Dartz
Feb 17 2006, 06:01 PM
"Le kabyle, sentant la présence d'individus derière lui, se retourna. Je crache aussitôt:
-Qu'est-ce que tu fiches là, Rivéda?
-Semblable à un paradis, cet endroit, non? Est-ce là le fameux lieu que vous surnommez "Diffalah"?
Khaled sursauta.
-Non, je ne parlais pas de toi. Je parlais de cet endroit, magnifique et si étrange et envoûtant soit-il!
-Cela ne répond pas à la question que t'a posée Marik, retentit la voix claire de Malek. Si tu avais une once de courage, tu ne t'atarderais pas sur un autre sujet.
Rivéda alluma la sombre lueur, démoniaque, celle dont il se sert habituellement pour alerter ceux qui passent qu'il va sortir une remarque tellement risible qu'elle pourrait en écraser de honte sa victime des siècles durant."
Voilà, ceci est un extrait de "Kabylie, dellali!" que je suis en train d'écrire. Laissez-là tous vos commentaires et si vous voyez des fautes d'orthographe, dites-le moi!
Massilia
Feb 18 2006, 01:49 PM
Salut Dartz! Ne t'inquiète pas, tu n'as fait aucune faute! Ton livre a l'air bien, mais tu aurais pu préciser où se pase la scène, qui sont les persos, etc...
Cependant, tu as un style particulier que j'aime bien (de toute façon je suis nulle en rédac') alors si tu pouvais publier la suite, ce serait bien!
Dartz
Feb 18 2006, 02:01 PM
"Malek, en voyant la lueur dans les yeux d'améthystes de Rivéda, se mit à trembler:
-Penses-tu être d'Oranie que tu te vanterais de n'avoir notre apparence physique et mentale, ainsi que nos coutumes; pour considérer cela comme la supériorité de l'Algérie de l'Ouest sur la Kabylie? Penses-tu, sous le prétexte de faire empourprer la cadette Chelif, t'attirer d'autres femmes, et qu'il en soit de même pour toutes celles de la Kabylie? Penses-tu transformer la diffamation que tu subis ici quotidiennement quand, te considérant physiquement bien, tu lances "dellali!" à toutes les jeunes filles que tu croises, en fierté? ah!vous, de Wahrane, êtes tous les mêmes! arrogants et fiers! toujours la tête haute! Mais en Kabylie, ce n'est pas TA Kabylie, tu es algérien, certes, mais pas kabyle! Ne l'oublie jamais, oranais... Il n'y a que les kabyles qui sont parvenus à s'approprier des terres en Djazair, et n'en furent jamais chassés, malgré de nombreuses émeutes, notamment en avril deux mil un! Mais nous sommes plus des des fellahs, nous avons résisté dans n'importe quelles conditions! acheva Rivéda en crachant devant Malek."
Voilàpour la suite; mais si ça t'aide pas à mieux comprendre...
-La scène se passe en Kabylie en 2012.
-C'est quatre jeunes qui vont en randonnée dans l'Atlas tellien et qui tombent sur leur pire ennemi.
Massilia
Feb 18 2006, 02:03 PM
Ouais, je comprends un peu mieux, mais si ça te gêne pas de présenter les persos...
Dartz
Feb 18 2006, 02:14 PM
Pas du tout! Alors voilà:
Marik Chelif: kabyle âgée de seize ans et demie, aux cheveux blonds et aux yeux verts foncés.
Toufik Chelif: frère de Marik âgé de dix-sept ans, aux cheveux marrons coupés courts et un peu bouclés, et aux yeux de couleur d'ambre.
Malek Benabadji: oranais du même âge que Marik, aux longs cheveux noirs et aux yeux bleus très clairs. Il s'est installé à Bejaia depuis quelques mois.
Khaled Diffalah: algérois du même âge que Toufik installé à Bejaia depuis une quinzaine d'années, aux cheveux noirs et courts, et aux yeux noirs aussi.
Au fait; je n'ai pas insulté les wahranais dans ce texte!
superbiboune
Feb 21 2006, 11:44 AM
J'ai trouvé tes extraits forts intéressants !
Je trouve que tu as un style original, accrocheur, et je t'encourage à continuer ! ^^ (Peut -être pas pendant les heures de cours, même si c'est si tentant

) N'hésite pas à nous publier d'autres extraits ^^ !
Je ne vois effectivement pas d'insulte dans ton texte, et cette dernière remarque paraît incongrue ^^
A fortiori, quelqu'un qui, comme toi, a souvent été victime d'insultes - on va dire "inter-ethnique" - se rend bien compte à quel point ces querelles sont minables, petites et risibles. Et il n'emboitent pas le chemin de ses détracteurs, au contraire. Il oeuvre pour la sagesse devant l'imbécilité. ^^
A bientôt !
PS : Notre apprentissage de l'Histoire en France est complètement minable. Tout est fait comme s'il n'y avait qu'une Histoire de l'Europe, et comme si le reste du monde c'était le désert. Heureusement, il y a les livres et d'autres moyens d'apprendre pour se faire une vision plus globale et comprendre l'histoire mondiale, et toutes les civilisations riches, patientes, ingénieuses, et parfois bien plus nobles à mes yeux que la notre qui ont traversé les siècles.
En particulier, je connais très mal justement l'Histoire de l'Afrique du Nord entre l'antiquité et aujourd'hui, les relations interethniques etc. N'hésite pas à m'éclairer ^^
Dartz
Feb 23 2006, 04:43 PM
Si ça t'intéresse, je suis en train de rédiger un autre livre entièrement par ordinateur (au moins ça m'évitera de le faire en cours

). Je ne l'ai pas ici (je suis pas chez moi, j'a pas Internet) mais je peux te faire un résumé général:
Un Marocain (Casablancais), Malik, quinze ans, rêve d'être le plus grand créateur de cybermondes de tous les temps ; et un Algérien (Sitifien), Toufik, seize ans et demie, rêve de rentrer à Sétif. Malik va s'appuyer sur un des manuscrits de Toufik, son meilleur ami, afin de créer un cybermonde genre la Pangée avec Panthalassa, mais à la fin de la vie de la planète. Il travaille très vite à la reproduction de "Fantastic Chaos", le livre de Toufik, et heureusement! Car au cours d'une excursion dans les vieux quartiers, Toufik va être obligé de tuer un homme et ne saura plus où se cacher. C'est à ce moment-là que Malik va déclencher une fausse manoeuvre qui, au plus grand bonheur de Toufik, va les projetter dans le cybermonde. Mais un Algérois, Khaled, quatorze ans, va lui aussi se retrouver projeté dans ce monde. La clé de retour est dans le cédérom. Mais quel pouvoir renferme-t-il?
Je me suis amusée à rédiger ce livre en utilisant le vocabulaire le plus complexe possible... Je mettrai le chapitre un demain.
Dartz
Feb 23 2006, 04:44 PM
si tu veux publier des extraits de tes livres, superbiboune, n'hésite pas!
Dartz
Feb 24 2006, 01:31 PM
-Désolé, Toufik ! Ma mère veut à tout prix que je révise mon devoir d’algèbre pour demain ; je ne pourrai pas venir aujourd’hui.
Malik raccrocha et jeta son portable sur son lit, un sourire de satisfaction flottant sur ses lèvres. Il avait l’habitude de mentir, mais ce n’était en général que pour cacher les convocations de ses professeurs ou ses mauvaises notes –qui, d’ailleurs, empiraient à mesure que les semaines défilaient- mais jamais pour ne pas passer l’après-midi avec Toufik, son meilleur ami. En général, ils invitaient d’autres amis et disputaient des matchs de foot ou allaient parler dans un coin. Mais en ce jour de mars, ce sera différent. Le soleil rayonnait et incitait à sortir, mais le jeune Marocain préférera s’éclater devant son ordinateur que dans les rues de Casablanca. En effet, sans le dire à Toufik ni à ses parents, il avait récemment acquis un logiciel dont il rêvait depuis son entrée en sixième. Et ce dimanche après-midi demeurait sa seule occasion d’installer son programme...
Voici le début de "Malik vs Khaled 1", comme je l'avais promis...
Massilia
Feb 24 2006, 02:25 PM
Dartz, la fonction éditer existe.
Je ne vois aucune insulte dans ton texte.
Fais péter la suite!
Dartz
Feb 24 2006, 03:20 PM
A quinze ans, Malik Miloudi était passionné par l’informatique depuis sa plus tendre enfance. Bien que ce soit un véritable cancre, il était très doué en électronique, et son passe-temps favori consistait à passer ses soirées à chatter sur la Toile. Il était très actif sur divers forums et toujours connecté à MSN hotmail. Aujourd’hui, il s’apprêtait à installer sa dernière acquisition, le fameux programme ! qui bouleversera sa vie entière. Mais Malik ne savait rien de tout cela sur le moment. Il inséra le cédérom et cliqua sur l’icône (D), qui correspondait au lecteur CD. Une série d’icônes s’affichèrent dans le dossier qui se nommait à présent « CyberworldBasics », dont celui sur lequel cliqua Malik ; à savoir « uninstall ». Apparut aussitôt les contrats habituels. L’adolescent daigna relire encore une fois ce bavardage répétitif et d’un clic passa à la page suivante. La sélection du lecteur dans lequel il désire installer le programme. Malik avait installé trois disques durs, ayant respectivement pour systèmes d’exploitation Windows 98, Windows XP professionnel et Linux. En général, il installait toutes ses applications sur Linux, au cas où un virus aurait été inséré dans le CD-R. Linux était une véritable protection contre les crackers qui voudraient infiltrer son disque dur, car ce système permettait de contrer la plupart des virus et de détecter toute intrusion, mais aussi de transmettre de fausses coordonnées dans le cas où un hacker tenterait de prélever les authentiques. Mais cette fois, il sélectionna Windows XP. Ce fut l’erreur qui fit tout basculer. Il poursuivit ainsi l’installation. Et s’en délectait.
Malik acheva d’installer ce fameux logiciel deux minutes plus tard. Il allait enfin pouvoir s’adonner à son rêve de toujours, à savoir créer des cybermondes...
Le cybermonde de Malik reflétera le monde réel actuel. Il comportera deux parties principales : celle des riches au nord et celle des pauvres au sud. Mais dans les endroits pauvres n’habitera aucun riche. Et inversement... A présent, Malik doit choisir dix pays qu’il représentera dans son monde : le premier choix sera celui du Maroc, bien sûr. Ensuite, il sélectionnera la France, le Japon, les USA et l’Australie qui représenteront les pays riches. Il en manquera ainsi la moitié. Puis il choisira le Brésil, car c’est un pays important. Et ensuite, l’Algérie, car c’est le pays de son alter ego. Allez, plus que trois. Le Royaume-Uni, autre pays riche, car c’est une grande puissance ; la Russie, car c’était une grande puissance ; et pour finir la Chine. Après, il créera quatre larges routes qui sépareront les trois zones de pays ; à savoir zone occidentale (France, USA, Royaume-Uni et Australie), zone orientale (Russie, Chine et Japon) et zone arabo-américaine (Maroc, Algérie, Brésil) ; et qu’il nommera Route de Feu (séparation des zones occidentale et orientale), Route de Vent (séparation des zones occidentale et arabo-américaine), Route de Terre (séparation des zones arabo-américaine et orientale), et pour finir la Route de Glace, qui formera comme une rocade autour des trois zones et routes, réunissant ainsi toutes les terres pour former une Pangée ; dont la Route de Glace donnera de l’autre côté sur un immense océan genre Panthalassa, dans lequel se trouveront dix îles que Malik a choisies d’avance : la Polynésie, la Réunion, les Seychelles, l’île Maurice, la Nouvelle-Calédonie, la Nova Zembla, les Antilles, les Galápagos, les Bermudes et le Groenland. Et encore, ceci ne représente que son projet de départ.
Des pas retentirent dans le couloir et il réduisit la fenêtre en même temps que son portable sonna.
-Encore ? Mais je ne connais personne qui a un numéro privé ! Oui, qui m’dérange ?
-Malik, chuchota une voix à l’autre bout du fil. C’est moi.
-Qui, moi ?
-Toufik. Je ne te dérange pas ?
-Toufik ! s’écria Malik.
A ce moment, sa mère surgit dans sa chambre.
-Qu’est-ce qui t’arrive, Malik ? Je croyais que tu étais en train de réviser !
-C’est rien, c’est Toufik qui a appelé afin de m’aider pour les maths.
-Bon.
Mme Miloudi quitta la pièce. Malik reprit :
-Tu m’appelles d’où ?
-Du fixe.
-Tu aurais pu me prévenir, quand même ! Ma mère croit que je suis en train de bûcher mes maths.
-Ma mère croit que je suis dehors à traîner avec toi.
-Et elle le sait que tu m’appelles ? Au fait, tu m’as dit que tu révisais !
-Tu m’as dit que tu sortais !
-Qu’est-ce que tu me caches ?
-Je ne peux pas te le dire. Et ta mère, elle le sait que tu m’appelles ?
-Non, elle dort en ce moment.
-Si elle se réveille et qu’elle t’attrape...
-Malik, reprit son ami d’une voix grave. Qu’est-ce qui te prend aujourd’hui ?
-Rien, rien.
Malik entendit sa sœur arriver. La sachant véritable cafteuse, il simula :
-Toufik, c’est comment qu’on calcule le sinus ?
-Hein ?
-Leila, va voir ailleurs si j’y suis.
-Qu’est-ce que tu fais ? répondit sa sœur.
-Ah, je vois ; c’est Imma qui t’envoie. Bon ; je révise mes maths avec Toufik !
-OK.
Leila partit en courant. Malik reprit son téléphone :
-Toufik, tu es encore là ?
-Je vois que c’est la grande perquisition chez toi ! Bon, alors écoute : je n’ai que très peu de temps. Je t’appelle du fixe car j’ai grillé toutes mes unités.
-Avec ta meuf ?
-Je suis solo. Bon, donc si mes vieux s’aperçoivent que j’ai utilisé le fixe sans leur permission, je suis mort. Donc j’ai un an et demie avant de partir réellement.
-De quoi tu parles ?
-Mes parents veulent que je reste au Maroc toute ma vie. Mais moi, dès que j’atteindrai dix-huit ans, je repartirai en Algérie.
-Un an et demie à attendre et la frontière à franchir ; bonne chance, Toufik.
-Tu veux pas m’aider ?
-Débrouille-toi, si tu veux aller faire le mariole en Algérie.
-S’il te plaît, Malik, j’ai besoin d’une couverture.
-Bon, tu as quel âge ?
-Seize et demie.
-Je crois que tu si tu arrives à simuler ta majorité, tu as une chance de passer la frontière. Mais cependant, il faut présenter un justificatif.
-Genre carte d’identité ?
-Exact. Et c’est là que ça coince.
-Pourquoi ?
-Ils vont noter que tu n’es pas majeur. Et là, bonjour la crise ! Un conseil, attends d’avoir dix-huit ans.
-Malik !
-Quoi ?
-Faut que j’y aille ; j’entends ma mère se lever.
-Toufik !
-Quoi ?
-N’insulte pas les GI.
Trop tard, Toufik avait déjà raccroché.
Dartz
Feb 25 2006, 02:54 PM
Pour ceux que ça intéresse, j'écris un livre en espagnol; voici la liste de tous les livres que j'ai écrits:
-Extraño Diffalah 1: Khaled Diffalah-Calede: el Prohibido
-Quand le Virtuel devient Réel...:
1-mon canari nommé Azote
2-le Retour de Cirinvoce
-Kabylie, dellali!
-(en cours d'écriture) The faith of Toufik: 1-le cybermonde de Malik.
Dartz
Mar 4 2006, 01:13 PM
Chapitre 2:
La conception du cyberworld, première partie (2)
Depuis trois semaines, Malik ne lâchait plus son PC. Il avait presque achevé son cybermonde. Il avait déjà conçu toute la Pangée, divisée en trois continents ; le Continent Onéreux (ou zone occidentale), le Continent Belliqueux (zone orientale) et le Continent Impétueux (ou zone arabo-américaine) ; ainsi que les trois routes et la rocade. La Route de Feu était constituée de véritables flammes ; la Route de Vent était perpétuellement agitée de violentes rafales et hurricanes ; la Route de Terre vibrait et se fissurait sous l’effet des séismes ; et la Route de Glace, plus lisse que du satin et plus tranchante que la lame d’une dague, entièrement créée au moyen de gel. Ensuite, il organisait les cités. Pour ce faire, et surtout parce que c’est l’origine de son cybermonde, Malik avait emprunté l’un des rares livres que Toufik rédigeait lors de ses périodes libres. Le titre du livre était « Fantastic Chaos », et entièrement rédigé en anglais. Malik –à l’inverse de Toufik- ne parlant pas anglais, il ne lui restait que ce choix : demander à son ami de bien vouloir tout réécrire en arabe ou tout créer en anglais. Le jeune Marocain s’en était tenu à la première solution, et ce n’est que trop d’honneur que lui répondit le Sitifien. Ainsi, le temps qu’il conçoive son monde virtuel, la traduction pourrait bien attendre !
Mais Toufik avait travaillé très vite, et avant que son alter ego eût fini de créer les décors, il lui délivra le manuscrit traduit en arabe dialectal. Malik put ainsi attribuer les langues et devises des continents. Pour le continent Onéreux, la langue officielle sera l’anglais et la devise l’euro ; pour le Continent Belliqueux, la langue officielle sera l’espéranto et la devise le dollar ; et pour le Continent Impétueux, la langue officielle sera l’arabe et la devise le dinar. Pas de religion ; cependant, chaque continent sera régi différemment : une démocratie pour le Continent Onéreux, une dictature communiste pour le Continent Belliqueux et une monarchie pour le Continent Impétueux. Quelques villes seulement : pour les occidentaux, Malik a choisi New York, Washington, Paris, Marseille, Canberra, Sydney, Londres et Cambridge. Pour les communistes, il préféra Moscou, St-Pétersbourg, HongKong, Pékin, Tokyo et Osaka. Quant aux arabo-américains, ils leur a été attribué Rabat, Casablanca, Alger, Sétif, Brasilia et Rio de Janeiro. Ensuite, il supervisa la population. Chaque ville ne dépasserait pas le million d’habitants. Et il calcula le nombre d’habitants par ville en rapport avec la population totale, à savoir quinze millions d’habitants. Cela lui prit toute la soirée, mais la pensée de la surprise de Toufik l’aida à tenir le coup. Finalement, après plus de minuit, il alla se coucher...
Toufik rappela Malik le surlendemain afin de l’adjurer de lui expliquer ce qu’il avait l’intention de faire avec son manuscrit. Malik, en voyant le numéro de Toufik s’afficher, ne décrocha pas. Irrité par la réaction de son ami de toujours, il prit son arme favorite dont il ne se séparait jamais –on ne prévoit pas une agression quand on se promène dans les rues- et arriva devant la porte de l’appartement familial quand sa mère le rappela :
-Toufik, tu restes ici !
-Mais je vais aider Malik à réviser son anglais ! En échange, il m’aide en sciences.
-Bon.
Sa mère, supposant qu’il avait terminé, amorça un geste dans le but de vaquer à ses occupations journalières. Mais son fils n’avait pas achevé sa tirade :
-Pourquoi vous ne m'acquérez pas un appartement ?
-Quand tu seras majeur. Tu es trop jeune, pour le moment.
-J’ai plus de seize ans !
-Et tu penses que c’est une raison valable ?
-Parfaitement. Je ne suis plus un gamin, et je sais assumer mes responsabilités.
-Tu ne parviens à assumer aucune responsabilité ! Regarde un peu la pile de devoirs que tes professeurs t’ont imposée et tu ne l’as même pas débutée !
-Il y a un temps pour tout, contesta Toufik en caressant du bout des doigts la lame accrochée à sa taille.
-C’est bon, tu peux sortir, capitula sa mère. Au fait, qu’est-ce que tu fais avec ça ?
-Quoi donc ? Oh, ça ! En cas d’agression.
Toufik n’avait nullement l’intention de se rendre chez Malik. Il bifurqua à droite vers les anciens quartiers. Ce fut le début de ses problèmes.
Quatre jeunes d’environ vingt ans lui obstruèrent la route au moment où il s’engagea dans une venelle.
-Tire ton fric, l’intrus.
-Quel fric ?
-Tu sais pas que si tu veux circuler ici, il faut payer ?
-C’est une nouvelle réforme ? répliqua Toufik caustiquement en sortant sa dague.
-Oh, mais en plus tu es armé ? Cela te coûtera donc soixante dirhams.
-Et vous spéculez que je vais gober ces histoires de péage ?
-Exact, sinon, on te renvoie d’où tu viens, l’algérois.
-Je viens de Sétif.
-C’est pareil, ça veut dire que le Maroc, c’est pas ta zone !
-Encore une nouvelle réforme ! Ou bien nous ne sommes pas tenus au courant, ou bien...
-Ou bien quoi ?
-Ou bien ça !
Toufik se jeta sur le premier olibrius et lui assena un coup de sa dague en plein dans la gorge. L’homme s’effondra aussitôt.
-A qui le tour ?
-Tu... tu l’as tué ?
-Je crois que ça se voit.
Les trois autres détalèrent incontinent. Le Sitifien empoigna le cadavre et le cela derrière des planches qui traînaient par là. Il demeura là, à mesurer l’ampleur de son geste.
Deux minutes plus tard, la gendarmerie rappliqua.
-C’est lui ! cria l’un des délinquants.
Sans prendre le temps de considérer le cri de l’homme, Toufik se retrouva cerné.
-Patronyme et prénom, sinon mon pied au derrière.
-Toufik Hadj.
-Age ?
-Seize et demie.
-Apologies ?
-Il m’a provoqué.
-Provoqué ?
-Oui. Il m’exigeait de payer pour que je puisse outrepasser.
-Que fais-tu avec ce poignard ?
-Self-défense.
-As-tu conscience que tes parents t’attendent au commissariat ?
-Oh, non !
-Oh, si ! suis-nous...
Et quand ils survinrent...
-Toufik ! s’écria sa mère en larmes.
-Ce n’était pas de ma faute, ils n’avaient qu’à pas me défier.
-Un crime est bien plus grave que de simples menaces, répondit son paternel.
-Allah te fustigera pour ton péché ! répliqua sa mère.
-Mais arrête avec ta théorie !
-Très bien, reprit le commissaire. Vos papiers, s’il vous plaît.
-Euh...
-En fait, on est des algériens immigrés. On vient de Sétif et on a franchi la frontière clandestinement, contesta Toufik à sa place.
-C’est lui, l’algérien illégalement immigré, lança sa mère. Ce n’est pas mon fils, nous l’avons trouvé dans la rue quand il avait environ six ans, et nous avons oublié nos papiers à la maison, mais disculpez-nous pour les ennuis qu’il vous a occasionnés.
-FÉLONNE !!! vociféra Toufik en se levant.
Toufik courut vers la porte, mais deux gardes lui prohibèrent la route. Il dégaina sa lame et leur dit :
-Laissez-moi passer ou je vous étripe.
-Nous avons l’ordre de vous retenir ici.
D’un geste fluide, Toufik leva la dague et frappa les deux colosses en plein dans l’encéphale. Le sang jaillit en pléthore et le Sitifien se précipita au-dehors.
Dartz
Mar 15 2006, 02:38 PM
Ne constatant aucun commentaire dédaigneux sur mes extraits, je vais vous en publier davantage!
Voici le chapitre 3:
La conception du cybermonde, deuxième partie (3)
Il avait ordonné les villes toute la nuit. Il ne lui manquait plus qu’à superviser la Panthalassa et le cybermonde sera achevé. La sonnerie du portable de Malik résonna. Encore Toufik ! Le Casablancais l’ignora et poursuivit. Les îles. Il était décidé dans le manuscrit que tous les archipels adopteront l’espagnol en tant qu’idiome officiel et les pesos en tant que devise. Puis il fixa un dispositif qui n’était pas dans le livre : un passage entre la réalité et le cybermonde. Ce passage sera un miroir turquoise dans le monde virtuel. Nonobstant qu’est-ce donc dans le monde réel ? Malik n’en avait pas l’ombre d’une idée.
Il ignorait cependant ce que renfermait le cédérom. Comme une force dangereuse, une force inconnue, inexploitée ; ce genre d’énergies qui vous prennent de court chaque fois que vous y êtes confronté. Malik ne ressentait pas cette puissance, car c’était l’impression de rage d’être séparé de sa terre natale. La seule personne que Malik connaissait et qui ressentait ce courroux en permanence, c’était son meilleur ami. Ses parents ignoraient ce qui était survenu dans leur ville jadis. Toutefois, dès qu’ils apprirent la véracité des évènements de Sétif, ils partirent aussitôt. Toufik avait six ans et demie lorsqu’il fut forcé de quitter Sétif. Mais Malik méconnaissait les sentiments du Sitifien. Il pensait le connaître mieux que bien, mais personne ne connaissait vraiment Toufik, y compris icelui.
Des pas se répercutèrent en bas, et la porte de sa chambre vola en éclats, fendue par la lame d’une dague.
-Malik, magne-toi l’oignon !
-Toufik ! qu’est-ce que tu fais là ? Et pourquoi es-tu couvert de sang ?
-Je te développerai tout ça plus tard... Insère le cédérom de « CyberworldBasics » dans le lecteur et montre-moi ton cybermonde !
Malik s’exécuta. Et les deux Maghrébins furent happés dans l’ordinateur incontinent.
Ils étaient affalés dans les allées d’une cité.
-Où on est, céans ?
-Dans mon cybermonde, répondit Malik. Bon, alors, tu vas m’expliquer ce qui t’arrive ?
-J’ai fait couler le sang. J’ai tué.
-Tu te feras fustiger par Allah.
La main de Toufik vola, et Malik se retrouva vautré par terre pour la deuxième fois en moins d’une heure.
-Je m’en fous, contesta le Sitifien. J’en ai rien à battre de toutes ces spéculations ! Le premier homme que j’ai tué, c’était un rebut qui me réclamait du pognon. Les deux autres, c’étaient la maréchaussée car ils refusaient que je parte.
-Cela ne nous aide pas à savoir où on est.
-On dirait Casablanca, hasarda Toufik. Éventuellement pourrais-je regagner Sétif de ce monde.
-Lâche Sétif deux secondes et analyse notre situation. On est isolés dans un cybermonde, sans rien à manger, et avec nulle part où aller, et avec...
-Des gros cons en face !!!
Une dizaine de rebelles leur faisait face. Celui qui s’avérait être leur chef cracha :
-Votre pognon, les fellahs, ou vous êtes morts.
-On a rien sur nous, désolés, se disculpa Malik, visiblement effarouché.
-Alors tire tes baskets et ton MP3, et diligemment !
-J’ai pas envie, dit Malik vacillant. Qu’est-ce que tu fais ? ajouta-t-il en faveur de son camarade.
-Que fais-tu, fellah ?
-Fellagha, tu veux dire ! réfuta Toufik.
Et, l’instant que les colosses se rendirent compte de la situation, Toufik envoya valser leur chef dix mètres plus loin et en décima trois autres.
-Vous souhaitez vous battre ? susurra Toufik. Venez, sales péteux...
Un cinquième rebut s’avança. Deux autres lui servirent de couverture. Les trois derniers ordonnèrent une ligne de défense. Avec un enchaînement d’actions fluides et précises, Toufik en avait descendu cinq. Le sixième tenta de s’enfuir, mais le Sitifien lui décocha un violent coup de poing et lui fit voler la mâchoire, puis lui planta sa dague en travers de l’encéphale.
-Beau carnage, Toufik ! nota le Marocain à son acolyte occupé à nettoyer sa précieuse dague.
-Merci, Malik. Nonobstant je préférerais me trouver un cimeterre... Partons explorer ?
-OK, chef !
Ils errèrent pendant plus de deux heures dans la cité. Seuls leurs pas se répercutaient. A en conjecturer que la ville –sans compter les dix rebelles que Toufik a achevés- n’était pas peuplée. Malik réfléchissait à satiété et en déduisit que les habitants, se trouvant dans une situation insurmontable, ont fui leur cité. Lorsqu’il fit part de ses conjectures à Toufik, une lueur d’améthyste menaçante brilla dans les yeux d’icelui.
-Ce n’est pas ça, Malik. Il existe bel et bien des gens ici. Mais ils se cachent. C’est comme... une menace -Toufik était vraiment doué pour deviner ce genre de choses. Comme s’ils allaient surgir d’un instant à l’autre et nous sauter dessus. C’est pourquoi il faut que je trouve d’autres armes. Si je casse la mienne au cours d’un combat, je pourrai toujours continuer avec mes poings, mais toi, tu n’as aucune protection.
-Tiens, j’ai une illumination ! Allons fouiller une maison, et voyons ce que l’on y trouve.
-Il y aura sûrement des armes dedans...
Ce qu’ils firent. Comme l’avait prophétisé Toufik, ils trouvèrent un cimeterre et un fusil de chasse, ainsi que des vivres et de l’eau, mais nulle trace d’habitants.
-Tu as déjà manié un fusil ?
-Oui, quand mon père m’emmenait à la chasse, mais très rarement.
-Tiens, prends-le.
Toufik jeta le fusil à Malik et empoigna le cimeterre d’une main sûre.
-J’ai toujours rêvé d’en avoir un ! murmura le Sitifien en caressant la lame.
Malik disparut et revint avec un sac à dos rempli de provisions quelques minutes plus tard.
-On se casse. Je n’aime pas ça, grinça Malik.
-Si tu veux...
Malik n’aimait pas prendre des risques. Il faisait tout son possible pour rester loin du danger. Sa mère répétait avec fierté que son fils n’avait que rarement fait des bêtises dans sa vie. Pour résumer, Malik était le petit garçon sage qui inventait souvent des excuses. Ses parents étaient très doux et attentionnés. Cependant, dans un monde où le danger est omniprésent, sa propension à mentir ne lui sera de nul secours.
Toufik et lui étaient antagonistes. Chaque fois qu’il y avait une connerie à faire, Toufik était le premier, et il l’est toujours. Il a ce goût du danger et de l’arcane que son alter ego n’a pas, et n’aura jamais. Ses parents n’étaient pas comme ceux de Malik. Ils cherchaient en permanence à se faire obéir, et n’hésitaient pas à brutaliser leur fils pour y parvenir. Simplement, il n’était pas veule. Un jour que sa mère lui avait décoché un des heurts les plus offensifs dont elle était capable, Toufik l’avait retapée deux fois plus fort et avait couru au-dehors en leur criant : « on n’est plus à Sétif, et encore moins en mil neuf cent quarante-cinq ! De nos jours, les parents ne battent plus leurs enfants ! ». Il avait neuf ans ce jour-là. Présentement, c’était lui qui battait les autres. Il avait acquis une force et une vélocité surnaturelles ainsi. Et il le prouvait dans chacun de ses combats. Ses parents ignoraient cette puissance, alimentée par la volonté de revoir Sétif un jour...
Pourquoi, dans mes descriptions, m’attarder davantage sur Toufik que sur Malik ? La réponse est simple : il n’y a quasiment rien à dire sur Malik, à part qu’il se sert de son intelligence uniquement pour mentir et dans le domaine informatique. Il vivait les mêmes jours au fil des saisons. Toufik, en revanche, ne vivait pas les mêmes journées à mesure que le temps défilait. Il pouvait être dehors de jour comme de nuit à traîner ou explorer ; ou bien rester dans sa chambre, apathique, à ressasser les souvenirs qui lui restent de Sétif. Ou encore, comme aujourd’hui, car notons au passage qu’il s’est écoulé seulement deux heures entre la dispute entre Toufik et sa mère et l’aspiration dans le cybermonde de Malik, s’engueuler avec ses parents, traîner dans les vieux quartiers, se faire agresser, tuer deux gars, tuer deux flics, tuer dix racailles...
Mais Toufik n’avait pas tout cela sur la conscience. Malik évaluait avec précision la gravité de ses gestes ; mais pour le Sitifien ce n’était qu’une forme de justice.
Massilia
Mar 30 2006, 05:02 PM
Pas mal, mais un peu horrible... normal pour un thriller, mais choquant pour les âmes sensibles. Dartz ; es-tu sadique?
Dartz
Mar 30 2006, 05:09 PM
Ouais, je sais que çq peut paraitre horrible pour certains, et non, je ne suis pas sadique... J'ai juste voulu m'orienter vers un autre genre car faire du fantastique en permanence, ça soule à force (désolé, je ne mets pas les accents circonflexes car ils sont bien trop durs à mettre sur un clavier español)! Mais bon, ceci est un thriller (Massilia, comment tu le sais? je ne l'ai pas précisé!) fantastique, car c'est le fantastique-science fiction que je réussis le mieux. Ici, je ne peux pas brancher ma clé USB alors je vous posterai les autres chapitres quand je reviendrai en France, ¿vale?
Massilia
Mar 30 2006, 05:11 PM
Ah, tu es en Espagne??? Je savais pas... non, moi, toujours à Toulouse, temps trop pourri, etc... Non, mais c'est vrai que tu écris trop bien le fantastique!!!
Dartz
Mar 30 2006, 05:14 PM
Je suis au courant pour le temps de m****, quant à mon voyage, j'ai posté un topic dans la section divers.
PS: tous ceux qui lisent ce topic, n'hésitez surtout pas à laisser vos critiques!!!
Dartz
Apr 1 2006, 01:14 PM
Je sais que la fonction éditer existe, mais je poste un message à la suite de mon précédent pour bien montrer que ce n'est pas le même jour et que je suis bel et bien rentrée...
Ceci, c'est le chapitre 4:
Les réflexions de Toufik (4)
-Une trêve, dit Malik.
-Tu n’as pris que des fruits ! regretta Toufik. Comment on va faire pour tenir le coup ? Il nous faut des protéines !
-Débrouille-toi.
Ils se parlaient bien moins qu’auparavant, vous l’aurez noté. Toufik empoigna son cimeterre et sa dague, et revint un instant plus tard avec deux lapereaux pendus au sabre recourbé.
-Voilà, il faut juste les dépecer, les nettoyer et les découper. Tu en voudras ?
-Non merci.
-Après, il faudra insérer les morceaux sur des brochettes. Ces baguettes devraient faire l’affaire.
-Je ne crois pas.
-Pourquoi, elles sont trop courtes ? Ou bien avoue que tu n’aimes pas le lapin.
Malik ne partageait pas son optimisme.
-Toufik, parvint-il à articuler.
-Quoi, encore.
-Tu ne trouves pas que tu as assez fait couler le sang, aujourd’hui ?
-Que veux-tu dire ?
-Onze racailles, deux flics et deux lapereaux, ça fait beaucoup, non ?
-Bah, il faut bien savoir se défendre... ou se nourrir.
-Voilà. C’est ça, ton problème. Est-ce que tous les meurtres que tu as perpétrés aujourd’hui ont servi à quelque chose, à part te calmer les nerfs et supprimer des vies innocentes ? Regarde les autres rebelles de tout à l’heure dans le cybermonde. Tu les as vus et tu les as démontés incontinent. Si ça se trouve, ils ne nous avaient même pas vus !
-Bien sûr que si qu’ils nous ont vus ! Tu ne te souviens donc pas qu’ils ont tenté de te racketter ?
-Oui, mais c’est quand même un péché !
Pour la troisième fois, Malik sentit la main violente de Toufik contre sa joue.
-Ca suffit ! merde !
-Mais je n’ai rien dit de mal !
-Si ! Tu m’accuses d’avoir commis un péché !
-Ce qui est l’exacte véracité, riposta le Casablancais avant de se faire gifler de nouveau par Toufik. Oh ! ça fait quatre fois !
-Un péché, c’est relatif avant tout à la religion. Nous allons à présent avoir une petite discussion philosophique : qu’est-ce que la religion ?
-Allah ?
-Non.
-Ben, c’est le fait de croire en Dieu.
-C’est surtout le fait d’être un gros con !!! Allah -ou Dieu- n’existe pas, il te faudra te foutre ça dans le crâne si tu veux poursuivre ! Juges-tu que l’on aurait toutes ces emmerdes si Dieu existait véritablement ?
-Ben on a dû faire un pas de travers et il nous a châtiés.
-Bien ! Il nous a punis ! Franchement, crois-tu qu’une théorie qui n’existe même pas, en claquant des doigts, pourrait-il nous punir, comme ça ?
-Dieu est omniscient, c’est écrit.
-Mais bien sûr ! Dieu existe ! Il a le pouvoir de vie et de mort sur nous, il a le droit de nous punir mais en plus il est omniscient ? Et c’est lui qui te torche le cul tous les jours, aussi, hein, c’est ça ?
Malik recula, sérieusement choqué par les propos de son ami.
-Toufik... Et supposons qu’il existe réellement ?
-Je ne croirai jamais en un truc non prouvé en laboratoire.
-Toufik, tu es si obstiné, parfois !
-Tu ressembles vraiment à ma mère ! tu parles exactement comme elle...
-Au fait, je ne te l’ai pas dit ? je suis végétarien.
-Ah ! c’est pour ça que tu es faible au combat ? Tu te rappelles la première fois où on s’est rencontrés et où l’on s’était battus ? Je t’ai vu essayer de foncer sur moi avec la posture d’un yankee et la poêle de ta mère à la main ; je me suis dit « tiens ! voilà un fellah ! ».
-Tu m’as vraiment pris pour un fellah ?
-On voit directement que tu n’as pas l’habitude de te battre.
-Et toi ?
-Moi ? Je me bats tout le temps. Surtout chez moi, quand mon père s’amuse à me rosser.
-Qu’est-ce que tu fais ?
-Je lui rends la pareille. En général, je l’assomme du plat de ma dague. Je me demande ce qu’il dirait en me voyant revenir avec ça, ajouta Toufik en désignant le cimeterre.
-Il t’engueulerait pour avoir fouillé chez un étranger ?
-Non, il s’en foutrait complètement. Ou bien il tenterait de se la jouer Fellagha, et il perdrait une fois de plus. Mes professeurs se plaignent que je passe mon temps à chercher la bagarre, mais ils ont compris en voyant l’éducation de merde que mes parents m’ont donnée.
-Pourquoi tu ne te calmes pas ?
-Je me calmerai quand ils accepteront qu’on retourne à Sétif. On installe le camp ici.
Toufik ne dit plus un mot au cours des heures suivantes, si ce n’est qu’il autorisa Malik à dormir tandis qu’il monterait la garde. Constatant que le Marocain ne risquait pas de se faire attaquer, il prit ses armes, son sac et s’éloigna.
Ils s’étaient considérablement éloignés de la ville. En la mirant de nouveau, le Sitifien était quasiment sûr que c’était Casablanca. Mais en bien plus misérable.
Toufik s’assit et reprit la version originale de « Fantastic Chaos ». Il parcourut des yeux les quelques lignes faisant mention des trois explorateurs s’étant éloignés de la ville mystérieuse et dont l’un quitta ses collègues afin de partir en exploration dans cette ville.
“This man would visit the mysterious town. He was sure it’s Casablanca, the town where he came for his own. His purple eyes shone in the gloomy sun and his black hair flew. He loves the danger, and he liked to be in safety a few.”
Toufik adorait rédiger en anglais; il avait appris à le parler dès sa plus tendre enfance quand il vivait encore à Sétif. Il parlait aussi français -occasionnellement-, kabyle et arabe -sa langue maternelle. En ce moment, il apprenait l’espagnol et l’espéranto. Il ne réfléchissait pas beaucoup avant d’agir, surtout devant un combat. Il fonçait tête baissée, ne courbait jamais l’échine devant ses supérieurs -d’ailleurs il insultait tous ceux qui l’énervaient, de ses amis à ses professeurs, et j’en passe- et préférait percevoir le flot de l’hémoglobine couler jusque sur ses mains à un bon dialogue bien argumenté. Discuter et persuader, c’était tout le genre de Malik ! Toufik était un Fellagha, et s’il devait tuer pour progresser, alors il le ferait. Sauf qu’il l’avait déjà fait. Et ne s’en repentirait point. Il faut un début à tout, dit-on, mais cela ne signifie pas que le Sitifien sera un serial killer dans le futur. Sa seule ambition était de rentrer à Sétif et d’ouvrir une école de combat multilingue. Tout l’opposé de Malik, qui, pour sa part, veut suivre des études dans le hacking et pirater illégalement les ordinateurs les plus puissants du monde. “Aucune ambition !” lui avait lancé Toufik. Comme si lui avait davantage de projets. En apparence, Malik était calme et Toufik indiscipliné. Mais en fait, entre les avenirs de hacker qui travaille au noir et d’un maître de combat voué à être un serial killer, je ne vois que deux jeunes rebelles.
Physiquement, Malik avait des cheveux très courts et châtains, ainsi que des yeux d’ambre hérités de son père. Il était plutôt gracile, mais il faut admettre qu’il consacrait ses journées à son ordinateur, enfermé dans sa chambre. Toufik était son opposé. Brun, les cheveux lui tombant au creux des épaules, des yeux d’améthyste rutilants d’origine inconnue et plutôt grand. Ses journées passées en plein air à casser la figure à tous ceux qu’il croisaient et ses heures passées dans sa salle de gym avaient renforcé sa carrure. Donnez-lui un poignard et il est aussi efficace au combat que l’armée allemande à son apogée avec une dizaine de tanks et autant d’avions de chasse. Les poursuites dans les ruelles des vieux quartiers avec les jeunes délinquants qu’il s’amusait à provoquer l’ont rendu plus agile qu’un chat, et aussi silencieux.
Toufik s’en arrêta là pour les réflexions et s’aventura dans la cité.
Dartz
Apr 15 2006, 01:34 PM
Rencontre frappante (5)
Il les avait vus s’introduire dans une habitation, se quereller et repartir. Celui aux cheveux châtains et aux yeux d’ambre s’était fait attribuer un fusil de chasse, tandis que celui à la chevelure brune et aux yeux violets dilatés avait pris le cimeterre en plus d’une dague. Tapi dans l’ombre, il avait une excellente vue, et bien que les deux étrangers se trouvaient déjà loin, il les voyaient distinctement. Il avait même vu le combat qu’avait livré le brun contre dix rebelles qui passaient par là ; il les avait tous tués.
Il décida de sortir de sa cachette. Souple, alerte, il guettait chaque geste. Il ne venait pas de ce monde ; il s’était fait aspirer par le logiciel qu’il avait installé quand il tenta d’insérer le cédérom. L’application se nommait « CyberworldBasics ». Ce n’était pas le cybermonde qu’il voulut créer, c’était le cybermonde de quelqu’un d’autre.
A quatorze ans, il s’affirmait comme le meilleur sniper de tous les temps. Il détestait ses parents, en particulier son père qui était à la tête d’une industrie agroalimentaire Dole. Lui, son propre fils, avait envoyé un virus sur son site. Cela avait bloqué la webpage, et son père était rentré furax, vociférant et frappant sur son moniteur qu’il avait cassé. Un Hewlett Packard écran plat à six cent dinars algériens ; quel gâchis ! avait répliqué sa femme. Il avait également bloqué tous les sites sur lesquels il trouvait des injures sur l’Algérie à visée raciste, les blogs de ses ennemis et pour finir le site de l’entreprise de son père. Il y en avait d’autres, mais il ne s’en souvenait plus.
Il était également très intelligent, mais il se servait de cette qualité pour le piratage. Il n’aimait pas vraiment les cours.
Ce fut des bruits de pas qui le firent se retourner.
Le brun qui s’avérait être un serial killer s’avança, son cimeterre dans une main. Il l’avait aussitôt remarqué et le fixait à présent impétueusement de ses yeux aux pupilles dilatées, d’un violet très pur.
-Ne... ne me tue pas !!! cria l’inconnu.
-Qui es-tu ?
-Moi ? Tu vas me tuer, c’est ça ? J’ai vu ce que tu as fait aux gars tout à l’heure.
-Ils m’avaient menacé. Dis-moi, tu es algérien ?
-Comment tu sais ça ?
-Ca saute aux yeux.
-Je suis d’Alger.
-Al-Djazaïr ? Moi, je suis de Sétif. Ne crains rien, je ne te tuerai pas.
-Qui... es-tu ?
-Toufik Hadj.
-Moi, je me nomme Khaled. Je suis un sniper.
-Tu es sniper ? Si ça t’intéresse, je connais un ami qui fait du hacking lui aussi. Il a créé ce cybermonde à l’aide d’un livre que j’ai rédigé, et dès qu’il a voulu insérer le cédérom, on s’est fait aspirer. Tant mieux pour nous !
-Pourquoi ?
-J’ai tué aussi dans le monde réel, et toute la police casablancaise me recherche.
-Tu es un serial killer ?
-Non, non! bien sûr que non!
-Ca ne t’intéresse pas ?
-Non. Moi, ce que je veux vraiment, c’est rentrer à Sétif et créer une école de combat multilingues.
-Tu sais te battre ?
-Je pense que tu as vu ça tout à l’heure. Ca fait longtemps que tu es ici ?
-Deux ou trois jours.
-C’est une cité déserte ?
-Non. Il y a en effet des habitants. Mais ils se cachent dans les sous-sol, je me demande pourquoi.
-Viens avec nous, Khaled, je pense que ça vaudrait mieux pour toi. Cette nuit, ça va saigner, je le sens.
L’Algérois suivit Toufik docilement jusqu’au camp qu’ils avaient monté.
-Toufik ?
-Quoi ?
-Est-ce que tes parents étaient cool ?
-Non, ils me battaient sans cesse.
-Et tu te laissais faire ?
-Rarement. Je me rebiffais la plupart du temps.
-J’ai toujours rêvé d’être Fellagha.
-Je le suis, je peux te montrer si tu veux.
-Comment ?
-Trouve-moi quelqu’un que je puisse décimer et je t’apprends à combattre.
-Je n’oserai jamais ôter la vie de quelqu’un.
-J’ai tué... treize personne et deux animaux. Mais c’était imprévu. Je ne tue pas pour le plaisir, contrairement à Hitler. Tu connais Hitler, Auschwitz et les crématoires de la seconde guerre mondiale ? Lui, il tuait comme il respirait. Moi, je tue pour me défendre.
-Et les deux animaux dont tu as parlé ?
-Ca, c’est pour manger. Mais Malik est végétarien. Tu pourras y goûter si tu veux.
Tout en parlant, ils étaient retournés auprès de Malik, qui attaqua directement :
-Toufik, qui est-ce ?
-Je me nomme Khaled. Je suis Algérois.
Il lui tendit une main que Malik refusa de serrer.
-Qu’est-ce que tu vas en faire ?
-Il va m’apprendre à combattre !
-Tu sais, j’ai une langue et je sais m’en servir. Viens là, à table !
Tandis qu’il lui servit une assiette, Malik s’approcha de lui et l’entraîna à l’écart.
-Toufik, à quoi tu joues ?
-Hein ? J’ai dû louper un épisode.
-Non. Tu assassines plus d’une dizaine de personnes, tu t’aventures dans une ville dangereuse et tu me ramènes un Algérien égaré.
-C’est le fait qu’il soit lui aussi Algérien qui te pose problème ?
-En effet. Imagine qu’il se comporte comme toi.
-Exact. J’ai envie par-dessus tout de revoir ma Sétif.
-Je ne te comprendrai jamais... Quoi qu’il en soit, je viens avec vous.
-C’est bien, au moins tu n’es pas si péteux que tu en as l’air.
-Au fait, est-ce qu’il t’a dit quelque chose à propos de cette ville ?
-Seulement que les habitants se cachent dans les sous-sols. Mais il ignore pourquoi. Il n’est ici que depuis deux jours. Nonobstant je sais pourquoi les habitants se cachent. Du moins, je crois. La ville est menacée. Quelque chose qui n’est ni mort ni vivant, mais qui est conscient.
-Comment ne peut-on être ni mort ni vivant ?
-J’en sais rien.
Malik avait des doutes, toutefois, quand il s’agissait de menaces ou de dangers, Toufik ne se trompait jamais.
-Attendons la nuit, proposa le Sitifien, et nous verrons bien de quoi il retourne.
Ils retournèrent auprès de Khaled. Toufik s’assit à côté de lui et lui demanda :
-Est-ce que tu as une arme sur toi ?
-Je n’ai qu’un boomerang avec des dents d’acier sur un côté.
Il sortit le boomerang de son sac, et Toufik ne put retenir une exclamation de ravissement :
-Quelle merveille ! Alors si tu sais bien le manier ça suffira. Prépare-toi à livrer ton premier combat, la nuit risque d’être longue. Au fait, d’où tiens-tu ce boomerang ?
-Il a appartenu à mon frère, mais il me l’a donné. Je ne m’en suis jamais servi, cependant je m’entraînais avec un boomerang ordinaire.
-Parfait. Alors bonne chance, Khaled. Tu en auras besoin.
Les deux Algériens s’allongèrent sur le sol, contemplant le ciel ocre. Malik appela son ami :
-Toufik ! Est-ce que je devrai moi aussi me battre ?
-Bien sûr, mais je serai devant pour vous couvrir. Si je suis tué, je compte sur vous pour prendre le relais.
Ses amis frissonnèrent. Malik savait que perdre Toufik serait vraiment terrible, à la fois pour lui et pour eux tous, car ils ne s’étaient jamais battus et craignaient de faire couler le sang. Quant à Khaled, il ne voulait pas se séparer de quelqu’un qu’il venait de rencontrer. Ils s’endormirent sur ces pensées tandis que Toufik montait la garde.
Et les créatures surgirent.
L’attaque des esprits (6)
Toufik, cimeterre à la main et dégainant lentement sa dague, ses beaux yeux violets fixant les créatures d’un regard détaillant et pénétrant comme s’il cherchait à lire dans le tréfonds de leurs âmes, alerta les autres en les secouant discrètement, de peur que les créatures ne les remarquent.
-Des humanoïdes, murmura Toufik. Seulement... ont-ils une consistance ?
-Regarde, lui dit Khaled. Ils sont... en décomposition ! et ils ont des griffes à la place des ongles !
Malik ne put retenir un cri d’horreur en voyant les cadavres décomposés, mais Toufik lui plaqua une main contre sa bouche.
-Ta gueule, elles vont nous repérer !
Les zombies se dirigeaient vers la cité d’un pas morne, mais l’un d’entre eux fut attiré par une lueur violette dans son dos -ou du moins ce qu’il en reste- et se retourna. Les trois humains ne comprenaient pas au départ. Puis Malik et Khaled se tournèrent vers Toufik et perçurent eux aussi cette étincelle violette. Et Toufik lui-même se rendit compte que c’étaient ses yeux qui brillaient ainsi. Chez lui, le fait que ses yeux brillent autant étaient le signe d’une transe. Et en effet, Toufik vit à travers ces créatures à la fois les anciens combattants d’Algérie contre le Maroc et les combattants de la France contre Djazaïr.
-On y va, les gars !
-Toufik, attends !
La créature alerta ses congénères. Ils étaient au moins une cinquantaine. Et Toufik se précipitait vers eux, ses armes parées à attaquer.
Puis ce fut la collision.
Une lame ressortit de l’autre côté du revenant. Un autre esprit tenta de l’arrêter, mais le Sitifien lui planta sa dague en plein au niveau de son centre de gravité. En moins de cinq minutes, il en avait descendus vingt. Quelques minutes plus tard et il ne restait plus que sept ennemis. Il pensait avoir l’avantage, quand l’un des zombies lui planta ses griffes en plein dans la gorge.
Et, pour la première fois de sa vie, Toufik s’écroula. Nonobstant il parvint à articuler :
-Attaquez !!!
Malik chargea son fusil mais ne tira pas. Khaled, en revanche, lança son boomerang et en décima cinq. Les deux autres furent tranchés net par un ultime geste de la part du Fellagha.
-Toufik !!! s’écria Khaled en se précipitant vers lui.
-Ne t’en fais pas. Tu t’es bien battu.
-Il t’a tranché une artère.
-Ne t’inquiète pas pour moi. Ce sont les esprits des anciens Fellaghas. Et un Fellagha n’en tue pas un autre.
-Malik, il faut l’aider !
-Je ne pense pas, répondit Malik, sceptique.
Mais avant que Khaled eût fait un geste, Toufik était de nouveau debout. La gorge continuant de saigner en pléthore, mais debout.
-Ils... ils voulaient nous infliger le même traitement qu’ils ont subi, morts dans la honte et la diffamation. Mais je ne leur ferai pas cet honneur. Personne n’aurait-il de quoi stopper l’hémorragie ?
-Non, désolé.
-Je vois.
Il ôta son T-shirt et le roula en boule, puis le plaqua sur sa gorge.
-Le saignement s’arrêtera bien à un moment ou à un autre. On va quitter cet endroit au plus vite. Nous sommes à l’orée d’un bois, nous allons le traverser. J’ai entraperçu des djebels après ces bois. Allons-y !
-Toufik, commença Khaled.
-Cela ne te convient pas ? Alors tu prends ton sac et tu dégages.
-Tu devrais te reposer. Avec une telle blessure, tu ne devrais pas continuer.
-Pour moi, ce n’est qu’une petite éraflure de rien du tout.
-Mais les griffes t’ont transpercé des artères et t’ont effleuré le larynx ! Tu as vu comment tu saignes ? De plus, ces griffes sont sûrement sales, et donc regorgeant de microbes. Tu vas t’infecter la plaie et te fatiguer ainsi.
-Ne t’inquiète pas pour ça, je m’en fous complètement ! tout ce que je veux, c’est revoir Sétif avant de mourir. Et si je continue à me vider de mon sang, il ne fait aucun doute que je vais mourir. Or, je préfère me hâter. De cette façon, j’arriverai plus vite à Sétif. Une fois là-bas, je me reposerai, et si je meurs, tant pis, j’aurai atteint mon but.
-Ton but n’est-il pas d’ouvrir la meilleure école de combat multilingue qui soit ?
-Ma première ambition est de retourner à Sétif avant tout !
-Ne t’en fais pas pour lui, Khaled. Je le connais très bien.
-Mais... je refuse de le voir mourir.
-Tu es aussi obstiné que lui. Dès que Toufik a une idée en tête, il n’en démord pas avant de l’avoir accomplie.
L’intéressé avait rangé son T-shirt saturé de sang dans son sac. La plaie saignait toujours, mais bien moins abondamment qu’avant. Khaled le regarda et lui dit :
-Toufik, si tu meurs, je ne m’en remettrais pas !
-T’inquiète, je ne mourrai qu’à Sétif.
-C’est bien dommage.
-Ne pleure pas.
-Non, c’est juste que j’ai encore à te supporter durant tout le voyage !
Puis il courut dans le bois en direction des djebels. Toufik se lança aussitôt à sa poursuite.
-De vrais gamins, marmonna Malik en les rattrapant. Ho, vous pourriez m’attendre, non ?
Lorsqu’il les rejoignit enfin, Khaled avait un œil au beurre noir et la joue rouge.
-Tu sais même pas te défendre !
-C’est pas prudent, Toufik. Ta blessure va saigner de nouveau.
-M’en fous ! Allez, n’aie pas peur ! attaque-moi !
Khaled et Toufik livrèrent alors un combat sans merci, tout en évitant de s’entretuer.
-Tu crois pas que t’as passé l’âge ?
-J’ai pas encore dix-huit ans.
-Non, mais tu as plus de seize ans.
-Tu vas pas chipoter pour quelques mois ! Et d’abord, le combat, y’a pas d’âge !
-Ceci, ce sont des disputes de collégien. Tu n’as pas quatorze ans.
-Et toi, qu’est-ce que tu en sais ? Alors moi, c’est pour ça que j’ai toutes les réflexions ? Parce que je m’adonne à des gamineries à seize ans et demie et que je porte le poids du monde sur mes épaules tout ça parce que je ne suis pas à Sétif ?
-On ne te fait pas de réflexions que je sache.
-Et ça aussi, ce sont des broutilles de gamins. Dis-moi, Toufik, t’as pas honte ? renchérit Khaled.
-Est-ce qu’un Fellagha a coutume d’avoir honte ? Hé, mec ! je suis de Sétif, pas d’Al-Djazaïr !
-Sétif... la Cité des Fellaghas.
-Tout juste.
-Bien, vous avez fini ? stoppa Malik. On va installer le camp ici.
-Cesse de dramatiser, dit Toufik à Khaled.
-Je ne dramatise pas !
-Si tu souhaites autant ma mort que tu le montres, je peux très bien prendre mon cimeterre et exécuter ta demande.
Joignant le geste à la parole, il pointa le sabre sur son orthocentre. Puis se para à s’assener le coup.
-Toufik, fais pas ça !!! se récria Khaled.
-Je rigolais. Tu pensais vraiment que j’allais me suicider avant d’avoir atteint Sétif ?
-En tout cas, tu es vraiment un excellent acteur ! renchérit Malik.
-Bon, je pars.
-Où tu vas ?
-Faut bien qu’on bouffe autre chose que ce végétarien.
-Attends, Toufik ! lança Khaled en prenant son boomerang. Je viens.
-Je pars chasser, je te signale. C’est un autre combat.
-Ca me gêne pas.
Fiels souvenirs (7)
Il n’avait pas imaginé que Toufik était aussi agile. Afin de chercher de quoi manger, il l’avait fait patauger dans la boue, monter aux arbres, marcher, courir, puis remonter dans un arbre quand un zombie égaré passait dans le coin. Ils n’avaient toujours rien trouvé, et cela faisait plus d’une heure. Il était complètement éreinté. Il n’avait pas l’endurance du Sitifien.
Son père, avant d’intégrer Dole Food Company, était engagé à l’armée. Il y avait passé quinze ans. Rien d’étonnant à ce qu’il harcelait sa femme pour préparer le repas, et qu’il battait ses fils.
Il continua à courir en même temps que ses souvenirs. Un matin, à quatre heures trente, il avait secoué son plus jeune fils et l’avait tiré au-dehors. Il faisait encore nuit. Il avait... onze ans, quand son père l’initia à l’armée. Ou du moins essaya. Son grand frère de dix ans son aîné, Belkacem, avait déjà intégré l’armée de son père. Une fois arrivés sur la plage, l’ex-militaire s’était placé en face de lui, les mains sur les hanches, et lui dit :
-Mon fils, j’ai l’honneur de t’annoncer que, dans cinq ans, tu intégreras l’armée de notre pays.
-A quoi ça sert, l’armée, si ce n’est que pour corrompre ?
-A se révolter afin d’obtenir ce que l’on veut. Comme le disait mon propre père, la révolution par le peuple et pour le peuple !
-Tu me prends pour un con ou quoi ? C’est la devise de l’Algérie ! répliqua son fils en s’enfuyant.
-Khaled ! Reviens ici ! Reviens !
-Jamais, je ne veux pas, je ne veux pas, je ne veux pas !
-Tous les hommes de la famille ont été dans l’armée.
-Je ne ferai même pas mon service militaire ! Et je m’en fous si je te diffames, j’ai pas envie de me battre !
-Tu feras ce que je te dis, merde ! cracha son père en le rejoignant.
-Dégage ! Dégage !
C’est à ce moment que Belkacem arriva :
-Je me doutais que vous seriez ici. Qu’est-ce qu’il se passe ? Tu ne veux pas te battre pour l’Algérie ?
-Je m’en fous !
-Oh, mais en plus tu diffames ton pays ! Tu n’as pas honte ?
-Non !
Les deux hommes s’avancèrent.
-J’irai pas, je ne veux pas ! hurla le jeune Algérois tandis que son frère l’attrapa. Khalouni ! Khalouni !
-Aide-moi, père !
Son père le prit et Belkacem le gifla. Mais Khaled ne l’entendait pas ainsi. En donnant un coup de pied dans la face de son frère et en mordant son père, il put s’échapper.
-Khaled, reviens ici, je n’ai pas fini !
-M’en fous, si je veux pas, alors je le ferai pas !
-Khaled !
Toufik était penché au-dessus de lui, l’air soucieux.
-Qu’est-ce qu’il t’es arrivé ?
-Je... je me suis souvenu. Que mon père voulait que j’intègre l’armée. Et ce jour-là, je me suis juré de ne plus combattre.
-Il te faudra bien, pourtant.
-Toufik, commença Khaled.
-Quoi ?
-On est pareil, tous les deux, non ?
-Que veux-tu dire ? s’enquit le Sitifien.
-On est Algériens, nos parents nous battaient et...
-Et rien d’autre. Je ne vois pas en quoi on se ressemble. Toi, le fait de tuer te révolte. Moi, c’est dans ma nature. Assieds-toi, Khaled. Et écoute-moi. Dans la vie, il y a les prédateurs et les victimes. Moi, je suis un prédateur. Et toi une victime.
-Mais tous les hommes de ma famille sont des Fellaghas ! pas moi.
-Je suis le seul de ma famille à savoir me battre et à oser ôter la vie des gens, rétorqua Toufik. Mon père, bien qu’il consacrait son temps libre à me taper dessus, n’oserait jamais commettre de meurtre.
-Toufik, je peux te poser une question ?
-Vas-y.
-Pourquoi tu as tué ?
-Je croyais que c’était clair.
-Oui, bien sûr, mais... soixante êtres vivants en une seule journée... je t’avoue que tu en as un peu trop fait...
-C’était fortuit !
-...et que tu donnes trop l’impression d’un serial killer.
-Je ne suis pas un serial killer !!! vociféra Toufik.
-Alors pourquoi... euh, je veux dire... comment tu fais pour tuer des gens ? Cela ne t’horrifie pas ?
-J’ai donc fait soixante victimes aujourd’hui. Tu sais, je m’en fous complètement d’avoir ôté la vie de tous ces êtres. Pour tuer, il faut vraiment vouloir la mort de l’adversaire.
-Mais toi... tu... tu n’as pas suivi de cours de combat. C’est inné chez toi.
-Peut-être que je suis prédestiné à tuer toute ma vie.
-Peut-être que Allah veut faire de toi un serial killer.
Toufik leva la main et gifla Khaled incontinent.
-Qu’est-ce qu’il te prend ?
-Essuie-toi, je t’ai fait saigner, désolé.
-Qu’est-ce qu’il te prend ? répéta l’Algérois.
-Tu ne vas pas m’abuser avec toutes ces fausses théories, quand même ?
-Tu ne crois pas en Dieu ?
-Non. Car si toute ta vie est tracée par Dieu, peut-être que c’est lui qui t’a torché quand t’étais gosse ?
-Tu es vraiment sadique, Toufik !
-Mais attends !
Khaled s’enfuit en pleurant afin de rejoindre Malik. Toufik s’assit par terre, songeur.
Il n’aimait pas ça. Depuis que Malik avait acheté ce logiciel, tout allait mal. Nonobstant ce n’était pas le fait d’avoir tué qui le troublait. Il se souvenait que lors de ses six ans, son grand-père lui avait offert sa dague. Cinq mois plus tard, alors qu’ils s’apprêtaient à quitter Sétif, ses grands-parents souhaitant rester, leur firent leurs adieux. Messali, son grand-père, avait entraîné Toufik à l’écart des autres et lui avait dit :
-Un jour, si tu te bats ainsi, tu intègreras une grande école militaire... si tu n’es pas péteux. Qu’Allah te bénisse, mon fils.
Le fait que des gens croient en des choses futiles et irréelles avaient le don de mettre le Sitifien hors de lui. Il avait giflé son aïeul qui lui avait répondu :
-Allah te fustigera !
Il l’avait giflé de nouveau. Son grand-père lui réfuta :
-Allah te fustigera un jour, tu verras.
Toufik était le seul athée dans sa famille. C’en était trop. De toute façon, il n’avait jamais aimé son grand-père. Il prit sa dague et lui en assena un bon coup entre les côtes. Le vieil homme s’était écroulé à terre, mort.
Toufik avait ensuite caché le cadavre dans un recoin sombre et rejoint ses parents.
Leur grand-mère les avait appelés deux jours plus tard afin de leur annoncer qu’elle avait retrouvé son mari à côté du garage, poignardé. Ils n’avaient soupçonné Toufik à aucun moment ; tant mieux pour lui.
Mais personne dans sa famille ne s’était douté que Toufik aimait autant les combats. Ses parents lui avaient demandé ce qu’il faisait avec une dague à son âge -à l’époque, il avait huit ans- et il leur avait répondu que c’était tout ce qu’il lui restait de Messali. Plus tard, il leur avait raconté qu’il s’en servait pour se défendre quand il allait traîner. Mais ils ignoraient qu’il avait tué son aïeul. Un peu plus tard, quand il avait onze ans, un élève de sa classe l’avait attendu à la sortie et avait insulté Sétif. Toufik l’avait tué incontinent, puis laissé le corps dans la rue avant de s’enfuir en courant. Ce fut l’instituteur qui avait aperçu le corps et avait annoncé la nouvelle à ses parents. Le Sitifien donnait l’impression d’aimer tuer ; si seulement son entourage avait appris que c’était lui qui avait perpétré ces meurtres !
Prédilection (8)
Un zombie s’était égaré et errait dans le bois. Toufik se redressa et émit un sifflement discret. La créature se retourna incontinent. Il ne voyait aucune lueur d’intelligence dans les yeux blancs du monstre. Toutefois, le monstre en question percevait une lueur de compréhension dans le regard violet de l’humanoïde. Il s’approcha. Peut-être que cet humain pouvait lui venir en aide ? Il avait perdu tous ses congénères au cours d’un combat contre un humain très similaire. Cependant, il continua à s’approcher afin d’arriver à sa hauteur. Il approcha ses griffes. Le Sitifien les effleura d’un geste de compassion. Un regard de compréhension passa entre les deux êtres. Le zombie pensait avoir trouvé un ami, quand Toufik sortit son cimeterre et éventra la créature. Le sang froid et la sensation qu’une vie s’envolait de nouveau lui procurait une sensation indicible, proche de l’allégresse. A présent, le zombie était bel et bien mort, et non pas mort-vivant.
Cette créature n’était pas hostile à Toufik et n’en voulait pas à Sétif -du moins si elle savait ce que c’était. Alors pourquoi l’aurait-il tuée ?
Premièrement, cela l’apaisait de tuer. Le flot d’hémoglobine qui coulait le long de ses armes et la conscience qu’il avait détruite suffisait à l’apaiser. Dans sa nature, Toufik avait besoin d’une bonne dose de violence pour vivre, contrairement à ses anciens acolytes. Il n’avait pas besoin d’amis, étant totalement indépendant. Cela faisait aussi partie du caractère du Sitifien. Cynique, sadique et très vulgaire, il ne montrait que ses mauvais côtés, qui étaient la preuve de son ressentiment. Un ressentiment que Malik et Khaled étaient incapables de ressentir. Un ressentiment causé par ses parents, obligés de quitter Sétif. Obligés ? Personne ne leur avait demandé de partir ! Et une idée jaillit.
Toufik aurait dû se planquer au moment de quitter Sétif. Ses parents se sont toujours comportés comme si leur fils unique n’existait pas, ils n’auraient pas remarqué son absence, et Toufik aurait pu rester dans sa ville. Nonobstant, il se souvint d’autre chose. Sur le chemin qui les menait au Maroc, sa mère ne cessait de le harceler de questions et d’élucubrations :
« Tu verras, on sera bien mieux qu’à Sétif ! »
« Ce sera super, tu pourras suivre ta scolarité dans de prestigieux établissements ! »
« Au moins, notre maison sera plus grande ! »
« Ton père aura moins de problèmes pour se rendre au travail le matin ! »
Toufik avait aussitôt hurlé :
« MERDE !!! JE M’EN FOUS COMPLETEMENT DE VOTRE TRAVAIL, DES ETUDES ET DE LA BARAQUE ET TOUT LE RESTE !!! ET MOI, VOUS VOUS EN FOUTEZ DE CE QUE JE RESSENS ??? JE VEUX RETOURNER A SETIF, BOUFFONS !!! »
Son père lui avait donné un coup dans la nuque, Toufik avait sorti sa dague et lui avait transpercé l’encéphale. Puis il se tourna vers sa mère qui capitula incontinent.
Donc cette idée aurait été irréalisable, étant donné que ses parents auraient remarqué son absence en dépit de tout le reste.
Le deuxièmement avait un rapport avec Sétif, on s’en serait doutés !
Toufik était vraiment très arrogant d’être de Sétif, la Cité des Fellaghas. N’étant pas veule, il s’affirmait être le parfait Sitifien -c’est-à-dire Fellagha. De plus, Toufik adore beaucoup plus Sétif que sa famille-ce qui ne devrait étonner personne... Etant Fellagha, il était prêt à tout pour retourner dans sa ville natale et se fichait complètement de supprimer des vies afin d’y parvenir. Il avait déjà tué son grand-père, il avait failli tuer son père, il avait avoué qu’ils avaient émigré de Sétif clandestinement devant la maréchaussée, et maintenant, il fallait prendre une décision définitive. Même s’il retournait à Sétif par le Virtuel, quelqu’un allait sûrement le reconnaître -tout le monde le connaissait dans sa ville- et alerter ses parents. Donc, Toufik n’avait plus qu’une solution : tuer ses parents sadiques. De toute façon, à part battre leur fils, ils n’étaient bons à rien d’autre. Il fouilla dans son sac et retrouva un ancien carnet qui lui servait en quelque sorte de journal intime.
« En ce deux de mars de 1996, je viens de quitter ma Sétif. Je n’ai que six ans et demie, mais ce matin, j’ai fait couler le sang pour la première fois. J’ai horreur que l’on parle d’un certain “dieu” qui n’existe sûrement pas devant moi. Mon grand-père a honoré la gloire de mes combats en se fondant sur “dieu”. Je n’ai pas apprécié. Je l’ai giflé et il m’a répondu que “dieu” me fustigera un jour. J’ai réitéré mon geste et il m’a répondu la même chose. Alors j’ai sorti la dague qu’il m’a offerte -quelle erreur de sa part !- et je l’ai tué. De toute façon, je ne l’ai jamais aimé. Il essayait sans succès de m’endurcir avec les évènements de Sétif de mil neuf cent quarante-cinq. Puis j’ai caché le corps dans un recoin sombre. Personne ne m’a soupçonné à aucun moment. Puis nous avons quitté Sétif. Ah ! si seulement je pouvais également tuer mes parents ! Depuis toujours, leur passe-temps favori consistait à me battre, je ne sais pas pourquoi. Pour le moment, je dépends d’eux. Mais dans dix ans, je les planterai là et je reviendrai à Sétif. Puis je retournerai les voir et je les tuerai. »
-Bon, ben, la première étape est passé, murmura Toufik. J’ai seize ans et demie, et j’ai quitté les vieux.
Il tenta de se repérer dans la forêt. Il ne pouvait pas s’être perdu, c’était impossible ! Il ne se perdait jamais. Puis il vit un éclat de métal foncer vers lui. L’objet était trop rapide pour qu’il l’esquive. Une pointe d’acier vint se planter dans sa gorge, juste à l’endroit où le zombie avait planté ses griffes quelques instants auparavant. Le sang jaillit de nouveau abondamment. Cependant, cette fois, il n’avait rien d’autre pour stopper l’hémorragie. Il se força à rester droit et ouït des voix qui se rapprochaient. Il arracha la pointe, et se rendit compte qu’il ne s’agissait que du boomerang de Khaled.
-Tu as touché quelque chose ?
-Désolé, Malik. Je pense que ce n’était qu’un bout de bois.
-Malik ? Khaled ? appela le Sitifien.
Il entendit des bruits de pas se rapprocher, et Khaled surgit devant lui.
-Toufik !!! Je savais bien que tu étais vivant !
-Ouais, ben merci pour le boomerang ! On peut dire que t’as pas loupé ta cible !
-Tu l’as retrouvé ?
-C’est toi, Malik ?
-En effet. J’arrive.
Quelques instants plus tard, Malik arriva à son tour.
-Toufik ! tu saignes !
-C’est l’autre con qui sait pas viser !
-Je t’ai dit de viser les branches afin de nous dégager un passage, pas d’étriper Toufik ! Quoi qu’il en soit, nous n’avons rien pour stopper l’hémorragie. Oh ! en plus, il t’a atteint la blessure que t’avait fait le zombie !
-C’est pas grave, mais je te préviens, Khaled : si je crève avant d’avoir revu Sétif, alors tu vas le regretter toute ta misérable petite vie, espèce de connard !
-Calme-toi, Toufik ; on va trouver une solution.
-Attendre que ça s’arrête ? c’est-à-dire lorsque je me serai complètement vidé de mon sang ?
-Mais non ! Il y a un ruisseau dans le coin, indiqua l’Algérois. Tu n’as qu’à aller nettoyer ton t-shirt et te le remettre sur la plaie.
Tandis que Toufik nettoyait sa plaie, Malik et Khaled cogitaient.
-Tu crois vraiment que Toufik tue par plaisir ? demanda Khaled à Malik.
-Je ne sais pas. Sûrement pas !
-Tu le connais depuis longtemps ?
-Depuis qu’il est arrivé à Casablanca, c’est-à-dire depuis dix ans.
-Son comportement ne t’étonne pas ?
-Pas du tout ! Toufik a toujours aimé se battre. Un jour que son professeur d’EPS lui faisait une mauvaise critique sur sa manière de combattre, Toufik a sorti sa dague et lui a transpercé le crâne ; on a dû l’emmener aux urgences. Pas Toufik, le prof ! Et un jour, on a retrouvé le cadavre d’un gars dont les parents étaient très racistes.
-Qu’est-ce qu’il avait fait, ce gars ?
-Je m’en souviens, il était sorti très tard. Toufik était le dernier de l’école à partir. Le gars l’a attendu à la sortie et a insulté Sétif. Toufik a sorti sa dague et l’a tué incontinent.
-Mais... c’est horrible !!!
-Tu parles du fait que Toufik ait tué ce gars ou bien le fait que le facho ait insulté Sétif ?
-Quel âge avait Toufik quand il l’a tué ?
-Onze ans.
-Si jeune !
-Eh, oui ! Mais bon, tu n’auras qu’à lui reparler de tout ça plus tard. On part, Toufik ?
-En effet. Venez, je ne vous attendrai pas !
PS: si vous vous posez des questions sur le fait que je poste autant de texte, je fais copier\coller depuis ma clé USB^^
Dartz
Apr 22 2006, 12:56 PM
Les aveux de Toufik (9).
Malik marchait en arrière, un peu à l’écart des Algériens occupés à bavarder. Ou plutôt, Khaled était occupé à harceler Toufik.
-C’est vrai que tu as tué ton grand-père quand tu avais six ans et demie ?
-Exact. Malik ! appela Toufik. Je te demanderai à l’avenir de ne pas déballer ma vie à tout le monde...
-Comme tu voudras.
-Alors ? Pourquoi tu l’as tué ?
-Il ne cessait de m’importuner.
-Mais ce n’est pas une raison. Allah te fustigera. AÏE !!!
Cette fois, Toufik avait sorti sa dague et avait tranché quelques veines au niveau du poignet de Khaled.
-Non mais tu es taré ou quoi ?
-Ca suffit ; tu n’as pas à me dire ce que j’ai à faire ou pas.
Toufik prit le poignet de l’Algérois dans sa main et le compressa afin de stopper l’hémorragie qui cessa incontinent.
-Fais gaffe la prochaine fois.
-N’essaie pas de rivaliser avec moi.
-Je suis d’Al-Djazaïr pour l’info ; j’ai été élevé sous les coups d’un ex-militaire. Tu as une grande puissance quand il s’agit de combats, c’est vrai. Mais... je pense que tu t’en vantes un peu trop.
-Toufik... commença Malik, hésitant.
-Quoi, encore ?
-Certes, tu es fort ; tous les Sitifiens le sont. Mais céans, on est perdus dans un cybermonde, et on est à la recherche d’une cité que l’on ne retrouvera sûrement pas car on mourra probablement avant, alors on doit s’entraider ! Et on n’y parviendra pas si tu te la joues en solo !
-Tu n’as même pas osé dégommer un monstre. Quant à Khaled, il ose, mais il a encore des progrès à faire côté techniques de combat.
-Tu es médiocre, Toufik.
-Hein ?
-Ton professeur d’EPS a dit que tu étais très médiocre au combat, n’est-ce pas ?
-Ainsi je n’aurais pu commettre autant de meurtres si j’étais si médiocre. Le prof était jaloux.
-Jaloux de quoi ?
-Jaloux de mes talents de combattant. Cela l’insupportait que je parvienne à le battre.
-Mais Toufik a les nerfs de se faire mater qu’à chaque fois, il trouve autre chose afin qu’on l’oublie.
-Exemple typique du pusillanime qui tâche de camoufler sa peur.
-Mais je rigolais ! Oublie ce que j’ai dit, Khaled ; je rigolais. Toufik sait vraiment bien se battre ; je l’ai vu tuer un gars qui avait insulté Sétif.
-Juste pour ça ?
-Toufik est vraiment très attaché à Sétif.
-Je me suis juré de rentrer à Sétif dix ans plus tard que je l’eût quittée, c’est-à-dire à seize ans et demie ; il me tarde d’y arriver. Et dès ma majorité, je tuerai mes parents.
-Mais tu AS seize ans et demie.
-Ah oui, c’est vrai, j’avais complètement oublié ! Mais bon, bien que ce fût fortuit et que je ne l’imaginais pas ainsi, c’est fait. Présentement, tout ce qu’il me reste à faire, c’est revoir ma Sétif, puis rentrer à Casablanca et tuer mes parents.
-HEIN ??? Toufik... tu es sérieux ?
-Je ne vois rien de choquant dans mes propos.
-Tu veux vraiment tuer tes parents ? Mais, qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? demanda Malik, sérieusement choqué, à présent.
-Toi, tes parents sont très sympas avec toi ; moi, ils me battaient sans cesse.
-Je pensais que tu t’en fichais complètement !
-Ils m’ont arraché à Sétif.
-Ce n’est pas une raison. Allah te...
Malik s’arrêta in extremis en voyant Toufik sortir son cimeterre.
-Ne t’avise pas de me tuer.
-Tu as vraiment cru que je n’ai pas assez tué comme ça ?
-Toufik se plaint de s’être trop battu ; il faut noter ça dans le Livre des Records, susurra Malik à Khaled qui éclata de rire.
-J’ai entendu, grinça le Sitifien. Tu n’y es pas du tout ; j’adore me battre, et je ne m’en lasse jamais ! simplement...
-Simplement quoi ?
-Au début, c’était fun de supprimer autant de vies. Mais à force, je commence un peu à me faire chier.
-Alors tu tuais pour le fun ?
-Non, non ! Je te dis simplement que c’était vraiment génial, de sentir cette conscience s’envoler tout autour de toi, et cette impression de pouvoir que tu as en ôtant une vie ! tu as l’impression d’être omnipotent.
-Mais tu ES omnipotent !
Khaled entraîna brusquement Malik à l’écart, dans un endroit duquel Toufik ne pouvait les voir ni les entendre...
-Tu vois ? Toufik adore tuer, il vient de le dire lui-même !
-Non.
-Pourquoi, non ? Tu as entendu autant que moi ce qu’il a dit ? tu as bien vu qu’il tuait pour le fun !
-Il m’a avoué qu’il « ne tue pas par plaisir, contrairement à Hitler ». Lui, il tue pour se défendre.
-Peut-être, mais d’autre part, ça a l’air de le réjouir de supprimer autant de consciences.
-Qui es-tu, Khaled ? Pourquoi vis-tu ? Pourquoi es-tu si veule ? Pourquoi te bats-tu pour un monde pacifique ? Pourquoi ne te bats-tu pas pour le monde, et contre le monde, tout uniment ?
-Hein ?
-Tu ne t’es jamais posé toutes ces questions ?
-Bien sûr que si !
-Tout être humain doit forcément se poser une question de ce genre tout au long de sa vie. Toufik... n’a jamais eu ce genre de discussions avec moi. Il ne se pose aucune de ces questions. Pour sa part, on naît, on vit, on meurt, et puis c’est tout.
-Alors ce n’est pas un être humain ?
-Si ! Seulement...
-Seulement quoi ? Tu veux dire... qu’il ne se rend pas compte de tous les meurtres qu’il a perpétrés ?
-Vois-tu ; son premier meurtre -comme je te l’ai déjà dit- fut commis à Sétif, à l’âge de six ans et demie. A cet âge, on ne se rend compte de presque rien. Lui, si. Toi, tu n’as jamais rien tué, à part ces zombies. Mais... pourquoi as-tu tué autant d’êtres ?
-Parce que Toufik m’y a obligé... et ne pouvait le faire lui-même.
-On se contentera de la première partie de ta réponse. C’est un des seuls traits de caractère de Toufik que je connais. Dès qu’il rencontre quelqu’un, il ressent une partie de cet être étant froide et combattante. Et il te force à la dévoiler à tout le monde. Tu es le fils d’un Fellaga, Khaled.
-Et comment tu sais ça, toi ?
-En t’obligeant à tuer, Toufik a voulu te prouver que tu pouvais franchir la limite du « je suis veule et le serai toujours ». En tuant ces créatures, tu as prouvé que tu n’étais pas veule. Le monde est majoritairement composé de pacifistes...
-Mais beaucoup se battent quand même !
-... et c’est grâce à des gens comme Toufik que le monde tient encore debout.
-Mais... comment ?
-Ce genre de personnes obligent les autres à révéler leurs forces, et à cacher leurs faiblesses ; et le monde n’a besoin que de forces pour survivre. Sans la guerre, le monde est inutile !
-C’est... horrible !!!
-Ce n’est pas moi qui dit ça, c’est Toufik ; se défendit Malik.
-Que veut-il dire ?
-Il faut qu’on se reprenne en main, et très vite !
-C’est-à-dire ?
-Oser se battre, oser tuer.
-Sinon ?
-Toufik déteste les pusillanimes, les veules, et les religions -d’après lui, ça abrutit car ça rend trop pacifiste, car on craint un certain « dieu ». Avec lui, il faut oser se battre, il faut oser tuer. Sinon... il aura tôt fait de nous exterminer à notre tour.
Chute fatale (10).
Cela faisait quelques heures qu’ils erraient en pure perte, guidés par le jeune Sitifien et accompagnés par les plaintes de Khaled :
-C’est quand qu’on arrive ? C’est quand qu’on arrive ? C’est quand qu’on arrive ? C’est quand...
-Ta gueule ! hurla Malik. Toufik, j’ai l’impression de tourner en rond ; es-tu sûr que c’est le bon chemin ?
-Absolument certain. De toute façon, il n’y a qu’un seul chemin, on ne risque pas de se perdre !
Un hurlement animal se fit entendre. En ajoutant la forêt d’arbres morts et l’obscurité quasi-totale, l’atmosphère n’était pas des plus rassurantes. Malik prit peur ; quant à Khaled, il suppliait :
-Pitié, je veux rentrer, je veux rentrer en Algérie, je veux retourner chez moi et me faire taper par mon père !!! Toufik, on ne peut pas faire demi-tour ?
-T’es un Fellaga, merde !
-Tiens bon, Khaled !
-Au fait, demanda Toufik, tu ne nous a pas dit ton nom.
-Bien sûr que si !
-Ton nom de famille...
Khaled, quoique tétanisé par la peur, susurra un nom incompréhensible. Toufik demanda :
-Tu peux répéter ?
L’Algérois déglutit et articula :
-Diffah... Diffalah...
-Diffalah ?
Khaled approuva d’un signe de la tête et ajouta :
-Pourquoi... pourquoi veux-tu savoir ça ?
-Mon père aussi travaillait à Dole quand on vivait encore à Sétif ; et il m’a parlé d’un certain Diffalah, dont l’entreprise Dole avait beaucoup de succès à Al-Djazaïr. Mais un jour, une terrible crise survint.
-Mon père ne m’a rien dit de tout ça.
-Il semblerait que son entreprise fonctionnait par vente sur Internet... jusqu’à ce qu’un sniper lui bloque la webpage.
-C’était moi, avoua Khaled. C’est moi qui ai bloqué son site.
-J’espère que tu te rends compte que toute son entreprise s’est effondrée par ta faute ; et comme c’était ce qui régissait toutes les autres entreprises Dole d’Algérie, celle de mon père aussi.
-Désolé.
-Oh ! de toute façon, c’est pas grave, car il n’y était plus. Et je me fous complètement qu’il perde son job. Je me fous de mes parents, de toute façon !
-Malik, appela Khaled. Une bifurcation, quel chemin doit-on prendre ?
Le Casablancais sachant parfaitement qu’ils devaient prendre à droite, leur indiqua :
-A gauche.
Ce n’était pas le bon chemin, et ils s’en rendirent compte qu’au bout d’une dizaine de minutes, lorsque Khaled dérapa sur une pierre plate, astucieusement celée sous les kilomètres de feuilles mortes qui jonchaient le sol.
-Qu’est-ce que...
-Khaled ! attends...
Toufik se précipita à sa suite. Mais il rata sa descente et dérapa sur la fange. Arrivé en bas, il se redressa incontinent.
-Khaled ? Khaled, où es-tu ?
Pas de réponse. Seulement du sang. En se tâtant le cou, il s’aperçut que sa blessure causée par le zombie et agrandie par le boomerang de Khaled s’était rouverte de nouveau.
-Khaled... Diffalah !
Il fouilla les alentours du regard, mais ne vit rien.
Mais entendit le même hurlement que tout à l’heure. Il se précipita dans sa direction.
Le grognement d’un animal -probablement un loup- retentit, puis s’estompa net. A ce moment précis, c’est-à-dire juste après le cri de douleur de la bête, Toufik vit un éclat de métal.
Deux silhouettes gisaient sur le sol, l’une inanimée, l’autre morte. La bête tuée par le boomerang d’acier plantée dans son orthocentre n’était autre qu’un loup, deux fois plus grand que la moyenne. L’autre silhouette, qui semblait à la fois vivante et morte, n’était autre que...
-Khaled !!!
Toufik se précipita. Les dégâts paraissaient superficiels de loin, mais en s’approchant, c’était bien plus grave. Le sang jonchait le sol, et le Sitifien ne saurait dire si c’était celui du loup ou de Khaled. Un bruissement de feuilles se fit ouïr, et Malik, amorçant une parfaite descente, venait de les rejoindre.
-Toufik, tu ne crois pas que tu en as un peu trop fait pour aujourd’hui ? Tiens ! tu saignes encore !
-Que veux-tu dire ?
-Le loup, c’est toi ?
-Non.
-Et Khaled ?
-Il est toujours vivant. Khaled ?
-Tu me jures que tu ne l’as pas tué ?
-Mais non, je t’assure qu’il vit toujours. Khaled, réponds-moi !
-Je te parlais du loup. Je te signale que si je suis végétarien, c’est parce que je ne supporte pas de tuer des animaux.
-C’est Khaled ; regarde, il a planté son boomerang.
-Il a osé tuer cette pauvre bête sans défense ?
-J’espère qu’il n’est pas mort !
-Apparemment, si.
-Non !!! C’est un Fellaga, il ne peut pas...
-Un loup peut aussi être un Fellaga ?
-Je te parle de Khaled, pauvre imbécile !
Toufik se pencha, prit le corps inanimé de l’Algérois et s’en alla. Malik parvint à grand-peine à articuler :
-Et comment je fais pour le loup ?
-Démerde-toi.
Toufik n’avait aucune expérience en médecine, aussi se contenta-t-il d’examiner les blessures. En passant la main sur son front amoché, il put percevoir une fissure au niveau de l’encéphale. Probablement un choc dû à sa chute. Il avait également une large et profonde ouverture au niveau de l’épaule droite. Le loup lui a sûrement planté ses griffes, juste avant que l’Algérois ne sorte son boomerang aux pointes d’acier et ne tue la créature. Le Sitifien craignait qu’il ne se soit tué, jusqu’à ce qu’il ouvre progressivement ses grands yeux gris.
-Toufik ? Où est le loup ? Et où est Malik ?
-Pose-toi un moment.
-Aie ! J’ai mal à la tête... et j’ai l’épaule qui saigne. Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ?
-Tu t’es fissuré le crâne en tombant. Quant à la coupure, c’est le loup qui te l’a occasionnée, tu l’as tué incontinent. Tu es vraiment un Fellaga !
Le jeune Algérien ne dit pas un mot. Toufik poursuivit :
-Alors, Khaled. Es-tu aussi islamiste qu’avant ? Est-ce que c’est le destin que t’offre « Allah » ? Ou bien une chute mortelle et une rencontre fortuite ?
-J’en sais rien, répondit l’Algérois en se relevant.
-C’est bien, Khaled ! au moins, tu ne restes pas là avachi comme un crétin. Viens là, on va tenter de chercher de quoi soigner ta coupure.
-Tu saignes, Toufik.
-Laisse tomber. Viens, on y va.
Dartz
Apr 22 2006, 12:58 PM
Au pied des djebels (11)
-Je ne sais vraiment pas ce que je vais faire de toi, avoua Toufik à Khaled. Si tu peux résister à la douleur, ce sera déjà un problème en moins.
-Ce ne sera pas facile, grinça Khaled. Je ne suis pas comme toi.
En effet, Khaled se souvenait que, dès que Toufik s’était fait blesser par le zombie -et encore, ce n’était pas une blessure superficielle-, il n’avait rien dit sinon que ce n’était qu’une petite égratignure de rien du tout. Il ne pouvait pas résister à la douleur qui l’élançait, mais il avait un esprit très sensible, et percevait des choses chez les gens.
-Comment tu fais pour résister à la douleur ?
Le Sitifien ne répondit pas. Khaled prit son boomerang et, de la partie lisse, lui en assena un bon coup dans la gorge.
-Comment tu peux résister à ça ? Oh ! désolé, tu saignes encore par ma faute !
Toufik se contenta simplement de pouffer de rire devant sa réaction.
-Tu as réussi à me faire saigner, c’est bien. Peut-être qu’un jour, tu vas finir par me tuer...
-Ne dis pas n’importe quoi.
-C’est bon, c’était qu’une blague.
-Vous avez un drôle d’humour, à Sétif.
-Et alors ? A Al-Djazaïr, vous n’en avez pas du tout !
-Chut ! Ecoute...
Un son se fit entendre. Une voix. Un chant.
-Ecoute quoi ?
-Ca !
“By all the storms which annihilate
By the streams of pure blood without stain
By the flags flyin’ which are flyin’
On the highs djebels proud, and so proud
We’re swearing revolt ourselves to live or die
And we swore to die for lives Algeria
Testify! Testify! Testify!”
-Attends, Khaled! Il chante Qassaman!
-Comment tu le sais ?
-Tu as oublié que je parle anglais couramment ?
-Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?
-Allons voir.
-Toufik, attends !
-Allons-y, j’ai dit !
-Il n’y a aucun danger ?
-Si je le dis ! Et de toute façon, qu’est-ce que je m’en fous que ce soit dangereux ou non ?
-Bon, ben c’est bon, je viens.
Ils se dirigèrent vers l’endroit d’où provenait le son.
C’était un homme qui chantait. Sa chevelure argentée étincelait malgré l’absence de lumière. Au départ, il leur tournait le dos, assis sur un rocher. Puis, entendant les bruits de pas de Khaled, il se retourna. Il avait les yeux turquoises. Mais en regardant mieux, Khaled s’aperçut qu’en réalité, un seul de ses yeux était turquoise. L’autre était bleu-gris.
C’était la première fois que l’Algérois rencontrait une personne qui avait les yeux vairons.
-Qui es-tu ? demanda l’inconnu d’une voix glacée.
-Euh... moi, c’est Khaled.
-Khaled comment ?
-Diffalah. Et voici…
-Tu es tout seul.
-Putain, susurra Khaled. Où est-ce qu’il est encore passé ?
Une silhouette se dressa silencieusement derrière l’inconnu.
-Tu es blessé.
-Je sais, merci.
-Attends, je vais te soigner.
-Tu ne bouges plus !!! s’écria la silhouette.
-Ah ben t’étais là !
-Et toi, qui es-tu ? demanda l’inconnu à l’adolescent qui avait compressé son thorax avec son bras gauche tandis qu’il lui passa la lame de son poignard sur la gorge.
-Qui es-tu, toi ! Je vais devoir t’apprendre la politesse. Quand on est face à un Fellaga, c’est lui qui pose d’abord les questions. Or, je suis un Fellaga. Qui es-tu ? d’où viens-tu ? comment es-tu arrivé là ?
-Je me nomme Rivera Espiauba, je viens de Bogotá en Colombie et je me suis fait aspirer par mon ordinateur quand j’ai tenté d’installer un logiciel pour créer des cybermondes.
-Quel est le nom de cette application ? quel âge as-tu ? pourquoi as-tu les yeux de cette couleur ?
-CyberworldBasics. J’ai dix-neuf ans. Quant à mes yeux, j’en sais rien ; mais les tiens sont bien plus étranges que les miens ; ajouta Rivera en fixant les yeux violets aux teintes rougeâtres de son agresseur. Lâche-moi.
-C’est bon.
Il le lâcha, puis ajouta :
-Vas-y, tu peux me poser des questions.
-Qui es-tu ?
-Toufik Hadj. J’ai seize ans et demie, et je suis originaire de Sétif, la Cité des Fellaghas.
-Tu es mineur ? Qu’est-ce que tu fais avec des armes ?
-Pour l’info, j’ai tué mon grand-père il y a dix ans, alors si tu ne veux pas que je fasse pareil avec toi...
-Tu as tué ? Tu n’as même pas dix-huit ans et tu as tué ?
-Tu es ici depuis combien de temps ? demanda Khaled à Rivera.
-Six mois.
-Khaled, cesse de nous importuner, nous sommes en train de parler.
-Désolé, dit l’Algérois en voyant Toufik caresser la lame de sa dague. Ca ne se reproduira plus.
-Tu sais le tenir, le petit !
-Il est matériellement impossible que tu sois là depuis six mois, car c’est un ami à moi, Malik, qui a créé ce cybermonde il y a un mois.
-En compression de données, j’ai pu survivre pendant cinq mois. J’ai beaucoup appris durant le mois précédent ; en premier lieu, ce monde porte un nom : Neo-Gaea. Tu dis que tu viens de Sétif ? Ici, c’est Néo-Sétif. On pourra y aller par le Virtuel, après avoir franchi les djebels.
-Toi qui as l’air de bien t’y connaître, tu vas nous emmener à Néo-Sétif.
-C’est ça, dit Rivera caustiquement en s’apprêtant à partir.
-Attends ! l’appela Toufik.
-Quoi, encore ?
-Je propose un combat, à l’issue duquel le vaincu se plie aux décisions du vainqueur. Pas d’armes ; regarde, je pose les miennes.
Rivera trouvait la proposition excellente, et bien que Toufik eut avoué qu’il avait tué, il n’avait après tout que seize ans et demie ; à cet âge-là, on se préoccupe davantage de ses études et son avenir plutôt que de se battre...
-C’est d’accord, j’accepte. C’est parti !
Rivera se mit en position défensive, tandis que Toufik se plaça en position offensive. Le temps que Rivera en prenne conscience, le Sitifien lui avait déjà décoché une droite qui avait fait saigner le Colombien au niveau de la mâchoire. Il se remit en place, le plus droit possible, mais sa mâchoire l’élançait. Cinq secondes plus tard, sans qu’il en eût pris conscience, Toufik lui déboîta l’épaule gauche et lui décocha un heurt plus violent que ceux que lui infligeait son père en plein dans le nez qui explosa dans une mare de sang. Rivera leva une main.
-Je déclare forfait. Ca suffit !
-Ca va ? Je ne t’ai pas trop fait mal ?
-Ne t’inquiète pas, j’ai de quoi me soigner. J’ai suivi des études en médecine.
Tandis que Rivera se soignait, Khaled s’approcha de Toufik et lui souffla :
-Tu ne crois pas que tu en as un peu trop fait ?
-Fallait bien que je lui montre qui est le plus fort.
-Désolé, Toufik ; je t’ai jugé trop vite ; dit Rivera. Viens là, Khaled ; que je te soigne tes blessures. Tu ne sais pas guérir tes amis lorsqu’ils sont dans le besoin ?
-Non, grinça Toufik. Moi, je suis offensif. Je passe mes journées à casser la gueule aux délinquants de mon quartier et à insulter mes profs quand il me prend l’envie d’aller au lycée.
-Tu sais que l’école est obligatoire jusqu’à seize ans ?
-J’ai seize ans et demie ; mais mes parents m’ont quand même inscrit au lycée.
-Et tu n’y vas pas ?
-Tu ne connais pas quelque chose qui se nomme : sécher les cours ?
-Ah, alors tu t’amuses à faire le mur alors que tu as l’opportunité d’étudier ?
-Je préfère passer mes journées avec quelques délinquants, à se battre entre nous et à s’échanger des insultes en espagnol.
-Super, l’avenir. Tu as des projets pour ton avenir ?
-L’avenir ? Je sais même pas ce que je vais faire aujourd’hui ! Non, je rigole ! Je veux retourner à Sétif et ouvrir une école de combat polyglotte. Je pourrais ainsi enseigner dans n’importe quelle langue.
-Même en atlante ? demanda Khaled.
-Langues vivantes.
-Venez, lança Rivera. On va traverser les djebels !
Propension à l’escalade ? (12)
-Et voilà, nous sommes au pied du Haut Gaea-Atlas.
-Après on sera à Sétif ?
-Ne te presse pas, Toufik ; il nous faudra traverser d’autres djebels avant d’atteindre Néo-Sétif.
-Décidément, j’adore ce monde, déclara l’Algérois.
-Moi aussi. J’étais pianiste virtuose, et tout le monde me harcelait sans cesse pour que j’intègre divers conservatoires. Je suis calme ici.
-Malik voulait être libre, non ? demanda Khaled. Pour ma part, j’en avais plus qu’assez de mon père et mon frère.
-En effet, il voulait être libre. Mais pour moi, ça m’arrange d’être ici également...
-Qu’est-ce que tu as fait ?
-J’ai tué quelques délinquants qui voulaient me racketter ainsi que du personnel de la maréchaussée, et j’en avais marre de me faire taper par mes parents.
-Tu te faisais taper ?
-On se serait crus aux émeutes de Sétif en 1945 !
-Et... tu n’en as pas discuté avec eux ?
-On peut pas leur parler, ils n’écoutent jamais rien ! réfuta Toufik. Si j’en ai marre de me faire taper, c’est parce que je me fais sérieusement chier et que je ne supporte pas qu’ils fassent les Fellaghas alors qu’ils n’en sont pas, bien qu’ils soient de Sétif.
-Et... tu ne...
-Laisse tomber. Chaque fois qu’ils me battaient, je leur rendais les coups.
-Mais... pourquoi détestes-tu tes parents ?
-Ils m’ont arraché à Sétif.
-Est-ce une raison valable ?
-Exactement.
-Rivera, je peux te parler un instant ? demanda Khaled.
-Vas-y.
-C’est... personnel.
-C’est bon, déclara Toufik. Je vois que je gêne, alors je m’en vais.
Une fois qu’il fut parti, Khaled regarda le Colombien gravement et lui dit :
-Je t’en supplie, Rivera ; ne pousse pas Toufik à tuer.
-Pourquoi ?
-Il a fait soixante victimes aujourd’hui.
-Soixante ? Il n’a pas peur de se faire fustiger ?
-Ah, un croyant ! Toufik est hostile à tout ce qui a trait aux religions, je n’ose même pas te répéter ce qu’il m’a dit tellement c’était injurieux.
-Je me demandais bien ce qu’il faisait avec des armes. Mais... il n’a aucune envie d’étudier ?
-Non.
-Pourtant, l’école est obligatoire jusqu’à seize ans.
-J’ai seize ans et demie, lança Toufik. Désolé, mais j’ai tout entendu. Khaled, si j’ai dit à Malik de ne pas déballer ma vie à tout le monde, c’est également valable pour toi !
-Comme ça, je le saurai, marmonna l’Algérois.
-Il faut escalader ce truc ? reprit le Sitifien.
-Je croyais que Sétif était située sur des djebels ; ça ne devrait pas t’étonner, non ?
-Premièrement, ça fait dix ans que je ne suis plus retourné à Sétif ; deuxièmement, je te dis que je viens de la ville de Sétif, pas la wilaya, je ne passais pas mes journées hors de la cité.
-D’accord... Bon, ben j’espère que tu es agile.
-Ne t’inquiète pas à ce sujet, c’est très facile !
-Alors allons-y.
Il prit une corde, un grappin, et l’envoya sur une plateforme naturelle cent mètres au-dessus d’eux.
-Tu as besoin de ça ? demanda Toufik en agrippant la paroi.
-Bien sûr, pourquoi ? tu ne te sers pas d’une corde ? Viens, Khaled ; je vais t’assurer.
Rivera s’assura que le grappin était solidement flanqué, puis tira un bon coup sur la corde.
-Tu vas t’agripper à la corde et faire comme si tu marchais sur la paroi, OK ? Si tu tombes, je serai là pour te ramasser. Puis je ferai de même avec... où est Toufik ?
-Je n’ai pas besoin de ton aide, merci ; je peux parfaitement me débrouiller tout seul.
-Ben vas-y, grimpe si tu dis que tu es le meilleur ; ne compte pas sur moi pour te rattraper si tu tombes...
Il y avait beaucoup de prises faciles, et Toufik se retrouva sur la plateforme en moins de dix minutes.
-Je suis effectivement bien plus doué que tu ne le penses, Rivera. Tu m’as encore mal jugé.
Il fallut trois fois plus de temps pour que les deux autres parviennent sur la plateforme.
-Ca y’est, on fait une pause, décréta Rivera.
-Il serait peut-être temps ! s’exclama Khaled. Tu sais quoi, Rivera ? Je suis bien avec toi.
-Que veux-tu dire ?
-Au moins, avec toi, on peut parler d’autre chose que d’hématie.
-Pourquoi dis-tu ça ?
-Toufik s’en délecte, et ne peut donc pas tenir une conversation... du moins avec des gens normaux ! acheva l’Algérois en éclatant de rire.
-Je te remercie de ta franchise, Khaled ; répliqua Toufik. Cela signifie donc que je ne suis pas normal ?
-Non, non, j’ai pas dit ça... Toutefois... tu adores tout ce qui touche au sang, aux combats... et aux meurtres. Vous êtes tous comme ça à Sétif ?
-Oh, bordel ! arrête de tout ramener vers la mentalité de Sétif quand je dis ou fais quelque chose qui t’étonne !!
-Khaled a raison ; aimer tuer ne se dit pas dans une conversation normale, dit Rivera.
Puis, s’adressant à l’intéressé à voix basse :
-Ce Toufik ne me semble pas normal. C’est comme s’il... n’était pas humain.
-Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
-Ses yeux. Tu as déjà vu un être humain avec des yeux pareils ? On dirait qu’il a les yeux violets, mais en fait, je ne sais même pas s’ils sont violets ou rouges !
-Comment ça ?
-Il a les iris violets, mais aussi des reflets rouges. C’est un mélange des deux couleurs. C’est très beau... très étrange...
-Envoûtant, c’est ça ?
-Exact.
-Et inconnu.
-Exact.
-Mais... je ne comprends pas ! comment peut-il tuer autant de personnes ?
-Oh, j’avoue qu’il se bat plutôt bien !
-Non, comment fait-il ? ça ne lui pèse même pas sur la conscience !
-J’en sais rien, demande-lui.
-A chaque fois que je parle avec Toufik, j’ai l’impression qu’il va m’assassiner.
-Oh, ne t’inquiète pas ! ça passera. Mais si j’étais toi, j’essaierai d’en parler avec lui, peut-être que ça pourra arranger les choses.
-Toufik est impulsif. On ne peut pas prévoir quelle sera sa réaction chaque fois qu’on lui dit quoi que ce soit. Au fait, si tu ne veux pas te faire taper, évite de montrer que tu crois en dieu.
-OK. Khaled, je voudrais savoir autre chose : pourquoi Toufik a une plaie au niveau de la gorge ?
-Il s’est fait blesser par un zombie ; en voulant dégager un passage, je lui ai envoyé le boomerang dessus ; je l’ai refrappé au même endroit ; à force, le sang forme une énorme croûte ; je ne sais pas si ça pourra cicatriser. Mais il s’en fout. Pour lui, ce n’est qu’une petite égratignure de rien du tout !
-Tiens ! le revoilà, va lui parler. Allez, vas-y !
Khaled s’avança, tremblant de tous ses membres, et parvint à articuler :
-Toufik ?
-Quoi, encore ?
-Je peux te poser une question ?
-Vas-y.
-Comment... comment peux-tu oser... tuer autant de vies ?
Le Sitifien ne répondit pas. Il s’éloigna lentement, droit et fier comme toujours, mais Khaled était quasiment sûr d’avoir entr’aperçu une larme dans un univers violet.
Dartz
Apr 22 2006, 12:59 PM
Révolte à Sétif (13)
Lorsque Khaled avait demandé à Toufik ce qui l’incitait à tuer, il s’était éloigné sans rien dire.
-Toufik, où vas-tu ?
Il ne répondit pas. Il se souvenait. Ce souvenir lui avait semblé si fort en cet instant qu’une larme perla au coin de son œil droit. Ce souvenir, il ne souhaitait en aucun cas le faire partager aux deux autres...
C’était le souvenir le plus clair qu’il avait de sa ville natale. Quelques émeutes, et il a fallu que ses parents veuillent partir, extrêmement soulagés. A l’époque, Toufik avait surtout des idées de combat, en se basant sur la technique offensive. Mais lorsque sa mère lui annonça qu’ils allaient partir, il n’avait plus que des idées de meurtre...
Toufik était déjà un Fellaga à l’époque, et il aurait largement préféré partir de Sétif droit et fier plutôt que sous les coups de son père, les mains ensanglantées et le meurtre qu’il avait commis.
Il était dans sa chambre, occupé à nettoyer sa dague, quand sa mère entra :
-Toufik ? Je peux te parler un instant ?
-Vas-y.
-Prépare ton sac, mais ne prends que le strict nécessaire. On part.
-On part où ? demanda son fils tout en continuant sa tâche.
-J’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que ton père... oh ! je suis tellement désolée, Toufik !
-Qu’est-ce qu’il t’a dit ? contesta le jeune Sitifien d’un ton menaçant.
-Il... il m’a chargée de te dire...que l’on part de Sétif... définitivement.
-QUOI ??
Il fit un mouvement brusque, manquant de se rompre le poignet avec le fil de la lame.
-Désolée...
-Pourquoi on part ?
Sa mère ne répondit pas et quitta la pièce. Toufik prit sa dague et, à l’endroit où il faillit se couper, se trancha rageusement les veines. Puis il sortit en courant, se planta devant sa mère et lui dit :
-PARS SI TU VEUX ; MOI, JE RESTE !!!
-Tu viens avec nous, que tu le veuilles ou non !
-TU M’ARRACHERAS PAS A SETIF !!!
-Ne me parle pas sur ce ton.
-JE TE PARLE COMME JE VEUX !!!
-Qu’est-ce que c’est, Toufik ? demanda son père. Pourquoi tu saignes ? Tu t’es blessé ?
-Non, je me suis coupé sciemment.
-Est-ce que tu te rends compte de ce que tu fais, au moins ?
-Je veux pas partir.
Toufik reprit sa dague et se trancha les veines de l’autre poignet.
-Et si je pars, je continue. Comme ça, je vais crever, et vous serez bien contents !
-Ne dis pas n’importe quoi.
-Toufik, appela Messali. Je peux te parler un instant ?
-J’arrive.
Il l’entraîna dans un endroit duquel ils ne pouvaient être vus.
-Non mais regarde-toi. Si je t’ai offert cette dague, ce n’est pas pour te pousser au suicide.
-Ah oui ? Ah oui ? T’avais qu’à le préciser avant ? répliqua Toufik en se taillant l’avant-bras.
-Arrête.
-Bon, qu’est-ce que tu veux me dire ? Dépêche-toi, je n’ai pas que ça à foutre.
-Si tu continues à te battre ainsi, tu intègreras une grande école militaire... si tu n’es pas peureux. Qu’Allah te bénisse, mon fils.
Allah, Dieu, religion... Les mots idéaux pour courroucer Toufik. Il gifla son grand-père qui dit :
-Allah te fustigera.
Il se fit gifler de nouveau et répéta :
-Allah te fustigera un jour, tu verras !
-Fariboles, susurra Toufik en reprenant sa dague d’une main sûre. Désolé, Messali.
Il leva la dague et assena un bon coup entre les côtes de son grand père. Le vieil homme était mort incontinent.
Puis Toufik cela le corps astucieusement, revint auprès de ses parents qui lui demandèrent :
-Où est Messali ?
-Il est rentré, il nous dit adieu.
-D’accord, on part.
Le fait que Toufik ait docilement suivi ses parents jusqu’à Casablanca les a toujours étonnés. Deux jours après leur départ, sa grand-mère les avait rappelés afin de leur annoncer qu’elle avait retrouvé Messali poignardé. Toufik avait simulé des larmes, tout en se délectant de la nouvelle. Personne ne l’a soupçonné. Et personne ne le soupçonne encore.
Mais, au commissariat, lorsque Toufik avait tué les deux gendarmes et s’était tourné vers sa mère ensuite, il avait vu dans son regard qu’elle avait enfin compris qui était responsable de la mort de son père. Comment son propre fils avait-il pu le tuer ? il n’avait que six ans et demie !
Et actuellement, s’il comptait tous les meurtres de son enfance plus ceux du cybermonde, Toufik en arrivait presque à la centaine. Et il s’en fichait. Regardant les cicatrices laissées là où il s’était tranché, il ne retint pas ses larmes. Ses parents l’avaient arraché à Sétif, il devait se venger. Il devait les tuer.
-Toufik, tu pleures ?
-Qu’est-ce que tu fous là, Khaled ?
-Ce n’est pas trop l’idée que je me faisais d’un Fellaga.
-Ferme ta gueule, ça vaudra mieux pour tout le monde.
-Rivera nous attend ; on continue la grimpette.
-Vous ne voulez pas dormir ?
-Ecoute, Toufik. Rivera se méfie de toi. Il a peur que tu nous tues durant notre sommeil. Il est vraiment trop méfiant, tu dois l’être aussi.
-Je sais parfaitement ce que je fais, merci. C’est Rivera qui ne se méfie pas ; il va voir ce qui s’appelle être Sitifien.
Sur ce, Toufik se leva et alla rejoindre Rivera, suivi par Khaled. Le Colombien annonça :
-Vous pouvez dormir si vous le désirez, je monte la garde.
-Dors, Toufik ; demanda Khaled.
-Non, ça ira ; je ne suis pas encore fatigué.
-Dors ; ça te reposera.
-D’accord...
Tandis que les deux Algériens s’allongeaient sur le sol, Rivera spéculait. En regardant Khaled, il se demanda comment pouvait être un adolescent pacifiste et islamiste à quatorze ans. Il pressentait qu’il n’était pas si pacifiste que ça. Quant à Toufik, il en avait peur. Il s’en méfiait à satiété. Surtout depuis que le Sitifien lui avait annoncé qu’il a tué son grand-père et commis soixante meurtres le même jour.
Le Colombien ferma les yeux. Dire qu’il y a six mois, il aurait pu intégrer le meilleur orchestre de Bogotá, sous les louanges de sa famille et les yeux remplis d’admiration de Dolorès ! Maintenant, il se trouvait dans un monde hostile, en compagnie d’un militant islamiste et d’un serial killer... Mais plus pour longtemps. Il s’approcha de Khaled, prit son boomerang, et se tourna vers Toufik. En adjurant Dieu de ne pas le fustiger, il leva la pointe d’acier de l’arme. Puis se prépara à assener le coup.
Mais Toufik avait le sommeil léger, et dormait toujours avec sa dague à la main. Il se réveilla, alerte :
-Tu es taré, Rivera !
-Tu ne me descendras pas.
-Qui te dit que je veux te tuer ? Je veux juste retourner à Sétif !!
Khaled se réveilla, encore engourdi, et tâtonna autour de lui.
-Toufik, c’est toi qui as... Rivera ! Rends-moi ça !
-Rendors-toi, Khaled.
-Tu veux le tuer, Rivera ? Tu veux le tuer ? Alors tue-moi avant.
-Non, Khaled. Je refuse que l’on prenne des risques pour moi.
-Mais...
-C’est bon. On arrête, dit Rivera. Je passe pour cette fois. Mais je te préviens, Toufik Hadj ; si tu essaie de me tuer, je me défendrai.
-Parfaitement, tu en as l’opportunité, alors vas-y ! Au fait, appelle-moi Toufik, tout uniment.
-OK, Toufik. Bon, alors, on continue ?
Rivera reprit le grappin, le lança deux cents mètres au-dessus de sa tête et assura la corde, puis reprit la montée en compagnie de Khaled. Toufik agrippa la paroi, se hissa cinquante mètres au-dessus d’eux et leur lança :
-Dépêchez-vous, ma Sétif m’attend !C'est tout pour le moment pour ce qui est du premier livre de "the faith of Toufik"; mais ne vous en faites pas, je continue toujours à écrire; c'est juste qu'avec tous les dossiers et les contrôles de la part des profs plus le brevet en rajoutant la construction de mon site, je n'ai pas trop le temps de rédiger, et vu que c'est sur le PC et que je transfère ensuite sur ma Memorex, j'écrirai donc moins souvent (je vais quand même pas embarquer le PC en classe

). Mais je ferai de mon mieux, et je mettrai le tout sur mon site pour ceux que ça intéresse (je mettrai mon adresse dans mes infos profil dès que je me serai fait héberger les pages -dès que je les aurai finies). En attendant de faire mon site, j'ai tout mis sur mon skyblog, pour ceux que ça intéresse, même endroit que ma future adresse Internet^^!
Dartz
Apr 24 2006, 03:15 PM
Le rôdeur (14)
Malik avait passé deux bonnes heures à tenter de remonter la pente par laquelle il était descendu. Une fois revenu à la bifurcation, il prit le bon chemin, c’est-à-dire à droite. Voilà, il avait atteint son objectif, à savoir provoquer la mort de Khaled et se débarrasser de Toufik. Mais il se doutait que Toufik soit mort, Fellaga comme il est. Malik se devait donc d’atteindre Sétif avant lui. Le chemin de droite était bien plus long que d’escalader les djebels, mais il y menait directement, au moins. Sans s’autoriser de trêve, il continua sa marche.
La veille, il avait découvert un autre côté de Toufik. Deux jours passés dans un cybermonde où le danger est omniprésent, et il tuait à la chaîne comme s’il travaillait à la boucherie du coin. Une boucherie... le mot parfait pour désigner l’action principale de Toufik depuis leur arrivée. Et le pire dans tout cela, c’est que ça ne le gênait pas le moins du monde. Toufik aime tuer, c’est dans sa nature. Nonobstant...
Malik ne connaissait pas beaucoup de personnes ayant un goût aussi prononcé pour la violence. D’ailleurs, à part Toufik, il n’en connaissait aucune. Et encore, Toufik était un cas particulier : il est de Sétif, c’est un Fellaga, ses parents ne cessaient de le battre, ils l’ont arraché à sa ville natale alors que Toufik y était très attaché...
Mais dans ce monde, le Casablancais aurait pensé qu’il pourrait se calmer ! eh non ! La première chose qu’a fait Malik en arrivant est de se poser des questions tout en essayant de se repérer. Toufik, a cherché quelqu’un à tuer incontinent. Malik, ne se doutait pas une seconde qu’icelui adorait ressentir le flot d’hématie sur ses mains et l’impression de pouvoir de mort sur un être vivant.
Il faut arrêter de penser à Toufik ; dans le monde, c’est un prédateur. Et Malik, tout comme Khaled, est une victime. Tout ce que le Marocain avait à faire pour le moment, c’est atteindre Sétif. Il était à bout de forces ; il ne pouvait pas continuer dans cet état. Il s’assit et s’endormit.
Un cri animal le fit se réveiller. En se réveillant, il s’aperçut qu’un oiseau se trouvait en face de lui. Mais pas n’importe quel type d’oiseau. Celui-là semblait faire trois fois la taille d’un ours. Il était noir, son bec était d’argent et ses pattes de platine. Ses plumes paraissaient carbonisées. Malik prit peur. Il hurla et s’enfuit. Nonobstant le rapace le rattrapa et atterrit en face de lui. Malik repartit alors par-derrière, mais un autre rapace, exactement comme le premier mais au bec chromé et aux pattes d’or atterrit, cernant le pauvre Casablancais pris au piège.
« Si seulement Toufik était là », pensa Malik. « Il les dégommerait en une fraction de seconde ! ».
Mais Toufik n’était pas là. Il était là où Malik ne pouvait savoir, peut-être mort à l’heure qu’il était. Peut-être en train d’accomplir son devoir de serial killer, éventuellement...
Oh ! de toute façon, le jeune Miloudi s’en était toujours méfié. Il avait horreur du sang.
« Alors, on s’est perdu, l’anthropo ? »
-Hein ?
Il réalisa que c’était l’oiseau noir qui parlait. Par la pensée.
-Comment... comment peux-tu parler ? Es-tu un messager d’Allah ?
« Je ne sais pas. Nous n’avons aucun dieu. Nous avons toujours été dotés de la parole. »
-Est-ce que... vous savez où est... Toufik ?
« Toufik ? Quel nom étrange... j’ignore qui il est, désolé, l’anthropo. »
-Je me nomme Malik. Malik Miloudi. Et Toufik est mon ami. Enfin... était. Vous l’avez déjà vu ?
« Vous avez des noms bizarres. »
-Toufik est aussi étrange.
« Toufik... alors ce serait cet anthropo aux yeux rougeâtres ? ou violets, je ne sais pas. »
-En effet, c’est bien lui. Alors, vous savez où il est ?
« La dernière fois que je l’ai aperçu, il était en train de se battre au Haut Gaea-Atlas. »
-Il se bat toujours. C’était contre Khaled ? L’humain aux yeux gris.
« Non ; celui-là avait un boomerang d’acier à la main. Ses yeux sont disparates : l’un est turquoise et l’autre bleu-gris ».
-Je ne le connais pas. Mais l’arme qu’il tenait appartient à Khaled. Quel est ton nom, oiseau ?
« Nous appartenons à la race des Aguilas. Mon nom est Stilpaden, et ma femelle derrière toi est Silfalah ».
-Vous, vos noms sont étranges !
« Entre étrangers, tout est étrange »
-Pouvez-vous m’aider ?
« Oui, nous le pouvons. Mais le voulons-nous ? »
-Je vous en supplie, aidez-moi à atteindre Sétif !
« Néo-Sétif, veux-tu dire ? Pourquoi veux-tu l’atteindre ? »
-Il faut que je me débarrasse de Toufik, implora le Marocain. Si je le tue, alors c’est la fin de mes ennuis. Il vous tuerait.
« Personne ne peut nous tuer, et encore moins des jeunes anthropos. »
-Toufik possède une puissance surnaturelle quand il s’agit de se battre. Il faut que j’atteigne Néo-Sétif avant lui.
« Tu as de la chance, c’est là que nous allons. Je te porterai sur mon dos et nous irons ensembles à Néo-Sétif. Puis nous réservons un charmant accueil à ce Toufik ».
-Merci, merci infiniment !
Malik se hissa sur le dos de Stilpaden, l’oiseau Aguila. Lui et Silfalah se mirent en route à une vitesse hallucinante.
« Cela ne te dérange pas si nous passons par Newashington ? »
-Pas le moins du monde ! du moment qu’on arrive avant Toufik !
« Nous devons nous équiper. Nous allons quitter le continent Impétueux, nous allons franchir la Wind Path et débarquer dans le continent Onéreux !!! »
« Accroche-toi ! » ajouta Silfalah.
Ils arrivèrent à la frontière. D’impressionnantes tornades se mouvaient et bloquaient la route.
« Il est impossible de franchir cette route. Il n’existe aucune zone morte et nous allons être ballottés dans tous les sens. Comme te l’a dit Silfalah à l’instant, accroche-toi bien ! »
Et ils s’infiltrèrent sur la route. Tanguant dangereusement, Stilpaden ajouta :
« Il existe une zone calme en bas, mais elle n’est ouverte que par moments. »
-Pourquoi on l’a pas prise alors ??? hurla Malik afin de se faire entendre.
« Tu veux prendre de l’avance sur Toufik ou quoi ? Quand je dis “par moments”, cela signifie une fois par an, ou par mois quand tu as de la chance ! »
Les tornades les faisait tourbillonner. Les rapaces, contrairement à Malik, avaient compris depuis bien longtemps qu’il fallait se laisser porter au gré du vent. Ils replièrent leurs pattes, étendirent leurs ailes et attendirent une tornade. Ils n’eurent pas longtemps à patienter. Un énorme cyclone s’approchait d’eux. Silfalah cria à Malik :
« Lâche Stilpaden, et étends tes membres ! »
-Tous ? demanda Malik.
« Ce n’est pas le moment pour les blagues inutiles. Si tu as peur, ferme les yeux ! »
Ce qu’il fit. Ensuite ? Il se sentit happé par le vent. Cela dura deux bonnes heures. Jusqu’à ce que...
Jusqu’à ce qu’il se sentit tomber. Et se sentit tomber sur un tas de plumes. Silfalah l’avait rattrapé.
« Si je ne t’avais pas chopé au passage, tu aurais dégringolé de trois cent cinquante mètres, au moins ! »
-COMMENT ???On était si haut ?
« Eh oui ! » compléta Stilpaden. « On est arrivés ! tu peux rouvrir les yeux ! »
-C’est ça, Newashington ? demanda Malik en désignant une immense cité.
« Non ; ça, c’est Londonew. Nous y sommes presque ! »
Ils survolèrent le continent Onéreux -qui portait bien son non !- jusqu’à arriver à une mégalopole encore plus immense que tout ce qu’il avait pu imaginer.
« Ca, c’est Newashington ! » commenta Stilpaden tout en s’engageant dans la cité.
Dartz
May 1 2006, 02:03 PM
Voilà! plus de la moitié de mon premier thriller! j'espère que je ne vous ai pas trop ennuyés^^
Je prolonge bien sûr "Kabylie, dellali!", mais, contrairement à "The faith of Toufik" (la foi de Toufik - anciennement Malik vs Khaled), je ne le publierai pas.
Je continue également "Extraño Diffalah 1" tout en espagnol, mais je le traduirai en anglais sur mon site (enfin... mon futur site, faut encore que je me fase héberger les pages et que je les finisse^^).
Voilou pour les news; je vous enverrai les chapitres 15 et 16 p'têtr demain si je pense à prendre ma clé USB^^
Massilia
May 2 2006, 04:19 PM
T'inquiète, ton thriller est passionnant!
Au fait, pour "Extrano Diffalah", pourquoi en anglais et non pas en français??
Et... je peux te poser quelques questions à propos de ton thriller?
1)Combien il y'a de chapitres?
2)Quels sont les personnages principaux?
3)Donne un peu de lexique, please, car "propension", "nonobstant", "incontinent", "veule", "onéreux", "impétueux", "pléthore"... tout ça je sais pas ce que ça veut dire!!
Dartz
May 3 2006, 12:59 PM
Extraño Diffalah: en anglais car je préfère; c'est plus facile de traduire espagnol=>anglais que espagnol=>français, tout uniment!
1)26
2)Toufik, Khaled, Malik, Rivera et Belkacem (tous les livres)
3)Propension=capacité
Nonobstant=malgré cela, néanmoins
Incontinent=immédiatement
Veule=mou, lâche
Onéreux=cher
Impétueux=violent et coléreux, fougueux
Pléthore=abondance, démesure
Diligemment=rapidement et efficacement
Tout uniment=tout simplement
^^mais t'aurais pu chercher dans le dico, feignasse^^
Dartz
May 3 2006, 01:16 PM
Le bon vieux temps... (15).
-A quoi tu penses, Rivera ? demanda Khaled.
-Ah, ah !
-Vas-y, tu peux me le dire !!!
-Je vous dérange ? rétorqua Toufik. Vous pouvez me le dire ; vous avez deux options : ou je me barre, ou je me suicide.
-Ou les deux, ajouta Khaled. Non, je rigole...
-Arrête de tout prendre comme ça, Toufik ; tu nous gaves !
-Ouais ; et j’ai pas fini !
-Quand vas-tu cesser de nous soûler ?
-Quand je serai à Sétif !
Khaled, de ses grands yeux gris et perçants, avait entr’aperçu une fissure dans la roche. Ils s’y étaient engouffrés à grand-peine, pénétrant dans une grotte. On se serait crus dans la cheminée d’un volcan ; excepté que là se trouvait un grand arbre mort qui s’élevait jusqu’en haut. Les trois jeunes avaient aussitôt commencé à grimper, bien plus facilement que contre la paroi. Ils étaient presque arrivés au sommet quand Rivera annonça la trêve.
-A quoi tu penses, Rivera ? répéta Khaled.
-Oh ! rien, rien.
Khaled alla rejoindre Toufik perché sur une branche assez éloignée tandis que Rivera ferma les yeux, absorbé par ses souvenirs.
-Qu’est-ce qu’il a, Rivera ?
-J’en sais rien, répondit le Sitifien en nettoyant ses lames.
-Allez, Toufik ; on est presque arrivés !
-Je ne crois pas, réfuta Toufik, sceptique.
Ce qu’avait Rivera n’était autre que la pensée de ses dix-huit ans et demie, juste avant de se faire happer dans son ordinateur. Si seulement il avait réfuté l’achat !
Ce jour-là, il se promenait dans les vieux quartiers de Bogotá en compagnie de Dolorès. Puis tout s’est enchaîné très vite. Un pétard a éclaté, un dealer a hurlé, les femmes ont accouru. Rivera tenta de rattraper Dolorès quand un vieillard l’agrippa.
-Excusez-moi, monsieur. Je dois retrouver ma fiancée.
-Reste-là, petit. J’ai une offre très intéressante. Il paraît que tu n’as plus l’inspiration pour ton piano ?
-Comment vous savez ça, vous ?
-Je sais tout, mon petit. J’ai là un logiciel qui va t’intéresser. Pour vingt-sept pesos seulement.
-Et qu’est-ce que c’est ?
-Un logiciel qui permet de créer des cybermondes.
-C’est bon, j’accepte.
Rivera donna la monnaie, le vieillard lui tendit le cédérom. L’application se nommait « CyberworldBasics ». Rivera rangea le CD-R dans son sac et se hâta de rejoindre Dolorès.
Le lendemain, il reçut une invitation du Grand Orchestre car leur meilleur pianiste venait de décéder, et le chef d’orchestre avait entendu parler du phénomène Rivera, et lui proposait une place. Enchanté par l’idée, Rivera avait ressorti « CyberworldBasics » et avait inséré le CD-R dans son ordinateur portable. Il s’était fait happer par l’ordinateur incontinent, sous le regard horrifié de Dolorès.
Il avait passé cinq mois sous la forme de données compressées. Il ne savait pas vraiment ce qu’il faisait. Pas du tout, d’ailleurs.
Jusqu’à ce qu’un cybermonde soit créé. Celui d’un certain Malik, d’après Toufik. Il avait survécu un mois. Un mois depuis qu’il avait surgi à Néo-Brasília. Un mois passé à esquiver les zombies, les Aguilas, les Lupus Novus, et d’autres créatures si charmantes... aux yeux de Toufik. C’est-à-dire horribles.
Et voilà qu’un jour, alors que les zombies des Fellagas migraient vers NéoCasablanca, et que Rivera était en train de chanter l’hymne algérien en anglais -il avait étudié un an en Algérie et avait appris l’anglais très tôt, tout comme le Sitifien-, Khaled avait surgi derrière lui. Puis Toufik, mais le Colombien ne l’avait pas remarqué incontinent, en raison de sa propension à la discrétion. Mais, dès le début Rivera avait deviné leurs caractères. L’attitude d’une personne la dévoile. Khaled avait l’air terrorisé et curieux, mais restait tout de même en retrait. Toufik s’était approché sans bruit et lui avait sauté à la gorge diligemment, comme s’il représentait un danger ou une menace, comme s’il cherchait à protéger Khaled. Or, Toufik n’est pas de nature défensive, mais offensif. Ce n’est pas son genre de protéger les plus faibles, mais de les tuer.
Nonobstant, Rivera ne le connaissait pas mieux qu’icelui en dépit de ses actes. Pour le jeune Colombien, Toufik n’était qu’un gamin amateur de combats à armes blanches, rien de plus.
-Rivera, y’a Toufik qui est reparti ! alerta Khaled.
-Bordel, mais il l’aime vraiment, à sa Sétif ; cracha Rivera d’un ton amer. A croire que c’est sa meuf...
-Ne diffame surtout pas Sétif devant lui ! prévint l’Algérois.
-T’y en foutrais, moi, de la diffamation ! grinça Rivera en achevant de grimper. Toufik ! Où te caches-tu ? Eh, l’algérien ! je crois bien que ton pote s’est fait la malle !
Khaled grimpa ; mais, à part Rivera ne vit personne.
-Toufik ! tu sais quoi ? appela Khaled. Vas-y, fous-lui ta diffamation...
-Toufik ; tu savais que Sétif, c’est rétif et chétif ??
Aucune réponse.
-Je comprends pas ; d’habitude, il t’aurait explosé la gueule !
-Ca te pose un problème ?
-Il est bel et bien parti ; il nous a plantés là.
-Et alors ? Au moins, il ne nous tuera pa