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Full Version: LE TROC CONJUGAL ( Théatre)
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aristee


LE TROC CONJUGAL


PERSONNAGES

Solange, 35 ans
Maurice, 40 ans mari de Solange
Colette 25 ans
Jean 28 ans mari de Colette
Madame Biron, 65 ans mère de Maurice


Chez Maurice et Solange. Un salon, salle à manger. Meubles rustiques. Sobriété . Bon gout.Maurice et Solange, seuls en scène préparent la table de bridge, et la table roulante avec apéritifs et amuse- gueules.
-Solange.
Quelle heure est il ?
- Maurice.
5 heures et demie. ils ne vont pas tarder
- Solange gentiment.
Tiens? Tu as mis ta chemise neuve et ta nouvelle cravate? un temps Tu fais des frais pour Colette. Avoue qu'elle te plait Colette, Don juan sur le retour
- Maurice, agacé.
Sur le retour? Mais dis donc, je suis encore présentable!
- Solange, toujours gentiment
.Oui...Enfin...Elle a tout de même 15 ans de moins que toi.C 'est beaucoup pour lui faire la cour...
- Maurice, énervé.
C'est ridicule. Je ne fais pas la cour a Colette. D'ailleurs tu l'as dit: elle est bien trop jeune. Non. C'est idiot. Ce n'est pas ça!...seulement, elle me fait un peu pitié
- Solange.
Pitié? Je me demande bien pourquoi. Un temps..Es tu sur que c'est le sentiment que tu lui portes?
- Maurice, hausse les épaules
.Oh, toi!Tu te crois psychologue, fine intelligente, et tu ne comprends rien a rien. Tu as l'esprit emberlificoté, et c'est tout. Non. Colette me fait pitié parce qu'elle est mal mariée. Jean est un gentil garçon, mais il est ...pfuitt..
- Solange.
Il est Pfuitt?
- Maurice.
Il est inconsistant. Il manque de profondeur, de tact. Il la blesse souvent. Colette est un être jeune, fragile, tout en nuances. Il lui aurait fallu un mari a la fois doux et solide, réconfortant..
- Solange, amusée.
En somme un mari dans ton genre?
- Maurice, un peu véhément.
Oui.Dans mon genre....... En plus jeune évidemment.
- Solange.
- Voilà une évidence qui ne te semble pas évidente..
Maurice hausse les épaules, et va s'asseoir en face de sa femme.
On frappe a la porte. Sans se déranger, Solange crie : Entrez! Maurice, machinalement arrange sa cravate.
Entrent Colette et Jean. Ils sont en train de se disputer. Jean a un manteau.
- Colette,poursuivant sa dispute avec Jean.
Zut, zut et zut! je n'ai pas 4 bras. D'ailleurs si tu avais une douzaine de chemises comme chaque homme, cela n'arriverait pas.Tiens, je suis sure que Maurice a au moins deux douzaines de chemises. n'est ce pas Maurice?
- Maurice, qui n'en sait rien.
Euh...c'est a dire..
- Solange.
Non. il n'en a que 7 ou 8 en ce moment
- Jean, tirant la langue a sa femme.
Ha!! Maurice n'en a que 7 ou8, et bien je suis sur qu'il en a en permanence 3 ou 4 propres et repassées dans son armoire. Moi, je dois en avoir une dizaine, hé bien, quand j'ai voulu en mettre une de propre tout a l'heure, il n'y en avait pas une seule!
- Colette, toujours furieuse.
C'est parce que tu salis trop. D'ailleurs tu es gras!
- Jean, levant les bras au ciel:
Je suis gras, moi? Vous entendez Solange? Je suis gras moi, qui ai été élu Apollon je suis gras!!!!
- Colette.
Tu as été élu Apollon, il ya 8 ans. c'était dans un village de 800 habitants, et depuis tu as grossi!
- Maurice.
Allons, allons. Arrétez de vous chamailler! Mais dis donc mon vieux, mets toi a l'aise. Pourquoi as tu mis un manteau pour monter 2 étages?
- Jean, violemment.
- Pourquoi? Je viens de te le dire: C'est a cause d'elle!
Il enlève son manteau:
- Voila. Comme je n'ai plus de chemise propre, je suis en veste de pyjama!
Solange et Maurice pouffent de rire, bientot suivis par Colette, ce qui rend Jean furieux
- Jean.
- Ca vous fait rire? Voilà ou j'en suis! Tout le monde se fout de moi...( désignant Colette).Et elle avec les autres..
Il se précipite sur Colette, Solange et Maurice s'interposent
- Maurice.
- Allons calme toi, mon vieux! Tout ça parce que tu n'as pas de chemise propre! Avoue que c'est risible!
- Jean, qui se reprend un peu
.Oui. avoir toutes ses chemises sales, c'est risible!, mais lorsqu'en plus, à l'heure des repas, on s'aperçoit qu'il n'y a plus de pain et de vin, que le jambon acheté il y a 15 jours est verdatre...
- Colette, expliquant:
Je le croyais perdu. Il avait glissé derrière un paquet de pates
- Jean, continuant:
Que les oeufs a la coque sont ou crus ou durs
- Colette même jeu.
Je n'ai pas de minuteur
- Jean....
.Que les pommes de terre frites sont invariablement carbonisées..
- Colette.
C'est la faute du gaz. Il y a trop de pression. A Maurice: et puis zut, zut et zut là! elle pleure. Je suis trop malheureuse! Il ne sait que me froisser, me vexer, et portant...je n'ai pas que des défauts
- Maurice, s'approchant de Colette:
Mais non Colette, vous n'avez pas que des défauts! vous êtes une femme merveilleuse.
A Jean: Ecoute, Jean, tu attaches trop d'importance a des péccadilles. Tous tes griéfs peuvent être faits dans chaque ménage, plus oui moins
- Jean.
Plus? Non!
- Maurice.
- Allons! tout cela n'est pas trés grave. Je trouve, moi, que tu as une chance inouie d'avoir une femme jolie, gaie..
Colette redoublant de pleurs Hi Hi Hi!
- Maurice.
Primesautière, originale, subtile..Une vraie femme quoi..
- Solange.
Et pas un triste oiseau empaillé. Merci.
- Jean.
Il est facile de dire aux autres" tous cela n'est pas grave"quand on a soi même l'épouse idéale, que chaque génération ne tire qu'a un ou deux exemplaires
- Solange, saluant.
Voilà qui est bien jugé. Je ne vous connaissais pas cette profondeur, Jean. Bon. Ce n'est pas tout. Nous sommes là pour faire un bridge, non? Alors installons nous
-Jean.
Non,Solange. Je n'ai plus envie de jouer ce soir.
- Colette.
Moi, la seule chose que je peux faire ce soir, c'est le mort.
- Solange
Allons les enfants, vous n'êtes pas bien gais ce soir. Bon. Voulez vous une tasse de thé?
- Colette
Volontiers
- Jean.
Solange,
si vous avez quelques gouttes de ciguë, mettez les dans la tasse de Colette
- Colette, toujours reniflant ses larmes.
Oh oui! Solange! Mettez de la ciguë dans ma tasse. Je vous l'ai dit: Ce soir, seul le role du mort me tente!
- Solange.
Je regrette, je n'ai plus de ciguë. vous mettrez une rondelle de citron!D'ailleurs, Maurice ne m'aurait pas laissé faire
- Colette.
C'est vrai Maurice?
- Maurice, voulant plaisanter
Evidemment. Au titre de membre de la Socété protectrice des animaux....
- Jean.,brusquement
- . Non!!!
Tous sont surpris par l'intervention de Jean
- Maurice:
Quoi, non?
- Jean
- Non!!!En fait tu es amoureux de Colette. il y a un moment que je m'en suis aperçu. Et quel lyrisme tout a l'heure pour parler d'elle!
- Maurice.
Oh comme tu y vas! absolument pas..
- Colette reniflant ses larmes:
Dommage !!!!!
- Maurice.
Vraiment?
- Colette.
Je suis malheureuse, désespérée. Cela aurait titillé mon amour propre!
- Maurice.
Votre amour propre seulement. Dommage!
- Colette.
- Vraiment?
Ces répliques, doivent être échangées lentement pour créer une densité nouvelle
- Solange, à Jean.
Mais dites moi, de quoi avons nous l'air?
- Jean.
De deux cocus!
- Solange, mi figue mi raisin.
Ce n'est qu'une apparence?
- Jean.
Oui. un temps. Dommage!
- Solange stupéfaite;
Vous regrettez que ce ne soit pas vrai?
- Jean
- oui!
Tous sont un peu suffoqués.
( a suivre)
aristee


- Jean.
Je vais dire une bétise ou quelque chose de trés profond..
- Maurice, qui voudrait rester dans le ton de la plaisanterie.
Ou quelque chose de profondément bète!
- Jean, lentement:
A la réflexion, je ne crois pas que ce soit bète. un temps..Avez vous remarqué combien de fois en peu de temps, nous avons dit: Dommage?
Personne ne répond.
- Jean, continuant.
- Bon. Vous aussi vous l'avez remarqué.. Ce que nous pensons tous, ce que pense chacun de nous, c'est qu'il y a quelque chose qui ne marche pas dans nos ménages.Et curieusement, la solution est là, a portée de main.
Pour être tout a fait clairs et sincères, chacun de nous pense qu'il serait plus heureux avec le conjoint de l'autre
Petit silence
- Solange.
Vous êtes parfaitement stupide mon pauvre Jean! Vous vous êtes chamaillés avec Colette, mais en fait vous vous vous aimez bien. Quand a nous, avec Maurice, malgré quelques divergences bien naturelles, nous nous aimons bien aussi.
- Jean, sentencieux.
S'aimer bien, c'est s'aimer mal!
- Solange.
Un peu puéril ce gout de la formule a l'emporte pièce, mon cher Jean. Gardons les pieds sur terre. Le mariage est une association dans laquelle par la force des choses,chaque époux a une vie propre. Il est tout a fait normal que des frictions se produisent. Mais la solidité du couple ne doit pas être remise en cause pour cela.
- Jean.
Minerve vient de parler, et de bien parler. Mais vous admettrez qu'il y a des Associations comme vous dites, des couples plus harmonieux les uns que les autres. Et je vous dis Solange que nous serions plus heureux si nous vivions ensemble , quand a Colette et Maurice...qu'en penses tu Colette?
- Colette, toujours sous le coup de sa dispute avec jean.
Moi? Oh moi, je serais plus heureuse, avec....un chimpanzé qu'avec toi.
- Maurice, voulant toujours plaisanter.
La question est donc de savoir si je suis supérieur a un chimpanzé..
- Jean.
En tous cas, j'ai entendu dire que les gorilles, dans certain domaine......
- Solange.
En voilà assez. Vous êtes tous ridicules

- Maurice, finalement assez tenté par l'idée de Jean.
Colette n'a pas répondu....
- Jean, poussant Maurice vers Colette.
- Ecoute, si tu es pret a manger sa cuisine, c'est déja une chose qu'un chimpanzé n'accepterait pas. Alors tu vois, tu as toutes tes chances. C'est une occasion a saisir, ne la manque pas.
Il se dirige vers Solange: Quand a nous..
-Solange:
Quand a vous, quand vous en aurez terminé avec vos enfantillages, vous me préviendrez!
- Jean, lui montrant Colette et Maurice qui discutent a voix basse a l'arrière scène.
De l'enfantillage? Voyez comme ils sont déja dans le vif du sujet!Regardez moi, et voyez comme je suis heureux d'être auprés de vous..
-Solange, nerveuse et élevant le ton.
Enfin! c'est bientot fini cette plaisanterie? Maurice et Colette se séparent.Nous sommes mariés une fois pour toutes. pour le meilleur et pour le pire.
- Jean, narquois.
Un peu puéril ce gout de la formule à l'emporte pièce, non?
- Colette.
En tous cas, avec Jean, c'est toujours le pire...sauf quand il a proposé que nous nous séparions.
-J ean.
Ecoutez Solange, pourquoi ce masochisme ? Pourquoi macérer dans le malheur parce qu'un Monsieur ventripotent, décoré du mérite agricole, vous a déclaré unis par les liens du mariage?Mais sacrebleu! le bonheur, ça vaut quelque chose, non? C'est si simple de faire un essai.Colette va vivre avec Maurice pendant un mois, et vous venez partager ma vie durant le même temps.
- Colette.
Moi, je suis d'accord.
- Jean.
Maurice?
- Maurice, regardant craintivement Solange.
Le fait est que tout ceci est bizarre. Ce n'est pas commun ce que tu nous proposes là....Mais aprés tout...cela ne nous engage pas pour l'avenir...Ce serait une simple expérience...
- Jean.
Bon. Alors Solange?(un peu craintif) A moins que vous me trouviez trés inférieur à Maurice?
- Solange, avec un défi dans la voix.
Je vous trouve incomparablement supérieur à Maurice
- Maurice, vexé.
Là tu exagères!!
- Jean.
Non, je ne crois pas. Solange a un jugement sur! Nous sommes d'accord pour cet essai?
- Solange, sombre, aprés un long silence:
C'est un jeu dangereux auquel vous voulez jouer.Je vous aurais prévenu.Je me plie sous la volonté de la majorité. Mais ce n'est pas raisonnable.
- Colette.
La raison, la raison..Moi je ne veux pas être malheureuse au nom de la raison.. Mais j'ai une proposition a faire. Je trouve trés amusant de changer de mari et d'appartement, mais je voudrais rester dans mes meubles. Je suis habituée a eux, et...( regardant Jean) ils ne m'ont pas éçu eux..
- Maurice.
Quelle gamine charmante!
( a suivre)
aristee


- Jean.
Ce n'est pas trés juste, mais je suis d'accord.
- Colette.
Comment pas trés juste?
- Jean.
Non. Les femmes changent de mari et d'appartement. Les hommes ne changent que de meubles
- Colette.
Et de femme!
- Jean content de lui:
Meuble, femme...c'est la même chose!
- Colette.
Le mufle! Voilà le bonhomme Solange! Je vous souhaite bien du plaisir. Pour moi, je suis heureuse, heureuse d'échapper a ce sale individu;
- Maurice.
Cette libération est la seule raison de votre bonheur? J'en suis peiné, Colette!
- Jean à Maurice.
Moi, au moins je plaisantais..
- Solange.
Vos plaisanteries, comme tout ce que vous avez dit et décidé ce soir est du plus mauvais gout. Mais il ne sera pas dit que seule, je m'opposerais à vos folies.Puisque vous avez cru devoir prendre la décision de chambarder nos ménages, avec déménagements a la clef, réglons les détails.
- Jean.
A la bonne heure. Minerve a parlé.Vous verrez, Solange, tout sera mieux.
-Solange.
Je pense que vous n'avez pas l'intention de faire débuter " l'expérience des ce soir?
Personne ne répond.
- Solange.
Bon. Donc ce soir, rien n'est changé.
- Jean faussement emphatique.
Ce soir, les principes sont respéctés. Demain, l'Amour triomphe!!
- Solange, visiblement pressée de voir partir Jean et Colette.
- Nous déménagerons demain. Maintenant, déguerpissez! j'ai des rangements a faire.
Des poignées de main s'échangent gauchement. Colette et Jean sortent.
un trés long silence.
- Solange.
Je maintiens que tout cela est idiot.
- Maurice.
Mais non ce n'est pas idiot. Ce qui est idiot, c'est d'avoir des idées de petits bourgeois.
- Solange, qui ne rit pas.
Comme c'est drole dans ta bouche. Mais tu n'es toi même qu'un petit bougeois!
- Maurice.
Si tu es sincère et que tu le crois réellement, alors c'est que tu ne me connais pas du tout. C'est triste aprés 15 ans de mariage. Non. Je ne suis pas un petit bourgeois. Et je trouve trés bien que nous ayons décidé de réassortir nos couples.
- Solange.
Réassortir? Tu as de ces expressions!!
- Maurice.
Bon. Si tu veux, disons que nous changeons d'amour.
- Solange.
En fait de changement d'amour, je crois que c'est plutot l'amour du changement qui vous pousse..
- Maurice, assez satisfait.
Donc je ne suis pas un petit bourgeois popote et routinier..
- Solange, qui cherche a comprendre:
Evidemment, Colette est gentillette..
- Maurice.
Gentillette? Mais Colette, c'est la Femme avec toute sa fantaisie, ses faiblesses, Colette...c'est Vénus
- Solange.
Je suis trés peinée. Ce n'est pas tant que je suis jalouse de Colette...Je suis jalouse...de ce que tu as été et que tu n'es
plus. Enfin Maurice, tu as toujours été un homme raisonnable, sensé. Comment peux tu te laisser entrainer dans cette folie?
- Maurice.
- Ecoute, Minerve. Tu m'énerves
Assez satisfait de lui, Maurice va se servir un scotch. Il boit.
- Solange le suit des yeux, puis laisse tomber.
- Ecoute, Bacchus( un pause) Tu n'es pas fait pour Vénus
Rideau
( a suivre)
aristee

Le rideau s'ouvre. Nous sommes dans la même pièce, mais les meubles sont modernes, et pas de trés bon gout. Maurice est seul en scène et marche nerveusement. Il s'arrète a plusieurs reprises devant le téléphone, va voir par une porte, on sent qu'il guette si Colette va venir. Puis il finit par décrocher le téléphone et faire un numéro.
- Maurice.
- Allo, c'est toi Solange? .....tu es seule......Ah bon.....Ca va?............Non, rien de spécial.......Pour prendre de tes nouvelles....heu, oui.......Les meubles me manquent........Au sens ou l'entendait Jean l'autre jour? Je ne comprends pas ( il ment évidemment, et cela doit se sentir) ...Ah, tu es trés heureuse?( lugubre)j'en suis bien content.Il t'appelle son lotus bleu? Mais c'est idiot.D'abord ça n'existe pas les lotus bleus......Ah bon, si tu trouves que c'est trés gentil. Moi?( piteux) elle m'appelle son chimpanzé....Oh tu peux rire........Bon, bon, je ne te retiens pas...Tu vas faire la cuisine,qu'est ce que tu prépares?.....Une paella ? Pour deux? C'est de la folie!C'est ridicule, tu le gates. Colette? Je ne sais pas. Des pommes de terre sans doute...Oui. Au revoir.
Il raccroche, hausse les épaules regarde sa montre et va s'asseoir précautionneusement dans un fauteuil ou il s'engloutit.On sonne. . Maurice pose le journal qu'il avait pris. Il se lève avec difficultés, et crie a la cantonnade:
Ne bouge pas je vais ouvrir.Il va ouvrir. Entre Madame Biron, 65 ans vive et volubile. C'est la mère de Maurice. Elle l'embrasse
- Madame Biron.
Alors mon grand, ça va?
- Maurice, géné.
Oui Maman. Ca va, et toi?
- Madame B.
Regardant autour d'elle.Tiens? Tu as changé ton mobilier. C'est bien . Moi je préfère le moderne. D'abord
l'entretien est plus facile. C'est Solange qui a eu l'idée de ce changement?
- Maurice,
Euh...Pas précisément.
- Madame B
.Ah bon? je pensais que tu n'aimais pas le moderne. Tu as changé?
- Maurice, sur des charbons ardents
.Pour ça oui! j'ai changé! un silence Madame B. regarde longuement son fils
- Madame B.
Tu ne me parais pas dans ton assiette. Le foie? L'estomac?
- Maurice précipitemment.
Non, non, ça va? ( il désire presser le mouvement) C'est gentil d'être passée nous dire bonjour. C'est vraiment dommage que je sois si pressé aujourd'hui.
- Madame B.
Tranquillise toi. Ce n'est pas toi que je suis venue voir aujourd'hui;
- Maurice.
Ah? Ce n'est pas moi?...
- Madame B.
Evidemment non. Nous sommes le 10 Mai.
- Maurice.
Le 10 Mai?
- Madame B.
Oui le 10 Mai. Tu ne vas pas me dire le contraire?
- Maurice.
Ma foi non. Je veux bien que nous soyons le 10 mai.Il reprend son journal et regarde la date.D'ailleurs c'est vrai, nous sommes le 10 mai.
- Madame B.
Et tu n'y avais pas pensé?
- Maurice, qui n'y est pas du tout.
J'avoue avoir d'autres chats a fouetter que de me demander à chaque instant quel jour nous sommes!
- Madame B.le regarde pensivement.
- Bon. Cette fois, j'en suis certaine. Tu ne tournes pas rond.. C'est bien la première fois que tu oublies la Sainte Solange.
Colette, trés a l'aise, en tablier, entre et va embrasser madame Biron.
- Colette.
Bonjour Madame Biron. Mais oui, c'est la Ste Solange.
- Madame B.
Tiens vous êtes là Colette? Et c'est vous qui faites la cuisine?
- Colette, montrant son tablier:
Vous voyez..
- Madame B.
Ah, je comprends. Vous, vous n'avez pas oublié la Ste Solange et vous la déchargez de la corvée de cuisine. C'est trés gentil!
A Maurice qui essaye de s'esquiver:
Hé bien ou vas tu Maurice
- Maurice penaud.
Excuse moi Maman, il faut que j'aille au bureau...Un travail fou..
- Madame B.
- Au bureau?Mais il va être l'heure du déjeuner. Tu m'aurais dit que tu allais acheter quelque chose pour Solange...Mais au bureau!....Décidément tu ne tournes pas rond. Reste ici voyons!
Maurice avec un geste de désespoir renonce a fuir.
- Madame B. a Colette.
Mais enfin qu'est ce qu'il a cet animal?C'est mon fils, et je ne le reconnais plus!
- Colette.
Ce n'est rien........... Il subit un traitement
-Madame B.
Un traitement? Tu suis un traitement Maurice?
Maurice abandonnant tout esprit de lutte:
Puisque Colette te le dis!
- Madame B.
Et c'est pourquoi ce traitement?
- Maurice.
Pourquoi?
- Madame B.
Oui, pourquoi,Je commence a m'inquiéter sérieusement. Qu'est ce qu'il a Colette? Vous le savez?
- Colette qui s'amuse visiblement;:
C'est les glandes
-Madame B.
Tu as un problème de glandes?
- Colette,
Oh, tranquillisez vous. depuis 2 jours, ça va beaucoup mieux!
- Madame B.un peu surprise.
Vous savez comment vont les glandes de Maurice?
- Colette.
Dame, une amie, ça doit tout savoir.
- Madame B.
C'est surprenant. Surprenant, mais trés gentil....Et...Ce sont ses glandes qui le rendent ahuri?
- Colette.
Non. Le traitement? Seulement le traitement qui est trés fatigant. D'aprés les dires de Maurice, pas désagréable , mais fatigant
- Madame B.
Et il est long ce traitement?
- Colette.
Il doit durer un mois.
- Madame B.
Ah! c'est sérieux. En quoi consiste t il ? Piqures, gouttes comprimés?
- Colette
.Non. c'est trés spécial.Culture physique...Allongé pour
moins fatiguer, et régime alimentaire...Spécial.Trés particulier. Pas de cuisine bourgeoise. De la cuisine de choc
- Maurice sortant de son mutisme.
Pour ça oui. Trés ^particulière la cuisine!!Beaucoup de pommes de terre, crues ou brulées, jamais a point. Tu comprends?
- Madame B.
Non , je ne comprends pas. Mais c'est égal, mon pauvre Maurice, ce ne doit pas être drole. Solange aurait pu me passer un coup de fil pour me prévenir. Au fait, elle est ou Solange?
- Maurice, qui cherche a gagner du temps.
Oui, au fait ou est elle Solange? Tu le sais Colette?
- Colette trés naturelle.
Mais elle est chez Jean, voyons!

- Maurice a sa mère, avec le geste d'évidence des 2 bras.
Elle est chez Jean évidemment!
- Ah bon. Mais que fait elle chez Jean?
- Colette.
Hé bien voilà. Vous allez me trouver bien prétentieuse, mais ce n'est pas moi qui ait décidé de la chose. ( un temps. Elle regarde Maurice trés mal à l'aise)Le régime de Maurice est trés délicat a réaliser, et il parait- ce n'est pas moi qui le dit- il parait que je suis plus doué que Solange pour ce genre de cuisine de choc.Alors, il a été décidé que je ferais la cuisine de Maurice, et Solange fait celle de Jean.Voilà. Vous voyez c'est tout simple!
- Maurice,soulagé de la trouvaille de Colette
.Et voilà, Maman, tu le vois. C'est tout simple

- Madame B.
C'est curieux. Vraiment curieux. J'ai toujours pensé que Solange était un vrai cordon bleu, qui réussit en cuisine tout ce qu'elle veut..
- Maurice.
Justement. Ca ne pouvait pas aller.
- Colette.
Il faut a Maurice un choc gastrique. Vous savez les glandes c'est sérieux!
- Madame B.
Je crois que je suis un peu dépasée..un temps...D'un autre coté, c'est réconfortant de penser que les couples aujourd'hui ne s'enferment plus dans leurs petits égoismes, et savent s'entraider, sans qu'il y ait de jalousie, ou d'histoires pas trés propres.C'est sain. ...(un temps)..enfin je veux l'espérer. Votre collaboration ne concerne que le régime?
- Colette.
Le traitement. Uniquement le traitement.
- Madame B.
- Allons, c'est bien.....Malgré tout je suis venue souhaiter la fète de Solange. elle pourrait faire un saut jusqu'ici?Maurice,passe lui un coup de fil.
Maurice s'exécute et va vers le téléphone
- Maurice.
Allo, Solange? oui, c'est maman qui est venue te souhaiter ta fète. Ah? Jean y avait pensé aussi...lugubre...c'est bien...Moi tu sais, avec mes glandes....comment ce n'est pas spirituel...Mais...( a sa mère) Elle a raccroché. Je crois qu'elle vient
- Madame B.
- Mon pauvre Maurice! je vois bien que tu n'es pas dans ton état normal. J'espère que tu vas bien te soigner. Au fait tu as un bon médecin au moins?
Maurice regarde autour de lui et constate que Colette est sortie. Il s'affole un peu
- Maurice.
Oui Maman, un bon médecin, une sommité. Soies sans crainte Maman!
- Madame B.
Qui est ce?
- Maurice.
Qui est ce? Eh bien, c'est quelqu'un de trés calé, trés compétent et tout et tout.
- Madame B..
Oui mais son nom? Je le connais peut être?
( a suivre)

aristee


- Maurice.
Oh! ces trous de mémoire! ( a Colette a la cantonade) Colette!quel est le nom du toubib qui me soigne?
- Voix de Colette, a l'extérieur:
C'est le docteur Cupidon!
- Madame B.
Cupidon? Quel drole de nom! Enfin si c'est un bon médecin!
- Maurice.
- Oui. C'est un spécialiste des glandes; et ( il fait le geste de l'archer) il fait aussi de l'acupuncture.

On sonne
- Maurice.
Ce doit être Solange!
-Madame B
- .Mais non voyons! Solange ne sonnerait pas pour entrer chez elle!!
Entre Solange
- Madame B
. Ah par exemple! Vous sonnez pour entrer chez vous???
- Solange.
Oh !une absence de mémoire.
- Madame B. peremptoire:
Vous savez ce que c'est? Ce sont les glandes! Vous devriez aller voir le docteur Cupidon, vous aussi!
- Solange, un peu affolée.
Mais Maman.....
-Madame B.
- Oui, enfin il vaut mieux attendre un mois. savoir ce qu'il vaut ce médecin. C'est égal! Ce sont des maladies et des traitements qui n'existaient pas de mon temps! Faire de la mauvaise cuisine pour traiter des pertes de mémoire....Alors vous avez confié a Colette le soin de faire la cuisine de Maurice? un temps....Mais j'y pense, cela peut être dangereux, avec ces absences de mémoire, s'il oublie qu'il est marié avec Solange, et qu'avec Colette...Vous n'avez pas peur?
Solange, qui entre dans le jeu.
Aucun risque. Pendant le traitement, il n'est pas apte....
-Madame B.
- Ah? Il n'est pas apte?..Mon pauvre Maurice..
Maurice tourne comme un lion en cage. Finalement, il éclate:
- Maurice.
J'en ai marre, marre, marre! Foutez moi la paix , tous. Laissez moi seul!
- Madame B.
Mon Dieu! une crise..Vite Colette le traitement..Sa gymnastique...enfin faites quelque chose..
- Maurice.
Foutez moi la paix je vous dis! Je n'ai pas besoin de traitement, ça va trés bien! Mes glandes fonctionnent et je suis apte, ...je suis apte, a vous foutre toutes dehors. C'est compris?
-Madame B.
- Mais c'est affreux. Je ne l'ai jamais vu comme ça!
Colette entre avec un plateau
- Colette.
Voici vos pommes de terre. Il faut manger maintenant.
- Maurice, toujours énervé.
Je ne veux pas manger tout seul, au milieu de vous, comme un singe au zoo.Il plante sa fourchette dans une pomme de terre. D'ailleurs elles ne sont pas cuites.( il en goute un morceau) ni salées.
- Solange.
Mais mon chéri, tu sais bien que c'est ce qu'il te faut.
- Madame B.
Allons, mange, mon petit.
- Maurice.
Non, non et non, là!!!
- Solange, doucement, comme a un malade.
Mais tu sais bien que tu étais volontaire pour ce traitement
- Maurice.
Je n'ai jamais dit que je voulais manger des pommes de terre a moitié cuites et sans sel
-Solange, toujours trés douce.
- Tu as voulu TOUT le traitement. Tu t'es engagé a le suivre scrupuleusement pendant un mois
Maurice regarde Solange, et dompté se met a manger avec d'affreuses grimaces.
- Madame B.
C'est quand même un curieux régime
- Colette.
En tous cas, ce traitement semble efficace. Il le travaille. Il fait grincer son sommier toute la nuit
- Madame B.
Vous l'entendez a 2 étages au dessus?
- Colette.
Je puis vous certifier que je l"'entends parfaitement
- Madame B.
Mon pauvre Maurice, c'est terrible. J'espère que dans un mois, ce sera fini.
- Colette.
Oh, si le traitement est interrompu dans un mois, je suis sure que le sommier ne grincera plus
- Solange à Colette.
Il aura peut être changé de sommier
- Colette.
Peut être. Mais dans le cas de Maurice et son traitement, le role de l'excitant est primordial. pri-mor-dial!
-Madame B.
- Oui, en tous cas toutes ces histoires me retournent complètement. Maurice, laisse toi bien te soigner. Quand même, la médecine de nos jours a de bien curieuses méthodes. Mais ton docteur Cupidon doit savoir ce qu'il fait.Il ne t'a pas ordonné ce traitement à l'aveuglette. Cupidon! quel drole de nom! Bon. Je vous laisse. Solange passez moi un coup de fil ce soir pour me donner des nouvelles. Ah mon Dieu, quelle histoire!Au revoir les enfants. Elle sort tout en continuant a marmonner: Cupidon, Cupidon, quel drole de nom..;
Madame Biron sortie, un petit temps s'écoule.
( à suivre)
aristee


- Solange, à Maurice:
C'est toi qui a inventé cette histoire de glandes?
- Colettte.
Non, c'est moi. C'était bien trouvé, non?
-Solange.
- C'est complètement débile. Elle sort.
Maurice s'arrète de manger ses pommes de terre
- Maurice.
Il y a autre chose a manger?
- Colette.
A la bonne heure! Si les glandes ne fonctionnent pas, le tube digestif, lui, est d'attaque!
- Maurice.
Peut être pour pas trés longtemps, a ce régime..
Colette s'assied sur les genoux de Maurice et l'embrasse, malgré une visible réticence de Maurice.
Rideau

Le rideau se lève
Solange est seule en scène. Elle tricote. on frappe.
Le rideau se lève, sur l'appartement de Jean. Ce sont les meubles anciens de Solange. On frappe.
- Solange.
Oui. Entrez!
Entre Maurice, pas trés a l'aise
- Maurice.
Bonjour Solange.
- Solange.
Tiens? C'est toi?. Je ne m'attendais pas a ta visite. Pas de trés bon gout cette histoire de glandes.
- Maurice.
Les pommes de terre a moitié cuites non plus.
- Solange.
Enfin, c'est un tout, n'est ce pas? Le sommier qui grince, les pommes de terre a moitié cuites....pour le meilleur et pour le pire...On en revient toujours là. Et tu l'as voulu.
- Maurice piteux.
Je l'ai voulu, c'est vrai.
-Solange.
- Alors tout est pour le mieux!Elle continue placidement a tricoter. Maurice regarde ses meubles avec un plaisir évident.si évident que Solange finit par lui dire
Solange.
-Tu peux t'asseoir si tu veux. Il s'assied
- Maurice.
- Merci. ... Silence....
- Solange.
Tu as quelque chose à me dire?
- Maurice.
Moi? Oh non! Je suis venu te dire bonjour en passant. un long silence....Puis sur un ton un peu larmoyant.Je crève de faim.
Solange?
Ca! Ce n'est pas moi qui ai décidé qu'il te fallait un régime.
Maurice.
Ecoute, cesse d'ironiser.
Solange, cessant de tricoter.
Tu ne crois pas que tu y vas un peu fort? Qui a voulu cette séparation? Toi ou moi?Et maintenant que tout ne va pas comme tu le voudrais, tu viens te plaindre à moi.Tu fais grincer le lit de Colette. C'est bien. Je suppose qu'elle doit te faire a manger?Alors?
Maurice.
Mais c'est immangeable!!Elle ne le fait pas exprés, mais elle a le chic pour faire tout ce que je n'aime pas: des betteraves rouges du lapin...Ou ce que mon foie ne supporte pas, des oeufs, du paté. Ou alors, ce qui est pire quand elle fait quelque chose que j'aime, elle se débrouille pour que ce soit immangeable. Elle renverse la salière dans le plat, ou c'est calciné. Enfin, c'est intenable. Je ne peux tout de même pas aller au restaurant!
Solange.
Ca c'est ton affaire. Tes ennuis ne m'interessent pas.....un temps....Maintenant tu viens me mendier à manger, et comme je suis charitable, je vais voir s'il y a quelque choses au réfrigérateur
Maurice, qui reprend un peu de dignité.
- Mendier. Tout de même le mot est un peu fort!
Solange qui s'était levée et avait fait queques pas vers la cuisine, s'arrète. Sans se retourner, elle attend la suite, sans bouger ....un temps.....
Maurice, abdiquant tout amour propre.
- Il ne faut pas que ça te dérange trop
Solange hausse les épaules et poursuit vers la cuisine.
Maurice, seul en scène, se lève de son fauteuil, va vers le buffet, l'ouvre,et commence a mettre un couvert. Il ne tatonne pas. Tous les objets sont a la même place que lorsque les meubles étaient chez lui.
Le couvert mis, Maurice marche de long en large, en monologuant
Maurice
- Mendier, mendier, elle y va un peu fort. D'ailleurs ces meubles sont a moi et Solange est ma femme...
Solange entre avec un plateau. Elle a tout entendu.
Solange
D'une part tu m'as troqué contre Colette.Je ne suis donc plus ta femme. Ensuite, je te précise que ce que tu vas manger a été acheté avec l'argent de Jean. C'est donc bien une aumone que NOUS te faisons
- Maurice, véxé.
Que Vous me faites?
- Solange.
Que nous te faisons
- Maurice, rassemblant ses dernières parcelles de dignité.
La chose étant présentée sous ce jour, je n'ai plus faim!
- Solange, un peu méprisante.
A la fois mendiant , et inconstant. C'est beaucoup. Tu ne sais pas ce que tu veux!
- Maurice, songeur
.Oui...inconstant....un temps...Eh bien Solange, j'ai été heureux de te revoir...et désolé de te déranger pour rien ( il louche vers le plateau et fait mine de sortir..)
- Solange trés calme.
J'avais rapidement fait une escalope de veau a la crème ave des morilles. Il y a du roquefort et une coupe de glace.
- Maurice qui s'immobilise-
Une escalope avec des morilles,...?
-Solange.
- Il doit rester un fond de Chateau neuf du Pape. Elle sort.
Maurice, seul. Il va vers le plateau le regarde, s'en éloigne, revient et le hume. On le sent indécis, puis d'un geste balayant les scrupules, il va s'asseoir et se met a manger.
-Maurice.
- Aprés tout, on ne peut pas être héroïque avec le ventre creux. On verra bien.*
-
Venant sans doute de chez les voisins du dessus, on entend la chanson de Gréco: "La cuisine"
Pendant un certain temps, Maurice seul en scène se restaure. On entend une porte qui s'ouvre et entre Jean. Il s'arrète sur le seuil, interloqué. Bien sur, Maurice est trés géné.
- Jean
Ah par exemple!
- Maurice.
Je vais t'expliquer...
- Jean amusé.
Non mon vieux. Tu n'as rien a m'expliquer. Je comprends trés bien. J'ai dégusté pendant 3 ans la cuisine de Colette, alors....
- Maurice, toujours géné.
Tu comprends...
- Jean.
Mais puisque je te dis que je te comprends.Permets moi seulement de te faire remarquer, qu'il n'y a pas si longtemps, lorsque je me plaignais de l'infecte nourriture préparée par Colette, tu me disais, avec l'air détaché du grand sentimental se sustentant d'eau fraiche" Peuh! Tout cela n'est pas grave"Alors tu changes d'avis?
- Maurice.
Mais non, mais non. il est certain que la table...il prend un air " trés au desus de tout ça"la table compte bien sur, mais c'est au fond peu de chose comparativement..tiens par exemple, au lit...
- Jean.
Ca c'est une question de point de vue. Moi je préfère une bonne table a un lit bien garni
- Maurice
Moi c'est l'inverse
- Jean.
En attendant, je te trouve ici.....mais dis donc, tu es un salaud!
- Maurice.
Moi? Pourquoi?
- Jean.
un beau salaud! Tu gagnes sur tous les tableaux. Tu couches avec Colette et tu manges chez Solange.
- Maurice.
Ben...
- Jean.
Ben, ben ben..c'est facile!Il serait normal que de mon coté....
- Maurice.
- Et bien c'est entendu, viens manger chez Colette....
Jean, faisant trainer la derière syllabe; Le Salaud OOOOOO!!!!!!
Ils se regardeent un moment en silence.
- Maurice.
Si je comprends bien, tu voudrais spécialiser nos femmes. Que Solange s'occupe de la table....
-Jean
- Oui, et qu'avec Colette nous formions ....une coopérative litière
Il est tout heureux de son bon mot
Maurice, songeur.
Oui...oui...hé bien non. Non. Là tu vas trop loin
( à suivre)
aristee


Entre Solange
- Solange.
- Tiens? vous êtes ensemble ( elle apporte une bouteille de vin qu'elle pose devant Maurice)
Elle s'adresse à Jean. Le pauvre Maurice a le foie délicat, et le changement de cuisine,chez Colette, l'a complètement déréglé. On voit d'ailleurs qu'il n'est pas bien. N'est ce pas Jean?
Maurice, essayant de prendre un air avantageux.
Le surmenage sans doute.
Jean.
Le surmenage? Cela n'a rien d'étonnant. Tu vis dans deux menages a la fois!!!!
- Maurice, lugubre.
Oh que c'est drole!
- Jean , aussi lugubre.
Alors, ris!
- Maurice, même jeu.
C'est ce que je fais Hi Hi Hi!!
- Solange.
Je vous verrais bien en culottes courtes avec seaux et pelles a sable....
- Maurice.
Et toi en vieille institutrice, revèche, acariatre et ..( il cherche un mot méchant)
- Solange?
Et quoi?
-Maurice, se déridant.
Et....adorable quand même!
- Jean.
Bon. Et maintenant il la baratine. Colette ne te suffit plus, satyre!!
- Solange.
- La reconnaissance du ventre, c'est tout.
Un silence
Jean.
Somme toute, elle est interessante notre expérience
- Maurice.
Et instructive.*
- Solange.
Ah? Et quel enseignement en tirez vous?
- Maurice ,hésitant
. Eh bien euh....
- Jean venant a son secours.
Hé bien en premier lieu, vous êtes un excellent cordon bleu.
-Solange.
Mais enfin, vous le saviez déjà, en tous cas, vous me le disiez avant cette" expérience" comme vous dites.
- Jean.
Oui mais je ne profitais de vos talents que rarement.
- Solange.
Les qualités que vous me prétez n'en existaient pas moins.
- Jean.
Bien, bien sur. Mais c'est tellement mieux comme ça. Je veux dire, que Maurice et moi profitions de votre art..
- Solange.
Ah? Parceque vous voudriez institutionnaliser ce qui vient de se passer?
- Jean
Voilà!!!
-Maurice, géné.
- Enfin, nous t'en parlons comme ça...
Solange aprés un moment de silence :
Vous vous fichez de moi?
Jean et Maurice.
Mais non, mais non....
- Solange.
Vous me dégoutez. Vous êtes deux soudards égoistes. Vous voulez me ...cantonner...dans un role de cantinière.....Et Colette, dans tout ça, elle assurera le repos du guerrier?
- Jean.
Avouez Solange, que vous n'auriez pas la plus mauvaise part. Pour suivre votre comparaison, Colette serait le B.M.C.
- Colette.
Qu'est ce que c'est le BMC?
- Jean.
Le bordel militaire de campagne
- Solange.
Vous êtes abject, Jean. Vos plaisanteries sont de plus en plus exécrables. Car il s'agit bien d'une plaisanterie, Maurice?
- Maurice, piteux.
Evidemment, Evidemment!
-
Solange, le regardant longement.
- Je n'en suis pas si sure....
Le rideau tombe

Le rideau se lève

Nous sommes chez Maurice. Autour de la table de bridge, Solange, Colette, Jean et Maurice
-Jean jouant sa dernière carte.
- Et un petit coeur treizième. Et voila le travail. 3 cents atouts avec un de mieux!
Coup se sonnette a l'entrèe.
- Colette.
J'y vais. Elle sort, et revient avec Madame Biron
-
-Madame Biron.
- Bonjour les enfants. Je préfère vous le dire tout de suite.J'ai tout compris. Tout!
Tout le monde se réfugie dans un silence géné.
-Madame Biron.
- J'ai beaucoup réfléchi a tout ce que vous m'avez dit, il y a 4 semaines.Je sentais bien qu'on me cachait quelque chose.
Mais je suis fine mouche. Je suis née avant vous...Mais enfin pourquoi ne pas m'avoir dit la vérité ?
- Maurice.
Mais enfin Maman, c'est délicat....
- _
-Madame Biron.
- Délicat, délicat. D'ailleurs, entre parenthèse, cette histoire de glandes, vous croyez que c'était délicat?
Silence
-
-Madame Biron.
- Je devrais vous en vouloir. Mais je suis si heureuse!
Tous.
Heureuse?
-
-Madame Biron.
- Dame oui, je suis heureuse, trés heureuse. ( elle va embrasser Solange et Maurice)
Tout le monde est interloqué.
- Madame B.
Ben! vous en faites une tête! Enfin, vous l'avez voulu oui ou non?
- Jean
Ben ,oui!
- Madame B.
Ah, Vous aussi vous le vouliez?
- Jean.
Ben, oui!
- Solange, prenant le taureau par les cornes
.Nous voulions quoi?
( a suivre)
aristee


- Madame B.
Ah, non! vous n'allez pas recommencer! Je ne le supporterais pas! Puisque je vous dis que j'ai tout compris. Tout. Le docteur Cupidon( geste d'un archer)le changement de meubles. La présence de Colette faisant la cuisine de Maurice. Tout cela est clair comme de l'eau de roche. Je vais être grand mère!!!
- Maurice.
Quoi?
- Madame B.
C'est d'ailleurs curieux que vous ayez Solange, les mêmes réactions que moi. Lorsque j'étais enceinte de Maurice, je n'ai plus pu me sentir dans mes meubles. Il a fallu que ton père change les meubles de la maison. Et pendant toute ma grossesse, j'avais un tel dégout de la cuisine que je ne pouvais même pas préparer le petit déjeuner. Nous n'avions pas d'amie comme Colette, et pendant les 7 derniers mois, nous sommes allés au restaurant
- Maurice.
Mais Maman, je t'assure qu'il s'agit d'un erreur
- Madame B.
Une erreur? Qu'est ce que tu vas encore me chanter?Vous n'allez pas me dire que l'on n'attend pas un bébé, ici?
- Solange, Jean et Maurice ensemble.
- Si !!!!
Aprés un moment,
- Colette.
Non.
-Madame B. un moment interloqué.
Bon. J'ai du mal poser ma question.Maurice va t il être Papa?
- Maurice, Jean et Solange:
Non!
- Colette.
Oui!
- Maurice
Mais enfin Colette......
- Madame B.
Toi, fiche lui la paix. C'est la seule ici qui ne mente pas. Mais enfin, qu'est ce que vous avez tous a cacher la venue de ce bébé?Vous avez peur que cela me vieillisse d'être grand mère?
- Maurice.
Mais..Mais..
- Madame Biron.
Mémée. Oui Mémée. Et alors? Tu ne vas pas attendre encore 20 ans. Je trouve d'ailleurs que vous m'avez fait beaucoup attendre. Ce sera presque'un fils de vieux!Mais ça ne fait rien. Il sera beau( ce sera un garçon évidemment). Il faudra l'élever a la dure, en faire un homme. ne pas trop le gater( sauf moi bien entendu) Vous avez choisi un prénom?

- Maurice.
Eh bien c'est a dire...
-MadameB.
- Mon Dieu! que tu peux être indécis! Je me demande comment tu as pu te décider a me donner un petit fils!. Bon. pour le prénom, je m'en charge.Je vais y réfléchir. Ah! mes enfants vous me rendez heureuse, heureuse...Je n'espérais plus...(elle regarde sa montre) zut, déjà? J'ai rendez vous chez mon coiffeur. Il faut que je file.Solange, surtout reposez vous. Laissez les corvées trop dures a ce grand dadais( elle embrasse son fils et tous les autres), et dit en sortant: Cessez de me prendre pour une vieille gateuse
Silence. On entend le bruit de la porte par laquelle Madame Biron est sortie
- Maurice.
Mais enfin Colette, qu'est ce que c'est que cette histoire?
- Colette.
Ben , quoi? je vais avoir un bébé. Ce n'est pas dramatique. Je dirais même que c'était prévisible, avec un géniteur fougueux comme Maurice.
Maurice
- Oh! je t'en prie. Ce n'est pas spirituel. Et puis c'est impossible!
- Colette.
Ce n'est peut être pas possible, mais c'est vrai. Je le sais bien tout de même!
- Maurice.
Mais...Il n'y a que 4 semaines, que....
- Solange.
Vous couchez ensemble. Tu peux bien le dire. Les mots te font plus peur que les actes.
- Maurice.
Bon si tu veux. Que nous.....sommes ensemble. Alors de 2 choses l'une: Ou bien tu ne sais rien, ou si tu es enceinte, ce n'est pas de moi.
- Colette
Dis donc, pour qui me prends tu?S 'il n 'est pas de toi mon bébé, de qui veux tu qu'ils soit?
- Maurice.
Et bien de Jean pardi!
- Colette.
De Jean? Ca m'étonnerait!!Laisse moi rire!
- Jean piqué au vif.
Et pourquoi il ne serait pas de moi? Je ne suis pas un eunuque. Tiens demande à Solange.
- Solange.
Gougeat! Je ne dirai rien du tout! Sinon que vous pouvez être fiers de vous! Bravo tous les 3!!Votre " expérience " a de magnifiques résultats.Voilà un enfant dont personne ne sait qui est le père!
- Maurice.
En tous cas, juridiquemnt, il y a la présomption" Pater is est"
- Colette.
Qu'est ce que c'est que ce charabia?
- Maurice, un peu docte.
C'est une loi qui nous vient du Droit Romain. Le père est réputé être le mari de la mère.
- Solange.
Bravo Maurice. Un vrai Ponce pilate.Je te reconnais bien. Tu te défiles et tu refiles le bébé à Jean.
- Maurice.
Mais ce n'est pas moi! c'est la loi!
- Solange.
Avoue qu'elle t'arrange bien!
- Colette.
Oui, hé bien moi, je me fiche de tout cela. J'ai un enfant, je le garde. Aprés tout, le père n'a pas d'importance.C'est moi qui le porte, c'est moi qui l'élèverais.
- Jean.
Ne dis pas de bétise. Il est important de savoir qui est le père, ne serait ce que pour savoir qui doit subvenir a ses besoins, qui aura autorité sur lui..
- Colette, conciliante.
Bon, et ben, il aura 2 pères et voilà tout
- Solange
Et moi dans tout ça?
-Colette.
Toi? Bien sur tu seras la marraine.
- Solange.
Insensés. Vous êtes tous insensés. Encore, quand il n'y avait que des adultes en cause...Mais ce petit, vous y pensez a ce petit qui aura 2 papas?
- Colette.
C'est mieux que s'il n'en avait pas du tout!
-Solange.
- Moi, j'en ai par desus la tête de vos bétises.Vous avez voulu jouer aux esprits forts, modernes, et voyez ou cela nous mène! Moi, je sors. Je vais aller prendre l'air et réfléchir a tout ça. . Mais je vous préviens que je ne continuerai pas a accepter vos idioties!!
Elle sort.
- Maurice.
Elle n'a pas tort Solange. On est dans de beaux draps!!!
- Colette.
Mais ne compliquez pas les choses. Moi, je suis heureuse!
-Jean.
- Tu es peut être heureuse, mais cela nous pose des problèmes.Bon. Asseyons nous. Nous allons faire des calculs.
Le rideau tombe et se relève aussitot.Maurice Jean et Colette sont assis autour d'une table, avec un grand calendrier. Jean a un stylo a la main.
- Jean à Colette.
Tu es sure de tes dates?
- Colette.
Puisque je te le dis; d'ailleurs, c'est noté, tu le vois bien. je ne peux pas me tromper. Alors?
- Jean.
Alors? c'est le doute. Impossible de savoir qui est le père. Attendons qu'il naisse. Nous verrons bien s'il a ma prestance ou l'air emprunté de Maurice..
- Maurice.
C'est bien le moment de faire le malin! Comme disent les juristes, nous sommes en pleine confusion de part!
- Jean.
Oh toi et ton droit!! Tu crois que c'est plus le moment d'en parler? un temps....Tiens voilà Solange.
-Solange, l'air trés préoccupé
.Bon. Vous êtes encore tous là. J'ai a vous parler
- Jean.
Silence. La déesse de la Raison va nous faire part de ses cogitations, et régler le problème de....comment disais tu? de confusion de gars?
- Maurice.
De part. De part, pas de gars
- Jean.
Je ne vois pas la différence. Il s'agit bien de savoir quel est le gars qui est le père.
-Solange.
- Arrétez vos bétises et écoutez moi bien.Je ne joue plus. Je regrette de ne pas m'être plus farouchement opposée a votre " expérience". Nous n'en serions pas là.
( s'adressant a Maurice): Pour une fois, tu vas devoir prendre une décision.Ou bien tu es d'accord pour mettre fin a ces bétises, et chacun réintégre son appartement
- Jean, voulant encore plaisanter:
C'est ce que l'on appelle le retour a la case départ. Pour un chimpanzé, ça s'impose non? ( Il rit, mais se rend compte qu'il est seul a rire) Bon. Je ne dis plus rien
- Solange.
Ce sera préférable, Jean. Ou bien...ou bien je m'en vais.
-Jean Colette et Maurice ensemble:
- Tu es folle?
Ils se regardent, surpris par leur réaction unanime. un temps, puis
- Maurice
Oh non Solange. Surtout pas ça!
-
Solange.
- Je peux donc considérer que tu as choisi la première solution?
Un silence. Solange va s'asseoir en titubant légèrement, et prend son visage entre ses mains.
- Maurice se précipitant vers elle.
Qu'est ce que tu as? Ca ne va pas?
- Solange.
Un petit étourdissement. ce n'est rien. Avec toutes vos bétises, j'ai les nerfs en pelote. Colette et Jean, soyez gentils, laissez nous.
-
-Colette
- .Bien sur ( a Jean) allons vieux crétin, viens
Ils sortent.
- Maurice
Alors comment te sens tu?
- Solange.
Ca va mieux. Alors, nous sommes bien d'accord? Je reviens ici avec nos meubles?
- Maurice.
Oui bien sur. ....Mais il reste un problème..ce bébé...
- Solange.
Légalement ce bébé est celui de Jean, et en réalité, il y a 99 chances sur 100 qu'il soit de lui...a moins qu'avant de débuter l'expérience, Colette et toi...
-
-Maurice.
- Tu es folle!!oh non!Ca je te le jure
on sonne
- Maurice.
Tu me crois, Solange?
-Solange.
Oui, je te crois. Va ouvrir!

Maurice va ouvrir et revient avec Madame Biron. , toujours aussi excitée, exubérante.
- Madame B.
Voilà. j'ai trouvé. A propos, comment trouvez vous ma coiffure?( elle a complètement changé de coiffure, et a les cheveux blancs)
- Maurice.
Mais Maman, qu'as tu fait a tes cheveux?
- Madame B
.Ce ne sont ^pas mes cheveux. c'est une perruque. Mais je trouve que pour une grand mère, il faut des cheveux blancs. Elle tourne et se fait admirer. Pas mal hein? Et puis, ça adoucit le visage....Je crois que je ferai une grand mère trés bien
- Maurice.
Mais enfin, Maman, tu vas un peu vite. rien n'est fait...Je veux dire...rien ne presse
-Madame B.
- Mais si, mais si. Il faut que je me prépare a mon nouveau role.
Ah, au fait, ce n'est pas pour vous faire admirer ma coiffure que je suis venu. Je vous l'ai dit en arrivant. Je vais vous dire le prénom de mon petit fils. Ce sera Régis. c'est bien hein?

- Maurice.
Oui c'est beau. Et c'est pratique.
- Madame B.
Pourquoi pratique?
- Maurice.
Parceque si au lieu de Régis, c'est sa soeur qui vient, on l'appellera Régis soeur.;
- Madame B.
Toi, ça ne va pas mieux. J'espère que mon petit fils dira des choses moins bètes que toi.Et en attendant qu'il parle, voyez ce que je lui ai apporté. ( Elle deballe un paquet et sort une grenouillère bleue)
A ce moment, le téléphone sonne. Solange va décrocher
- Solange.
Allo, oui. Ah bon! C'est mieux comme ça. Mais non, il ne faut pas être triste....ce n'est que partie remise...Vous êtes jeunes...Non. C'est beaucoup mieux ..oui, j'en suis sure...A bientot ( elle raccroche)
- Maurice.
Qui c'était?
- Solange.
C'était Colette. Elle croyait attendre un bébé. Elle s'est trompée
- Madame B.
Ah, Elle croyait attendre un bébé? J'espère Solange, que vous , vous ne vous êtes pas trompée...Je me suis tellement faite a cette idée.
- Solange.
Ecoutez Maman, je suis un peu fatiguée. Il faut que j'aille m'allonger un peu
-
-Madame B.
- Mais bien sur Solange. Il faut vous ménager. Laissez vous dorloter par Maurice. Moi, je file. Allez, au revoir les enfants. Elle les embrasse et sort.
Aprés un temps
- Maurice.
Bon Tout rendre dans l'ordre.;
- Solange.
Sauf avec ta mère. Il faudra bien lui dire un jour la vérité, sinon, elle va nous inonder de layette. Elle pleure...
- Maurice s'approchant d'elle et la prenant dans ses bras.
Tu aimerais tant que ça avoir un enfant? Rien n'est encore perdu tu sais. Nous ne sommes pas encore trop décatis. Allons ne pleure plus. Tu sais que je regrette de m'être laissé entrainer dans cette aventure...Je me demande si tu n'avais pas raison, quand tu disais que j'avais l'esprit petit bourgeois. Maintenant que tout est terminé, je suis bien soulagé.
- Solange, un peu méchante.
En tous cas, tu as joyeusement fait grincer le lit de Colette..
- Maurice.
Je te demande pardon
-Solange.
- Essayons d'oublier. Je vais me passer un gant sur la figure, je suis horrible, et il faut que je sorte. Elle sort.

Maurice, seul marche de long en large.
C'est compliqué la vie.Avec des morceaux de Solange et des morceaux de Colette, on ferait la Femme idéale. Mais, ça on ne sait pas le faire.
Il sort pendant que le rideau tombe.

Le rideau s'ouvre sur l'appartement de Maurice et Solange. Les meubles sont revenus à leur place.Solange prépare la table de bridge. Maurice entre.
- Maurice.
Je suis heureux que nous reprenions nos parties de bridge, comme avant
- Solange.
Comme avant? Rien ne sera plus comme avant
- Maurice.
Oh ne dramatisons pas.Ce qui s'est passé n'est pas gravissime. Aprés tout, si j'ai dormi avec Colette, tu en as fait autant avec Jean. Ca s'annulle....Un temps...non ce n'est pas grave.
- Solange.
Je n'en suis pas aussi sure que toi. Je suis même certaine que tu changeras d'avis
- Maurice.
Ah bah! pourquoi veux tu que je change d'avis?
-
Solange.
- Nous verrons, nous verrons....
On frappe

- Maurice, crie
Entrez!
Colette et Jean entrent. Ils ont l'air un peu génés. Seule, Solange est naturelle.. Jean porte une chemise orange,peu discrète.
- Maurice à Jean.
Mais dis donc, tu en as une belle chemise!!
- Jean .
N'est ce pas ? C'est Colette qui vient de me l'offrir.
- Solange, souriant légèrement.
Elle est splendide. Vous pourriez vous faire embaucher par les ponts et chaussées.
- Jean.
Vous voilà bien acerbe, Solange, je ne vous reconnais plus. C'est vrai qu'elle est un peu voyante....Mais je mérite d'être regardé, non?
- Solange.
Sans aucun doute. Pardonnez moi.
- Jean.
Je vous ^pardonne.Et je vais vous confier une chose, Solange.Je suis trés heureux. Colette a décidé de prendre des cours de cuisine, et moi, je vais reprendre un peu d'exercice physique. C'est vrai, j'avais un peu grossi.En fait, vous le voyez, notre petite expérience n'a pas été tout a fait inutile. Pour nous, en tous cas, elle a eu des effets positifs. Et pour vous?
- Solange.
En ce qui me concerne , je peux dire sans crainte d'erreur, que le résultat est trés positif.
- Maurice.
C'est vrai? Depuis quand le penses tu exactement ?
- Solange, regardant sa montre.
Depuis exactement une heure.
- Maurice.
Une heure ?
- Solange
.Oui.
- Maurice.
Pourquoi une heure?
-Solange.
- Parcequ'il y a une heure que j'ai le résultat de mon test!
Tous se regardent
- Solange.
J'attends un bébé. Un long silence.
- Maurice.
Ca y est. Ca recommence. Et de qui il est ce bébé?
- Solange .
Mais c'est bien toi qui a parlé de présomption " pater is est"?
- Maurice.
Je me fous de la présomption pater is est. . Qui est le vrai père? Réponds Solange ou je fais un malheur...
- Solange.
Un malheur? Alors ce ne doit pas être toi le père.
- Maurice.
Pourquoi?
Solange
- Parceque celui qui m'a fait un bébé, n'a pas fait un malheur. Il a fait mon bonheur.
- Maurice.
Ah je t'en prie. Ne jouons pas sur les mots.
- Jean.
Ni avec les momes!
- Colette
Bravo Jean!
- Maurice à Colette.
Si vous trouvez ça spirituel, c'est que vous n'êtes pas difficile!
- Solange.
Ca suffit. Ne gachez pas mon bonheur!
- Maurice.
Mais enfin, Solange, il faut savoir qui est le père.
- Solange.
Pourquoi?
- Maurice.
Comment pourquoi? Il le faut......Parcequ'il le faut...
- Solange.
Ce qu'il faut surtout, c'est que mon bébé soit beau, bien constitué, en bonne santé..
- Maurice.
Alors là ,tu me scies complètement. Je ne te reconnais plus.
- Solange.
Ca n'a pas d'importance. D'ailleurs lui non plus tu n'auras pas a le reconnaitre puisque légalement il est de toi.

- Maurice
Mais ce n'est pas vrai! Solange, ce n'est pas toi qui parle comme ça!!!
- Solange.
- Et si c'est bien moi. Un peu changée par votre " expérience" peut être....Trés "positive" cette expérience, trés positive....
On sonne
- Maurice.
Ecoute Solange
- Solange.
Oui j'ai entendu..On a sonné. On sonne à nouveau
- Maurice.
Solange...
- Solange.
Je te dis qu'on a sonné. Va ouvrir!
- Jean à Maurice.
Ne te dérange pas. Nous allons ouvrir en partant. ( A Colette) Tu viens ma tourterelle?
-
Colette.
- Je te suis, mon pigeon ( A Solange) Vous en avez de la chance! Ils sortent
Entre Madame Biron. Elle a toujours sa perruque de cheveux blancs. Bonjour les enfants. Comment va mon petit fils?
- Solange.
Oh vous savez Maman, il n'est pas encore trés encombrant. S'il est comme sa mère, ce sera un enfant calme...
- Madame B.
Son père aussi était un enfant calme.
- Solange.
Qu'en savez vous?
- Madame Biron.
Comment ça, qu'en savez vous? Je sais tout de même bien comment était mon fils!
- Solange.
Sans doute. Mais comment savez vous si votre fils est le père de mon bébé?
- Madame Biron sursaute.
Oh, Solange! Comment pouvez vous dire une chose pareille?Même pour plaisanter..
- Solange.
Ce serait une plaisanterie douteuse..
-Madame B.
Ah! Vous le reconnaissez!
- Solange.
J'ai simplement dit que ce serait une plaisanterie douteuse.Et comme ce n'est pas mon genre...C'est que ce n'en est pas une..
- Madame B.
Mais qu'est ce que vous me racontez là? Elle se dirige vers son fils, trés mal a l'aise pendant ces dernières répliques.Tu en fais une tête toi! Mais enfin peut on m'expliquer ce qui se passe ici? Solange, répondez moi. Vous êtes enceinte, oui ou non?
- Solange
Oui!
- Madame B.
Et Maurice ne serait pas le père?
- Solange.
Je n'ai pas dit ça!
- Madame B.
Ah, bon je respire un temps. Mais alors qu'est ce que vous avez voulu dire?
- Solange.
J'ai dit qu'une femme enceinte sait qu'elle va être mère. Mais que l'on n'est jamais certain du père.
- Madame B.
Mais...Mais..Solange il aurait fallu que vous...non, pas vous..Je ne veux pas le croire....Enfin, vous vous devez bien le savoir?
- Solange
Moi, oui!
-Maurice avec violence.
Alors tu vas parler!!!
- Solange
NOn!
- Maurice.
Alors tu vas me laisser dans le doute éternellement?
- Solange.
Non. Tranquillise toi. A la majorité du petit je te dirai.
- Maurice hurle
. Tu te fous de moi?
- Solange.
Ne crie pas. Le petit entend déja. Ca va l'énerver
- Madame B.
Mais enfin Solange, je ne vous reconnais plus. Cette maternité vous a beaucoup changée. Je ne sais plus que dire!
- Solange.
Ca aussi, ça doit vous changer...Allons calmons nous. Il n'y a rien de trés grave. Je suis un peu fatiguée. Soyez gentils tous les deux, laissez moi seule.
- Maurice.
Mais enfin, Solange
-Solange.
- Je t'en prie. Laissez moi maintenant.
Madame Biron ahurie et Maurice furieux sortent..
Solange, seule et immobile sourit. On la sent profondément heureuse.Lentement elle se dirige vers le téléphone et forme un numéro.
-Solange.
- Allo, c'est vous Jean? Oui, ne vous inquiétez pas. Vous m'aviez demandé le silence, oui, pour votre amour propre.J'ai tenu parole. Je vous demande a votre tour de ne rien dire a Maurice.....Non, ne lui dites pas qu'il ne s'est rien passé entre nous......Je suis dure, je suis dure....et vous, vous ne l'avez pas été durs avec moi...D'ailleurs vous devriez me comprendre, puisqu'entre Colette et Maurice....Vous avez décidé de tout éffacer? .C'est bien, mais je vous demande a nouveau de ne rien dire. Au revoir Jean.
Elle raccroche, et lentement, vient sur l'avant scène. Son visage est grave, elle reste un moment, face au public. Puis elle met sa main sur son ventre. Sa physionomie se modifie, on sent qu'une joie intense la gagne. Elle se retourne subitement, se précipite vers le téléphone, forme fébrilement un numéro.
-Solange.
- Allo, Jean? C'est encore moi. Ecoutez, je suis trop heureuse, j'ai besoin de partager ce bonheur; Je ne peux pas voir souffrir Maurice a coté de moi.Je vais lui dire la vérité. Vous ne m'en voulez pas? ......Vous m'approuvez? Oh merci Jean, vous êtes un ami...Que je demande a Maurice de ne pas en parler à Colette? Ca romprait l'équilibre..Oh cela je m'y engage. Colette ne saura jamais qu'il ne s'est rien passé entre nous. Je vous embrasse Jean...je suis heureuse....
Elle raccroche et le rideau tombe
OUFin

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