demandait était la solution la plus simple. Il n’en pouvait plus.
Pourtant, lorsque Roxane fut repartie, il eut honte de sa faiblesse. Choisir la solution la plus facile pour se débarrasser d’un problème n’était pas dans son tempérament. Il fallait qu’il se ressaisisse, et qu’en tout état de cause, il ne lâche pas aussi rapidement.
Lorsque le soir, Jaunat, comme à son habitude, téléphona pour poursuivre son harcèlement, ce fut un Marc combatif qu’il eut au bout du fil.
- Vous pouvez me téléphoner chaque les jours et même deux fois par jour, ma position ne bougera pas. Vous n’obtiendrez rien de moi. Bonne soirée, Monsieur ! et il raccrocha.
( A suivre)
aristee

Les jours qui suivirent furent calme. Jaunat ne téléphonait plus, Marc avait suffisamment récupéré de sa blessure à la jambe pour recommencer à conduire, et il reprit son travail à la cartonnerie.
Avec sa mère, ils avaient décidé de mettre en vente la villa de Auch. Il n’était en effet pas question que Madame Charensol aille habiter seule dans le Gers.
Comme elle ne voulait pas non plus « encombrer « son fils, et malgré les dénégations de son fils qui lui disait qu’elle ne le gênait pas, elle décida d’envisager l’achat d’un petit studio à Valréas, et avait commencé ses recherches.
Chaque jour, Roxane passait les voir, et quelquefois son frère.
Peu à peu, la vie prenait son cours normal, et Marc finissait par espérer, sans y croire tout à fait, que l’épisode Jaunat était terminé.
C’est en fin Septembre que Marc reçu une assignation à comparaître devant le Tribunal d’instances.
Le lendemain matin, c’est un Marc prostré que Roxane découvrit de nouveau, avant qu’il ne parte au travail. Elle essaya de lui remonter le moral et lui dit qu’elle allait demander à son père l’adresse d’un bon avocat. Il ne pouvait plus se battre seul, un avocat était désormais indispensable.
Dans l’après midi du même jour, à son bureau, Marc reçut un coup de fil de Roxane :
- Marc, Pouvez vous être chez vous vers 18 heures ?
- Oui, bien sûr !
- Alors nous passerons vous voir. A tout à l’heure !
Elle raccrocha et il n’eut même pas le temps de lui demander ce qu’elle et son frère sans doute, avaient à lui raconter.
Avant de reprendre son travail, il resta pensif durant quelques secondes. Le temps de faire un bilan éclair.
Il n’avait que peu de séquelles de son accident. Une jambe et un bras encore un peu douloureux quand il fallait faire un effort. Mais dans quelques mois, il ne resterait que de mauvais souvenirs Sa mère, elle, avait pratiquement complètement récupéré de son propre accident. Bon, il y avait ce Jaunat et sa réclamation de 80.000 euros, mais avec la vente de la villa de Auch, il y aurait de quoi payer cet escroc et acheter un petit studio pour sa mère. Il était heureux que sa mère se fixe auprès de lui. Alors, globalement, la situation n’était pas trop mauvaise. Si l’on ajoutait à cela que son travail lui plaisait et qu’il avait des perspectives d’avancement, il ne devait pas trop se plaindre de son sort. Et c’est l’esprit apaisé qu’il reprit ses occupations.
En sortant du cartonnage, il constata que l’arrière saison était magnifique. Deux nuits auparavant il avait plu abondamment, et Marc projeta d’aller le Dimanche suivant aux champignons.
Il s’inquiétait un peu de ses sautes d’humeur. Le matin même, il avait le moral au dessous de zéro, et sans qu’il ne se soit produit quelque chose de nouveau, il redevenait optimiste. Mais, sa conclusion- prouvant par là qu’il était foncièrement optimiste- fut que s’il avait des moments de désespoir, son état naturel était d’apprécier la vie. Il y avait peut être un peu d’autosuggestion, mais qu’importe ? Le principal était de ne pas se sentir trop malheureux, même dans les épreuves.

Lorsqu’il arriva chez lui, Marc vit que sa mère, dans le salon, discutait avec Roxane et un Monsieur qui se présenta aussitôt
- Je suis Alain Barrier, le père de Roxane et d’Olivier. Je sais que vous n’avez pas trop tenu rigueur à mon fils de son imprudence qui a eu pour vous des conséquences graves. Je tenais à vous en remercier.
Par ailleurs, Roxane m’a fait part des problèmes que vous avez avec un certain Charles Jaunat. Or, il se trouve que je connais cet individu. Et si je parviens à vous éviter tous les ennuis qu’il veut vous faire, j’en serais extrêmement heureux.
Alain Barrier était un homme grand, élégant, et il suffisait de voir comment Madame Charensol le regardait pour se rendre compte qu’il avait un énorme charisme, une séduction naturelle hors du commun.
Marc lui répondit
-Ce qui s’est produit avec votre fils n’était qu’un accident. Certes, son imprudence a eu des conséquences dramatiques, puisque j’ai perdu mon père, mais Olivier ne s’est pas rendu compte des résultats de son excès de vitesse. En revanche, en ce qui concerne Charles Jaunat, c’est tout autre chose. C’est un escroc sans aucun sens moral, et c’est lui qui en fait a causé l’accident dans lequel mon père a laissé la vie.
Malheureusement, sur le plan juridique, je crois que je ne peux rien contre lui. Je me suis personnellement porté garant du remboursement de l’emprunt effectué par mon père, et je n’ai plus aucune preuve que le remboursement a été effectué.
- C’est discutable répondit Monsieur Barrier. Devant un tribunal il est possible d’exposer divers faits troublants. Pourquoi Jaunat a-t-il exigé un règlement en espèces ? Pourquoi à t il mis tant d’années pour faire respecter ses droits ? Ce cambriolage dont vos parents ont été victimes juste avant que Jaunat leur téléphone pose également question. Enfin et surtout, vous n’êtes pas la première victime de cet individu. Et si instance il y a, je viendrais devant le tribunal témoigner en votre faveur, en apportant des éléments qui ne pourront qu’influencer les juges dans un sens favorable pour vous.
Mais je suis persuadé qu’il n’y aura pas d’instance.
Nous allons un peu nous amuser. Je suppose que Jaunat va continuer à vous harceler par téléphone. Il faut que vous lui donniez l’impression d’être affolé, et bien près de lui céder. Dites lui tout d’abord, que vous ne voulez pas aller en justice, vous en avez très peur, et demandez lui qu’il vous laisse quelques jours pour trouver une solution pour le payer.
Puis lors d’une conversation ultérieure, dites lui que vous pensez avoir trouvé des fonds et prenez rendez vous chez vous, mardi prochain à 18 heures.
Je viendrais, moi, vers 17 heures 30, et soyez sans crainte, il ne vous embêtera plus par la suite. Je prends les choses en mains, et vous verrez Marc et vous Madame que vous n’aurez plus d’ennuis avec lui.
Le pouvoir de persuasion de monsieur Barrier était tel, que Marc et sa mère sans savoir comment il allait s’y prendre, se sentirent rassurés et certains que Jaunat ne gagnerait pas.
Apprendre que leur tourmenteur n’en était pas à son coup d’essai, que cela pourrait être prouvé, et surtout, le fait d’avoir dans son camp un homme de la trempe de Monsieur Barrier, donnèrent au dîner en tête à tête de la mère et du fils, une ambiance légère, agréable bien différente, de l’atmosphère lourde des jours précédents.
( A suivre)
aristee



Le lendemain dans la soirée, Jaunat téléphona , se faisant de plus en plus menaçant, et Marc, conformément aux instructions données par Monsieur Barrier, donna l’impression d’être terrorisé à l’idée de se présenter devant un tribunal.
- Monsieur Jaunat, dit il, je vous en prie, laissez moi un peu de temps. Je ne veux pas aller devant des juges. Je vais trouver l’argent nécessaire pour vous régler. Je suis certain que je vais y parvenir avant une semaine. Téléphonez moi dans deux jours, et j’espère pouvoir vous fixer la date précise à laquelle je pourrais m’acquitter envers vous.
- Vous voilà raisonnable. Je ne suis pas un méchant homme, Monsieur Charensol . la preuve ? Je veux bien attendre deux jours, pour que vous me fixiez la date du règlement. Je ne suis pas méchant, mais les affaires sont les affaires. Je veux être réglé avant une semaine, et alors, je retirerais mon assignation. Soyez correct avec moi, et vous n’irez pas devant le Tribunal.
- Merci, Monsieur pour votre compréhension. Je ferai l’impossible pour vous donner satisfaction.
Monsieur Barrier n’avait pas tort. Cela commençait à devenir amusant et Marc ressentait une certaine jouissance à jouer la comédie de l’homme effrayé et prêt à tout pour ne pas aller devant un tribunal.
Le surlendemain, comme prévu, Jaunat téléphona, et continuant à jouer son rôle, Marc donna l’impression à son interlocuteur d’être énormément soulagé d’avoir trouvé une solution, c'est-à-dire des fonds, qu’il serait à même de verser le mardi suivant à 18 heures chez lui.
La confiance de Marc en monsieur Barrier était telle, que bien qu’ignorant totalement ce que préparait ce dernier, il n’eut pas le moindre doute sur l’issue de cette affaire.
Il eut même du mal à ne pas en faire trop. Il aurait aimé pouvoir se montrer encore plus poltron, plus pusillanime, le jeu était amusant, mais il ne fallait pas mettre en alerte, Jaunat. Encore que, ce denier était tellement sûr de lui, que le risque n’était pas très grand.
Le lendemain, un Samedi, Marc passa un matinée agréable dans les bois à chercher des champignons. Le temps était magnifique, l’air léger, il pouvait marcher sans ressentir aucune douleur, c’était la première fois depuis avant son accident, qu’il se sentait parfaitement heureux. A certains moments, l’idée lui venait qu’il ne savait absolument pas comment Monsieur Barrier pourrait le sortir de son problème Jaunat, mais elle s’effaçait d’elle même rapidement tant il avait confiance dans cet homme.
Marc eut la chance de trouver un coin de chanterelles. Il en remplit la moitié de son panier, et en fin de matinée, avant de rentrer chez lui, il passa chez les Barrier pour y déposer les trois quart de sa récolte.


MADAME CHARENSOL

Durant toute ma vie, j’ai pensé que j’étais une femme bien.
C’est vrai. J’ai 49 ans et je n’ai jamais douté de ma moralité.
Je me suis mariée jeune, j’avais 20 ans, et je suis restée mariée près de 30 ans. Bien sûr, je n’ai jamais trompé mon mari. Mais aujourd’hui je me demande si j’ai été une bonne épouse.
Une bonne mère, c’est certain. Non seulement j’adore mon fils, mais j’ai pour lui une énorme estime. C’est un garçon extraordinaire. Quand j’ai appris son accident, j’étais folle de douleur. Et puis nous avons eu à notre tour un accident. Mon mari est mort.
Bien sûr quand mon frère m’apprit, lors de ma sortie du coma que mon mari était mort et enterré, j’ai été malheureuse. Mais pas très longtemps. Très rapidement, je n’ai plus pensé qu’à mon fils.
Ce n’est pas normal, ce détachement après la mort de celui avec lequel j’ai passé 30 ans de ma vie. Six mois se sont écoulés et bien souvent, je me suis demandé pourquoi j’avais aussi rapidement tourné la page de mon mariage.
Non, ce n’est pas normal. Suis-je un monstre ? Quand même pas, mais pourquoi étais je si peu attachée à mon mari, et surtout, pourquoi n’ai-je pu m’en rendre compte qu’après sa mort.
( A suivre)
aristee

Cela déjà, était préoccupant.
Et puis il y a ce qui s’est passé vendredi. A 49 ans, je suis une vraie petite midinette.
Quand j’ai vu Alain Barrier, je n’ai plus pu détacher mon regard de cet homme. Je suis restée mariée durant 30 ans avec un homme que j’aimais. Ou du moins, je ne me suis jamais aperçue qu’il pouvait en être autrement. Il n’y a que six mois que je suis veuve, et à la première rencontre, je tombe amoureuse ( car c’est bien cela) d’un homme. Certainement marié d’ailleurs. Je ne me reconnais plus . Je me fais peur. Mais qui suis-je ?
D’ailleurs, je m’en rends compte aujourd’hui, si en apprenant la mort de mon mari, j’ai été malheureuse, c’était plus parce que c’était la fin de certaines habitudes que par attachement véritable.
C’est horrible. J’ai laissé croire à mon mari, pendant 30 ans que je l’aimais et ce n’était pas vrai. Mais quand même j’étais de bonne foi. Je ne savais pas que je ne l’aimais pas vraiment. Non. Je ne lui ai pas menti sciemment.
D’ailleurs, lui ? M’aimait il ? Cela me semblait tellement évident que je ne me suis jamais posé la question.
C’est exactement ça. C’était évident ! Nous étions marié sans songer à mettre fin à notre union. Donc je l’aimais, et il m’aimait.
Au fond c’est peut être maintenant que je me plais à culpabiliser. J’étais plus attaché à mon fils qu’à mon mari. Il n’y a rien de répréhensible. Pourtant j’ai honte. C’est une évidence . Et puis, ce coup de foudre à mon âge, me fait honte.
Mon âge ? J’ai 49 ans, je suis encore jeune. Et puis, on dit toujours que l’amour n’a pas d’âge. Je n’ai pas à avoir honte.
Non. Ce qu’il y a, c’est qu’en peu de temps je constate que je n’aimais pas mon mari, et je découvre une sentiment que je n’avais jamais connu. Si l’on ajoute à cela tout ce qui m’arrive : l’accident de mon fils, la mort de mon époux, mes propres blessures, cette histoire d’escroquerie de ce Monsieur Jaunat, mon coup de foudre…. Une avalanche d’évènements Je ne suis pas dans mon état normal. C’est évident. Alors tout prend des proportions démesurées. Pour aller au fond des choses, ce n’est pas moi qui suis anormale. C’est la succession d’évènements graves qui est anormale.
Maintenant, il faut voir les choses calmement. En ce qui concerne mon mariage, la page est tournée. Inutile de s’attarder la dessus. Je suis peut être horrible, mais tant pis !!
En revanche cet élan que je ressens pour Alain, c’est autre chose. Je ne peux le balayer d’un revers de main. Maintenant, attention : N’est ce pas simplement de la reconnaissance pour un homme qui va nous tirer du pétrin ? Car il va nous en tirer. De cela j’en suis sûre.
Non, ma fille. Tu ne t’en tireras pas comme ça. Dés que tu l’as vu, tu as été subjuguée. C’était bien avant qu’il parle du problème Jaunat. Ce n’est donc pas simplement de la reconnaissance. Il y a autre chose.
C’est peut être très simple. Il est arrivé au moment ou constatant que je n’avais jamais vraiment aimé mon mari, j’ai jeté mon dévolu sur lui. Cela aurait pu aussi bien être un autre homme. J’étais mûre pour cela.
Ca ma vieille, c’est un raisonnement à deux sous. Tu sais bien que c’est faux. Il n’est pas seulement tombé au bon moment. Il est lui, et un autre n’aurait pas pu être à sa place
C’est égal. Cette apparition d’Alain dans notre univers( je ne devrais pas l’appeler Alain, même dans mes réflexions, cela crée un intimité qu’il faut que je repousse. Il est certainement marié), son apparition donc nous fait du bien à Marc et à moi. Il va nous débarrasser de cet escroc. Moi, j’en suis persuadée et Marc aussi. Je vois bien qu’il est plus détendu, plus calme, plus heureux, depuis qu’il nous dit qu’il prenait l’affaire en mains.
Pourtant, nous l’avons vu combien de temps cet homme ? ( un bon point, je n’ai pas dit : Alain) Une heure à tout casser, et nous lui faisons aveuglément confiance ? Aveuglément ,c’est bien le mot, puisque nous ne savons même pas ce qu’il va faire !!!
Je me pose des questions au sujet de Marc. Il y a cette jeune Roxane qui a toujours un bon prétexte pour venir nous voir. Elle est très sympathique d’ailleurs. Et elle aime Marc. Mais lui ? je crois qu’il l’aime bien mais qu’il la considère comme une gamine. C’est dommage ! ce serait bien si Marc et Roxane d’un côté, Alain et moi de l’autre…mais je suis folle !! A quoi je vais-je penser ? Décidemment, je ne tourne pas rond ! Je suis vraiment anormale ! Moi qui ai toujours pensé que j’avais l’âme lisse, sans détour, je me suis bien trompée sur moi-même !!
Stop !! Arrête tes bêtises ! Dés que l’affaire Jaunat sera réglée, et la villa de Auch vendue, il faudra que très vite je trouve un studio et que je laisse Marc vivre sa vie. Ensuite, il faudra que je me pénètre d’une idée. J’ai eu trente ans de vie conjugale. Jamais mon ménage ne s’est trouvé en danger. Je ne vais pas détruire un couple pour satisfaire un élan qui sera je l’espère sans lendemain.
Bien sûr, si je suis appelée à rencontrer un autre homme, entièrement libre et qui me plaise….
Allons ! ne te raconte pas des histoires ! Maintenant que tu as rencontré Alain, aucun autre homme ne trouvera grâce à tes yeux. Zut, zut et zut !!!!
( A suivre)
aristee


MARC CHARENSOL


Ben mon vieux ! Toi qui croyais que tu avais un caractère toujours égal, toujours heureux de vivre, le moins qu’on puisse dire, c’est que tu as changé depuis 6 mois.
A ma décharge, il faut bien reconnaître que je n’ai pas été épargné par la vie. Quelle avalanche de catastrophes !!!
Mais quand même, que de hauts et que de bas !
En ce moment, je suis en haut. C’est quand même curieux, je n’ai pas de raisons précises, concrètes pour me montrer plus optimiste. C’est simplement parce qu’un homme que je n’avais jamais vu, m’a dit qu’il prenait les choses en mains, en ce qui concerne Jaunat, et que j’ai pris cette affirmation pour argent comptant. Je ne sais même pas ce qu’il veut faire. Je m’en remets à lui. Ce n’est pas glorieux pour moi, moi qui me voulait être un homme fort et responsable !!
C’est très désagréable de constater que l’on est beaucoup moins bien qu’on ne le pensait. Mais d’un autre côté, je commençais à être au bout du rouleau. Il fallait que quelqu’un me vienne en aide.
Je ne crois pas me tromper en pensant que ce Monsieur Barrier, non seulement a marqué ma vie, mais aussi celle de ma mère.
Ma mère a toujours été ma mère. Et uniquement ma mère. A peine l’épouse de mon père que je n’ai vraiment jamais connu. Et puis lorsque j’ai vu son attitude devant Monsieur Barrier, je n’en suis pas revenu. Pour la première fois, je voyais en ma mère une Femme. Elle était littéralement subjuguée par cet homme. Oui, ma mère est également une femme. Et de cela je ne m’étais jamais rendu compte. C’était idiot. Bien sûr, elle a le droit elle aussi a avoir des sentiments, des attirances, des répulsions, une vie normale quoi !!
Non. Je ne suis pas jaloux. D’ailleurs de quel droit serais je jaloux ? Elle est à la fois ma mère et une femme, voilà tout !! Papa n’est plus là, elle est encore jeune et toujours jolie. Il faut bien que la vie continue. Il faut avant tout que je lui foute la paix. Mais il serait embêtant qu’elle tombe amoureuse de lui. Il est marié. Roxane m’a dit que sa mère était infirmière à l’hôpital.
Tiens ? C’est curieux. Je suis resté plus de trois semaines à l’hôpital et je n’ai jamais vu la mère de Roxane. Pourtant il n’est pas immense cet hôpital. Bof ! ce n’est pas très important. J’en parlerai à Roxane.
Elle est vraiment curieuse cette Roxane ! C’est à peine une jeune fille, mais elle a un sacré caractère ! En tous cas, elle a été très chouette avec moi. Sans elle , j’aurais été bien seul . C’est vrai, elle m’a beaucoup aidé. Quand j’étais à l’hôpital d’abord. Heureusement qu’elle était là !! Sinon je n’aurais pas eu beaucoup de visite. Même Monique, avec laquelle j’ai eu une liaison pendant plusieurs mois, n’est venue qu’une fois. Mon Directeur, une fois, mon oncle, une fois, et l’abominable Jaunat. Pour lui ; c’était une fois de trop.
Et puis, quand je suis sorti de l’hôpital et que je marchais difficilement, c’est encore Roxane qui se chargeait de toutes les courses, et d’une grande partie du ménage.
Pourquoi faisait elle tout ça pour moi ? Ne fais pas l’idiot ! tu le sais bien ! Elle m’a dit qu’elle voulait faire médecine. Ouis !! Tu n’y as pas cru, hein ? Non. Je n’y ai pas cru. Elle veut peut être faire médecine, mais ce n’est pas pour cela qu’elle est restée des heures et des heures, à l’hôpital pour me tenir compagnie.
En fait, je crois bien qu’elle est un peu amoureuse de moi. Oh bien sûr, ce n’est pas sérieux. Un petit amour d’adolescente, qui naît comme ça un beau jour, et puis disparaît aussi vite et sans laisser de traces.
En tous cas, j’ai autre chose à faire que de songer à la bagatelle. La bagatelle ? C’est idiot de parler de bagatelle. C’est au contraire important. Mais, bon ! Pour l’instant……….
( A suivre)
aristee

Supposons…Je dis bien supposons, que l’hypothèque Jaunat soit levée . Je ne sais pas comment, mais supposons. La première chose à faire, sera d’activer la vente de la villa d’Auch. Et en même temps, se mettre à chercher un studio pour Maman. Il faut absolument qu’elle soit indépendante. Son attitude vis-à-vis de Monsieur Barrier me le confirme. Elle doit être libre. Hein ? Moi aussi ? C’est vrai, moi aussi !!! Je voudrais bien être libre.
Avoir Maman pas loin de chez moi, sans que nous soyons l’un chez l’autre, c’est l’idéal. Alors mon vieux ! Tu vois que tu n’es pas tellement malheureux. Tout s’arrange.
Quand même, je suis impatient de voir l’affaire Jaunat VRAIMENT réglée. Et si ce bonhomme pouvait être mis à son tour en position difficile, cela me ferait bien plaisir. Je suis méchant ? Peut être. Je m’en fous. Je sais seulement que s’il était très embêté à son tour, j’en serais heureux.
Au boulot, ça va. J’avais un peu peur que ma longue absence due à mon accident ne me porte préjudice. Il n’en est rien. Que m’a dit le Directeur en début de semaine ? Attends, attends que je me souvienne bien. Il m’a dit :
« Mon petit Marc, quand vous aurez l’esprit plus libre ( oui ! je lui ai vaguement parlé de mes problèmes) quand vous aurez l’esprit plus libre, il faudra que vous potassiez le Droit du travail. Deux ans sont vite passés, et je prendrai ma retraite dans deux ans. Pensez y ! »
Il ne pouvait pas être plus clair. Il pense à moi pour lui succéder. Lorsque l’affaire Jaunat sera terminée, Maman bien logée, je me mettrai au Droit du travail. Ce n’est pas le plus drôle, mais bon ! Puisque c’est indispensable.
Il faudra aussi que je reprenne l’Anglais. Je ne devrais pas parler de reprise, car mes connaissances dans cette langue sont plus que rudimentaires. Mais je sais que notre cartonnage a un bel avenir dans les pays anglo-saxons. Il faut donc que je parle bien la langue.
Tu vois, fiston, tu as du pain sur la planche.
En attendant, je vais aller marcher un peu. Tiens, au fait, il s’était gourré le toubib. Il m’avait dit qu’il me resterait une petite raideur au bras. Pour l’instant, c’est encore vrai, mais je vais récupérer, oui, je suis sûr que je vais récupérer. Quand à la jambe, il m’avait prédit « une légère claudication », et là, il s’est complètement trompé. Bien sûr, je ne pourrais pas faire un marathon, mais je ne claudique pas. Enfin il me semble. Tiens ? Il faudra que je le demande à Roxane. Je sais qu’elle, elle me dit toujours la vérité. Elle est bien cette petite gamine.
Gamine, gamine….J’exagère un peu. Elle est majeure. Elle a le droit de voter et de se marier sans l’accord de ses parents. Et puis quand on la regarde bien, elle ne fait pas adolescente, mais femme. Enfin presque. Pourquoi penses tu toujours à elle, hein ? Tu dis que c’est une gamine, pour cacher tes sentiments. Non. C’est idiot. Je ne vais pas me raconter des histoires. Pas à moi !!
Bon. Disons qu’elle est très jeune, et restons en là.
Allons ! un peu de « médical footing » ça te fera du bien.
( A suivre)
aristee


La journée du mardi a été longue pour Marc. Très longue. Il ne savait toujours pas quels atouts monsieur Barrier avait dans sa manche contre Jaunat. D’ailleurs il n’avait pas revu Monsieur Barrier. En revanche, sa mère lui avait dit hier soir, d’un air peut être un peu trop détaché :
- Tiens ? j’ai rencontré Monsieur Barrier ce matin en faisant mes courses.
Après tout, ils s’étaient peut être rencontrés par hasard. Marc était trop honnête pour ne pas le reconnaître. Mais il avait si peur que sa mère ne tombe amoureuse d’un homme marié.
Pour une fois, Marc quitta son bureau à 17 heures 30 exactement. Monsieur Barrier devait être chez lui, et il était impatient de le voir.
Il était là en effet. Il discutait avec sa mère d’un sujet d’une haute importance. Ils trouvaient que cette arrière saison était magnifique !!!! Un instant, Marc en fut surpris. Comment discuter de choses anodines à quelques minutes d’une entrevue importante ?
Monsieur Barrier accueillit Marc avec beaucoup de sympathie
- Alors Marc, comment allez vous ?
- Physiquement très bien. Je marche normalement, et contrairement aux prédictions du toubib, je ne boite pas. Maintenant, je ne vous cache pas que l’affaire Jaunat continue à me turlupiner.
- Mais non, mais non. Ayez confiance ! vous allez voir, tout va s’arranger. Lorsqu’il sonnera, j’irai dans la pièce à côté avec votre Maman. Vous le recevrez seul. Continuez à jouer le rôle de celui qui craint par-dessus tout, de devoir se présenter devant un Tribunal. Ne vous inquiétez pas. Au contraire vous verrez que ce sera amusant….. D’un autre côté j’ai peut être tort de vous dire ça. Si vous paraissez tendu, cela ne sera que mieux pour jouer votre rôle auprès de Jaunat. Bon. Faites vous un peu de mauvais sang, mais pas trop…….
Ah ! Je voulais vous remercier pour les champignons. Roxane a absolument voulu les préparer elle-même. Et je dois dire qu’elle s’en est très bien tirée. Elles étaient succulentes vos chanterelles , et je dois dire que cela m’a donné envie d’aller en ramasser moi-même.
- Je connais d’assez bons coins. Si vous voulez, le week end prochain, nous pourrions y aller tous ensemble
Personne n’eut le temps de répondre. La sonnerie de la porte d’entrée se fit
entendre. Madame Charensol et Monsieur Barrier se glissèrent dans la cuisine, pendant que Marc après quelques secondes alla ouvrir.
Charles Jaunat était sur le pas de la porte, toujours aussi ridiculement habillé de noir et faisant « Pompes funèbres » malgré le sourire qu’il essayait d’esquisser.
- Bonjour cher Monsieur. J’ai l’impression que vous êtes en pleine forme et que votre accident n’est plus qu’un mauvais souvenir
- Pleine forme serait beaucoup dire, Monsieur Jaunat. Je dois vous dire très franchement que j’appréhendais beaucoup votre visite.
- Allons, allons, je crois que vous me jugez mal. Vous verrez que nous entendrons très bien. Vous savez moi non plus je n’ai pas envie d’aller devant les tribunaux, et si, comme je l’espère, nous pouvons l’éviter, je serais aussi soulagé que vous.
Les deux hommes étaient entrés dans la salle de séjour et sur l’invitation du geste de Marc, ils s’étaient assis.
- Puisque vous parlez de soulagement, pouvez vous me dire de quelle somme exacte je dois me soulager puisque vous m’aviez parlé d’intérêts
- A la bonne heure !!!La crainte que vous aviez ne vous a pas fait perdre votre humour. Je ne vais pas vous « soulager « d’une somme. Vous allez me régler une dette, et c’est tout.
- S’il vous plait, monsieur Jaunat, répondez à ma question !
- Bon. Voyons. Je vous avais bien dit que je n’étais pas un mauvais homme. J’ai même oublié de faire le calcul exact des intérêts. Mais entre nous, nous allons faire une côte mal taillée. Alors…l’intérêt prévu était de 5%. Je vous fais remarquer au passage qu’il était loin d’être prohibitif. Je vous le dis, à l’époque, j’avais la possibilité d’aider votre père, pour lequel j’avais une très grande estime. Sa disparition a également été très triste pour moi. Nous disons donc 5 % pendant 5 ans, cela 25% . Soit le quart du capital prêté. Or le capital était de 80.000 euros, alors ça fait…Hé bien voilà, ça fait 100.000 euros tout rond. J’aime ce qui est rond, bien clair. Vous voyez, je ne chicane pas pour quelques euros. Vous me versez 100.000 euros, et je vous tiens libre de toute dette envers moi.
- Mais cela fait beaucoup, beaucoup plus que je ne pensais
- Enfin Jeune homme, les chiffres ne mentent pas. J’ai prêté 80.000 euros à votre père. Nous avions prévu 5 % d’intérêts ( je me souviens d’ailleurs que votre père avait trouvé ce taux très modeste) Cinq ans se sont écoulés, le calcul est facile à faire.
Comme Marc restait silencieux, d’un ton cette fois menaçant, Jaunat reprit :
- J’espère que vous ne m’avez pas fait déranger pour rien. Pouvez vous régler la dette dont vous étiez caution ? Je vous préviens que dans la négative, je vous traînerais devant le Tribunal.
C’est à ce moment là, que Monsieur Barrier fit son entrée :
( A suivre)
aristee

- Tiens, Monsieur Jaunat ! Quel plaisir !!! Me reconnaissez vous ?........Oui, ma question est superflue. Si j’en juge par votre pâleur subite, je vois que vous me reconnaissez.
- Mais…Mais, Monsieur Barrier, je vous ai tout réglé. Je ne vous dois plus rien.
- - Mais, cher monsieur, je n’ai jamais dit que vous me deviez quelque chose. Je sais parfaitement que vous m’avez réglé ce que vous me deviez. Ce n’a pas été sans mal, mais vous l’avez fait. Non. Vous ne me devez rien. De même que Monsieur Charensol ne vous doit rien. Son père vous a réglé entièrement, intérêts compris ce que vous lui aviez prêté, et ce bien avant l’échéance prévue. J’espère que vous vous en souvenez ?
- Ecoutez, Monsieur Barrier, je ne sais pas ce que vous venez faire dans cette affaire. Moi, j’ai un papier signé par Monsieur Charensol père, et sur lequel Monsieur Charensol fils se porte caution, et je n’ai reçu aucun règlement. Je réclame mon dû et c’est tout.
- Bon. Nous allons commencer une discussion sérieuse. Je dis bien sérieuse.
Monsieur Charensol père vous a réglé la totalité il y a trois ans. Vous êtes entré chez lui en son absence en fracturant sa porte, pour voler les reçus.
Voilà les faits. Et vous êtes venu dire à Marc qu’il ne pouvait prouver le règlement et que vous n’hésiteriez pas à le traîner devant les tribunaux. Vous étiez sûr de gagner, mais vous avez tort.
D’une part, le tribunal va trouver bizarre que vous exigiez dans l’acte, que les remboursements soient effectués en espèces.
D’autre part, il sera surpris que vous ayez attendu 5 ans, et la mort de Monsieur Charensol pour vous manifester.
Enfin, et surtout, devant un tribunal je ne manquerais pas de venir témoignez contre vous. Vous savez que je possède les éléments prouvant que vous n’en êtes pas à votre coup d’essai.
Tout ceci pour vous dire, que devant l’instance civile, vous n’avez que très peu de chance de gagner.
En revanche, moi, j’ai la possibilité de déposer une plainte contre vous. Voulant éviter que vous ne recommenciez contre moi votre petit chantage, je vous ai demandé de reconnaître les faits. Vous vous êtes montrés coupable envers moi, d’abus de confiance, de vol, et de faux en écriture.
Si Marc Charensol ne risque pratiquement pas d’être condamné par une instance civile, il est en revanche certain que devant une juridiction pénale, vous risquez ( en mettant les choses au mieux pour vous) environ trois ans de prison. Et croyez moi, je pousserais pour que la note soit la plus salée possible.
Alors, que faisons nous ?
Charles Jaunat était effondré.
- Puis je réfléchir ? demanda t il au bout d’un long moment.
- Bien sûr vous pouvez réfléchir. Je vous attends ici demain à la même heure. Vous viendrez avec les papiers que vous avez dérobé chez Monsieur Charensol, et je continuerai à conserver vos reconnaissances de faits délictueux sans déposer plainte.
Sinon, bien sûr, après demain matin une plainte sera déposée contre vous. Puisque vous voulez réfléchir, ne perdez pas de temps. Débarrassez nous de votre présence.
Jaunat n’insista pas et partit aussitôt.
- Vous croyez qu’il viendra demain avec les reçus demanda Marc ?
- J’en suis persuadé. C’est un petit escroc sans grande envergure et qui a une frousse affreuse de se retrouver en prison. Il viendra.
Si Marc avait admiré la façon dont Monsieur Barrier avait mené la discussion, il ne pouvait s’empêcher de ressentir encore une certaine crainte. Après tout, Jaunat était peut être prêt à risquer un peu de prison pour gagner 100.000 euros. Cela s’était déjà vu.
Encore 24 heures à attendre. Ils prirent l’apéritif ensemble, et Monsieur Barrier partit chez lui, en prononçant auparavant quelques mots réconfortants pour Marc. Il avait la certitude que Jaunat lâcherait.

Le lendemain donc, toujours ponctuellement Jaunat se présenta chez Marc.
C’est à Monsieur Barrier qu’il s’adressa.
- Bon. D’accord. J’ai préparé un reçu par lequel Monsieur Marc Charensol m’a réglé la somme de 100.000 euros qu’il me devait à titre de caution de son père. Vous êtes satisfait ?
Monsieur Barrier prit le papier que lui tendait Jaunat, le lut rapidement et le passa à Marc.
- Bien sûr que non. Je ne suis pas satisfait. Marc ne vous a rien réglé du tout, puisqu’il ne vous devait rien du tout.
Marc intervint alors
- Mais il me semble qu’avec ce papier, je suis à couvert.
- Non Marc. Ce papier est un faux. Vous ne pouvez l’accepter. Puis se tournant vers Jaunat
- Je vous ai demandé les reçus que vous aviez donnés à Monsieur Charensol père.
Après un moment de réflexion Jaunat proposa
- Bon. Vous voulez que ce soit monsieur Charensol père qui m’ait payé. Soit. Je vais vous refaire un papier reconnaissant que Monsieur Charensol père m’a remboursé.
- Vous avez la tête dure, Monsieur Jaunat. Je vous le répète : je veux les reçus d’origine, et pas autre chose.
( A suivre)
aristee

- Mais je ne les ai plus. Ils sont perdus.
- Comme je vais vous croire !! vous n’êtes pas homme a égarer des papiers. Quoiqu’il en soit, vous me donnez ces reçus, ou je dépose une plainte contre vous dés demain matin.
Après un assez long silence, Jaunat finit par mettre la main à sa poche et sortit les divers reçus de remboursements mensuels, ainsi que le reçu portant sur le solde et les intérêts.
Monsieur Barrier les examina rapidement
- Eh bien voilà. Vous voyez, ce n’était pas compliqué.
Il est donc bien établi que c’est vous qui avez volé ces documents. Vous allez donc reconnaître les faits et cette affaire sera terminée.
- Mais qui me garanti que vous ne déposerez pas une plainte contre moi.
- Moi, Monsieur Jaunat, je suis un homme honnête. Si je n’ai pas connaissance d’une nouvelle entourloupette, je ne sortirais pas mes documents. Maintenant , allez, écrivez.
Et Il dut écrire sous la dictée de Monsieur Barrier, un papier par lequel il reconnaissait avoir dérobé des documents après être entré par effraction dans le domicile de monsieur Charensol à Auch.
- Maintenant, allez Monsieur Jaunat !!! . Et faites en sorte de ne plus me trouver sur mon chemin. Je ne serai peut être pas toujours aussi conciliant.
Plus tard, Marc avoua avoir eu très peur. S’il avait été seul, il aurait tout de suite accepté le premier papier qui reconnaissait que Marc avait réglé la totalité de la dette e il ajouta
- C’est dans ces circonstances que je me rends compte qu’il me reste encore beaucoup à apprendre.
- Voyez vous, Marc, j’avais un grand avantage sur vous. J’étais déjà passé par une situation identique, et surtout, je connaissais le bonhomme et je savais que je pouvais l’amener ou je voulais.
Pour Marc, en tous cas, l’apéritif ce jour là fut beaucoup plus détendu que celui de la veille.
Le week end suivant, chacun étant muni d’un panier d’osier, une petite bande partait à la chasse aux champignons dans les bois de Taulignan. Marc et sa mère, Alain Barrier et ses deux enfants, Roxane et Olivier.
Marc était « le spécialiste », pour tous les autres, c’était une première.
Arrivés sur les lieux, Marc expliqua qu’ils n’allaient pas ramasser tous les champignons rencontrés. Il fallait se contenter de quelques espèces bien connues et qui pouvaient être consommés sans aucun risque.
Tout d’abord la chanterelle ou girolle que tout le monde connaît, en forme de parapluie renversé, puis l’oronge qui lorsque elle sort ressemble à un œuf dur, puis s’épanouit avec un beau chapeau jaune d’œuf, la grisette de parme dont le chapeau gris et plat, porte sur son pourtour des rayures, les mousseux , dont ils ne retiendraient que les cèpes de bordeaux dont le chapeau est marron foncé, et le pied très renflé, enfin éventuellement des clavaires au chapeau ramifié qui rappellent des crêtes de coq (d’où leur nom vulgaire)mais de couleur beige .
Bien sûr, en cas de doute, on venait voir Marc.
Chacun devait partir de son côté, mais assez curieusement Monsieur Barrier et madame Charensol étaient partis d’un même côté et les enfants d’un autre. Selon la recommandation de Marc, on restait en contact phonique, et après deux bonnes heures de recherches, ils se retrouvèrent tous les cinq dans une petite clairière, ou Marc procéda au tri de chaque panier.
Ce fut une matinée agréable clôturée par un dîner pris en commun dont le plat vedette était bien sûr des girolles à la provençale.
( A suivre
aristee

Le lundi à midi, en revenant du bureau pour déjeuner chez lui, Marc trouva une lettre dont l’adresse était écrite à la main.
Cette lettre était très brève :
« Si vous pensez que vous en avez fini avec moi, (grâce à toutes vos précautions), vous faites une très grave erreur. Profitez bien de votre calme actuel »
Et c’était signé Charles Jaunat.
Marc craignait cet homme malfaisant, et il ne pensa pas une seconde qu’il s’agissait simplement de la réaction d’un homme vaincu et qui ne pouvait l’admettre.
Il téléphona à Monsieur Barrier et lui lut la lettre.
- Bah ! ne vous en faites pas, Marc. Il est profondément vexé et veut se venger en vous faisant peur. Mais il ne peut pas tenter quoi que ce soit contre vous ou moi sans se retrouver en prison. N’y pensez plus.
N’y pensez plus !!!! Bien sûr, Marc avait une grande confiance dans son interlocuteur, mais il est difficile de commander et de diriger ses pensées.
Durant plusieurs jours, il se demanda ce que ce Jaunat pouvait faire contre lui, et ses réflexions se terminaient toujours par un constat optimiste. Cet individu n’était pas si malin que ça, puisque par deux fois, il a été amené à signer des papiers qui pouvaient l’envoyer en prison. Il n’y avait donc rien à craindre. Foncièrement méchant, il tentait de faire peur et c’est tout ce qu’il pouvait faire.
Fin Octobre, Marc ne pensait plus que très rarement à cette lettre de menace, lorsqu’il en reçu une seconde.
« Dormez sur vos deux oreilles. Continuez à penser que je ne peux rien contre vous. Mais votre réveil sera désagréable. Charles Jaunat »
Tous les raisonnements n’y firent rien. Marc recommença à prendre ces menaces au sérieux. Il avait beau se dire que le seul but de Jaunat était de lui faire peur, et que c’était lui donner satisfaction que de nourrir des craintes, une sourde angoisse l’habitait de nouveau.
Il ne jugea pas nécessaire de téléphoner à Monsieur Barrier. Il savait par avance ce qu’il lui dirait, et il savait aussi que cela ne chasserait pas ses appréhensions .
Le plus énervant c’est que la menace n’était pas précise. Quels étaient les projets de Jaunat ( s’il en avait) ? C’est cette incertitude qui était minante. Et puis, une réalité lui sauta aux yeux : il ne savait pas, il n’avait jamais su ou habitait Charles Jaunat. Pourquoi ne pas aller le voir et provoquer une explication claires ?
Marc se jeta sur son ordinateur, en se traitant de tous les noms de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Il ne mit pas deux minutes pour avoir son renseignement. Charles Jaunat habitait à Orange, et son numéro n’était même pas sur la liste rouge.
Marc décida de réfléchir avant de se lancer tête baissée chez son tourmenteur, et de prendre l’avis( pas le conseil, mais un simple avis) de Monsieur Barrier. Car c’était à lui, Marc, de prendre sa décision.
Comme toujours, quand Marc était là, Roxane assistait à la conversation entre son père et le jeune homme.
- Marc, lui dit Monsieur Barrier, je vous l’ai dit plusieurs reprises, Jaunat ne peux pas bouger. Alors il déverse son trop plein de bile en vous écrivant, mais croyez moi, il a les griffes coupées, il n’est plus dangereux. N’ayez pas peur !
Le mot « peur » fit bondir Marc.
- Mais ce n’est pas de la peur, Monsieur Barrier. D’ailleurs je me propose d’aller chez lui pour avoir une explication en tête à tête. Je sais seulement que s’il n’a pas de pouvoir d’action sur le plan juridique, rien ne l’empêche de s’en prendre par voie de fait à l’un de nous, vous, moi, ma mère ou vos enfants.
- Je crains qu’en vous voyant venir chez lui, vous ne lui procuriez une grande joie, et une envie plus grande encore de faire un sale coup. Non, croyez moi, la meilleure solution est de traiter ses menaces par le mépris. Il se lassera !
( A suivre)
aristee



Madame Charensol


Après une vie calme, et j’ose le dire, monotone, auprès de mon mari durant 30 ans, voilà que ça bouge dans tous les sens.
Je sens que Marc est très inquiet. Ce Jaunat lui fait peur. Oh pas pour lui ! Je le connais bien. Non, il a peur que ce triste sire s’attaque à quelqu’un de son entourage, Moi, Alain ou ses enfants.
Je sais qu’Alain a essayé de le persuader plusieurs fois qu’il n’y avait rien à craindre. Nous possédons des papiers qui peuvent envoyer rapidement en prison pour plusieurs années, ce Jaunat. Il ne peut donc pas s’attaquer à nous.
Mais Marc reste inquiet. Cela ne se commande pas. Il voudrait foncer chez lui pour avoir une grande discussion, mais Alain le lui déconseille, et moi, je crois qu’il a raison.
La thèse de Alain est la suivante : si vous allez chez lui, vous lui prouvez que ses menaces vous touchent. Cela va bougrement l’engager, non seulement à continuer mais à augmenter encore la pression. Croyez moi, Marc, il ne faut pas s’occuper de lui, et il en viendra à se lasser.
Moi, je trouve qu’Alain est plein de bon sens et je lui donne entièrement raison.
Je sais, je sais ! je ne suis pas très objective quand il s’agit de juger ce que pense Alain. Oui, je l’appelle Alain maintenant. Quand je pense à lui seulement ! Ah oui, quand même !!! Je n’oserais pas l’appeler par son prénom devant lui. Il m’impressionne cet homme. Il a vraiment tout pour lui : Un physique de cinéma, une grande intelligence, du sang froid et de la gentillesse. Il adore ses deux enfants, et maintenant, pour sa femme , je sais.
Marc m’avait dit que la mère de Roxane était infirmière à l’hôpital de Valréas. Mais il était surpris de ne l’avoir jamais rencontrée durant son séjour à l’hôpital. En fait je l’ai su depuis, ses congés coïncidaient avec la durée d’hospitalisation de Marc. Ce point éclairci, il y a en avait un autre qui me turlupinait. On ne voyait jamais Madame Barrier, et le jour de la chasse aux champignons, elle n’était pas là non plus. Alors, j’ai carrément posé la question à Alain.
- Je n’ai pas encore eu le plaisir de faire la connaissance de madame Barrier. Elle doit avoir un énorme travail.
- Je ne sais pas si elle a un énorme travail, mais vous ne la verrez certainement pas chez moi. Nous sommes toujours mariés, mais séparés de fait depuis plus de trois ans. Elle habite à Valréas, je crois qu’elle vit avec un autre homme, mais je n’en sais pas plus, et ne cherche pas à en savoir de plus.
Quand il m’a dit ça, j’ai été heureuse, heureuse…Pourtant, je suis lucide. Ou du moins, je m’efforce de l’être. Je suis insignifiante à côté de lui. Pas de doute : Il est de la classe au dessus. Alors il serait bien que j’abandonne mes petits rêves de midinette. Mais ce n’est pas facile.
Ce qui serait bien, ce serait que je puisse rencontrer celle qui est toujours sa femme. Cela me donnerait une idée du genre de femme qui au moins en un temps, l’avait attiré.
Ce matin, après ma douche, je me suis examinée nue devant ma psyché. J’avais allumé les trois lumières de la salle de bains. J’ai pu me voir de tous côtés, et de cet examen, je suis sortie toute heureuse. C’est bien simple, si j’étais un homme, je me plairais beaucoup. Seulement voilà : Si j’étais un homme, je ne serais pas Alain. Alors mon examen, dans le cas particulier ne peut apporter aucune conclusion.
Nous ne nous sommes pas rencontrés très souvent, et à moins d’avoir comme moi, le coup de foudre, il faut un peu de temps pour s’apprécier.
Je crois que les femmes sont plus rapides pour décider qu’un homme lui plait. Par exemple, la petite Roxane est incontestablement amoureuse de mon Marc. Mais lui, ne semble s’apercevoir de rien. Pourtant elle est pétrie de qualités cette jeune fille, et ce nigaud ne s’en rend pas compte.
Ah, si tout le monde disait ce qu’il pense, bien des situations s’éclairciraient. Ouais ! là, je prêche pour mon saint. Ca m’arrangerait de pouvoir dire à Alain les sentiments que j’ai pour lui. Mais dans d’autres occasions, il est bien préférable que d’autres ignorent ce que l’on pense d’eux. C’est vrai. Si tous disaient ce qu’ils pensent, la vie serait invivable.
Et puis ces raisonnements à quatre sous sont idiots. Les choses sont ce qu’elles sont. Il est déjà bien difficile de se débrouiller avec les réalités, alors, s’il faut imaginer, on n’en sortirait plus.
La dernière fois que j’ai rencontré Alain, c’était hier matin. Je sortais de chez Leclerc. Il était à pied. Je me demande ou il allait. Normalement il est toujours dans sa voiture. Il s’est arrêté environ 10 minutes, et lorsque nous nous sommes quittés, il m’a dit : » je sais que nous devons nous revoir bientôt ». Je n’ai pas eu le courage de lui demander quand ? Et pour quelle raison ?
Je me cache pas derrière mon petit doigt. C’est vrai que j’adore mon fils et qu’il ait pu m’accueillir chez lui a été pour moi un profond réconfort. Ceci dit, je suis impatiente d’avoir mon petit studio, et disons le mot d’être indépendante.
Depuis deux jours, la signature chez le notaire, de la vente de la villa de Auch a eu lieu. C’est mon frère qui avait notre pouvoir et nous a représenté.
Nous aurons les fonds dans environ deux mois soit courant janvier.
J’ai commencé à visiter plusieurs studios et petits appartements . Je crois que je vais pouvoir m’acheter un petit 3 pièces.
Oh, je sais bien, il y a beaucoup d’incohérence en moi. Je voudrais être indépendante et tout à la fois, j’aimerais vivre aux côtés d’Alain chaque jour de ma vie . Mais peut être si je désire être indépendante, c’est pour pouvoir me consacrer d’avantage à Alain, s’il veut bien de moi.
Mais franchement la période actuelle, après ce que nous avons traversé, n’est pas désagréable. Je le sais!, vouloir plus est une constance chez les humains
( A suivre)
aristee


Par une froide matinée de Décembre, le mistral était glacial, et sans être encore sorti, Marc n’avait qu’à regarder par la fenêtre pour voir les plaques de glace et les branches des arbres furieusement agitées, pour en être certain. Il s’apprêtait à partir pour son bureau, bien emmitouflé quand le téléphone sonna.
Un peu inquiet que quelqu’un soit dans la nécessité de téléphoner à cette heure très matinale, il alla décrocher.
C’était la voix de Alain Barrier, mais déformée par l’émotion.
- Marc, vous ne savez certainement pas ou peut être Roxane ?
- Roxane ? Non ! elle n’a pas repris ses cours à Marseille ?
- Ses cours ont bien repris, mais elle est venue pour le week et devait repartir ce matin. Or hier soir, elle n’est pas rentrée. Pas un mot, pas un coup de fil, cela ne lui ressemble pas
- Et son portable ?
- Il n’est pas ouvert. Impossible de la contacter. Je suis très inquiet.
- Monsieur Barrier, je passe un coup de fil à mon bureau pour expliquer mon absence et je vous rejoins chez vous.
Une demie heure plus tard Marc arrivait chez Alain Barrier. Cet homme en général si calme, si maître de lui , était livide, nerveux. Il n’avait pas dormi une minute de la nuit. Comme Marc lui demandait s’il avait téléphoné à la gendarmerie, à l’hôpital il répondit :
- C’est inutile. Si elle avait eu un accident, je serais déjà prévenu. Nous sommes très connus. Non. C’est autre chose !
- Mais quoique ce soit, il faudrait au moins prévenir la gendarmerie !
- Inutile je vous dis. Je crois savoir ce dont il s’agit.
Et ouvrant un tiroir de son secrétaire, il sortit une lettre qu’il tendit à Marc.
Ce dernier reconnut aussitôt l’écriture. C’était celle de Charles Jaunat .
La lettre était brève :
« Mon avertissement à Marc Charensol est valable pour vous »
- Vous croyez qu’il s’en est pris à Roxane ?
- J’en ai l’intime conviction, et je suis certain qu’il ne va pas tarder à se manifester. Mais s’il touche un cheveu de ma fille, il n’aura pas le temps d’aller en justice. Il sera mort avant.
- Mais si c’était lui, il aurait déjà téléphoné, non ?
- Non. Il sait que je me fais un mauvais sang d’encre. C’est le début de sa vengeance de me laisser un peu sans nouvelle. Mais il ne résistera pas longtemps au plaisir de savourer le moment au il me tiendra au bout du fil à sa merci.
C’est vers 10 heures que le téléphone sonna. Alain respira profondément avant de décrocher.
C’est lui qui attaqua immédiatement.
- Ah !! Monsieur Jaunat. J’attendais votre coup de fil.
Sa voix était calme sereine, et l’on sentit qu’à l’autre bout du fil, Jaunat était un peu décontenancé. Il s’attendait à avoir un père aux abois, il trouvait un homme maître de lui, posé, et en apparence pas du tout impressionné.
- Ne faites pas le malin, Monsieur Barrier, j’ai votre fille !
- Oui, et alors ?
- Alors ? Alors ? Hé bien vous allez faire ce que je vous dis, sinon..
- Sinon ?
- J’ai votre fille en mon pouvoir. Alors imaginez tout ce qu’il pourrait lui arriver.
- Essayez, vous, d’imaginer tout ce qui pourrait vous arriver si vous touchez à un cheveu de ma fille.
Un peu déstabilisé, Jaunat cependant se reprit très vite
- Ne faites pas le malin. Moi, je tiens votre fille, et vous, vous ne me tenez pas. Alors, soyons sérieux. Je veux récupérer tous les papiers que vous m’avez pris ou fait signer. Je dis bien tous, et les originaux bien sûr. Tous les reçus concernant le prêt de Monsieur Charensol père, ainsi que le papier que vous m’avez forcé à écrire.
Les choses vont se passer très simplement. Ce soir à 18 heures, venez avec les papiers à l’angle du cours du Berteuil et de la route de Nyons. Oui, c’est là que Charensol fils a eu son accident, renversé par votre fils. J’ai trouvé que ce serait amusant.
Alors écoutez moi bien. Je serai par mon portable en communication directe avec un copain qui garde votre fille. Ils ne sont pas chez moi, bien sûr. S’il m’arrive la moindre des choses, des, je lui dirais simplement de la tuer . Et si je n’avais pas le temps de parler, il saurait qu’il m’est arrivé quelque chose, et croyez moi, mon copain n’est pas un tendre, je ne sais pas s’il ne voudra pas s’amuser un peu avant de la tuer. Mais ce n’est pas mon affaire. Alors à 18 heures.
Et il raccrocha.
( A suivre)
aristee

Alain n’avait même pas eu le temps de demander quand et dans quelles conditions sa fille serait libérée.
Après avoir fait un énorme effort sur lui-même pour paraître calme et froid, aussitôt après avoir raccroché, Alain s’effondra sur un fauteuil. La tête dans les mains il resta plusieurs minutes sans bouger.
Enfin, relevant la tête ; il dit à Marc.
- Avant tout sauver Roxane. J’irai avec les papiers, mais je ne les donnerai pas sans avoir des assurances absolues sur la libération de Roxane. Merci d’être venu, Marc. Maintenant, j’ai besoin d’être seul et de réfléchir. Je vous téléphonerai dés après l’entrevue de 18 heures.
- Vous êtes sûr que je ne peux rien faire ?
- Je ne suis sûr de rien. Je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre. Mais soyez sans crainte, si j’ai besoin de quelqu’un, c’est à vous que je ferai appel.
Marc décida de rentrer chez lui et de pas bouger, pour être à la disposition d’Alain si c’était nécessaire..
C’est vers 16 heures que monsieur Barrier téléphona.
- Je vais avoir besoin de vous Marc.
Il faudrait que vous soyez avec votre voiture vers 17 heures 30, en haut du cours du Berteuil. Vous vous garerez sur la droite, à une cinquantaine de mètres du carrefour vers la route de Nyons. Allongez vous sur la banquette avant pour que personne ne puisse vous voir, et attendez moi. Je viendrai vous rejoindre. Surtout, ne descendez pas de la voiture, ne vous faites pas voir. Ayez confiance. A tout à l’heure.
Marc n’avait aucune idée de ce que Alain voulait faire, et dans ce rôle passif qu’il lui était demandé de jouer, il n’était pas très à l’aise. Il aurait préféré avoir une mission plus active, mais Alain, savait ce qu’il faisait, et il fallait simplement suivre scrupuleusement ses directives.
Alain de son côté se préparait mentalement pour le rendez vous de 18 heures.
C’est à une minute avant de l’heure prévue, qu’il arriva au carrefour de la route de Nyons. Il n’eut pas longtemps à attendre. Charles Jaunat arriva de la grande rue. Et l’interpella immédiatement
- Vous avez les papiers ?
Alain les sortit de sa poche, et les rentra aussitôt.
- Oui. Vous l’avez vu. Je les ai. Mais ne croyez pas que je vais vous les donner sans avoir des garanties pour la libération de ma fille.
- Vous n’êtes pas en état de discuter. Vous le voyez, j’ai mon portable, et mon copain est au bout du fil. Je n’ai qu’un mot à lui dire et je lui laisse le soin de faire de votre fille ce qu’il voudra. Et comme je le connais, il voudra un peu s’amuser, avant de ….
Un petit silence pour rendre la menace plus palpable, puis Jaunat reprit
- Cette fois, vous avez perdu, Barrier. Donnez moi ces papiers. Je vais les examiner, et s’il n’y a pas d’entourloupe, je libérerais votre fille.
- Une seconde, Jaunat. Vous tenez ma fille, c’est vrai, mais moi je vous tiens. A ce moment là, Alain sortit un pistolet de sa poche
Ecoutez moi bien. Je n’hésiterais pas une seconde à vous trouer de partout si vous ne faites pas ce que je vous dis.
Tout d’abord, dites à votre copain que c’est foutu. Mais dites lui, qu’il ne risque rien Qu’il parte en disant à ma fille de rester sur place, je vais venir la chercher. Je ne déposerai pas de plainte dans cette affaire. Ni contre votre copain ni contre vous. Vous vous en tirez au mieux. Allez téléphonez lui.
Jaunat était livide et ses lèvres tremblaient. Il répercuta le message à son copain, qui essaya un peu de discuter, mais finit par comprendre qu’au fond, il n e s’en tirait pas mal. Sous les yeux froids et déterminés d’Alain, Jaunat sut immédiatement qu’ il ne s’agissait pas d’un bluff. Sa vie était réellement en jeu.
- Tenant toujours son pistolet de la main droite, Alain fit pivoter Jaunat, et pointant l’arme sur son dos lui dit. Allons maintenant, avance. Nous allons rejoindre une voiture, et tu me donneras l’adresse ou se trouve ma fille. Est-ce à Valréas ?
- Non. A Visan murmura Jaunat.
- O.K. Nous y allons.
Marc les entendit arriver et à l’appel de son nom, descendit immédiatement du véhicule.
- Et Roxane ?
Ne vous inquiétez pas. Ce monsieur va nous emmener la chercher. Direction, Visan. Nous montons derrière tout les deux, je le tiens en respect. Allons y !
( A suivre)
aristee


C’est dans une cour de ferme que guidé par un Jaunat soumis, vaincu, l’automobile s’arrêta. Dans la nuit, un carré lumineux indiquait qu’une seule pièce était occupée et les trois hommes se dirigèrent vers elle.
Au moment ou les trois hommes s’apprêtaient à entrer dans la maison, Marc dit à mi voix :
- Stop !!
Les deux autres s’immobilisèrent aussitôt.
- Que se passe t il ? demanda Alain.
- C’est trop simple. Je ne sais pas. Un pressentiment. Restez là Monsieur Barrier et surveillez bien le prisonnier, je veux aller voir .
Marc s’approcha doucement de la fenêtre éclairée. Il vit aussitôt Roxane, assise sur une chaise, les mains liées. Elle avait du entendre la voiture arriver car elle semblait à la fois aux aguets et inquiète. Elle regardait vers la fenêtre et faisait imperceptiblement »non » de la tête.
On ne voyait personne d’autre dans la pièce, mais il y avait des angles morts, à gauche et à droite de la fenêtre, dans lesquels une personne pouvait facilement se tenir à l’abri des regards.
Marc resta un moment à regarder la scène. Certes, la peur s’inscrivait sur le visage de Roxane, mais elle ne semblait pas avoir trop souffert de sa prise en otage. Elle avait même du pouvoir se coiffer, car sa longue chevelure blonde bien ordonnancée coulait sur ses épaules, et ses vêtements étaient à peine fripés.
Marc pensa que puisque la personne qui se trouvait sans doute dans la pièce était invisible il l’était également pour elle. Il se recula un peu, sortit une de ces petites lampes extra plates qui émettent une clarté suffisante pour par exemple, de nuit, trouver le trou d’une serrure, et l’activa 3 fois, tout en observant bien les traits de Roxane. Lorsqu’il fut certain qu’elle avait vu le signal, Marc revint vers les deux hommes.
- Roxane est là. Elle est en bonne santé. Ses mains sont liées. Mais il y a dans la pièce quelqu’un d’autre qui se cache , c’est certain. Elle a vu que nous étions là et m’a fait de la tête le petit signe « non » pour nous mettre en garde.
Je crois que la meilleure solution serait que Jaunat interpelle son copain pour lui dire que nous sommes armés, que s’il se produit quoique ce soit contre Roxane nous commencerons par tuer Jaunat ( ce que entre parenthèses je ferais avec plaisir) et qu ’enfin il sera également abattu. Alors qu’il y a une solution plus simple ou tout le monde est gagnant.
Il détache Roxane, la laisse sortir et nous promettons de partir tout les trois, les laissant se débrouiller pour décamper à leur tour. Nous ne déposerons pas plainte et l’affaire sera terminée.
Après un instant de réflexion Alain se rallia à la proposition de Marc.
Jaunat fut amené devant la fenêtre et s’adressant à son complice, répéta longuement et avec persuasion ce que Marc avait proposé.
Quand il eut terminé, une autre voix répondit.
- Je ne vais pas lâcher le morceau comme ça. Je tiens la fille. Je veux en tirer quelque chose.
- En fait d’en tirer quelque chose vous allez vous faire tirer comme un lapin. C’est une certitude. Est cela que vous voulez ? demanda Alain.
- Tant que j’ai la fille je ne risque rien.
( A suivre)
aristee


- Ah ? Et combien de temps allez vous tenir ? Pour l’instant tout reste entre nous, et vous êtes sûr de vous en tirer sans problème. Mais si j’appelle la gendarmerie et le G.I.G.N. votre peau ne vaudra pas un centime
- Oui mais j’ai la fille ! répéta t il têtu
C’est Jaunat lui-même qui reprit la parole.
- Ne fait pas le con, Paulot !! Nous avons perdu. Nous pouvons nous en tirer si tu fais ce que je t’ai dit. Sinon, ils me descendent et tu y passeras après, parce que c’est vrai que les flics peuvent être là très vite. Tu ne t’en tireras pas.
Il y eut un silence qui parut être une éternité . Dans la petite tête du Paulot il fallait un certain temps pour que les idées progressent. Il était tellement certain d’avoir les cartes en mains, puisqu’il détenait la jeune fille. Il fallait que son esprit intègre cette nouvelle situation.
- Bon. Qu’est ce que je dois faire.
- Vous faites ce que votre copain a dit. Vous détachez Roxane, vous la laissez partir, nous montons tous les trois dans la voiture, nous partons, et vous, vous vous débrouillez . Je suppose que vous avez aussi un véhicule ?
- Qui nous dit que la fille libérée, vous ne téléphonerez pas à la police pour qu’elle établisse des barrage et puisse nous alpaguer ?
- Moi ! répondit Alain.. Je le jure sur la tête de ma fille.
Quelques secondes s’écoulèrent encore, puis un homme apparut. Il était jeune, certainement moins de 20 ans, avec un look « mauvais garçon » voulu, recherché, santiags aux pieds, blouson et pantalon de cuir, cheveux abondants et longs, barbe naissante.
Il se précipita derrière la chaise de Roxane et la détacha en prenant soin de se trouver à l’abri du corps de la jeune fille.
Lorsqu’elle se leva, il veilla à la maintenir entre lui et la fenêtre, puis réintégra l’angle mort dont il était sorti.
Roxane sortit en titubant un peu. Elle avait du rester très longtemps assise et ses jambes étaient engourdies. Elle voulut se jeter dans les bras de son père, mais il l’arrêta
- Tout à l’heure, ma chérie, tout à l’heure. Jusqu’à notre départ, je veux garder cet individu sous la menace de mon pistolet. Monte à l’arrière de la voiture. Marc prenez le volant.
Au moment ou Roxane allait monter dans la voiture, un coup de feu claqua. Paulot n’avait pu se résoudre à laisser partir son otage. Presque immédiatement Alain tira et Paulo s’écroula
Marc s’était précipité sur Roxane.
- Est elle blessée demanda Alain ?
C’est Roxane elle même qui répondit.
A la jambe. J’ai très mal .
- Marc, emmenez Roxane à l’hôpital, et revenez me prendre ici après avoir eu un diagnostic sur la blessure. Je préviens la gendarmerie. Partez vite.
Pendant que Marc démarrait sur les chapeaux de roue, Alain demanda à Jaunat de venir se mettre à coté de son complice dont l’arme était tombée par terre. Alain la ramassa, et la mit dans sa poche. Sortant de sa main libre son portable, il téléphona à la gendarmerie, en expliquant ou ils se trouvaient.
Paulot, gémissait. La balle avait du l’atteindre dans le ventre, et la blessure semblait sérieuse.
- Vous pouviez vous en tirer sans problème.. . Mais, en tirant vous m’avez obligé à alerter la gendarmerie. Je vous avais laissé une chance vous avez eu la bêtise de ne pas la saisir. Tant pis pour vous.
Vingt minutes plus tard, la camionnette de la gendarmerie était là, et emmenait les deux hommes, l’un vers l’hôpital, l’autre à la gendarmerie, pendant qu’Alain attendait sur place que Marc vienne le chercher.
En fait il eut rapidement des nouvelles de Roxane par le portable de Marc. La balle avait traversé la cuisse droite, sans fort heureusement avoir touché l’artère fémorale. Roxane était très courageuse et n’avait pas perdu conscience un seul instant.
Deux heures plus tard, malgré l’heure avancée, Alain et Marc purent, à l’hôpital, entrer dans la chambre de Roxane, qui, bien que palote souriait gentiment aux deux hommes que certainement elle aimait le plus.
Tous les jours suivants, dés sa sortie du bureau, Marc se rendait à l’hôpital pour aller voir Roxane.
-Tu vois, les rôles sont inversés, c’est moi qui viens te voir à l’hôpital. Maintenant,nous sommes quittes et je préférerai que nos rencontres désormais se produisent ailleurs…

Paulot, , grièvement blessé, avait été transféré sur Avignon, ou il devait décéder cinq jours plus tard.
Jaunat, lui était bien sûr en prison.
Quand à Madame Charensol, durant cet épisode dramatique, elle se trouvait à Auch pour préparer le déménagement. Elle n’eut donc connaissance des évènements qu’en revenant, c'est-à-dire lorsque tout était terminé.
La veille de Noël Roxane put sortir de l’hôpital, et Alain Barrier invita les Charensol au dîner du 25 Décembre.
C’est au cours de ce repas, qu’Olivier prononça une phrase anodine qui entraîna d’heureuses conséquences .
Le repas venait de se terminer, lorsque reculant sa chaise et tendant les bras à l’horizontale pour se détendre, il dit d’un ton pénétré.
« Ce qu’on est bien ensemble !!! »
Son père lui répondit
- C’est en partie de madame Charensol que dépend la poursuite de ces moments agréables.
Ainsi interpellée, la mère de Marc rougit brusquement, mais elle n’était pas femme à ne pas saisir une occasion qui pouvait lui permettre de réaliser son rêve.
- Dois je prendre cela comme une déclaration ? Dans l’affirmative, elle ne manque pas d’originalité.
- Ceci est une constatation de votre part, ce n’est pas un réponse.
- Peut être parce qu’elle est inutile, puisque vous la connaissez.
Marc dit alors à Roxane :
- Ecoute bien, Roxane. Nous avons beaucoup à apprendre sur la façon de faire une déclaration sans se déclarer.
Roxane qui comme sa future belle mère n’était pas une fille à laisser passer une occasion lui répondit.
- Il y a peut être des méthodes plus ou moins directes. Mais comme je ne suis pas très futée , je ne connais que la plus simple. Celle par exemple qui consiste à dire, Marc je vous aime.
Marc se le va, et prenant Roxane par la main, lui dit :
- Si vous voulez bien me suivre, Mademoiselle, nous avons pas mal de choses à mettre au point.
Et ils sortirent en courant.

- Bon. Et moi ? demanda Olivier .
- Toi, mange encore de la soupe pour devenir grand. Et puis ton tour viendra……….


FIN
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