ABRICOTS A L’HEROÏNE
La chaleur était écrasante, dans ce mois de Juillet. Le mistral était presque inexistant et ne parvenait pas à faire onduler les champs de lavande en fleurs. Seules les stridulations de cigales, donnaient une impression de vie..
Couché sur l’herbe jaune, desséchée, Pierre, à l’ombre des aunes, regardait couler le Lez, cette petite rivière qui à cette époque, avait bien du mal à continuer à couler.. Il aimait cet endroit, ou il avait l’impression d’être dans un monde à part, à l’abri de tout..
La tête posée sur son bras replié, Pierre sentait une douce somnolence le gagner, lorsqu’il perçut de petits ébranlement sur la terre, qui annonçaient que quelqu’un, pas très loin marchait..
Pierre se mit à ramper vers le tronc d’un peuplier, perdu au milieu des aunes pour essayer de voir sans être vu, selon la bonne vieille méthode militaire. Et il vit le « marcheur »C’était un homme entre deux ages qui avançait, en portant un panier plein dont le contenu était recouvert pas un torchon à carreaux rouges.
On voyait, à, son attitude que cet homme se savait seul. Il ne prenait aucune précaution pour se déplacer, et en même temps, à sa façon de tenir, très précieusement son panier, on avait l’impression qu’il transportait un trésor.
Très intrigué, Pierre le suivit des yeux, tout en tournant lentement autour du tronc du peuplier, pour ne pas se faire voir.
L’Homme, arrivé prés du Lez, posa son panier par terre enleva ses chaussures et retroussa son pantalon jusqu’aux genoux, puis, reprenant son précieux fardeau, il franchit la rivière sans aucune difficulté..
Le lendemain, à la même heure, Pierre revit le » bonhomme au panier »
Intrigué par ce manège bizarre, Pierre se décida à « filer » cet inconnu. A son tour il enleva ses chaussures, et franchit le Lez pour suivre l’homme.
Il n’y avait pas de chemin, aussi, l’homme, après avoir traversé un terrain inculte, passa entre deux champs l’un de maïs, l’autre de tournesol, puis pénétra dans un bois truffier. Pierre le suivait à distance. Ayant lui-même traversé la truffière, il s’arréta avant d’en sortir, car l’homme s’apprétait à entrer dans une vieille maison. Il avait posé son panier par terre, et avait pris sans doute une clé qui se trouvait sous une tuile posée sur le sol devant une fenètre aux volets fermés. L’homme et son panier, entrèrent dans la maison, et après 10 minutes d’attente, l’homme ne ressortant toujours pas, Pierre revint sur ses pas, retraversa le Lez, et retrouva avec un vif plaisir son petit coin relativement frais sous les aunes.
Là , il resta prés d’une heure, mais le bonhomme ne repassa pas.
Il revint le lendemain au même endroit, et toujours à peu prés à la même heure, le même homme repassa, avec son panier dont le contenu était couvert d »’un torchon rouge et blanc. ».
Pierre avait eu le temps de bien voir les traits de l’homme. C’était pour lui un inconnu. Donc, il ne vivait pas dans le coin, ou Pierre connaissait, au moins de vue, tout le monde.
Il résolut donc de voir comment il était venu. L’accés au Lez en cet endroit, ne pouvait se faire qu’à travers champs. Pierre suivit en sens inverse le trajet suivi par l’inconnu, et à environ 500 mètres, il arriva sur un chemin carrossable. Sous un chène, une vieille deux chevaux immatriculée dans la Drôme, ne pouvait être que le véhicule de l’homme. A tout hasard, il nota le numéro d’immatriculation sur une de ses cartes de visite.
L’inconnu ne semblant aller dans la vieille maison que l’après midi, Pierre résolut d’y aller en reconnaissance le lendemain matin.
Le lendemain, donc,la température quoique déjà chaude était beaucoup plus supportable, et lorsqu’il arriva devant la mystérieuse maison, Pierre, sans difficulté trouva la clé sous la tuile, devant la fenètre.
Il fit tout d’abord le tour de la maison. Tout était fermé. Il n’y avait aucun bruit, et aucune lumière ne filtrait à travers les volets anciens et mal jointés.
Lorsqu’il ouvrit la porte d’entrée, Pierre fut surpris de constater que les gonds avaient été récemment huilés, et ne faisaient aucun bruit. C’était d’autant plus surprenant que la maison, n’était manifestement pas habitée .Les meubles étaient restés, et de la poussière les recouvraient.
Il y avait 3 pièces au rez de chaussée, et par un escalier rustique en bois, on accédait au 1er étage et ses trois chambres, également meublées et poussiéreuses..
Mais que venait faire l’inconnu avec son panier dans cette maison déserte ? Pierre ressortit, remit la clé sous la tuile et rentra chez lui.
Deux jours passèrent durant lesquels Pierre avait été invité chez une tante à Orange , et il ne pensa plus guère au » bonhomme au panier »
Quand il revint chez lui, il décida de retourner au Lez pour voir si le manège se poursuivait.
Il ne fut pas surpris de revoir le bonhomme, passer avec son panier .
Ce manège, vraiment très curieux, commençait à intriguer Pierre sérieusement.Il suivit encore l’individu jusqu’au bois truffier, bien décidé cette fois ci à attendre qu’il ressorte, et voir ou il allait ensuite.
Il s’écoula prés d’une heure et demie avant que le bonhomme ne ressorte. Il avait toujours son panier, mais manifestement il ne devait pas rester plus du tiers de son contenu à l’arrivée, et le même torchon rouge et blanc le recouvrait.
Pierre décida alors de changer ses plans, et au lieu de suivre l’inconnu, il attendit quelques minutes, et revenant prés de la maison, il prit la clé sous la tuile et entra.
Il n’y avait rien de changé depuis sa première visite, mais enfin, il devait bien y avoir une explication.
Pierre remarqua que dans le salon, le tapis était recouvert de poussière, mais que l’un des cotés semblait moins sale, comme s’il avait été soulevé , et que la poussière était tombé sur le reste du tapis. Il souleva la partie la plus propre et constata qu’il y avait une trappe dans le plancher. Il souleva facilement la trappe. Un escalier descendait dans un noir absolu, et Pierre qui n’avait pas de lampe electrique, pensa plus prudent de revenir le lendemain, avec la posibilité de s’éclairer.
De très bonne heure, le lendemain, Pierre entrait dans la vieille maison, ouvrait la trappe et descendait l’escalier.
Prés d’une demie heure plus tard, Pierre ressortait du sous sol. Son visage était grave, préoccupé. C’est presque machinalement qu’il remit tout en ordre, fermant la trappe, rabattant le tapis, il était visible que ses pensées étaient ailleurs. Qu’avait il trouvé ? nous le saurons bientôt.
Durant son trajet du retour chez lui, il resta plongé dans ses reflexions, et une fois arrivé chez lui, il avait visiblement pris une décision, car il se dirigea aussitôt vers son téléphone et forma un numéro.
Pierre avait passé en compagnie de son ami Jacques, les trois dernières annèes de ses études secondaires, puis les études les avaient séparés, Pierre faisant une Licence en droit, alors que Jacques, préparait le concours de Saint Cyr et faisait une carrière militaire.
Chaque annèes, les deux amis se revoyaient au moins 4 ou cinq fois par an, et Jacques, actuellement faisait parti du deuxième bureau. C’est à lui que Pierre téléphona.
- Allo, Jacques, il est absolument indispensable que nous puissions nous voir très vite. Je saute dans un TGV ce soir. Peux tu me recevoir dans la matinée de demain ?
- Rendez vous fut pris à 10 heures.
( A suivre)
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