
Réalisation et scénario : Roger Avary
D’après le roman éponyme de l’illustre Brett Easton Ellis
Interprètes : James Van Der Beek (Sean Bateman), Shannyn Sossamon (Lauren Hynde) et Ian Somerhalder (Paul Denton)
Genre : Comédie dramatique trash
Pays : Les States
Durée : 110 minutes de claques dans la tronche
Particularités : interdit au moins de 16 ans
Le contexte
Au Camden College, on passe très peu de temps à étudier : c’est qu’il faut baiser, dealer, se shooter... et réfléchir au sens de la vie. Trois étudiants se croisent dans les différentes fêtes de l’université. Sean Bateman, véritable tombeur et psychopathe, rêve de trouver le grand amour tout en faisant exprès de l’éviter à tout prix. Paul Denton cherche la beauté avant tout, mais ne trouve pas le bon partenaire. Lauren Hynde perd vite ses convictions et sa virginité dans une soirée trop arrosée. Ce qui s’est passé aurait pu être mieux ou pire, mais ses protagonistes n’en ont qu’un souvenir déformé... Ils apprennent les lois de l’attraction malgré eux.
Le Commentaire
Roger Avary, réalisateur de Killing Zoé et scénariste/ami de Quentin Tarantino sur Pulp Fiction, nous immerge dans un triptyque (Sean - Paul - Lauren) tout à fait remarquable dés les première images envoûtantes du films tournées à l’envers (avec rembobinage !). Le jeu des acteurs est vraiment impressionnant jusque dans les second rôles. Palme d’or pour James Van Der Beek (Sean Bateman) qui démonte magistralement son image d’éternel candide de la jolie p’tite série Dawson. Les personnages sont certes caricaturaux mais cela dans le seul but d'accentuer et de rendre plus clair le message du film : dénoncer l’individualisme, l’égoïsme et l’insensibilité des hommes au monde qui les entoure.
Le scénario fait mine de se rapprocher des codes d’un "teen-age movie" (film pour ado) tout en y injectant une dose acide et destructrice débordant d'adrénaline. Et rien ne nous est épargné : viol, suicide, défonce, sexe extrême, ultra violence. Bref : Avary prend un malin plaisir à pervertir les icônes de la culture ado et va même jusqu’à aller plus loin que le livre lui même, alors pourtant déjà gratiné.
Niveau mise en scène, Les Lois de l’Attraction est extrêmement bien maîtrisé, novateur dans son traitement narratif et gorgé de clin d’œil cinématographiques (Kubrick, Brian De Palma). Le rythme endiablé et le mélange des genres plongent le spectateur au cœur d'une ambiance féroce, tordante et intrigante. L'enchaînement énergique des plans, l'efficacité des cadrages et les choix très judicieux de la B.O. (Tomandandy, The Cure, Donovan, Blondie, George Michael, Harry Nilsson… y’a même du Gainsbourg !) sont directement au service d'une adaptation très réussie de l'œuvre de Brett Easton Ellis.
Mais au fait ! Qui est donc cet illustre Brett Easton Ellis ?
Brett Easton Ellis est l’auteur de quatre ouvrages qui dépeignant avec dégoûts ce petit monde mesquin qui nous entoure : les friqués, les golden boys, les capitalistes, les maîtres du monde. A 21 ans, son premier livre, Moins Que Zéro est déjà considéré comme un chef d'œuvre. Il y exprime avec une certaine cruauté ce sentiment d'une existence privée de sens au milieu d’une ville clinquante et superficielle (Los Angeles). Il récidive avec Les Lois de l'Attraction, encore plus violent et dans lequel il s’attaque au milieu des riches universitaires qui passent leur temps à se droguer et à s'envoyer en l'air. Bret Easton Ellis pousse plus loin sa réflexion en montrant les impasses des désirs, des urgences existentielles et des manques. Ellis renchérit ensuite avec son horriblement effrayant American Psycho. L’auteur dresse le portrait lucide et froid d'une Amérique auto satisfaite où l'argent, la corruption et la violence règnent en maîtres. American Psycho, qui fit scandale lors de sa parution aux Etats-Unis, est aujourd'hui un best-seller mondial. Et enfin, puis la bête reprend possession de son esprit pour écrire Glamorama, dans lequel le milieu de la mode et de la nuit en prendre pour son grade. Cette ultime pamphlet devrait d’ailleurs être adapté au cinéma par Avary, le présent réalisateur des Lois de l’Attraction…
Rock’n Roll !