ROXANE ( à son frère)
Il faudrait d’abord qu’elle prouve que son bébé est de Papa. Or, il est plus que probable qu’il est du Docteur .
SOLANGE
Je vous en prie, écoutez moi.
A ce moment là, le téléphone sonne. Solange décroche. Le micro d’ambiance est mis. On entend toute la conversation.
JEAN
Allo ? Il faut que je te vois. Je peux venir maintenant ?
SOLANGE
Je ne vois pas ce que tu pourrais avoir à me dire. Je ne veux pas me marier avec toi. Tu ne me feras pas revenir sur ma décision.
JEAN
J’ai une autre proposition à te faire.
SOLANGE
Une autre proposition venant de toi ne m’interesse pas.
JEAN
Pourtant, crois moi, tu as tout intérêt à m’écouter. Je dis bien » tout intérêt »…
SOLANGE
Bon. Viens. Mais je te préviens, je ne marcherais dans aucune de tes entourloupettes.
JEAN
A tout de suite ( il raccroche et Solange en fait autant
SOLANGE
Lorsqu’il va arriver, je vous demande de passer dans la pièce à coté, de ne pas fermer la porte et d’écouter toute notre conversation. Maintenant, je vais m’expliquer.
Sur un point, vous pouvez ne pas me croire. Mais j’ai tout lieu de penser que mon bébé est de mon mari. Je vais vous dire mes décisions et mes propositions.
Tout d’abord, j’ai pris la décision, dés après mon accouchement de me remettre à travailler. Vous le savez le suis secrétaire –interprète trilingue.
Et j’en viens au testament.
Je ne puis renoncer à ce que m’a offert votre père. Logement ici durant un an, et une pension de 1200 euros, que je ne toucherai que durant un an également pour faire la soudure avec mes premiers revenus de mon travail, après mon accouchement.
Les dispositions prises par votre père concernant les legs personnels seront inchangées. Mougins à Roxane et Les 40% des actions de la Société à Alain qui deviendra ainsi majoritaire.
En ce qui concerne le Livret et le portefeuille d’actions, je vous propose qu’ils soient divisés entre les trois enfants.
Mais je ne veux pas que vous puissiez penser que je n’ai en vue que mon intérêt personnel. Seul l’intérêt de mon fils (car ce sera un garçon ; je le sens), votre demi frère, m’importe. Et je le prouve.
Je vous demande, Alain, de bien vouloir être le tuteur de mon enfant. C’est vous qui aurez ainsi la gestion de tous les biens de mon fils. Je n’aurais aucun droit de contrôle. Je vous prouve ainsi que ce n’est pas mon intérêt personnel qui me guide.
Un long silence
ALAIN
Je reconnais que votre proposition vous dédouane de toute accusation de femme interessée. Mais…Car il y a un mais. Qui nous prouve que votre enfant est bien celui de notre père, et que nous devons lui abandonner une partie de notre héritage.
SOLANGE
Rien. Je l’avoue. Je suis persuadée que Jean n’est pas le père, ( peut être parce que ce serait trop affreux que mon enfant ait un père tel que Jean) mais je le reconnais, je n’ai aucune preuve .
A ce moment là, la sonnerie de la porte d’entrée retentit
SOLANGE
C’est lui. Passez dans la pièce à coté et écoutez notre conversation.
Solange va ouvrir et revient suivie de Jean Elle va s’asseoir dans un fauteuil. Il en fait autant.
SOLANGE
Alors ?
ALAIN
Alors ? C’est très simple. Tu vas avoir un bébé. Tu ne sais pas qui est le père. C’est Marc, ou c’est moi. D’accord ?
SOLANGE
Continue !
ALAIN
Bien. Si c’est l’enfant de Marc, il hérite. C'est-à-dire que TU hérites. Et s’il est mon enfant tu n’auras rien du tout.
Alors, suppose, je dis bien suppose, que je fasse une recherche en paternité et qu’il soit de moi. Tu n’aurais donc rien. C’est l’évidence même.. Tu as donc intérêt à ce que je ne fasse pas de recherche en paternité. C’est possible.
Légalement, ton enfant sera celui de Marc puisqu’il naitra 8 mois après le décés de ton mari. Si je ne bouge pas, ton enfant, et par conséquent toi, tu hérites. Et je peux ne pas bouger…..ce qui, tu l’avoueras mériterait récompense. Je ne suis pas méchant. Tu me donneras la moitié de la somme qui se trouve sur le Livret…Allons, disons 500.000 Euros pour faire un compte rond, et je laisse aller les choses. C’est avantageux pour toi, non ?
Solange reste interdite un moment
SOLANGE
Plus je te vois, plus tu es ….Tiens ! je ne trouve pas de mot pour te qualifier. Mais dis donc si tu faisais reconnaître cet enfant comme le tien, tu serais perdant. Tu ne gagnerais rien, et de plus, tu aurais le devoir de l’élever.
JEAN
Oh ! si ce n’est que cela, je saurais bien m’affranchir du « devoir » comme tu dis. Mais toi, tu n’hériterais pas.
SOLANGE
La seule pensée que je pourrais te faire gagner un seul euro me rend malade. Fais ce que tu voudras. Ainsi que tu l’as dit, légalement cet enfant est celui de Marc, et je sens que c’est la vérité. Ce serait trop affreux s’il avait un père tel que toi. Je ne te retiens pas, vas t en !
JEAN
Mon Dieu que tu es bète !! Tu crois peut être que je ne mettrai pas ma menace à exécution ?
SOLANGE
C’est faux. Je te crois capable de tout !
JEAN
Et tu risques de tout perdre pour 500.000 malheureux Euros ?
SOLANGE
Je te l’ai dit. Même pour un Euro, je n’accepterais pas.
JEAN ( se levant) Bon. Tu l’auras voulu ! Mais tu t’en mordras les doigts ma vieille ! Je ferai cette recherche en paternité. Et même si je n’y gagne rien, tu ne gagneras rien non plus !
SOLANGE
Sors immédiatement !!
A ce moment là, Alain suivi de Roxane entre.
ALAIN
Une seconde Docteur.
JEAN ( surpris)
Tiens ? Vous êtes là, vous ?
ALAIN
Oui je suis là, et j’ai entendu votre proposition. Solange a raison. Il n’y a pas de terme pour vous qualifier. Mais les canailles comme vous ne sont pas toujours gagnantes. Et je puis vous dire, que vous ne ferez pas de recherche en paternité.
JEAN
Ha oui ? Et qui m’en empécherait ?
ALAIN
Moi. Voyez vous, mon père savait que vous étiez criblé de dettes, et il avait une bonne raison pour le savoir. En triant ses papiers, j’ai trouvé une reconnaissance de dette de 30.000 Euros signée par vous. Si vous faites quoique ce soit contre Solange et son enfant, j’exigerais le paiement immédiat de cette somme.
JEAN
Mais vous êtes aussi idiot que Solange ! Nous avons des intérets communs ! Si je prouve que l’enfant n’est pas le fils de votre père, vous partagerez l’héritage à deux et non à trois !
ALAIN
Il faut croire que nous avons des conceptions différentes…Et je m’en réjouis !
Moi aussi je suis révulsé à la pensée que ce pauvre bébé vous ait pour père ! Maintenant partez. Et dites vous bien que si vous tentez quoique ce soit contre Solange et son enfant, je vous mettrais sur la paille !
JEAN
Bon, Bon. ( après réflexion) finalement, je n’ai pas tout perdu ! Pour garder votre gage contre moi, vous ne me réclamerai pas les 30.000 Euros !
ALAIN
Sortez immédiatement
(Jean sort, avec une apparence décontractée et en faisant un petit geste d’adieu de la main)
SOLANGE
Merci, Alain. Vous êtes bon..je suis si heureuse de ne pas passer sous les fourches caudines de cet individu.
ALAIN
J’ai eu grand plaisir en ayant barre sur lui.
Mais il a interrompu notre discussion.
Vous nous avez dit votre intention de travailler. Vous m’avez proposé de devenir le tuteur de votre enfant. Si Roxane est d’accord, nous accepterons un petit frère ou une petite sœur, dernier don de notre père.
En ce qui concerne l’hôtel particulier que nous occupons, Roxane et moi, nous ne voulons pas vendre. Nous continuerons à vivre ici, et vous-même, vous pourrez avec votre enfant occuper les 4 pièces de cette aile, tant que cela vous agréera. Roxane ?
ROXANE
Je suis entièrement d’accord avec toi, frérot.
Solange, il est vrai que nous vous avions mal jugée….
SOLANGE
Non, non, vous ne m’aviez pas mal jugée. Je veux être honnète avec vous.C’est vrai que j’ai été interessée, c’est vrai que j’étais littéralement envoutée par Jean, et puis, lorsque j’ai vu ce qu’il était réellement,et surtout, quand j’ai su que j’attendais un bébé….Je ne sais comment vous l’expliquer, mais j’ai senti…une sorte de chavirement en moi…Il m’a semblé que subitement …je me remettais dans le bon sens sens…C’est un peu comme un bateau qui naviguait la quille en l’air et qui tout à coup se retourne pour flotter normalement. C’est tout à fait ça !Je naviguais la quille en l’air lorsque d’une part, j’ai vu clair dans le jeu de Jean et j’ai su que je portais un enfant. Ces deux chocs m’ont fait reprendre la position normale de navigation. J’ai honte de ce que j’ai été…Je suppose que toutes les mères aiment les enfants qu’elles attendent, Mais, à mon amour se mèle une telle reconnaissance ! .Si vous saviez comme je l’aime fort, et comme je sens, je suis certain …qu’il ne peut qu’être le fils de Marc.
ROXANE
Ne pense plus à ce que tu as été. Seule compte la nouvelle Solange, et nous allons nous aimer…tous les quatre. Tu ne seras plus notre belle mère ni « Madame » Tu sera notre sœur.
ALAIN ( en riant)
Holà, holà ! Roxane !! Tu vas singulièrement compliquer les choses ! Notre sœur va être la mère de notre frère…Allons, je plaisante. Nous serons tous frères et sœurs. Deux frères et deux sœurs
ROXANE
Non. Ce sera une fille !
ALAIN
Je maintiens : ce sera un garçon…Pour faire l’équilibre.
SOLANGE
Vous êtes des amours. Mais je serai mère…de mon enfant.
Roxane prend Solange dans ses bras et l’embrasse, Alain en fait autant, puis les trois personnages, font face à la foule. Solange au milieu passe son bras gauche sur les épaules d’Alain et son bras droit sur celles de Roxane.
SOLANGE ( s’adressant au public)
Voyez vous, Mesdames, Messieurs, devant les sentiments, l’argent ne pèse pas lourd !Et les sentiments peuvent redresser la marche d’un bateau.
Ils saluent tous les trois et le rideau tombe.
FIN
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