Libération C'est, de l'aveu même du procureur de Béthune, le plus gros coup réalisé en France dans la lutte anti-piratage sur les réseaux P2P (peer to peer). La CIC (cellule d'investigation et de recherche) du Pas-de-Calais a mis fin lundi aux agissements d'un réseau structuré et organisé de piratage de fichiers illégaux en ligne (musiques, films, logiciels), en interpellant 25 personnes, dont 13 mineurs. Agissant sous des pseudos tel que Djoul, Tonydu62, Sleeck, Benenutz, les pirates dont certains sont originaire de Boulogne-sur-Mer et du Béthunois, avaient mis en place un site Internet (sous forme d'un forum ou « board ») intitulé « Utopi Board ». Le réseau, référencé sur Google, était constitué de près de 10 000 membres. Les pirates s'échangeait des liens pour télécharger près de 40 000 chansons, 3 500 films – certains avant même leur sortie en salle – et 750 logiciels. Ces chiffres ne sont pas définitifs puisque la CIC poursuit actuellement ses recherches dans les quelque quatre-vingts ordinateurs ou disques durs saisis. Lundi matin, vers 6 heures, comme l'explique un article paru dans « la Voix du Nord » qui révèle l'affaire, une centaine de gendarmes se sont déployés sur l'ensemble du territoire français pour procéder à l'interpellation de ces vingt-cinq suspects soupçonnés d'être les instigateurs de ce « réseau privé » sur l'Internet. L'opération de gendarmerie, de par son ampleur géographique et comptable est, selon la CIC du Pas-de-Calais une première en France. Au départ du coup de filet, les gendarmes avaient été attirés par le très grand nombre de fichiers qui circulaient via l'ordinateur de Djoul, un mineur âgé de 17 ans originaire d'un petit village du Béthunois. Trop de fichiers naviguaient sur son ordinateur. La CIC, qui possède en son sein des spécialistes de la cybercriminalité, pousse alors ses investigations plus loin. « Ces internautes avaient créé un forum de discussion sur lequel ils se donnaient des liens pour trouver tel album de musique, tel film ou tel logiciel, se souvient David Cassel, l'adjudant chargé de l'enquête. Ensuite, nous les avons placés sous surveillance. » Au fil des mois, la CIC est allée de surprises en surprises, découvrant par exemple que les internautes tombant sur le site à travers leurs recherches de fichiers musicaux ou de films sur la toile étaient invités, moyennant une petite cotisation, à se procurer les films « Les Bronzés 3 », « Camping », ou encore « Da Vinci Code » avant-même leur sortie en salle. D'après la CIC, les animateurs d'« Utopi Board », afin de trouver de l'espace pour stocker leurs fichiers illégaux et s'assurer une bonne vitesse de transmission avec une bande passante confortable, parvenaient à s'introduire dans des systèmes de traitement automatisés de données appartenant à des entreprises, des universités ou des administrations, françaises et étrangères, du Canada à la Lituanie en passant par Taïwan. A leur insu. Enfin, parmi les logiciels proposés en téléchargement, certains étaient destinés à des visées clairement cyberciminelles puisqu'ils permettaient de forcer les sécurités des réseaux internes aux entreprises, mais aussi de confectionner des « yescards », ces cartes bancaires virtuelles qui disent toujours « oui », comme on a pu le lire sur certains forums. « Tout échanger, tout copier, sans jamais rien payer n'est pas légal », a résumé hier Louis Wallon, procureur de la République de Béthune, en charge de l'affaire. D'autres mises en examen sont maintenant envisagées. Les mineurs devraient être prochainement présentés devant le juge des enfants. Par ailleurs, des organismes professionnels de protection des droits d'auteur, comme la Sacem, ainsi que des entreprises lésées, ont déjà déposé plainte. Le préjudice pourrait s'élever à plusieurs centaines de milliers d'euros.