Un séropositif aurait guéri sans traitement
UN BRITANNIQUE de 25 ans, séropositif il y a trois ans, est redevenu séronégatif quatorze mois plus tard, selon une information publiée hier dans l'hebdomadaire britannique News of the World. L'affaire vaut plus pour le retournement de situation qu'a connu Andrew Stimpson, que par les enseignements scientifiques que l'on peut en tirer. Car, sauf à imaginer qu'il s'agisse d'un miracle ou d'une erreur médicale, ce cas unique pourrait n'être que l'exception qui confirme la règle : le virus du sida, une fois installé dans l'organisme humain, ne disparaît jamais. Cette histoire, à prendre avec précaution, n'a pas été analysée par une publication scientifique patentée. En revanche, des médecins français et américains viennent d'identifier une nouvelle classe de séropositifs, les «HIV controllers», qui, quoique contaminés depuis plus de dix ans, sont en parfaite santé et n'ont plus de trace de virus détectable, sans le moindre traitement.
En août 2002, Andrew Stimpson, 25 ans aujourd'hui, apprend qu'il est, comme son compagnon, séropositif. Une nouvelle série d'examens quatorze mois plus tard révèle alors que le virus du sida a complètement disparu, sans aucun traitement. «C'est vraiment fou de penser qu'un jour j'étais là à regarder la mort en face et que maintenant je lui ai dit adieu, raconte-t-il. Erreur ? immunité exceptionnelle ? Selon l'hebdomadaire britannique, les médecins du jeune homme semblent catégoriques : il n'y a pas eu mélange de dossiers ou d'échantillons.
Test faussement positif ?
Le virus du sida, une fois dans l'organisme, provoque la production d'anticorps sur lesquels reposent les tests de dépistage. Le jeune Stimpson présente-t-il encore des anticorps anti-VIH dans le sang ? Le virus avait-il été recherché lors des premiers tests ? Ces questions restent en suspens. Les spécialistes sont sceptiques. Le test a pu être faussement positif, par exemple, car contaminé au laboratoire. «Il faudrait disposer du dossier médical complet avant d'affirmer qu'il s'agit d'un cas de guérison spontanée, estime le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence nationale de recherche sur le sida, à Paris.
Par ailleurs, plus riche d'enseignements pourrait être une catégorie de séropositifs identifiée récemment comme des «HIV controllers». Le 15 octobre dernier, en effet, des chercheurs français, suivis par des Américains, ont publié une étude dans Clinical Journal of Infectious Diseases, décrivant l'état d'une quinzaine de personnes infectées depuis plus de dix ans et qui n'avaient aucun signe de la maladie, ni aucune perturbation immunitaire, et en plus pas de trace de virus dans le sang, en l'absence de traitement. «Ces patients, qui représentent moins de 1% des personnes infectées, sont séropositifs, car ils présentent des anticorps, mais plus aucune trace de virus, poursuit le professeur Delfraissy. Par des techniques très sophistiquées, on peut finir par mettre en évidence le virus dans des cultures de lymphocytes.» La compréhension du mécanisme d'une telle résistance au virus pourrait ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques.
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