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Full Version: Récit de Voyage en Afghanistan
Rastaba's Forum > Le Rendez-vous des Rastabariens > Divers
superbiboune
Kikoo tout le monde ^^

Comme promis, et en retard (cela fait déjà un mois que je suis rentrée, mais comme vous le savez, j'avais mon mémoire a terminer et à soutenir), je viens vous raconter mon périple de cet été.

Il sera en plusieurs parties (fidèle à ma vieille habitude de post-fleuve) et très bientôt illustré de photos ! (Raison fort terre à terre : faut que je formate avant de pouvoir utiliser mon scanner)

Raconter un voyage, une expérience, c'est toujours très difficile. On ne sait pas par quel bout commencer, les souvenirs se bousculent et sont coordonnés sans l'être ; et puis, quels aspects appuyer ? et surtout... comment les appuyer ? Il manque tout, l'ambiance, les sons, le cadre... Heureusement pour ce dernier point, il y a les photos. ^^ Et puis une fois qu'on est lancé dans son récit, il est tout aussi difficile de s'arrêter. C’est difficile, raconter un voyage.

Je vais donc essayer de vous faire partager un peu ce que j'ai vécu cet été, avec notre équipe, car naturellement, nous avons tout vécût ensemble pendant ces deux mois.

C'est parti ! ^^

J'ai donc pris l'avion début juillet, direction l'Afghanistan. Je crois que dès le premier coup d'oeil, je me suis sentie dans un autre monde et en même temps, comme n'importe quel voyageur, chez moi. Après avoir survolé le plateau iranien au petit jour, j'ai découvert soudain les montagnes enneigées de Kaboul, paysage grandiose et inconnu. La fatigue du voyage aidant, j'avais vraiment l'impression d'être dans l'espace.

Nous étions têtes couvertes dès la sortie de l'avion. Les afghans qui étaient avec nous à ce moment là venaient de Francfort, aussi ce n'était pas très "dépaysant". C’est en sortant de l'aéroport que mes yeux se sont écarquillés et qu’un sourire béat s’est figé sur ma figure. C'était complètement autre, et ça m'a beaucoup impressionné.
Il y avait une place immense devant l'aéroport, vide, et au fond de cette place, il y avait le parking où des centaines de personnes étaient venus chercher leurs proches.
Le premier contact était timide, surtout pour nous, les filles. C'était la première fois que la mission comptait des femmes, et personne ne savait trop comment ça allait se passer. C'est donc le regard fixe et droit que nous avons traversé cette foule, sans voir alors que tous les yeux étaient posés sur nous. Une attitude tendue qui n'aurait pas été nécessaire avec le recul de ces deux mois, mais ça... on ne le découvre qu'après.

Notre directeur nous attendait avec deux vans et notre intendant. Il me faut présenter un peu ce personnage rigolo et sympathique, Kandara (j’espère que ça s’écrit comme ça). On me l’a présenté ainsi, et je dois dire que c’est vraiment fidèle à la réalité. On m’a dit texto « Kandara, c’est le mec, t’es dans le black out, en pleine nuit, t’es malade, y’a pas de lumière, tu trouves pas de papier, t’es au milieu de nulle part, c’est l’urgence dépressive et là, dans la nuit, une bougie s’allume ! une main te tend du PQ ! … c’est Kandara ! ». Je me souviens d’une fois où on était coincés en voiture, je n’avais pas mangé, je me sentais mal. Je m’étais endormie de dépit et soudain, la porte de la voiture s’était ouverte : c’était Kandara avec une cuisse de poulet. :fou : Kandara, c’est donc celui qui est toujours là, attentionné, qui organise tout, de l’achat du repas à celui des sacs pour ranger la céramique.

C’est à ce moment que j’ai eu la première vision de Kaboul. De l’aéroport à la célèbre DAFA qui nous accueillait, le chemin n’était pas long mais j’en ai pris pleins les yeux. Imaginez une route, large de 6-8m, où roulent pêle-mêle ( et à 2 à l’heure) les bus, les ânes, les camions, les vans, les charrettes, les vélos, les piétons, le tout roulant dans tous les sens, les uns s’appuyant ou s’accrochant sur les autres pour passer. Je crois que le sens de circulation n’a pas encore été fixé en Afghanistan. Aussi c’est un joyeux fouillis ! Déjà de ma voiture, les yeux tout grands ouverts, je me suis fait la réflexion que je me suis faite tout au long du voyage : c’est un pays de contrastes étonnants. Le long des routes se trouvaient des échoppes et des étals, des charrettes de pastèques, des moutons pendouillants, et juste à côté des t-shirt imitation Nike et des puces Roshan pour les téléphones portables. Sur les hauteurs entourant Kaboul, des milliers de maisons sont construites à l’affleurement du rocher, peut-être en partie construites en parties creusées, je ne sais pas. En tout cas, ces maisons forment une ville étagée impressionnante. On se demande comment font les habitants pour grimper là haut…

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La plupart des habitants sont habillés à l’afghane. Les hommes portent le costume traditionnel et sont coiffé d’un grand turban. Quant aux femmes, j’en ai vu beaucoup voilées, beaucoup couverte de la burka également (c’est cette sur-robe qui couvre la tête et permet de voir à travers un grillage de tissu, entre parenthèses après avoir porté ça pendant un temps, les pauvres ne voient plus rien), mais j’ai eu le plaisir de voir des femmes coquettes, maquillées et en tailleur long. C'est-à-dire que la situation est compliquée, et plusieurs réactions compréhensibles expliquent ces choix. Certaines femmes ont très peur du retour des Talibans, et n’osent pas quitter leur burka. D’autres au contraire affirme leur refus d’avoir peur, leur envie de changement. C’est une affaire compliquée, et j’aurais l’occasion d’en reparler.

Après cette traversée de Kaboul, complètement… ahurie je crois que c’est le mot, car je tombais de sommeil en même temps, nous sommes arrivée à la DAFA où nous avons été accueillis pour quelques jours, en attendant le départ pour Bamiyan. Je me suis évanouie dans un grand lit moelleux… Pour vous présenter un peu le cadre, la DAFA – la Délégation Archéologique Française en Afghanistan – est une institution qui existe depuis les années 20, fondée par un de nos pères archéologues, Mr Foucher. On se perdrait des heures dans ses bibliothèques aux livres rares et précieux, la plupart introuvables en France. Pendant ces quelques jours, nous avons fait beaucoup de visites officielles. J’ai appris là-bas qu’une mission archéologique a beaucoup d’enjeux diplomatiques et même politiques. Ce n’est pas étonnant d’ailleurs, en y réfléchissant, mais je n’y avais jamais pensé.

Nous avons également profité de ces quelques jours pour aller au bazar, d’abord le petit où vont les touristes puis nous nous sommes décidés à partir pour le Grand Bazar, ce qui selon certain, n’est pas toujours très prudent.
Le Bazar est comme une ville. Si je devais lui donner une étendue, je dirais qu’il est aussi grand que le centre ville de Strasbourg, l’« Ile », voire plus. J’ai été absolument subjuguée par cette visite, qui pourtant n’était pas très tranquille. En effet, malgré tous nos efforts pour disparaître dans la masse (nous pensions avec un optimisme illusoire passer inaperçu…), on était visibles comme le nez au milieu de la figure. Six jeunes européens, trois filles, trois garçons, et sans mentir, un attroupement de plusieurs centaines de personnes autour de nous, formant un large cercle vide dont nous étions le centre. Malgré le côté tendu du moment, c’est au contraire là que je me suis détendue. La plupart des regards que j’ai perçu étaient curieux, intéressés, joyeux (il y a eu de nombreuses ola), mais très rares voire inexistant était les regards méchants et désapprobateurs. J’ai commencé à sourire, et à voir leur visage. J’ai été particulièrement impressionnée par les vieux et les enfants. Leur regard grave et beau est imposant, perçant, accentuée par leur couleur d’yeux très claire bleu/gris. Et ce regard grave n’attend qu’un sourire pour s’illuminer et lancer un joyeux « Salam ! Bonjour ! Hello ! ». En fait cette visite au bazar a d’abord été une rencontre humaine, et ce n’est qu’après tout ceci que j’ai vu le bazar. Des rues entières, à perte de vue, d’établis vendant pastèques, melons, raisins, tomates, fruits secs, épices, noix, diverses babioles, vêtements, châles, sacs et tapis, instruments de musiques et bijoux. Une explosion de couleurs. Tout cela, bien sûr, animé de milliers de personnes se promenant, ou discutant, assis sur un empilement de tapis ou un quelconque bidon, d’autres encore poussant des charrettes remplies. C’était un moment fabuleux pour moi, alors que (me semble t-il) mes deux amies ont trouvé la promenade plus tendue que détendante. La veille de notre départ, nous avons été visité un site archéologique en cours de fouilles sur les hauteurs de Kaboul. C’était mon premier contact (visuel en tout cas) avec tout ce que j’avais étudié depuis cinq ans. Des stupa, des sculptures, des Bouddha. ^^. Ca n’a qu’accéléré ma hâte de commencer nos fouilles.

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Chargement des Van pour le départ

Le lendemain, départ pour Bamiyan ! Nous avons pris la route à 5h. A vol d’oiseau, Kaboul n’est pas si loin de Bamiyan, quelques 200 km je crois. Cependant, il faut contourner une montagne, et la route est un chemin de piste non goudronné. Aussi, nous avons passés 15h de voyage tressautant et difficile dans les montagnes afghanes. Mais quels paysages grandioses !
On en oublie tout. J’ai vu des choses incroyables, des paysages chatoyants et lunaires. Des montagnes effritées, dont certains pans semblent tenir par magie, des déserts de montagnes rouges, violettes, roses avec des épanchements de minerai jaunes et bleus. Comme je vous l’ai dit plus haut, tout n’est que contraste. Les vallées sont vertes et florissantes parcourues de rivières et de cascades, et elles s’arrêtent net au pied de la montagne, le désert de pierre. Nous sommes passées par de nombreux villages (l’architecture locale est une architecture de terre, souvent les villages sont adossés à la montagne). A nouveau, j’ai rencontré l’enthousiasme des habitants qui nous souhaitaient la bienvenue et le bonjour dans toutes les langues qu’ils connaissaient. L’un d’eux a même écrit « WELCOMT » sur la poussière de la vitre de notre van. ^^

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Un paysage volé en Van, sur le chemin de Kaboul à Bamiyan

Je passe sur notre arrivée à Bamiyan, quelque peu mouvementée. On est arrivés tard, à 22h, on avait rien à manger, notre maison n’était pas prête, le puit n’était pas fini et bref, c’était un peu tendu. C’était la nuit, donc je n’ai rien vu de Bamiyan quand nous sommes arrivés…

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Quel dommage ! Voilà ce que j'aurai vu s'il avait fait jour !

Mais la première chose que j’ai vu en me levant le lendemain, c’est la falaise aux Grands Bouddhas et aux milliers de niches. Je n’en suis toujours pas revenue…

Ce matin-là, nous nous sommes installés dans notre maison, avons posé la moquette, amené les sommier en bois, les matelas, les draps. La maison où nous habitions était dans la ville haute. C’est là qu’habitent toutes les ONG et organisations étrangères. Le type de maison est identiques : c’est une grande cour rectangulaire, ceinte de mur de quatre mètres de hauteur environ. Chez nous, sur les côtés de la cour se trouvait une maison immense, en U. Nous étions répartis dans des petites ailes. Une pour deux collègues afghans, une pour la cuisine, une autre pour deux autres collègues afghans, une pour les garçons, une pour notre directeur et une pour nous les filles. Je vous présenterais à mesure des évènements les membres de mon équipe, mes compagnons de voyages. En plus de cette équipe, il y avait bien sûr, Kandara, son petit frère Babrak ainsi que Rafar (j’espère que les orthographes sont les bonnes) qui aidaient le cuisinier et qui étaient à nos petits soins (rapporter le gros seau d’eau chaude, tout ça), et le cuisinier Nassim. Il y avait également les deux personnes qui creusaient le puit, mais on se croisait le plus souvent, et les deux gentilles dames qui venaient laver notre linge. Donc comme vous pouvez l’imaginer, c’était toujours animé ^^. Au centre de la cour se trouvait une pièce à part, qui nous servait de salle à manger. Devant se trouvait un bidon où nous pouvions nous laver les mains, les pieds et le visage comme il est d’usage avant le repas en Afghanistan. Au fond de la cour, une large fosse servait à brûler nos déchets, et deux « réchauds » chauffaient l’eau chaude pour la douche. Nous aurions dû avoir un puits pour l’eau courante, mais il a finit d’être creusés quelques jours avant notre retour en France ^^. Donc nous nous sommes débrouillés - et ce n’était vraiment pas ennuyeux sincèrement, c’était même charmant - avec des bidons d’eau que nous ramenait un petit âne chaque matin et chaque soir, puisé à la source plus bas. Pour l’eau à boire, bien sûr, nous avions des bouteilles d’eau minérale. Nous aurions été très malades si nous avions bu l’eau locale, d’autant plus qu’il y avait le choléra quand on y était.

Dès l’après midi, nous sommes allés faire plusieurs visites officielles et – enfin – longer la falaise.

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La falaise et la niche du Grand Buddha

Je me suis retrouvée, hébétée, face à cette niche vide de 55m de hauteur, et j’ai vu les blocs en bas, certains gros comme des appartements, portant encore parfois, les traces des fiches de bois qui servaient à préformer les plis du vêtement du Grand Bouddha.

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La niche vide du Grand Bouddha

De là, nous avons longé la falaise vers l’Est et vers le « Petit » Bouddha de 28m, lui aussi entièrement détruit. Il est vraiment difficile d’expliquer ce qu’on ressent à ce moment là. J’étais impressionnée, heureuse aussi, profondément déconnectée. J’ai pensé à mes livres, à mon appartement et à mon ordinateur, que je n’avais pas quitté depuis des années et qui étaient mes seuls intermédiaires avec ma passion. Et là…
J’ai passé deux mois entier au pied de ces monuments mais chaque fois que je relevais la tête de mon carré de fouille, chaque fois que nous remontions à la maison, matin, midi, et soir, je me retournais dans la voiture et regardais cette falaise avec la même émotion.

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La falaise entre les deux niches des Grands Buddha

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La niche du petit Buddha

Je m'arrête ici pour aujourd'hui, mais la suite viendra bientôt ! ^^
fox
j'espère que la suite est pour bientôt w00t.gif j'attend les photos avec impatiente online2long.gif
fox
ben alors j'attend la suite blink.gif whistling.gif
superbiboune
Ca vient promis ^^ avec les photos ! ^^
fox
merci m'dame online2long.gif
PuCe-sHaN
ohmy.gif Ouaaah !

J'ai lu dans courrier ineternational un super article sur l'évolution de la société et l'uniformisation des cultures. Et ils parlaient des cultures « en voie d'extinction », et pour exemple tes Bouddha à toi ! ( enfin à toi.; bon on se comprend smile.gif ). enfin c'est plus complexe, ils expliquaient que le fait de détruire des sactuaires, détruit aussi une idéologie et un mode de pensée, progressivement. Et que de plus en plus, le " massacre de la culture" se ressent ( c'est donc là que le journaliste a parlé des Bouddhas )... Bref, il faut absolument que je poste quelque part cet article !!

Ton voyage a du être génial ! Ouah, faire une expérience comme ça ! pfou, moi qui rêve de voyager partout partout... ça me fait doublement rêver laugh.gif

J'attends la suite avec impatience, et surtout les photos smile.gif
Je suis sure que tu ressort très bien (tu dois surrement même concurrencer les filles du topic de trunks innocent.gif ) cool.gif


Edit : Completment Hs la puce là...
superbiboune
Et voilà la suite, malheureusement, scan ne marche po ohmy.gif. Je me charge de ça le plus vite possible.

En attendant, voici la suite de mon périple ^^.

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Le chemin vers la fouille

Le premier matin (le 10 juillet, une semaine après notre arrivée), il fallait rouvrir certains secteurs donc nous n’avions que très peu à faire. Je vous explique. Quand on fouille des structures comme les nôtres, en terre dans la terre, il est indispensable d’établir un quadrillage (selon la célèbre méthode Wheeler). Il s’agit de faire des carrés de 5x5m en laissant entre chaque carré des bermes d’un mètre environ. Ensuite on descend pallier par pallier et on observe soit ce qu’on trouve, soit ce qu’on voit dans la stratigraphie, en coupe. A la fin d’une campagne, souvent les carrés sont descendus jusqu’à - 6m, donc ça devient un peu acrobatique. Sachant qu’on ouvre une quarantaine de carrés, je vous laisse imaginer le volume de terre enlevé. Lorsque la fouille est finie, nous protégeons les vestiges, suivant leurs matériaux, de la manière qui convient, puis nous recouvrons tout ça en attendant l’année d’après. Le paysan à qui appartiennent ces terres peut ainsi continuer ses cultures de pommes de terres et autres denrées. D’ailleurs les propriétaires des champs que nous fouillions faisaient partit des travailleurs.

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Le terrain avant le début de la fouille

Ce premier matin donc, il fallait retrouver l’ancien quadrillage de l’année passée et rouvrir une dizaine de carrés. Nous en avons profité avec mes jeunes collègues pour aller visiter le petit Bouddha. Dans mon Journal de Bord, j’ai écrit « C’est seulement à ce moment là que j’ai réalisé où je me trouvais. Ca m’a mis une grosse claque et je suis restée dans la lune… plutôt dans l’espace intersidéral jusqu’à l’après midi. »


Quelle joie et quelle émotion de visiter ces grottes que j’avais tant étudier ! Je reconnaissais des choses, je les voyais concrètement pour la première fois. Les voûtes en Lanternendecke ! Les trous d’encastrements des statues ! Il restait encore des traces d’enduits et de peintures à l’intérieur des chapelles !

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Pour arriver à ces grottes, on pénètre dans la falaise au pied du petit Bouddha. Des escaliers sculptés dans la roche, étroits et escarpés, aux marches immenses, amènent de grottes en grottes, jusqu’en haut du petit Bouddha. A certains endroits durant cette montée, on devait passé au-dessus de vide, c’était très impressionnant et je n’ai pas pu monter jusqu’en haut.

Les jours suivants, les fouilles ont vraiment commencées. Nous avions chacun nos secteurs, ou nos travaux, et nous commencions à avoir un premier essai de contact avec les ouvriers. C’est vrai que d’emblée ils étaient plus d’une centaine, donc c’est un peu difficile au début. Huit par section, on commençait à se reconnaître un peu ^^. Au début, on ne connaissait pas leurs noms, donc on leur donnait des gentils surnoms pour les distinguer. Il y avait Gentil, Schtroumph, Gengis Khan, Turban Vert, Umberto Tozzi, etc. Ce n’est que plus tard, quand on s’est tous un peu détendu, que nous nous sommes échangés nos prénoms et qu’on a su qu’ils s’appelaient Golmamad, Mamadmiershan, Sari, Touryalaï, Nouryalaï, Guldara, etc.

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La fouille en cours... au bout de quelques semaines.

La plupart étaient Tadjik ou Hazara. Pour simplifier mal, car ils sont tous afghans, comme d’ailleurs les Pachtoun, on pourrait dire que les tadjiks sont de type afghan – peau foncée et yeux bleus ou verts transperçant, alors que les Hazara passent pour être les descendants des mongols, puisque Gengis Khan est passé dans la région. Physiquement, leur ressemblance avec les mongols est frappante.
Au début, ils nous regardaient en coin, … à la réflexion à la fin aussi d’ailleurs ^^ Faut dire qu’on empruntait des positions assez cocasses, certainement très déplacées pour eux, pour fouiller. Mais bon, quand la statue est en porte-à-faux et qu’il faut fouiller allongé par au-dessous, et bin… pas le choix ! C’est durant cette période que j’ai appris mes premiers mots clefs tongue.gif En phonétique : kalang (pioche) et kalangcha (le piochounet), bell (pelle), inja (ici), rub ast (c’est bien), rub nist (c’est pas bien). Limité n’est-ce pas ? Heureusement, certains parlaient un peu l’anglais.

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Deux travailleurs afghans avec qui j'ai particulièrement travaillé, préposés au nettoyage des statues

Dès les premiers jours, un de mes collègues, Arnaud – avec qui je me suis bien entendue – était sollicité pour quelques soins. Il faut dire que les bobos prennent vites des ampleurs terribles sans soins. Le moindre pansement est introuvable. Un petit garçon qui devait avoir à l’origine une infection à l’oreille, avait deux boules infectées énormes quand on est arrivé. Elles allaient certainement lui faire perdre son oreille. Le croirez-vous ? Deux semaines d’application externe de bétadine, et le petit était guéri. Tellement peu habitués aux médicaments, que ça leur fait un effet bœuf. Un monsieur qui s’était fait bouffé le bras par des insectes partait en septicémie. Même traitement, même résultat. Et bien sur, on ne compte pas les coups de kalang dans le pied, les crevasses, les gerçures. Le hic dans ces soins, c’est que comme ils sont musulmans, ils ne veulent pas, mais alors ABSOLUMENT pas d’antiseptique avec alcool. dry.gif On pourrait discuter des heures de cet « étirement abusif » de la loi de l’enivrement… mais bon, bref : c’était très pratique !

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A la réflexion, je me souviens d'un autre mot... En phonétique "Tafré" : la pause ^^

C’est étonnant de voir comme même les petits sont très durs, très forts. Même à 7 ans, ils ne grimacent pas. Ils sont plus autonomes… c’est difficile à expliquer. Je vous donne trois exemples :
- A l’endroit où nous fouillions, une quinzaine de petits enfants – frères, cousins et voisins - venaient toujours ensembles. Parmi eux, une petite fille de dix ans, plus grande, faisait office de maman pour les jeux à l’extérieur. On voyait qu’elle avait du caractère, et qu’elle savait s’occuper des plus petits.
- C’est incroyable comme les enfants marchent debout tôt ! Ils n’ont évidemment pas de poussettes, alors je suppose qu’ils apprennent à marcher plus tôt. Mais ça fait bizarre, on a l’impression qu’ils marchent alors qu’ils font 80 cm !
- Dans le même sens, Arnaud m’a raconté qu’une petite fille qu’il soignait voulait l’emmener dans sa maison pour un bébé malade. Il ne pouvait pas (on travaillait, c’était la pause), alors la petite est partie le chercher. Toute petite, elle devait avoir 5-7 ans je crois, elle a ramené un tout petit bébé, il ne marchait même pas, mais il avait déjà une grosse crevasse au pied.
Autonome n’est peut-être pas le mot, mais j’espère que vous avez compris. ^^

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Cet afghan en balade a vu que je me préparait à prendre la falaise de Bamiyan de loin. Il s'est dit très justement qu'il serait bien sur cette photo ^^

C’est aussi durant cette période que nous avons pu vraiment rencontré les collègues archéologues afghans qui étaient venus avec nous de Kaboul. Faut dire qu’entre le voyage et l’installation, on n’avait pas eu trop le temps de se rencontrer.
Je vais donc commencer par Sharossi, en espérant que ce soit la bonne orthographe, avec qui je me suis très bien entendue. Physiquement grand, fort, son beau visage aux yeux bleus perçants portait barbe blanche. Il me faisait pensé à Sean Connery. C’est un Pachtoun, un grand chef de grande famille, directeur de l’Institut d’archéologie médiévale je crois, notre sage et philosophe. Il aimait à déclamer en pachtoun (lange différente du persan usuelle, que notre professeur nous traduisait) des longs discours de bienvenue et d’amitié entre nous ainsi que faire des vœux sur notre longévité. Malgré la barrière de la langue, il était impossible de ne pas communiquer avec Sharossi. Tout son visage parlait, et ça en devenait limpide. Grand sage, mais aussi grand gamin, comme tous d’ailleurs, qui pouffent de rire derrière sa main, à table, en lançant des mouchoirs imbibés d’eau ou des coquilles de pistaches ^^ l’air espiègle et rieur.
C’est moins drôle mais je crois que ces jeux naturels et enfantins viennent de toutes les privations des années de guerre. Ils ont envie de s’amuser maintenant. Et ils s’amusent comme des enfants. ^^

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Notre groupe en balade à Bamiyan

Continuons par Anuar et Aidar. Egalement directeur d’un Institut d’Archéologie, il me semble d’Archéologie musulmane, Anuar était toujours avec Aidar, le troisième archéologue, lui spécialiste de la littérature musulmane je crois. Avec eux nous pouvions parler en Anglais, c’était plus facile. J’aimais bien monter dans le van avec eux (eux, c'est-à-dire les afghans). Ils rigolaient tout le temps, ils dansaient, ils chantaient, ils se chamaillaient aussi, en se tirant la barbe ou les oreilles. ^^ Des vrais gamins ^^ Toujours ensemble que ce soit à la maison ou sur le chantier. D’ailleurs, un détail vous aurez surpris, et pas seulement à propos d’Aidar et d’Anuar, c’est le fait que les très bons amis se tiennent par la main pour se promener, comme les amoureux chez nous. Ce qui n’a rien d’un comportement homosexuel en Afghanistan.

Enfin, les deux premières semaines de notre périple, nous étions accompagnés par un restaurateur Reslaw, qui le pauvre n’a pas eu grand-chose à faire. Les deux premières semaines, on trouve rarement quelque chose, donc encore moins à restaurer. Ensuite, Resalw a dû rentrer à Kaboul, ce qui était prévu, pour que nous rejoigne le directeur de la restauration du Musée de Kaboul. Et c’est là qu’est arrivé Abdullah, mon grand copain ^^. J’ai passé le reste du mois et demi à apprendre avec lui. Je n’ai pratiquement pas surveillé de section puisque j’étais préposée – grand honneur – à l’extraction et au nettoyage des statues. Abdullah est un personnage adorable, d’une gentillesse extrême, très prévenant, avec tout le monde. Il nous rapportait toujours, dans la mesure du possible, de la mousse pour ne pas que nous nous asseyons sur la terre mouillée. Ils nous transportaient les blocs à l’ombre au fur et à mesure que le soleil tournait. C’est celui avec qui j’ai le plus échangé parce que nous parlions en Anglais ensemble. Si bien qu’on pouvait même avoir des conversations, choses impossibles sinon.

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La montée au chantier

Voilà donc notre équipe archéologique côté afghan ^^ Sharossi, Anuar, Aidar et Abdullah. Et mes jeunes collègues français ? Je me suis tout aussi bien entendu avec eux. On s’est bien marré (évidemment, même si comme partout il y a eu des moments plus tendus, mais souvent à cause du travail).
Les deux grands garçons, déjà en Doctorat, disciples avancés, sont Arnaud dont je vous ai déjà parlé, et Mickaël. Sans rentrer dans les détails, Arnaud travaille sur l’évolution des chapiteaux de colonnes et de pilastres en Afghanistan et Mickaël sur la période dite (et à tord selon lui) turco-hephtalite. Déjà en Doctorat également, Eléonore – dite Léo pour les afghans, c’était dur à prononcer sinon – travaille sur l’évolution du stupa en Chine. Enfin Catherine – Cat qui a fait son DEA avec moi – et qui travaille sur les stupas votifs de l’Afghanistan en les comparants avec ceux de Cachemire et d’Asie Centrale. Restez notre jeune architecte, Philippe, qui en était à son avant-dernière année pour passer le diplôme d’archi. Les ouvriers, c’est rigolo, l’appelait « ingénieur Philippe »… surement parce que pour eux l’architecte est ingénieur, j’ai pas bien suivi. La plupart du temps, là bas, on m’appelait Alex ou Alexi, parce qu’Alexandra était pas facile à retenir et à pronocer. Ca donnait en phonétique « Arnou, Miraël, ingénieur Philippe, Léo, Cat et Alexi » ^^.

Voilà donc notre équipe côté français. Nous étions très souvent ensemble, dans nos chambres, à discuter, à rire, à débattre, ou à s’engueuler suivant les évènements ^^. Ce qui était finalement très touchant, c’est que chacun veillait sur l’autre, ce qui est important quand on est seul et loin de tout. Alors « tu mange pas assez », « t’as pas mis ton pull », « ça va, côté transit ? » (et oui, on devient très proche tongue.gif), « c’est normal que t’ai mal aux reins, tu fumes trop ! » sonnaient comme tant d'attentions quotidiennes.

Encore des millions de choses à dire, mais ce sera malheureusement pour plus tard. PS : mon scanner me fait des misères, j’en rage. Mais les photos arrivent !

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Les vertes vallées de Bamiyan
Revely
Waouh c'est excellent. C'est même passionant ton histoire. J'aime bcp et ça donne quelque part envie d'y aller pour aider ces gens smile.gif

En tout cas j'attend déjà ta suite !

ps : J'adore ton piochounet ^^
superbiboune
Arf, j'ai fait pleins de fautes d'inattention d'orthographe tongue.gif Corrigerais ce soir tongue.gif

Wi, le piochounet ou piochon en bon français ^^
superbiboune
dry.gif J'ai scanné mes photos mais imageshack merde pour 1/2 donc j'attends mon Rasta pour les uploader sur son ftp.

Décidémment, on est toujours emmerdé.
Metalou
Ouai sur le ftp ca sera mieux =) ! Au pire tu en creer un sur free spécial Afghanistan
Plume
hooo vi vivement les photos tongue.gif
superbiboune
Enfin ! Ca a marché !

Très bientôt, je vous posterai la dernière partie de ce récit de voyage, illustré comme il se doit.

Et je vais vous montrer l'un des plus beaux paysage que j'ai vu de toute ma vie : les Lacs Sacrés de Band-e Amir.

A très bientôt !

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La journée s'achève et les ombres jouent sur la montagne
Plume
tu as vraiment fait de trés belles photos, et ca a l'air vraiment fabuleu a voir
j'imaginai pas que c'était aussi vert par contre là bas huh.gif
Dague d'Ebène
Terrible avec les photos ! w00t.gif
Roh, ça donne envi d'y être, dites.
On a pas de la chance d'avoir une Sbibounette Jones, hein ?

Les vallées de Bamiyan sont très jolies ohmy.gif

QUOTE
Cet afghan en balade a vu que je me préparait à prendre la falaise de Bamiyan de loin. Il s'est dit très justement qu'il serait bien sur cette photo ^^

012.gif
Revely
Ouah c'est MA-GNI-FI-QUE ! Alors là je m'y attendais pas
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