
Fiche technique :
Réalisateur : Mamoru Oshii
Scénarion : Kazumori Ito
Musique : Kenji Kawai
Acteurs : Wladyslaw Kowalski (Ash), Katarzyna Bargietowska (Le maître des jeux)
Nationalité : Japon
Date : 2002
Durée : 1H46
Genre : Science-Fiction
Le contexte d’Avalon
Dans une ville d'Europe centrale fictive, tout le monde se drogue au jeu vidéo multi-joueur Avalon (« l’île où repose les âmes des héros morts ») pour échapper au morne quotidien. Dans cette déprime ambiante, il rapporte aux vainqueurs l’indispensable salaire permettant de s’alimenter correctement. Ash est une professionnelle, une des meilleures, qui oscille avec aisance entre le monde virtuel et la réalité. Solitaire, le seul compagnon qu'on lui connaisse est son chien. Ghost, personnage du jeu, est une cible qui apparaît sous la forme d'une petite fille. Jusque-là, tous les joueurs qui l'ont rencontrée sur leur parcours en sont revenus sans activité cérébrale. Murphy, l'ex-compagnon de Ash, fait partie de ces gens, "Les Perdus", qui finissent leurs jours inconscients dans un sanatorium…
Commentaires
Comme son titre l’indique, Avalon emprunte les figures majeures de la geste arthurienne. Le pays du Graal est aussi stérile et abandonné que l’univers dans lequel évoluent les personnages d’Oshii. La coupe christique sensée sauver les hommes de la terre maudite, c’est la « Classe Special A » du jeu Avalon, sorte de level ultime que seuls les joueurs chevronnés peuvent atteindre. Dans les légendes arthuriennes, la porte du château du Graal était déjà à l’intérieur de soi. Et c’est parce que je trouve ce mythe intemporel et exceptionnellement riche que je me suis autorisé à lui rendre hommage dans Avalon. (Mamoru Oshii)
La musique lyrique et sublime composée par le talentueux Kenji Kawai ne fait que soulever au plus haut niveau l’atmosphère sombre du film. Mais Avalon est surtout le premier long métrage a traité sérieusement des videogames dans le but de décrypter leur logique sociale. La réflexion sur la limite entre réalité / virtualité est d’une intelligence assez pousée. D’après Oshii, pour réaliser un film comme Avalon, il faut d’abord comprendre que personne ne possède le monopole historique e la virtualité et de l’imbrication des niveaux de réalités. L’intérêt de porter un regard authentique devient alors évident. Le fantasme du virtuel existe depuis la nuit des temps, il s’est simplement transformé selon les civilisations. Le monde naturel était, au départ, une part importante de la réalité qui, elle, était surnaturelle. Aujourd’hui, l’artificiel prolonge le naturel mais le virtuel conserve une autonomie indéniable dans ce nouveau réseau de relations (…). Franchement, la plupart des films sur les mondes artificiels me font marrer. Ils sont tous enrobés dans une jolie morale judéo-chrétienne qui détient toutes les vertus, sauf celle d’engager le débat et de mener une réflexion honnête, libérée des préjugés réactionnaires, clamant sans autre forme de procès que la virtualité c’est le mal (…). La réalité s’est, de tous temps, nourrie de l’imaginaire et de l’illusion. Elle est donc enrichie par des activités telles que la lecture, la vision d’œuvres cinématographiques ou la pratique de jeux vidéos.
Bien sûr, ce film nécessite une certaine concentration pour suivre toutes les subtilités d'un récit qui s'emmêle trés vite. Mais c'est surtout l'expérience visuelle étonnante et la beauté de la mise en scène qui font d'Avalon un film indescriptible et rare, d'une puissance picturale proche de la perfection.