
J’ai profité d’un aprem de détente pour me pencher sur les deux volumes de
Blacksad. A noter que le premier volume est préfacé par l’excellent
Loisel qui ne tarie pas d’éloges quant à cet univers. Je partage son avis au sujet de la qualité graphique accrocheuse : expressions et mouvements des personnages, architectures, choix classique mais efficace des cadrages et colorisation. L’œil se régale de toutes ces formes et couleurs
Certains textes (dialogues parlés/pensées) sont irrésistibles, et souvent drôles

. Je note que les traducteurs (des auteurs espagnols ?) jouent la carte animalière jusque dans les expressions de la langue humaine. Si le scénario de
Arctic-Nation est plus intéressant, les textes qui l’accompagnent (les pensées de Blacksad, notamment) me semblent moins inspirés et marrants que dans
Quelque part entre les ombres. Sans doute la faute au renard Weekly, le photgraphe-reporter, qui revêt l’habit de l’Auguste pour ce tandem (monstrueusement cliché

). Certains traits de caractères, dialogues ou postures prennent directement appui sur nos amis les bêtes, soit pour illustrer leur particularité raciale, soit pour surprendre le lecteur en l’éloignant parfois des conventions établies. J’ai trouvé cela sympa. Je constate que ce bon gros katou de Blacksad déteste autant les rats que le lait^^. Lorsqu’il combat ou piste un suspect, Blacksad est réellement gracieux, bondissant et félin. A son sujet, je trouvais que son design ressemblait à Batman (de Miller). Bingo ! Je ne crois pas dire une bêtise en faisant ce parallèle qui, je pense, est volontaire de la part des auteurs (cf. second tome > page 29 > vignette 2

).
Niveau scénario, c’est du polar classique. Pas franchement original. Le tome 2 réserve un petit rebondissement ultime. Mais bon, ça ne m’a pas transporté plus que cela. Les simples histoires de vengeance, ça sent toujours un peu le réchauffé. Et du réchauffé, dans
Blacksad, il y en a un peu quand même. Reste les sujets délicats abordés dans
Arctic-Nation. Soif du pouvoir, racisme, adultère, pédophilie… L’univers de
Blacksad est relativement malsain, et aussi caricatural. Je pense que l’utilisation de l’allégorie animalière (utiliser l'image graphique des animaux pour les calquer sur les hommes) est une stratégie scénaristique bancale : cela rend le propos (dénonciateur mais moraliste) moins francs. Et puis, honnêtement, utiliser ce stratagème pour insinuer que les hommes sont des animaux,

, cela est d’une convention attristante. Surtout que la faune est incapable de nous arriver à la cheville quand il s’agit d’engendrer des horreurs monumentales. Bref ! Le masque animalier est agréable visuellement, mais vraiment distant pour parler de sujets graves qui concernent uniquement nos sociétés humaines.
Assumons notre perversité et évitons de nous cacher derrière l’allégorie
Mitigé, je suis.
Mais mitigé, j’espère ne plus être.
En attendant la suite, car mine de rien, je me suis attaché au personnage de Blacksad.
Quelle classe, ce gros chat !