Comme promis, et en retard (cela fait déjà un mois que je suis rentrée, mais comme vous le savez, j'avais mon mémoire a terminer et à soutenir), je viens vous raconter mon périple de cet été.
Il sera en plusieurs parties (fidèle à ma vieille habitude de post-fleuve) et très bientôt illustré de photos ! (Raison fort terre à terre : faut que je formate avant de pouvoir utiliser mon scanner)
Raconter un voyage, une expérience, c'est toujours très difficile. On ne sait pas par quel bout commencer, les souvenirs se bousculent et sont coordonnés sans l'être ; et puis, quels aspects appuyer ? et surtout... comment les appuyer ? Il manque tout, l'ambiance, les sons, le cadre... Heureusement pour ce dernier point, il y a les photos. ^^ Et puis une fois qu'on est lancé dans son récit, il est tout aussi difficile de s'arrêter. C’est difficile, raconter un voyage.
Je vais donc essayer de vous faire partager un peu ce que j'ai vécu cet été, avec notre équipe, car naturellement, nous avons tout vécût ensemble pendant ces deux mois.
C'est parti ! ^^
J'ai donc pris l'avion début juillet, direction l'Afghanistan. Je crois que dès le premier coup d'oeil, je me suis sentie dans un autre monde et en même temps, comme n'importe quel voyageur, chez moi. Après avoir survolé le plateau iranien au petit jour, j'ai découvert soudain les montagnes enneigées de Kaboul, paysage grandiose et inconnu. La fatigue du voyage aidant, j'avais vraiment l'impression d'être dans l'espace.
Nous étions têtes couvertes dès la sortie de l'avion. Les afghans qui étaient avec nous à ce moment là venaient de Francfort, aussi ce n'était pas très "dépaysant". C’est en sortant de l'aéroport que mes yeux se sont écarquillés et qu’un sourire béat s’est figé sur ma figure. C'était complètement autre, et ça m'a beaucoup impressionné.
Il y avait une place immense devant l'aéroport, vide, et au fond de cette place, il y avait le parking où des centaines de personnes étaient venus chercher leurs proches.
Le premier contact était timide, surtout pour nous, les filles. C'était la première fois que la mission comptait des femmes, et personne ne savait trop comment ça allait se passer. C'est donc le regard fixe et droit que nous avons traversé cette foule, sans voir alors que tous les yeux étaient posés sur nous. Une attitude tendue qui n'aurait pas été nécessaire avec le recul de ces deux mois, mais ça... on ne le découvre qu'après.
Notre directeur nous attendait avec deux vans et notre intendant. Il me faut présenter un peu ce personnage rigolo et sympathique, Kandara (j’espère que ça s’écrit comme ça). On me l’a présenté ainsi, et je dois dire que c’est vraiment fidèle à la réalité. On m’a dit texto « Kandara, c’est le mec, t’es dans le black out, en pleine nuit, t’es malade, y’a pas de lumière, tu trouves pas de papier, t’es au milieu de nulle part, c’est l’urgence dépressive et là, dans la nuit, une bougie s’allume ! une main te tend du PQ ! … c’est Kandara ! ». Je me souviens d’une fois où on était coincés en voiture, je n’avais pas mangé, je me sentais mal. Je m’étais endormie de dépit et soudain, la porte de la voiture s’était ouverte : c’était Kandara avec une cuisse de poulet. :fou : Kandara, c’est donc celui qui est toujours là, attentionné, qui organise tout, de l’achat du repas à celui des sacs pour ranger la céramique.
C’est à ce moment que j’ai eu la première vision de Kaboul. De l’aéroport à la célèbre DAFA qui nous accueillait, le chemin n’était pas long mais j’en ai pris pleins les yeux. Imaginez une route, large de 6-8m, où roulent pêle-mêle ( et à 2 à l’heure) les bus, les ânes, les camions, les vans, les charrettes, les vélos, les piétons, le tout roulant dans tous les sens, les uns s’appuyant ou s’accrochant sur les autres pour passer. Je crois que le sens de circulation n’a pas encore été fixé en Afghanistan. Aussi c’est un joyeux fouillis ! Déjà de ma voiture, les yeux tout grands ouverts, je me suis fait la réflexion que je me suis faite tout au long du voyage : c’est un pays de contrastes étonnants. Le long des routes se trouvaient des échoppes et des étals, des charrettes de pastèques, des moutons pendouillants, et juste à côté des t-shirt imitation Nike et des puces Roshan pour les téléphones portables. Sur les hauteurs entourant Kaboul, des milliers de maisons sont construites à l’affleurement du rocher, peut-être en partie construites en parties creusées, je ne sais pas. En tout cas, ces maisons forment une ville étagée impressionnante. On se demande comment font les habitants pour grimper là haut…

La plupart des habitants sont habillés à l’afghane. Les hommes portent le costume traditionnel et sont coiffé d’un grand turban. Quant aux femmes, j’en ai vu beaucoup voilées, beaucoup couverte de la burka également (c’est cette sur-robe qui couvre la tête et permet de voir à travers un grillage de tissu, entre parenthèses après avoir porté ça pendant un temps, les pauvres ne voient plus rien), mais j’ai eu le plaisir de voir des femmes coquettes, maquillées et en tailleur long. C'est-à-dire que la situation est compliquée, et plusieurs réactions compréhensibles expliquent ces choix. Certaines femmes ont très peur du retour des Talibans, et n’osent pas quitter leur burka. D’autres au contraire affirme leur refus d’avoir peur, leur envie de changement. C’est une affaire compliquée, et j’aurais l’occasion d’en reparler.
Après cette traversée de Kaboul, complètement… ahurie je crois que c’est le mot, car je tombais de sommeil en même temps, nous sommes arrivée à la DAFA où nous avons été accueillis pour quelques jours, en attendant le départ pour Bamiyan. Je me suis évanouie dans un grand lit moelleux… Pour vous présenter un peu le cadre, la DAFA – la Délégation Archéologique Française en Afghanistan – est une institution qui existe depuis les années 20, fondée par un de nos pères archéologues, Mr Foucher. On se perdrait des heures dans ses bibliothèques aux livres rares et précieux, la plupart introuvables en France. Pendant ces quelques jours, nous avons fait beaucoup de visites officielles. J’ai appris là-bas qu’une mission archéologique a beaucoup d’enjeux diplomatiques et même politiques. Ce n’est pas étonnant d’ailleurs, en y réfléchissant, mais je n’y avais jamais pensé.
Nous avons également profité de ces quelques jours pour aller au bazar, d’abord le petit où vont les touristes puis nous nous sommes décidés à partir pour le Grand Bazar, ce qui selon certain, n’est pas toujours très prudent.
Le Bazar est comme une ville. Si je devais lui donner une étendue, je dirais qu’il est aussi grand que le centre ville de Strasbourg, l’« Ile », voire plus. J’ai été absolument subjuguée par cette visite, qui pourtant n’était pas très tranquille. En effet, malgré tous nos efforts pour disparaître dans la masse (nous pensions avec un optimisme illusoire passer inaperçu…), on était visibles comme le nez au milieu de la figure. Six jeunes européens, trois filles, trois garçons, et sans mentir, un attroupement de plusieurs centaines de personnes autour de nous, formant un large cercle vide dont nous étions le centre. Malgré le côté tendu du moment, c’est au contraire là que je me suis détendue. La plupart des regards que j’ai perçu étaient curieux, intéressés, joyeux (il y a eu de nombreuses ola), mais très rares voire inexistant était les regards méchants et désapprobateurs. J’ai commencé à sourire, et à voir leur visage. J’ai été particulièrement impressionnée par les vieux et les enfants. Leur regard grave et beau est imposant, perçant, accentuée par leur couleur d’yeux très claire bleu/gris. Et ce regard grave n’attend qu’un sourire pour s’illuminer et lancer un joyeux « Salam ! Bonjour ! Hello ! ». En fait cette visite au bazar a d’abord été une rencontre humaine, et ce n’est qu’après tout ceci que j’ai vu le bazar. Des rues entières, à perte de vue, d’établis vendant pastèques, melons, raisins, tomates, fruits secs, épices, noix, diverses babioles, vêtements, châles, sacs et tapis, instruments de musiques et bijoux. Une explosion de couleurs. Tout cela, bien sûr, animé de milliers de personnes se promenant, ou discutant, assis sur un empilement de tapis ou un quelconque bidon, d’autres encore poussant des charrettes remplies. C’était un moment fabuleux pour moi, alors que (me semble t-il) mes deux amies ont trouvé la promenade plus tendue que détendante. La veille de notre départ, nous avons été visité un site archéologique en cours de fouilles sur les hauteurs de Kaboul. C’était mon premier contact (visuel en tout cas) avec tout ce que j’avais étudié depuis cinq ans. Des stupa, des sculptures, des Bouddha. ^^. Ca n’a qu’accéléré ma hâte de commencer nos fouilles.

Chargement des Van pour le départ
Le lendemain, départ pour Bamiyan ! Nous avons pris la route à 5h. A vol d’oiseau, Kaboul n’est pas si loin de Bamiyan, quelques 200 km je crois. Cependant, il faut contourner une montagne, et la route est un chemin de piste non goudronné. Aussi, nous avons passés 15h de voyage tressautant et difficile dans les montagnes afghanes. Mais quels paysages grandioses !
On en oublie tout. J’ai vu des choses incroyables, des paysages chatoyants et lunaires. Des montagnes effritées, dont certains pans semblent tenir par magie, des déserts de montagnes rouges, violettes, roses avec des épanchements de minerai jaunes et bleus. Comme je vous l’ai dit plus haut, tout n’est que contraste. Les vallées sont vertes et florissantes parcourues de rivières et de cascades, et elles s’arrêtent net au pied de la montagne, le désert de pierre. Nous sommes passées par de nombreux villages (l’architecture locale est une architecture de terre, souvent les villages sont adossés à la montagne). A nouveau, j’ai rencontré l’enthousiasme des habitants qui nous souhaitaient la bienvenue et le bonjour dans toutes les langues qu’ils connaissaient. L’un d’eux a même écrit « WELCOMT » sur la poussière de la vitre de notre van. ^^

Un paysage volé en Van, sur le chemin de Kaboul à Bamiyan
Je passe sur notre arrivée à Bamiyan, quelque peu mouvementée. On est arrivés tard, à 22h, on avait rien à manger, notre maison n’était pas prête, le puit n’était pas fini et bref, c’était un peu tendu. C’était la nuit, donc je n’ai rien vu de Bamiyan quand nous sommes arrivés…

Quel dommage ! Voilà ce que j'aurai vu s'il avait fait jour !
Mais la première chose que j’ai vu en me levant le lendemain, c’est la falaise aux Grands Bouddhas et aux milliers de niches. Je n’en suis toujours pas revenue…
Ce matin-là, nous nous sommes installés dans notre maison, avons posé la moquette, amené les sommier en bois, les matelas, les draps. La maison où nous habitions était dans la ville haute. C’est là qu’habitent toutes les ONG et organisations étrangères. Le type de maison est identiques : c’est une grande cour rectangulaire, ceinte de mur de quatre mètres de hauteur environ. Chez nous, sur les côtés de la cour se trouvait une maison immense, en U. Nous étions répartis dans des petites ailes. Une pour deux collègues afghans, une pour la cuisine, une autre pour deux autres collègues afghans, une pour les garçons, une pour notre directeur et une pour nous les filles. Je vous présenterais à mesure des évènements les membres de mon équipe, mes compagnons de voyages. En plus de cette équipe, il y avait bien sûr, Kandara, son petit frère Babrak ainsi que Rafar (j’espère que les orthographes sont les bonnes) qui aidaient le cuisinier et qui étaient à nos petits soins (rapporter le gros seau d’eau chaude, tout ça), et le cuisinier Nassim. Il y avait également les deux personnes qui creusaient le puit, mais on se croisait le plus souvent, et les deux gentilles dames qui venaient laver notre linge. Donc comme vous pouvez l’imaginer, c’était toujours animé ^^. Au centre de la cour se trouvait une pièce à part, qui nous servait de salle à manger. Devant se trouvait un bidon où nous pouvions nous laver les mains, les pieds et le visage comme il est d’usage avant le repas en Afghanistan. Au fond de la cour, une large fosse servait à brûler nos déchets, et deux « réchauds » chauffaient l’eau chaude pour la douche. Nous aurions dû avoir un puits pour l’eau courante, mais il a finit d’être creusés quelques jours avant notre retour en France ^^. Donc nous nous sommes débrouillés - et ce n’était vraiment pas ennuyeux sincèrement, c’était même charmant - avec des bidons d’eau que nous ramenait un petit âne chaque matin et chaque soir, puisé à la source plus bas. Pour l’eau à boire, bien sûr, nous avions des bouteilles d’eau minérale. Nous aurions été très malades si nous avions bu l’eau locale, d’autant plus qu’il y avait le choléra quand on y était.
Dès l’après midi, nous sommes allés faire plusieurs visites officielles et – enfin – longer la falaise.

La falaise et la niche du Grand Buddha
Je me suis retrouvée, hébétée, face à cette niche vide de 55m de hauteur, et j’ai vu les blocs en bas, certains gros comme des appartements, portant encore parfois, les traces des fiches de bois qui servaient à préformer les plis du vêtement du Grand Bouddha.

La niche vide du Grand Bouddha
De là, nous avons longé la falaise vers l’Est et vers le « Petit » Bouddha de 28m, lui aussi entièrement détruit. Il est vraiment difficile d’expliquer ce qu’on ressent à ce moment là. J’étais impressionnée, heureuse aussi, profondément déconnectée. J’ai pensé à mes livres, à mon appartement et à mon ordinateur, que je n’avais pas quitté depuis des années et qui étaient mes seuls intermédiaires avec ma passion. Et là…
J’ai passé deux mois entier au pied de ces monuments mais chaque fois que je relevais la tête de mon carré de fouille, chaque fois que nous remontions à la maison, matin, midi, et soir, je me retournais dans la voiture et regardais cette falaise avec la même émotion.

La falaise entre les deux niches des Grands Buddha

La niche du petit Buddha
Je m'arrête ici pour aujourd'hui, mais la suite viendra bientôt ! ^^










