Cette semaine, comme vous l'avez peut-être lu ailleurs, j'ai suivit un séminaire sur le transport dans l'antiquité.
Char, cariole, barque, bâteau etc.
Char funéraire, char d'apparat pour les rois et nobles (vous savez, ceux à deux roues des péplums), char de transport etc.
Ici, ce qui m'intéresse c'est le char dans l'antiquité orientale, et plus précisémment le char bâché. Sans rentrer dans trop de détail qui ne vous intéresserait pas, on connaît son emploi sous l'empire Perse Achéménide (Cyrus, Darius, Xerxès etc.). On est là vers 500 avant J. C.
Parmis les modèles de transport qu'on connaît, il y a ce "wagonnet bâché", digne de ceux des pionniers du Far West, que les grecs appellent "harmamaxa". (Par malheur je ne trouve pas de photo des modèles réduits antiques qu'on a. Mais ça ressemble vraiment à ceux du Far West
On sait que pendant les chevauchées, le roi pouvait choisir de passer de son char royal à son harmamaxa, qui était douillettement agencé, avec coussin etc. et où l'on pouvait s'allonger mollement. Pour ne vous citer qu'un exemple de témoignage antique : Hérodote, Livre VII, XLI : "Xerxès partit ainsi de Sardes, et, selon son goût, il passait de ce char sur un harmamaxe".

Voilà le type du char royal, tiré par deux, trois ou quatre chevaux.
Quand le roi partait en guerre (à cette époque, c'est évidemment la Grèce qui est l'objet de la bataille), il emmenait avec lui ses concubines. La légende veut qu'il en ait eu 365. Bon, c'est un chiffre symbolique (une par jour...) mais il devait quand même en avoir beaucoup.
Et qu'est-ce qu'on apprend ? Qu'"ils menaient avec eux des harmamaxes pour leurs concubines" (id., LXXXIII). Jusque là, rien d'étonnant. Si, lors d'une campagne guerrière, le roi emmène un char douillet pour lui, normal qu'il en prévoyait pour ses concubines, et les enfants royaux bien sûr.
Mais d'autres témoignages nous en apprennent encore plus : grâce à l'"aventure" d'une femme qui devient "gouverneur" suite au décès de son mari, on sait que les femmes, dans d'autre contexte que les voyages, se déplacaient dans ces chars. Et on raconte que "contrairement aux traditions", elle laissait le rideau ouvert pour qu'on puisse la voir. De même, la reine d'Artaxercès, épouse du grand roi Perse, était très aimée du peuple pour la même raison. (Elle voyageait à découvert, "outre la bienséance")
Donc on devine très fort que, selon la bienséance, elles devaient rester cachées. Un autre témoignage finit de le confirmer : on sait que les "Immortels", la garde rapporchée du roi, était chargé d'amener les concubines (certainements "empruntées" aux provinces conquises), bâchées au roi.
Les Grecs s'en sont souvent étonné : les perses sont-ils si jaloux qu'ils cachent leur femmes et que jamais on n'aperçoit leur silhouette, leur visage ?
Tout ça pour dire que cet étonnant témoignage m'a beacoup frappé, vous comprenez sans doute pourquoi. Dans les pays musulmans, aujourd'hui, de nombreuses femmes sont voilées, d'autres encagées (en Afghanistan, et non en Inde). Voir que cette volonté de dissimuler/surprotéger (pour soi) sa ou ses femmes apparait dans les payx d'orient bien avant le musulmanisme m'a profondémment troublé. On en déduit évidemment que ce n'est pas une tradition qui arrive avec l'Islam (la religion) mais qui préexistait déjà dans le fond culturel bien avant.
C'est rudement étonnant, quand même, non ?
