
Réalisation : Abel Ferrara
Scénario : Nicholas St John
Interprètes : Christopher Walken (Ray), Chris Penn (Chez), Vincent Gallo (Johnny),
Annabella Sciorra (Jeannette), Isabella Rossellini (Clara), Benicio Del Toro (Gaspare Spoglia).
Durée : 98 minutes
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame
Année : 1996
Scénario : Nicholas St John
Interprètes : Christopher Walken (Ray), Chris Penn (Chez), Vincent Gallo (Johnny),
Annabella Sciorra (Jeannette), Isabella Rossellini (Clara), Benicio Del Toro (Gaspare Spoglia).
Durée : 98 minutes
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame
Année : 1996
Nous sommes dans les années 30, quelque part dans New York.
Un corbillard vient d’apporter dans la demeure des Trempio la dépouille de Johnny, jeune gangster inexplicablement abattu de trois balles dans la poitrine. Pendant le recueillement d’une famille déchirée par la tristesse, Ray, le frère aîné, décide d’envoyer contre l’avis de tous ses hommes de mains pister le meurtrier du côté des Spoglia, famille mafieuse rivale…
Comme dans la plupart des films de voyous où un simple affront peu facilement déraper en lutte des clans, la loi du Talion est une valeur sûre pour de nombreux cinéastes. Et le public réceptif ne semble pas se lasser de cette star internationale à qui l’on offre volontiers tous les visages. Dans The Funeral, c’est d’abord en Ray (Christopher Walken) qu’elle s’enracine profondément : un petit gosse à qui son père enseigne l’art de tuer froidement pour la sauvegarde de la famille ; un ange déchu qui n’hésite pas à entraîner encore plus sa famille dans la tourmente pour assouvir l’obsession vengeresse qui, telle une déesse totémique, appelle à elle tous les mâles du film.

Mais Ferrara ne se contente pas de composer autour du filon usé jusqu’à la corde de la Vendetta. Il transcende le concept au-delà du conventionnel. Ainsi, The Funeral est loin de l’éloge mafieuse habituelle ou de sa caricature grossière. Le casting est remarquable et l’interprétation d’un réalisme saisissant. Walken compose ici un vengeur complexe qui surprend dans sa quête par ses réactions, ses raisonnements, ses croyances. Penn insuffle à Chez une aura troublante, et parce que le sang qui coule dans ses veines est possédé par l’échec, le doute et l’ombre de la démence, il en devient inquiétant. Gallo, quant à lui, joue l’électron libre de ce trio, un rebelle dans l’âme qui n’hésite pas à s’acoquiner avec les communistes pour perturber les règles établies par la "Famille". Et les femmes ! Pour une fois, dans un film de mafiosi, elles sont vraiment présentes : sublimes dans leurs tentatives désespérées de modération.

La mise en scène, dépourvue de fioritures, oscille simplement entre deux temporalités : le passé – notamment celui de feu Johnny, rejoint progressivement le présent - celui de ses frères et de leur famille. La caméra s’intéresse à ses personnages sans les juger, ni les sublimer. The Funeral se déroule respectueusement dans le sobre. Sauf peut-être cette scène magnifique d’euphorie où ces trois frères, disparates, partagent dans leur bar le même moment fraternel : un filet de lumière qui rend encore plus pénible la noirceur du film. Car ne vous y trompez pas : Ferrara, tout en utilisant la forme classique pour recomposer son drame en forme de puzzle élémentaire, glisse dans ces funérailles un grain particulier et intense, celui du malaise si cher à sa filmographie. Lentement, le cercueil descend dans les méandres sombres de sa tombe jusqu’au climax final où les clous cèderont subitement et laisseront surgir l’imprévu redoutable.

The Funeral, sans atteindre les sommets du Roi de New York (1990), est une œuvre décidément inspirée. Une de ces réalisations qui parvient à photographier avec originalité le portrait d’une famille en perdition, mais aussi d’une Mafia crépusculaire. Un film en forme d’hommage qui, s’il devait être le dernier "Requiescat in Pace" du genre, l’enterrerait avec tous les honneurs.
