Alors en 1er lieu il convient de dire que ce post s’adresse tout particulièrement à une certaine personne qui se reconnaîtra facilement … mais ça peut intéresser tous les amateurs de cinéma et les autres bien entendu, tant le thème est connu et sympa.
Je signale que l'article est tiré du Mad Movies du mois de mars 2007 ... ralala ma Bible du cinéma alternatif n'a pas fini de surprendre les petits zé les grands
Donc là je ne fais que recopier le tout (oui au scan ça passe très mal
Alors c’est parti, je vous préviens c’est long !
RAY HARRYHAUSEN – D’une image à l’autre
Ray Harryhausen est un cas unique dans les annales du cinéma fantastique : il est pratiquement la seule authentique « star » du domaine des effets spéciaux. Le seul, en tous cas, dont le nom figure en plus gros que celui des comédiens et du réalisateur sur les affiches ou aux génériques. Magicien, artisan, poète et pur technicien passé maître dans la manipulation image par image de marionnettes et de modèles réduits, R.H. stimule l’imagination des spectateurs en déversant la sienne sur les écrans.
« Ma vie a basculé un après-midi de 1933, le jour où j’ai vu King Kong au Grauman’s Chinese Theatre. J’avais 13 ans » avoue humblement Ray Harryhausen qui, petit fils d’un immigré allemand arrivé à San Francisco en 1850, pousse son premier cri le 29 juin 1920 à Los Angeles. « Les distractions que mes parents m’offraient, de la visite des musées au cinéma en passant par des ballades en mer, ont considérablement influencé mes futurs choix » continue le magicien. « Mes parents m’ont toujours encouragé à développer mes dons artistiques. A l’école, la forte impression que m’a faite le dragon d’un petit théâtre de marionnettes éducatives a aussi influé sur mon avenir. » Et le gamin de se passionner parallèlement pour les mondes préhistoriques qui s’ouvrent à lui au Los Angeles County Museum. « Les squelettes de deux reptiles géants m’ont à ce point fasciné que je me suis empressé d’accumuler un maximum de documentation à leur sujet. En ébullition, mon imagination n’a pas cessé de galoper depuis cette époque où j’ai aussi découvert la collection des Wonder Books, des livres qui présentaient à la fois les dessins d’innovations technologiques et des grands thèmes de la mythologie gréco-romaine. » Evidemment, la découverte au cinéma des dinosaures du Monde Perdu ne peut qu’aggraver le cas du gosse, dont le héros devient Willis O’Brien, le responsable du bestiaire animé du film d’Harry O. Hoyt, et dont l’influence et le prestige auprès du jeune Ray se font encore plus prégnants au terme de la projection de King Kong.
DE LA CAVERNE DE L’OURS A FRANK CAPRA
« Fort des quelques informations que j’avais rassemblées sur les effets spéciaux très secrets de King Kong, je me suis essayé à l’animation image par image d’animaux et de créatures préhistoriques. J’ai, par exemple, fabriqué un ours des cavernes dont la fourrure provenait d’un vieux manteau de ma mère. Malgré les faibles capacités techniques de la caméra 16mm de mon ami Jack Roberts, j’ai vu que ça marchait, que mes monstres bougeaient. Mal, mais ils bougeaient. » Un ours, puis un clone de King Kong, un stégosaure et un brontosaure sont quelques uns des premiers pensionnaires de la ménagerie Harryhausen, d’abord situé dans le garage familial.
« Au collège, j’ai aperçu une fille qui avait en main le scénario de King Kong. Je lui ai bien sûr demandé d’où elle le tenait. Elle m’a dit que son père avait travaillé pour Willis O’Brien. » Ni une ni deux, R.H. appelle O’Brien, alors en pleine préparation de War Eagles, projet qui ne verra jamais le jour. « Des dizaines de croquis du film tapissaient les murs de son bureau, où il m’a aimablement reçu. A la présentation de mes marionnettes, il a répondu par des remarques, des conseils. Il m’a surtout suggéré de suivre les cours d’anatomie du Los Angeles City College afin d’affiner ma technique. » Le jeune homme ne se fait pas prier.
Ray Harryhausen fait des progrès. Doué, il attire l’attention de George Pal, producteur et pionnier de l’animation, futur responsable de La Guerre des Mondes et des Aventures de Tom Pouce. « Il m’a engagé sur les Puppetoons, une série de courts-métrages. Mon premier vrai travail. La technique de manipulation des marionnettes des Puppetoons copiait celle de l’animation classique. Ainsi, pour un simple geste, il fallait 25 figurines différentes du même personnage. Difficile dans ces conditions d’obtenir le moindre réalisme. J’étais nettement plus attiré par la technique de Willis O’Brien, qui consistait à bouger autant que nécessaire le même personnage pour générer un mouvement. »
En treize Puppetoons répartis sur deux ans, « payés seize dollars la semaine au début », R.H. apprend « patience et discipline ». Le dernier du lot : Jasper and the Choo-Choo, court-métrage qui, pour la première fois, l’amène à travailler aux côtés de son idole, Willis O’Brien. Avant que leur chemin ne se recroise, du chemin, justement, Harryhausen en fait, mais sous les drapeaux.
« Voyant bien que, comme soldat, je manquais d’agressivité, les autorités ont considéré que je serai bien plus utile dans mon domaine de prédilection. » Soit l’animation, qui devient l’instrument d’éducation des armées. Le génie pour la construction d’un pont sur un précipice, les troupes via le simple troufion Snafu (création du Dr. Seuss, alors le major Ted Geisel) qui, entre autres, met en garde contre la malaria … Autant de travaux effectués sous les ordres, notamment, de Frank Capra. R.H. ne quitte pas vraiment le cadre militaire lorsque, à domicile, il travaille sur Guadalcanal, « un court-métrage de dix minutes dans lequel, avec des avions et bateaux miniatures, j’ai reconstitué la fameuse bataille du Pacifique ! »
La Seconde Guerre mondiale achevée, rendu à la vie civile, que va donc faire Harryhausen ? réintégrer l’équipe de George Pal ? « Trop routinier ! » Et de se lancer en solo, oeuvrant tantôt sur une pub pour Lucky Strike, où des cigarettes sortent du paquet pour entamer quelques pas de danse, tantôt pour une congrégation religieuse avec une reconstitution du Golgotha, ainsi que sur les quatre courts-métrages mi-parodiques mi-féeriques de la collection des Mother Gosse Stories … « Je me suis aussi lancé dans Evolution, un ambitieux projet sur les origines de la vie que je n’ai jamais terminé. »
DANS L’OMBRE DU MENTOR
De Willis O’Brien, avec qui il est resté en relation, Harryhausen reçoit en 1947 une proposition insepérée : Monsieur Joe. « Mon rêve enfin exaucé : travailler avec mon mentor sur un film mettant en scène un singe géant ! » Remake adouci de King Kong qui arrache un gros gorille à sa jungle pour le transformer en vedette de music-hall en compagnie de sa jeune maîtresse, Monsieur Joe constitue pour R.H. une vraie promotion. En effet, miné par de graves problèmes personnels, O’Brien lui confie pratiquement les clés du département effets spéciaux. « Si nous avions travaillé ensemble pendant toute la préparation, j’ai réalisé seul 90% des séquences d’animation de Joe. » Des scènes si réussies qu’elles valent un Oscar à … Willis O’Brien ! Mais Harryhausen, beau joueur, accepte son statut d’élève et entreprend de remettre le couvert auprès de son mentor. « Après The Great Adventure, une histoire qui concernait une île du Pacifique peuplée de dinosaures, nous nous sommes engagés sur The Valley of the Mist, qui aurait dû mettre en scène un allosaure confronté à la civilisation. Ces deux films n’ont jamais trouvé de financement. Nous avons aussi évoqué la possibilité d’un Monsieur Joe rencontre Tarzan, mais les résultats de Monsieur Joe au box-office ont dissuadé la production d’y investir le moindre dollar. Devant la rareté des projets impliquant le genre d’effets spéciaux dans lequel je m’étais spécialisé, je me suis attaqué à une adaptation extrêmement fidèle de la Guerre des Mondes de H.G. Wells. J’ai même réalisé un bout d’essai montrant un extra-terrestre déployant ses tentacules. La Paramount ne souhaitant pas se charger du film, je me suis dit que l’alien en question pourrait servir à La Chose d’un Autre Monde que Howard Hawks tournait à ce moment-là. Plutôt que de prendre ma créature tentaculaire, il a préféré mettre un acteur dans une combinaison. » Au début des années 50, les déceptions continuent de se succéder pour Ray Harryhausen. Au rayon films avortés, on trouve des adaptations de La Nourriture des Dieux de H.G. Wells, de La Chute de la Maison Usher et Des Aventures du Baron de Münchhausen. Entre volaille gigantesque et géant lunaire, que d’occasions perdues pour les effets spéciaux !
Frustré d’assister au naufrage de ses idées de longs-métrages, l’artiste se replie sur le court avec, encore une fois, des adaptations, cette fois-ci du Petit Chaperon Rouge, d’Hansel et Gretel et de Rapunzel, trilogie qu’il enrichit plus tard d’un The Story of King Midas, lui aussi interprété par des poupées.
SYSTEME B
Ray Harryhausen végète dans le court-métrage et le spot publicitaire lorsque se présente enfin l’opportunité d’un long. « C’est un ami qui m’a parlé d’un projet du producteur Jack Dietz de Mutual Film, The Monster from under the Sea. Dietz séchant sur les effets spéciaux je me suis présenté, fort de mon travail sur Monsieur Joe et des bouts d’essai d’Evolution. J’ai ajouté au scénario plusieurs idées, mais c’est la nouvelle de mon vieil ami Ray Bradbury, The Beast from 20,000 Fathoms, publiée dans le Saturday Evening Post, qui a été déterminante dans l’écriture du script. Comme il nous manquait plusieurs séquences et que le dessin de la créature attaquant le phare qui accompagnait le texte nous impressionnait, nous en avons négocié les droits. » De la première histoire de Jack Dietz (des scientifiques percent la croûte terrestre pour y découvrir un monstre extraterrestre antédiluvien contre lequel l’un des savants dresse un robot géant), ne subsiste au final plus grand choses, The Monster from under the Sea étant devenu Le Monstre des Temps Perdus, c'est-à-dire un « rhédosaure » totalement fictif surgi des océans pour faire payer à l’homme son goût de l’atome. « Le script était ambitieux, mais les moyens faisaient cruellement défaut. Le budget total se montait à 200 000 $ et je n’avais pratiquement pas d’argent pour assurer les trucages. Plutôt que d’utiliser les peintures sur verre à l’instar de Monsieur Joe, j’ai « sandwiché » le monstre entre deux écrans de prise de vue réelles ». Le résultat est certes imparfait et saccadé, mais toutefois spectaculaire.
Deux ans plus tard, toujours dans des conditions économiques drastiques, R.H. utilise la même technique pour Le Monstre vient de la Mer. « C’est encore un ami, Lou Appleton, avec qui j’avais travaillé dans l’équipe de Franck Capra, qui m’a parlé d’un jeune producteur, Charles H. Schneer. Impressionné par les effets spéciaux du Monstre des Temps Perdus, il s’en était inspiré pour imaginer l’histoire d’une pieuvre qui, sous l’effet des radiations d’essais atomiques, grossissait démesurément. » Clou d’un spectacle estimé à un chiche 150 000 $ : l’attaque du Golden Gate Bridge de San Francisco par le poulpe belliqueux. « C’est également à cette époque, à l’initiative de Ray Bradbury, que j’ai contacté John Huston dans l’espoir de travailler sur la baleine de Moby Dick. Ce qui n’a pas pu se concrétiser pour des raisons techniques. » Encore une occasion perdue pour Harryhausen qui, au milieu des années 50, rêve de films nettement plus fastueux que Le Monstre de Temps Perdus et Le Monstre vient de la Mer. « Il y avait surtout The Elementals, qui mettait en scène des créatures volantes nichant dans la Tour Eiffel. Jack Dietz m’a acheté les droits du script, mais n’as pas pu réunir l’argent nécessaire. » Le disciple de Willis O’Brien ne réussit pas plus à mettre sur pied un Abominable Homme des Neiges et une Machine à Explorer le Temps …
Charles H. Schneer lui soumet alors l’idée d’un film de science-fiction, Les Soucoupes Volantes Attaquent, sorte de Guerre des Mondes mineure que R.H. aborde avec le plus grand sérieux. « Pour les besoins d’une scène essentielle de destruction, j’ai passé trois semaines à Washington à filmer et photographier les quartiers du Capitole et de la Maison Blanche pour les reconstituer ensuite sous forme de maquettes. J’ai également poussé très loin les recherches concernant l’aspect des ovnis. J’ai même rencontré George Adamsky, l’un des premiers à affirmer avoir vu un alien sortir d’un engin spatial, mais j’ai en revanche décliné son invitation à une randonnée dans le désert dans le but d’assister à l’atterrissage d’une soucoupe. »
De Les Soucoupes Volantes Attaquent, Ray Harryhausen sort satisfait, « à la réserve près que les robots extraterrestres reflètent bien ce qu’ils sont : des types dans des costumes. » Assurément le point faible d’une série que l’ingéniosité des effets spéciaux sauve de l’insignifiance. C’est également le cas de A des Millions de Kilomètres de la Terre, parcours terrestre d’un bébé vénusien qui connaît une croissance si forte qu’elle lui sera fatale … « Depuis l’idée de départ jusqu’au résultat à l’écran, le monstre du film a beaucoup évolué. J’ai d’abord eu à l’esprit un Ymir, géant issu de la mythologie scandinave, ensuite un cyclope extraterrestre, puis un satyre. » Au final, ce sera un hybride entre le Ymir et un dinosaure, attraction principale d’un spectacle marque par des morceaux de bravoure tels la capture de la créature par l’armée et sa tempétueuse rencontre avec un éléphant. « Malheureusement, A des Millions de Kilomètres de la Terre s’est tourné bien trop rapidement, pour un budget très réduit. Contrairement à l’argent, les clichés ne manquent pas, et bien sûr trop de séquence ne m’enthousiasment guère. »
PREMIERES AMOURS
Quand, en 1956, Harryhausen, à nouveau associé à Willis O’Brien, s’attaque à une production plus cossue – le documentaire Le Monde des Animaux dont les deux hommes signent une séquence de quinze minutes mettant en scène la naissance du monde - , les choses ne se déroulent pas vraiment dans de meilleures conditions. « Notre partie aurait logiquement dû être la partie la plus onéreuse du film, mais, dans un souci d’économie, le producteur-réalisateur-scénariste Irwin Allen a rogné sur le budget, au point qu’il a même tenté d’utiliser plusieurs séquences destinées à Evolution. Il a finalement jugé que la qualité de l’animation ne convenait pas à une production qu’il voulait prestigieuse. Au total j’ai travaillé sur Le Monde des Animaux huit semaines seulement, la plus rapide de mes prestations. » R.H. et Willis O’Brien emploient des dinosaures entièrement faits de caoutchouc, « un technique économique en terme de temps, alors que les modèles réduits à la King Kong nécessitent un squelette entièrement articulé nettement plus long à animer image par image. Nous avons cependant perdu en réalisme. » Le réalisme, une notion qui n’intéresse pas Irwin Allen, celui-ci se fichant comme d’une guigne que des brontosaures, paisibles herbivores, dévorent à l’image des hommes des cavernes. De plus, soucieux de ne pas choquer son public, il censure le combat jugé trop violent entre un stégosaure et un cératosaure.
Ray Harryhausen devra attendre pratiquement dix ans pour à nouveau animer des dinosaures, créatures à l’origine de sa vocation. Une quasi-décennie au terme de laquelle il prend le train en marche d’une production Hammer en Grande-Bretagne, « le remake de Tumak, Fils de la Jungle, un film de 1940 dans lequel de véritables lézards jouaient malgré eux les grands reptiles. » Embarqué dans le remake en question, Un Million d’Années avant J.C., par les producteurs Anthony Hinds et Michael Carreras, il se rend vite à l’évidence : réitérer les méthodes de Tumak mènerait le film à la catastrophe. « Dans Tumak, une scène montre un tyrannosaure s’en prenant à un campement. L’effet produit par le figurant dans la panoplie en caoutchouc du monstre est à ce point ridicule que le réalisateur l’a en partie caché derrière un feuillage. Sachant qu’il n’était pas difficile de faire mieux, j’ai accepté de travailler sur Un Million d’Années avant J.C., à condition que l’on me donne les moyens et le temps d’obtenir des effets spéciaux décents. »
Fort de son statut de sauveur providentiel, Harryhausen glisse dans le scénario nombre de situations basées des croquis où apparaissent brontosaure, allosaure et ptéranodon. Des séquences anthologiques dont les effets spéciaux exigent environ un an de travail. « J’avoue avoir pris une décision aussi irrationnelle que regrettable en choisissant de compléter le bestiaire de mes créatures par un iguane et une araignée, vivants tous les deux. D’autant qu’un iguane n’a rien d’expressif et que, léthargique, il s’endort à la moindre occasion. Surtout sous la lumière des projecteurs d’un studio. »
Du tournage d’Un Million d’Années avant J.C., Harryhausen garde néanmoins un excellent souvenir. Les patrons de la Hammer aussi. A leur cador des effets spéciaux, ils s’empressent même d’offrir dans la foulée un remake de King Kong qui, principalement pour des questions de droit, n’aboutit pas. Pas plus que When the Earth Cracked Open, film-catastrophe à l’échelle de la planête dans lequel il injecte des concepts issus d’un métrage avorté depuis longtemps (Déluge) … Le succès d’Un Million d’Années avant J.C. aidant, R.H. et son partenaire Charles H. Schneer n’éprouvent guère de difficulté à mettre sur pied un autre film de dinosaure, La Vallée de Gwangi, résurrection d’un projet enterré du défunt Willis O’Brien. « Il en a eu l’idée dans les années 40, et je me souviens en avoir parlé avec lui lors du tournage de la scène de Monsieur Joe où les cow-boys essaient de prendre le gorille au lasso. Finalement, après avoir investo 50 000 $ dans une préproduction d’un an, la RKO a coupé les vivres. » De La Vallée de Gwangi, Harryhausen conserve cependant une précieuse relique : un exemplaire du scénario original de son mentor, variation western sur le thème du Monde Perdu où des cavaliers capturent un tyrannosaure pour l’exhiber dans un cirque. Une réécriture plus tard, le film renaît de ses cendres, permettant au génie des effets spéciaux de réaliser un vieux rêve. Il en profite pour perfectionner sa technique d’animation image par image, dont l’interactivité avec les prises de vue réelles n’a jamais été aussi magistrale. Une satisfaction telle qu’il ne regrette pas d’avoir dû refuser de travailler sur Quand les Dinosaures dominaient le monde, production Hammer dans la lignée d’Un Million d’Années avant J.C..
OH MY HERO !
Parmi les héros peuplant la filmographie de Ray Harryhausen, il en est un qui compte un peu plus que les autres : Sinbad, l’intrépide marin arabe. Mais après un flop au box-office d’une première aventure cinématograhique en 1955, le personnage est loin d’être une valeur sûre. Harryhausen et Charles H. Schneer, eux, y croient convaincus qu’en puisant dans la mythologie ils toucheront un public que leur prédécesseur n’avait pas su séduire. Ils se montrent si convaincants qu’ils persuadent même un studio, la Columbia, de financer leurs frasques. « Avec Bob Williams et surtout Kenneth Kolb, nous avons considérablement travaillé l’histoire du Septième Voyage de Sinbad, jusqu'à obtenir dix scénarios ou traitements différents. Bien que d’abord réticent, je me suis également résigné à un tournage en couleurs. Une première pour moi, mais, comme le disait alors Charles H. Schneer, il n’était plus question d’illustrer un conte des Milles et une nuits en noir et blanc. » S’ils biffent du script plusieurs créatures (un rat, des chauves-souris humanoïdes, des sirènes, un énorme serpent) pour des raison économiques (650 000 $ de budget, ça limite les folies), Ray Harryhausen et son complice en conservent bien d’autres. Principalement un squelette véloce, un dragon, un cyclope cornu, un titanesque volatile bicéphale … autant de monstres immédiatement entrés dans la légende. Contre toute attente, Le Septième Voyage de Sinbad est un succès retentissant. Le film sort Harryhausen du purgatoire de la série B et lui assure une célébrité que la promotion de la Dynamation (un terme ronflant pour sa technique d’animation des volumes) accentue encore un peu plus.
Dès lors, tout est possible, comme une adaptation libre de L’Île Mystérieuse qu’Harryhausen truffe de créatures absentes du roman de Jules Verne : Un crabe monstrueux, une guêpe, un poulpe et un crustacé … Pour Les Voyages de Gulliver, ce sont, au-delà des effets spéciaux de gigantisme ou de miniaturisation, un écureuil et un caïman … Quant à la planète des Premiers Hommes dans la Lune, il la peuple principalement de gigantesques chenilles et des Sélénites, des sortes d’abeilles se tenant sur leurs pattes arrière.
Aussi rentable que soit Le Septième Voyage de Sinbad, R.H. et Charles H. Schneer attendent plus de dix ans pour remettre leur héros en scène. Bien que le premier songe à une aventure du marin arabe située dans un monde perdu où vivent les dinosaures, l’idée ne demeure qu’une étincelle. C’est seulement quatre ou cinq ans plus tard que d’autres sursauts de son imagination se concrétisent. « Je les avaient représentés par des dessins. Il y a avait un géant gardant la cité de Petra, un oracle, la déesse Shiva, un centaure, un magicien capable de créer des créatures vivantes à échelle réduite … Des séquences certes impressionnantes sur le papier, mais sans aucun scénario pour les lier. Après plusieurs tentatives, nous avons confié à Brian Clemens la responsabilité de tisser un fil conducteur. »
Créateur de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, Clemens relève le pari et embarque Sinbad pour un parcours mouvementé aux Indes, prétexte à un déferlement d’effets spéciaux parmi lesquels se distinguent particulièrement l’empoignade entre un griffon et un cyclope centaure, et l’irruption de la déesse Kali qui, au bout de chacun de ses six bras, tient un sabre. Le film, Le Voyage Fantastique de Sinbad, engrange des bénéfices tels que le studio ne se fait pas prier pour donner le feu vert à un troisième volet.
Quatre ans plus tard, « le temps qu’il faut pour faire les choses consciencieusement », Sinbad et l’œil du Tigre est sur les écrans, avec Patrick Wayne sous le turban d’un héros auparavant incarné par Kerwin Matthews et John Phillip Law. « Comme nous n’avions pas encore notre acteur, nous avons tourné les séquences arctiques dans les Pyrénées, avec des doublures. Ce n’est que plus tard, sur le plateau à Malte, que nous avons fait le nécessaire pour l’inclure à l’action. » Et quelle action ! Un minotaure, un babouin savant, un morse cylopéen, un trio de démons, un troglodyte cornu sur lequel se jette un énorme tigre aux canines en forme de sabre … Malgré une réalisation poussive, la magie opère encore. Et le tandem Harryhausen/Schneer de réfléchir au Sinbad suivant : Sinbad goes to Mars, immédiatement envisagé, puis, en 1981, Sinbad and the seven Wonders of the World.
LE COUP DE GRACE
Bien que les deux Sinbad susceptibles de suivre L’œil du Tigre tombent aux oubliettes, R.H. et Charles H. Schneer ne se désintéressent pas pour autant des légendes et de la mythologie gréco-romaine. Au contraire, même ; ils s’y immergent totalement avec leur projet le plus ambitieux à ce jour, Le Choc des Titans. Nanti d’un budget de quinze millions de dollars que relativise l’inflation, le film se donne les moyens d’illustrer la légende de Méduse, de faire voler Pégase, de montrer des temples antiques engloutis par un raz-de-marée, un Kraken, un scorpion géant, un loup bicéphale, et un hibou mécanique incongrûment anachronique (Sbib’ … un jour je t’en offre un tout pareil) … Tout comme il se donne les moyens de recruter Lawrence Olivier et Ursula Andress en Aphrodite. Pourtant, en dépit de séquences éblouissantes (particulièrement l’apparition de Méduse), le métrage frustre par sa molesse, la pauvreté de ses dialogues et l’inconsistance d’Harry Hamlin derrière le bouclier de Persée. Et, sur le plateau, Ray Harryhausen peine à suivre le planning serré imposé par la date de sortie américaine. Pour la première fois de sa carrière, il appelle à l’aide. « Nécessaire » reconnaît-il. « J’ai travaillé sur Le Choc des Titans avec l’expérimenté Jim Danforth et le jeune Steven Archer. Je commençais un effet, et ils l’achevaient. »
Echec artistique, Le Choc des Titans souligne la carence principale de l’association Ray Harryhausen/Charles H. Schneer : le choix des réalisateurs. Auteur complet (il participe à l’écriture, met fréquemment en scène des séquences à effets spéciaux et contrôle la production de la plupart de ses films après le premier Sinbad), Ray Harryhausen ne porte que trop souvent son dévolu sur des cinéastes sans envergure ou pas forcément à leur place dans son univers. Et Desmond Davis, celui du Choc des Titans, est le pire de tous.
7 SQUELETTES DANS LA LEGENDE
Accueilli par des critiques cinglantes, Le Choc des Titans souffre effectivement de la comparaison avec Jason et les Argonautes, la plus réussie des incursions de Ray Harryhausen dans la mythologie gréco-romaine. Un film plus humble dans ses intentions, mais aussi plus vif, nettement moins soumis aux pressions d’une grosse production et riche de ce dont Le Choc des Titans, malgré ses millions, ne peut se targuer : une séquence d’anthologie, citée en référence absolue dans le genre. Celle où les héros, en quête de la Toison d’Or, croisent le glaive contre sept squelettes (hilares !). « Le duel de Kerwin Matthews contre un seul squelette dans Le Septième Voyage de Sinbad m’avait demandé huit semaines de travail. Logique dans ces circonstances que la séquence de Jason et les Argonautes ait nécessité quatre mois et demi d’efforts intensifs ! »
Sorti du cadre de l’artisanat qui lui réussissait tant avec le Choc des Titans, Harryhausen aborde néanmoins les années 80 avec un certain optimisme. N’escompte-il pas encore un nouveau Sinbad, un nouveau peplum mythologique, Force of the Trojans (que la MGM fini par délaisser après l’avoir soutenu), ou un Princess Bride, alors entre les mains du producteur Milton Subotsky ? De nouveaux projets avortés à ajouter à une filmographie déjà lourde de deuils. Y reposent en paix un Frankenstein, une Île du Docteur Moreau, un John Carter of Mars, un David et Goliath et autres Conan, Beowulf, Dante’s Inferno, Atlantis, et même un Bilbo le Hobbit rapidement abandonné.
Tout retraité qu’il soit, Ray Harryhausen n’en demeure pas moins actif. Installé à Londres, il supervise la finition d’une adaptation du Lièvre et la Tortue dont il avait tourné trois minutes cinquantes ans plus tôt. Quoi d’autre ? La publication de ses mémoires avec Ray Harryhausen : An Animated Life, puis du portfolio The Art of Ray Harryhausen préfacé par Peter Jackson, une leçon d’animation de dinosaures à la télévision, une présence assidue aux conventions et festivals qui lui rendent hommage, des sculptures en bronze dont celle d’un lion attaquant David Livingstone exposée à Lamarkshire en Ecosse, des interviews dans moult documentaires … Une manière pour le vaillant octogénaire de participer, de son vivant, à l’édification de sa propre légende.
(Article écrit par Marc TOULLEC ... merci à toi
Voilà voilà voilà ! J'espère que ça vous aura intéressé les gens. Au pire moi oui
Le site de MAD MOVIES ===> http://www.mad-movies.com/
Biz biz biz les gens. Ploutch